HISTORIQUE GÉNÉRAL
Le mot tumeur, dans son acception la plus générale, désigne tout accroissement de volume, toute saillie anormale, toute production nouvelle, apparente ou cachée, extérieure ou intérieure. Rien n'est plus vague que ce mot qui se rencontre dans la description de la pluparldes maladies chirurgicales et de beaucoup de maladies médicales. Pour pouvoir le faire entrer dans la composition des cadres nosologiques, on a donc été obligé d'en restreindre le sens.
Les anciens, tous ceux qui les ont suivis jusqu'à la Renaissance, et même beaucoup d'auteurs du dix-septième et du dix-huitième siècle, ont divisé les tumeurs en trois grands groupes : Tumores secundum mturam, supra mturam, prœter naturam. Ces mots étaient acceptés par tout le monde, mais on ne s'accordait guère sur la signification quil fallait leur donner. Je ne me propose point de raconter ici tomes ces divergences. Je me bornerai à dire que, suivant l'interprétation la plus commune, les tumeurs secundum naluram étaient celles
DES TUMEURS EN GÉNÉRAL
qui se produisent physiologiquement, comme le développement de l'utérus et des mamelles, pendant la grossesse et l'allailement; les tumeurs supra naturam étaient celles qui se produisent par le déplacement des parties naturelles, comme la saillie des os luxés ou fracturés. Toutes les autres tumeurs, étant produites par des parties non naturelles, par des tissus nouveaux ou par l'accumulalion des humeurs, constituaient la grande classe des tumeurs contre nature, •prœter naturam.
Les {.nmo-Mv?, prœ 1er naturam devinrent ainsi l'une des cinq grandes divisions de la chirurgie. Le Pentateuque chirurgical (telle était l'expression consacrée) se composait de cinq livres : les plaies, les ulcères, les fractures, les luxations, et les tumeurs prœler naturam. Tout ce qui ne rentrait pas dans les quatre premiers livres venait s'accumuler dans le dernier, qui formait à lui seul, sinon en étendue, du moins en importance, plus des trois quarts de la chirurgie. On y plaçait même la gangrène sèche, la gale et les maladies de la peau, qui ne pouvaient se loger ailleurs.
On ne peut imaginer rien de plus discordant, que ce dernier groupe où se heurtaient pêle-mêle les maladies les plus disparates. Pourtantles théories galéniques avaient fourni un caractère qui suffisait alors pour permettre un semblable rapprochement. Ce caractère commun était la similitude des causes. Toutes les tumeurs prœter naturam étaient censées produites par l'accumulation de l'une des humeurs de l'économie, et voilà pourquoi on les appelait aussi tumeurs humorales. Elles étaient tantôt le résultat d'une fluxion et tantôt d'une congestion. La fluxion avait lieu lorsqu'une humeur naturelle était attirée et retenue dans le lieu affecté; la congestion avait lieu lorsque l'humeur s'engendrait sur place. Ce dernier mol, comme on voit, a été singulièrement détourné de son sens primitif. Il en a été de môme du moi abscessus, en grec opostema, qui signifiait d'abord toute tumeur solide ou liquide formée par une humeur séparée des autres, et qui plus tard n'a désigné que les collections purulentes; toutefois, Marc-Aurèle Séverin, auteur du dix-septième siècle, a encore décrit sous le nom général d'abcès la plupart des tumeurs contre nature. Les humeurs admises par les galénistes étaient au nombre de quatre : le sang, la bile, la pituite et l'atrabile ou mélancholie- de là quatre sortes de tumeurs : les phlegmons, les erysipèles, les œdèmes, et les sguirrhes. Plus tard, ony joignit une cinquième humeur, la ventosilé, qui produisait les emphysèmes on pneumatoses linflationes). Puis il y avait des tumeurs mixtes formées du mélange de deux ou de plusieurs humeurs. Mais en voilà bien assez sm les