‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 149 sur 158 · ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE

binaison de la méthode sanglante et de la méthode de la ligature, peut recevoir quelques applications utiles dans l'extirpalion de certaines tumeurs du cou ; mais, sous le point de vue qui nous occupe, elle réunit les chances d'inflammation des plaies saignantes et non réunies, à celles qui accompagnent l'étranglement d'une masse considérable de tissus. Appliquée sur des surfaces muqueuses, la ligature en masse est moins irritante sans doute que si on l'appliquait sur la peau; mais elle l'est encore à un haut degré. J'ai vu deux fois, dans le service de Blandin, une péritonite mortelle se développer, par propagation, à la suite de la ligature de tumeurs du col utérin. Chez un homme à qui ce chirurgien avait lié un polype de l'arrière-gorge, il survint, dès le troisième jour, une inflammation violente, qui se propagea à tout le pharynx et aux replis aryténo-épiglotliques, si bien que le malade était déjà complètement asphyxié, sans pouls, sans mouvement et sans sensibilité, lorsque la trachéotomie, pratiquée en désespoir de cause, le ressuscita littéralement; les désordres produits par l'inflammation du larynx étaient tels, qu'on ne put jamais débarrasser le malade de sa canule; il resta deux ans dans le service, en qualité d'aide-infiimier; on essaya plusieurs fois de le faire respirer par le larynx; il fallut y renoncer. Tout le monde, enfin, sait que la ligature en masse des tumeurs de la langue a été suivie plusieurs fois de glossite intense, d'angines graves avec menace d'asphyxie; et c'est pour ce motif qu'on a assez généralement renoncé à cette opération. En résumé, la ligature en masse est de toutes les méthodes celle qui expose le plus à une réaction inflammatoire violente.

L'érysipèle, cet accident si fréquent et si sérieux, qui sévit quelquefois d'une manière épidémique sur tous les opérés d'un hôpital, joue un grand rôle dans les préoccupations du chirurgien qui s'arme du bistouri; et une méthode qui mettrait d'une manière certaine à l'abri de cet accident, serait infiniment précieuse. Les partisans des diverses méthodes qui sont aujourd'hui en présence de la méthode sanglante, n'ont pas manqué de faire valoir, contre cette dernière, la chance de l'érysipèle. A part la ligature en masse, qui, sous ce rapport, me paraît au moins aussi dangereuse que le bistouri, je reconnais que les méthodes non sanglantes jouissent d'une certaine immunité à l'endroit de l'érysipèle. Mais cette immunité ne saurait être absolue; les plaies non sanglantes ne diffèrent des plaies sanglantes que pendant les premiers jours. Lorsque les eschares, s'il y en a, sont détachées, lorsque la suppuration est établie, que les bourgeons charnus sont développés, toutes les plaies se ressemblent, et

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si l'on songe que l'érysipèlc peut débuter jusque sur les vieux ulcères de la jambe, on perdra l'espoir de trouver une méthode capable de produire à la peau une perte de substance, sans donner prise à l'érysipôle. De toutes les méthodes non sanglantes, la cautérisation, surtout la cautérisation par le chlorure de zinc, est celle qui passe pour diminuer le plus les chances de l'érysipèle; plusieurs auteurs ont môme imprimé qu'il n'y avait jamais d'érysipèle à la suite de ces cautérisations; j'ai déjà dit pourtant que, dans les tristes expériences de la Salpôtrière, sur neuf femmes opérées pour des cancers du sein, trois eurent des érysipèles. Cet accident survint également sur une des trois malades qui furent opérées pour des cancroïdes. Voilà pour la cautérisation potentielle. Quant aux deux méthodes de la galvanocaustie et de l'écrasement linéaire, il est impossible de les mettre en parallèle, sous ce rapport, avec l'instrument tranchant, parce qu'elles sont presque toujours appliquées sur des surfaces muqueuses, et non sur des auTÎaces cutanées. Or, les opérations dans lesquelles on n'intéresse pas la peau ne produisent pas d'érysipèle. Si on laisse de côté toutes les opérations de ce genre, le nombre des observations qui restent est trop peu considérable pour qu'on puisse en tirer des conclusions un peu rigoureuses. Somme toute cependant, j'admets que les méthodes non sanglantes, excepté la ligature en masse, exposent moins à l'érysipèle que la méthode sanglante.

L'infection purulente est un accident bien autrement formidable que l'érysipèle; les opérés qui en sont atteints succombent presque tous, et il y a des époques où, comme l'érysipèle, elle sévit dans les salles de chirurgie , sous forme épidémique. L'appréciation des chances de l'infection purulente doit donc jouer un rôle important dans le parallèle des méthodes opératoires. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer la théorie de l'infection purulente, ni de distinguer cette affection, consécutive à la phlébite suppurative, de la diathèse purulente, qui produit également des suppurations multiples, et qui est indépendante des lésions des veines. Cette distinction, que je crois réelle, n'étant pas encore acceptée dans la pratique, je la laisserai de côté; j'emploierai le mot infection purulente, dans le sens le plus large qui lui ait été donné, et je m'en servirai pour désigner indistinctement tous les cas où un opéré est en proie à un état général, avec formation d'un ou plusieurs abcès sans connexions directes avec la plaie de l'opération. Si les discussions relatives à cette grande question de chirurgie ne sont pas encore terminées, il y a du moins un point sur lequel tout le monde s'est trouvé d'accord : c'est que les opérations dans lesquelles on divise de grosses veines sont celles

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