RÉSULTATS IMMÉDIATS
Sous le rapport des résultais immédiats, la méthode sanglante possède un certain nombre d'avantages, mais ces avantages sont plus ou moins compensés par des inconvénients auxquels les autres méthodes ne paraissent pas exposer au môme degré.
Le grand avantage de la méthode sanglante, c'est qu'elle se prête, et qu'elle se prête seule, à la réunion par première intention. On peut le plus souvent rapprocher et réunir directement les bords de la plaie, et, lorsque l'étendue de la perle de substance s'y oppose , on possède encore, dans beaucoup de cas, la ressource de l'autoplaslie. Il en résulte que la méthode sanglante permet d'obtenir des guérisons complètes, sans suppuration et sans le moindre accident, en trois, quatre, ou cinq jours ; on sait que ce résultat est la règle dans les opérations pratiquées sur les chairs du visage, et il est loin d'être rare dans les autres parties du corps, surtout lorsqu'on suit les préceptes de Blandin. Lorsque la réunion par première intention ne réussit pas entièrement, elle réussit encore assez souvent dans une partie notable de l'étendue delà plaie; la surface suppurante se trouve ainsi réduite à de petites dimensions, la suppuration est peu abondante, et laguérison est accélérée. Dans les autres méthodes, la plaie ne peut être ni réunie, ni même diminuée par le pansement; elle suppure inévitablement dans toute son étendue, elle ne se referme que par le progrès lent de la cicatrisation à découvert.
La méthode sanglante offre donc la chance de guérir les malades plus promptement que ne le permettent les autres méthodes ; et si la réunion par première intention réussissait toujours, ou seulement presque toujours, d'une manière complète, aucune objection ne pourrait s'élever contre le bistouri. Par malheur, exception faite de la région du visage, la réunion par première intention échoue très-souvent en tout ou en partie, et alors les malades se trouvent exposés à des accidents de toute sorte : fièvre infiammatoire, phlegmon diffus, érysipèle, angioleucite, phlébite et infection purulente, pourriture d'hôpital, épuisement par excès de suppuration, infection putride, hémorrhagies consécutives, etc.
Or, il paraît fort probable que la plupart de ces accidents, toutes choses égales d'ailleurs, sont moins fréquents à la suite des opérations non sanglantes qu'à la suite des opérations sanglantes, lorsque celles-ci ne sont pas suivies de réunion par première intention Nous reviendrons tout à l'heure sur quelques-uns de ces accidents' mais nous devons dire d'abord à quoi paraît due l'immunité plus ou moins prononcée des méthodes non sanglantes. Celles-ci produisent des plaies qui paraissent exposées au contact de l'air,
PARALLÈLE DES MÉTHODES d' EXTIRPATION.
mais qui en réalité ne le sont pas. Une couche particulière, d'épaisseurs, et de nature variable protège les tissus divisés. Cette couche est parfaitement close, et il faut bien qu'elle le soit, puisqu'elle empêche le sang de couler. Elle est constituée, après l'écrasement linéaire, par une lame de tissus tassés et feutrés étroitement, après la galvanocaustie, par une eschare mince et sèche, après la ligature en masse, par une nappe de lymphe plastique, infiltrée dans les fibres des tissus que l'action progressive du fil a divisés. La cautérisation circulaire et la cautérisation en nappe ne donnent de plaies qu'après la chute des eschares, et cette chute est le résultat d'un travail d'élimination qui laisse une couche de bourgeons charnus à la surface de la plaie. Après les opérations sanglantes , au contraire, les tissus fraîchement divisés, mous, flexibles, sans adhérences, viennent s'ouvrir dans la plaie ; ils sont plus ou moins infiltrés de sang dans une petite étendue; une couche de sang existe à leur surface; si l'on tente la réunion par première intention et si elle réussit, il ne résulte de cet état aucun inconvénient; mais nous parlons seulement des cas où la réunion n'est pas essayée, de ceux où elle n'est pas possible, de ceux où elle est imparfaite, et de ceux où elle ne réussit pas. L'action irritante de Tair, que quelques auteurs ont trop exagérée, mais qu'il ne faut pas méconnaître, s'exerce alors directement sur les tissus dans les points où ils ont été récemment divisés. A cette cause, se joint le contact toujours plus ou moins irritant des pièces de pansement. Si la plaie est creuse, si elle est réunie incomplètement, les premières sécrétions inflammatoires s'y accumulent ;elles y subissent promptement un commencement de décomposition à la faveur de la chaleur et de l'oxygène; elles setrouvent,en contact avec les tissus avant que la couche protectrice des bourgeons charnus ait eu le temps de s'y organiser; elles les irritent l)ar leur contact; elles y pénètrent par infiltration. Ces phénomènes, suivant, les. cas, suivant la nature du pansement, sont plus ou moins prononcés; ils ne produisent ni nécessairement, ni môme fréquemment des accidents fùchcux; mais ceux-ci sont toujours possibles, et, sans avoir la prétention d'avoir énuméré toutes les difl'érences qui existent entre les plaies sanglantes et les plaies non sanglantes, nous pouvons dire du moins que ces différences sont assez grandes pour qu'on puisse en théorie, leur accorder une certaine influence sur les destinées ultérieures de la plaie. Voyons maintenant ce que va nous apprendre la pratique.
Nous laisserons de côté les cas où la méthode sanglante est seule applicable. Ce sont ceux où la tumeur, d'après son siège et ses con-