‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 146 sur 158 · HÉMORRHAGIE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

HÉMORRHAGIE PRIMITIVE

garde contre toute hémorrhagie inquiétante. Il y a, il est vrai, des tumeurs situées dans des régions profondes, où il est difficile d'aller lier les vaisseaux; les chirurgiens les plus habiles peuvent alors éprouver des embarras sérieux pour arrêter le sang; mais ces cas particuliers sont en petit nombre, eu égard au nombre total des tumeurs qu'on est appelé à opérer ; il peut en découler cette conséquence qu'il y a des tumeurs pour lesquelles l'instrument tranchant ne donne pas une sécurité suffisante, et que les autres méthodes offrent alors, quand elles sont applicables, des ressources précieuses, chose que personne n'a essayé de contester. Ces diverses méthodes permettent d'opérer des tumeurs qu'on hésitait à opérer autrefois. II n'en est pas moins vrai que, dans la plupart des cas, le bistouri donne, sous le rapport de l'hémorrhagie, une sécurité parfaite lorsqu'il est manié par des mains expérimentées.

Reste une considération qui est de peu de poids aux yeux des véritables chirurgiens. Celle de la difficulté de l'exécution. Sans doute, il est bon, toutes choses égales d'ailleurs, de simplifier la pratique autant que possible ; mais c'est la dernière de toutes les indications ; elle cède le pas à toutes les autres; c'est au chirurgien d'apprendre son art, afin de choisir, non ce qui lui convient le mieux, mais ce qui est le plus utile à ses malades. Ce n'est donc pas un argument de dire qu'une opération est plus facile qu'une autre, lorsqu'il suffit d'un peu d'habileté pour exécuter convenablement la seconde. Ainsi, quand même l'extirpation sanglante serait d'une exécution plus difficile que les autres méthodes, comme quelques personnes l'ont dit à tort, cette circonstance ne devrait exercer aucune influence sur la détermination du chirurgien. Mais si, au lieu d'examiner les choses à la légère, on les pèse mûrement, on ne tarde pas à reconnaître qu'en réalité le bistouri est plus facile à bien manier que les moyens employés dans les autres méthodes. Cela ne peut faire un doute pour la galvanocaustique, ni pour l'écrasement linéaire, car ces deux méthodes sont certainement celles qui exigent de la part du chirurgien le plus d'ha.bileté et de sagacité, sous peine de manquer entièrement leur but. La ligature en masse peut être appliquée par le premier venu sur les tumeurs extérieures pédiculées, mais il y en a bien peu : lorsque la tumeur n'a pas de pédicule et qu'il faut lui en créer un, ou lorsqu'elle est profonde, l'application du fil constricteur constitue une opération très-délicate. La cautérisation linéaire enfin, soit par le procédé de M. Girouard, soit par celui de M. Maisonneuve, exige une connaissance approfondie de la région où on l'applique, des connexions de la tumeur, et des propriétés des caustiques; je n'hésite pas à dire

ObO PARAT.LÈLE DES MÉTHODES d'eXTIRPATION.

que cette opération est beaucoup plus difficile à pratiquer que l'extirpation sanglante. Il me suffira de rappeler que M, Maisonneuve lui-môme a, sans le vouloir et sans le savoir, ouvert la plèvre en opérant une tumeur du sein par le procédé des flèches, et tous ceux qui le connaissent savent bien qu'un pareil accident ne lui serait jamais arrivé avec le bistouri.

Ce n'est pas à ces diverses opérations, c'est à la cautérisation en nappe qu'ont fait allusion ceux qui ont parlé de la difficulté relative de la méthode sanglante. Il est certain en effet que les empiriques les plus ignorants pratiquent tous les jours cette cautérisation. La pratiquent-ils bien? Toute la question est là. Pour inciser les tissus, pour disséquer une tumeur, pour lier des artères, pour réunir la plaie, il ne faut pas être bien habile, mais il faut du moins connaître un peu d'anatomie et de chirurgie; rien de tout cela n'est nécessaire pour étaler sur la peau une couche de caustique; aussi voit-on tous les jours de nombreux chirurgastres, domiciliés ou ambulants , môme des curés ou des bonnes femmes, faire tomber des tumeurs ou des morceaux de tumeurs par la cautérisation; tandis que les seuls chirurgiens osent s'armer du bistouri. Mais lorsqu'on veut pratiquer avec la cautérisation une opération méthodique et complète, il faut joindre aux connaissances anatomiques et pathologiques les plus précises, une connaissance spéciale des caustiques, de leur action sur les divers tissus, de l'épaisseur des eschares qu'ils produisent; il faut en outre avoir, par une longue expérience, acquis l'habitude de les manier sur le vivant, et tout cela ne suffit pas, comme on l'a déjà vu, pour remplir exactement toutes les indications opératoires, lorsque les tissus qu'on veut détruire dépassent une certaine épaisseur.

En résumé, pour ce qui concerne l'opération elle-même, la méthode sanglante offre ordinairement de grands avantages, que ne compense aucun inconvénient sérieux, exception faite de certains €as particuliers qui ne doivent pas, nous le répétons, figurer dans un parallèle général.

Toutefois le but qu'on se propose n'est pas d'opérer une tumeur, mais de guérir les malades. Nous aurons donc maintenant à comparer les diverses méthodes sous le rapport de leurs résultats immédiats et de leurs résultats définitifs.

Les résultats immédiats sont relatifs aux phénomènes qui se passent jusqu'à la cicatrisation de la plaie; les résultats définitifs sont relatifs à l'état oii se trouvent les malades lorsqu'ils sont guéris de l'opération.

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