DOULEUR
culiers où la production accidentelle est très-superficielle, où par conséquent l'action chimique se passe sous les yeux du chirurgien. Mais nous devons laisser de côté, dans ce parallèle général, les cas spéciaux. Nous pouvons donc conclure en disant que la méthode sanglante est, de toutes les méthodes considérées en général, celle qui remplit le mieux la double indication d'enlever tout ce qu'il faut, et de n'enlever que ce qu'il faut.
Sous le rapport de la promptitude de l'exécution, le bistouri est encore sans rival. La galvanocaustique et l'écrasement linéaire divisent les tissus beaucoup plus lentement, car tous leurs avantages dépendent précisément de la lenteur de leur action. Telle tumeur que le bistouri, manié avec toute la prudence désirable, enlèverait eu une minute, exigera dix minutes par la galvanocaustique, ou trois quarts d'heure par l'écrasement linéaire. Quant aux autres méthodes, ce n'est plus par quarts d'heure, ni par heures, c'est par journées qu'on compte le temps nécessaire jusqu'à la chute de la tumeur.
Sous le rapport de la doideiir, il faut distinguer les cas où le siège de la tumeur et l'état du malade permettent l'emploi de l'anesthésie, de ceux où cette précieuse ressource n'est pas applicable. Dans le premier cas, le bistouri ne provoque aucune douleur; la galvanocaustique et récraseraent linéaire sont dans le môme cas, puisque la durée de la séance ne dépasse pas les limites possibles de l'anesthésie chloroformique; toutefois il y a bien quelque utilité à abréger la durée de ce sommeil, qui n'est pas toujours sans danger : l'avantage reste donc encore au bistouri. Les autres méthodes provoquent une douleur inévitable^ puisqu'on ne peut songer à tenir les malades sous le chloroforme pendant plusieurs heures consécutives, et souvent même pendant vingt-quatre heures. La ligature en masse est peu douloureuse en général, parce qu'on l'applique sur des polypes dont le pédicule ne renferme pas de nerfs; mais la section de ces polypes ne donnerait lieu non plus à aucune douleur. Appliquéesur des parties pourvues de nerfs, comme la langue, la ligature en masse est très-douloureuse au premier moment, et elle le devient davantage encore les jours suivants, lorsqu'on resserre le lien sur des tissus enflammés, La destruction des tissus par les caustiques dure en général plusieurs heures, et comme on est obligé, sous peine d'hémorrhagie, d'employer toujours les caustiques coagulants, dont l'action est très-lente et très-douloureuse, on peut ranger l'opération par les caustiques au nombre de celles qui provoquent le plus de- douleur. Il n'y a d'exception que pour les tumeurs très-superfi-
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cielles et très-peu vasculaires, qu'on peut attaquer avec la pâle de Vienne. La douleur provoquée par ce caustique fluidifiant est légère et de courte durée; il serait facile de l'annuler par l'anesthésie, mais il n'en vaut vraiment pas la peine. En laissant de côté ce cas spécial, on peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, chez les individus qui peuvent supporter le chloroforme, la méthode sanglante est celle qui permet le plus aisément d'agir sans douleur.
Lorsque le chloroforme ne peut pas être employé, l'action du bistouri est certainement, dans un temps donné, la plus douloureuse de toutes; mais elle dure très-peu de temps, et, en résultat général, la quantité de douleur éprouvée par les malades est moindre que dans la plupart des autres méthodes. Il ne faut pas oublier toutefois que beaucoup de malades calculent autrement , préférant souffrir moins à la fois et plus longtemps, dût la douleur totale être plus considérable. 11 ne faut pas oublier non plus que la douleur n'est pas une chose absolue, mais une chose relative; on souffre d'autant plus qu'on s'attend à souffrir davantage. C'est même à cause de cela que le bistouri est si douloureux, car on se coupe quelquefois sans en être averti autrement que par l'écoulement de sang. Le malade qu'on opère concentre toute son attention sur la douleur qu'il s'attend à éprouver. Mais nous n'avons pas à faire ici l'analyse physiologique de la douleur. Disons donc que, pour les individus pusillanimes, qui refusent de se soumettre aux opérations sanglantes par crainte de la douleur, les autres méthodes offrent des ressources extrêmement précieuses.
Occupons-nous maintenant de la question àeVhémorrhagie primitive. L'instrument tranchant fait toujours couler une certaine quantité de sang; les autres méthodes n'en font pas couler lorsqu'elles réussissent pleinement; c'est ce qui a fait désigner l'extirpation au bistouri sous le nom de méthode sanglante, et c'est ce qui donne à la plupart des malades une prédilection marquée pour les autres opéralions. Beaucoup d'entre eux ont même la simplicité de croire que c'est le sang répandu qui constitue une opération; delà le succès des charlatans, qui promettent aux patients de faire tomber leur tumeur sans opération. Cette différence essentielle entre la méthode sanglante et ses rivales constitue-t-elle une supériorité en faveur de ces dernières? En aucune façon. Un chirurgien d'une habileté même médiocre peut enlever la plupart des tumeurs sans verser la vingtième partie du sang que le sujet pourrait perdre sans périr, et, avec la précaution de lier les vaisseaux à mesure qu'ils se présentent', précaution utile seulement dans des cas exceptionnels, on peut se mettre en