HISTORIQUE. — M. LEBERT
de plier les faits à la théorie. L'un prétendit que la cellule pathologique prenait telle ou telle forme, suivant que la force métabolique était influencée par tel ou tel état particulier du sang ; ce fut la théorie des crases. L'autre supposa que le tubercule était une formation moins avancée que le cancer et en conclut môme que ces deux produits pathologiques ne pouvaient exister simultanément dans l'économie. Un troisième invoqua l'influence des conditions mécaniques sur révolution de la cellule pathologique, celle-ci s'aplatissant, s'allongeant-ou gardant sa forme sphérique, suivant que le tissu où elle » était obligée de se développer lui opposait plus ou moins de résistance dans un sens ou dans un autre. Toutes ces hypothèses se détruisaient mutuellement, toutes étaient en contradiction avec les faits les plus vulgaires ; mais quand on veut sauver uiîe théorie, on n'y regarde pas de si près.
Tant d'excentricités ont préparé la chute de la doctrine cellulaire. Cette doctrine, acceptable à la rigueur pour les botanistes et déjà beaucoup plus difficile à concilier avec les faits de l'anatomie normale des animaux, était tout à fait en désaccord avec l'anatomie pathologique; mais elle jurait bien plus encore, si c'était possible, avec la pathologie et la clinique. Elle devait disparaître le jour où la microscopie cesserait d'être une spécialité isolée, où les micrographes se donneraient la peine d'observer les malades et où les cliniciens daigneraient se servir du microscope.
Ce fut M. Lebert qui, en 1845, ouvrit cette voie nouvelle, où le suivirent la plupart des jeunes chirurgiens de Paris. L'étude microscopique des tumeurs, faite sans idée préconçue, dévoila des différences notables de forme et de volume entre les diverses espèces de fibres, de globules et de cellules pathologiques ; puis l'examen à l'œil nu permit de reconnaître que des différences extérieures coïncidaient avec celles que montrait le microscope. Ainsi, pour la première fois, les tumeurs se trouvèrent divisées méthodiquement en un certain nombre de groupes bien nettement définis. La clinique, interrogée à son tour, découvrit de notables différences sous le rapport des symptômes, de la marche, de la durée et surtout de la gravité, entre les tumeurs de ces différents groupes. La doctrine classique du cancer et la doctrine unitaire des Allemands firent place à une doctrine nouvelle naturelle, c'est-à-dire basée sur l'ensemble des caractères anatomiques, microscopiques et cliniques, et non plus, comme on l'avait fait jusqu'alors, sur un seul ordre de caractères. Certes, la nouvelle doctrine ne fut pas constituée du premier coup ; clleselrompa plus d'une fois, et elle présente aujourd'hui encorebien
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des lacunes, bien des points sujets à contestation. Mais ces imperfections de détail pourront ôtre corrigées par des recherches ultéi icurcs, et on peut dire dès maintenant qu'un grand progrès est accompli.
La Physiologie pathologique de M. Lebert parut à Paris en 1845. Le second volume était entièrement consacré à l'étude des tumeurs. L'auteur divisait les productions accidentelles en deux grandes classes : les unes homœomorphes, formées d'éléments analogues aux éléments transitoires ou définitifs de l'organisme normal; les autres hêtéromorphes, formées d'éléments sans analogues dans l'économie. C'était la négation formelle de la théorie cellulaire. Cette division, que nous acceptons, rappelle celle de Laennec, qui divisait les tissus accidentels en homologues et hétérologues ; mais ces deux divisions sont loin de coïncider exactement, comme on a pu le croire. Laennec classait les tissus, M. Lebert classe les éléments. Pour que deux tissus soient semblables ou analogues, il ne suffît pas qu'ils soient formés des mômes éléments ; il faut encore que cés éléments y soient disposés de la môme manière. Les mômes fibres, agencées de diverses façons, serrées plus ou moins étroitement les unes contre les autres, disposées parallèlement, ou nattées régulièrement, ou entrecroisées sans ordre, donnent ici un tendon, là une aponévrose, plus loin le tissu cellulaire, ailleurs, et à l'état pathologique, ces plaques dures, épaisses et blanches qu'on trouve fréquemment sur la rate, et que tout le monde, avant le microscope, prenait pour des productions cartilagineuses. Ainsi, des tumeurs formées des mêmes éléments peuvent n'être pas formées du même tissu. Le même élément, la cellule épithéliale, donne les cors et les durillons, qui sont un tissu homologue, et l'épithéliôme, qui est un tissu hétérologue.
Cette dernière tumeur, quoique hétérologue, est cependant homœomorphe. Les tumeurs fibro-plastiques, beaucoup de tumeurs fibreuses, quelques tumeurs cartilagineuses sont exactement dans le môme cas. Ainsi, quoique M. Vogel, dans son beau traité à'Anatomie pathologique générale, publié également en 1845, ait employé les mots homologue et hétérologue dans le sens que M. Lebert attribue aux mots homœomorphe et hétéromorphe, il me paraît fort utile de conserver à ces expressions, qui désignent des idées et des choses différentes, l'acception primitive qui leur a été donnée. Mais revenons à la classification de M. Lebert. Dans la classe des éléments hêtéromorphes, cet auteur n'avait d'abord rangé que les éléments cancéreux; c'était sans doute un oubli, car dans son premier volume il avait'décrit les globules de pus et ceux du tubercule comme des éléments sans analogues dans l'économie. Quant aux tumeurs