LE BLÀSTÈME CANCÉREUX ET LA LOI DANALOGIE
dans son ensemble, lout annonce que le malade, depuis le commencement jusqu'à la fin, a été en proie à la même diathèse. C'a été l'opinion de tous les chirurgiens qui l'ont vu. Il faut donc admettre que le blastème sécrété sous l'influence de la diathèse cancéreuse a pu, dans le voile du palais, se laisser détourner de sa destination hétéromorphe pour s'organiser en un tissu glandulaire semblable à celui qui forme, à l'état normal, une épaisse couche entre la mu-
i queuse et les muscles, et il est permis d'attribuer ce résultat à
I l'influence de la loi d'analogie de formation.
Ce sont les faits de ces ordres qui ont été invoqués par les unitaires pour prouver l'unité des blastèmes pathologiques : il faut bien qu'une doctrine repose sur un appui quelconque. On n'aurait jamais songé à chercher l'unité s'il n'y avait dans les productions pathologiques, comme dans les productions normales, comme dans toutes les choses de la nature organisée, des faits intermédiaires établissant le passage d'un groupe à un autre; mais ces faits exceptionnels ne doivent pas faire oublier les autres. Sur mille tumeurs développées sous l'influence de la maladie cancéreuse, il y en a une peut-être dont le blastème obéit entièrement, comme les blastèmes normaux, à la loi d'analogie de formation; mais les neuf cent quatre-vingt-dixneuf autres cas, où le produit accidentel renferme des cléments hétéromorphes, prouvent suffisamment que le blastème cancéreux possède des propriétés spéciales, qu'il est, par conséquent, d'une nature particulière.
Parlons maintenant du développement des pseudoplasmes homœomorphes. Nous allons voir, comme dans les cas qui précèdent, la matière organique du blastème dominée tour à tour ou à la fois par les deux ordres d'influences que nous avons déjà reconnues : d'une
, part, la tendance propre du blastème qui est disposé à s'organiser
' "d'une certaine manière; d'une autre part, la loi d'analogie de formation qui tend à reproduire, dans le tissu accidentel, la structure du tissu adjacent.
Lorsqu'une tumeur fibreuse ou fîbroïde se développe dans le tissu ^spongieux des os, dans le foie, dans le cerveau, organes qui renferment peu ou point de tissu conjonctif (I) ; lorsque des éléments fibreux se forment dans la gangue des cartilages articulaires ; lorsque des productions cartilagineuses ou osseuses occupent le testicule,
(1) Sur l'absence de tissu conjonctif dans la substance glandulaire propre du foie, voyez mes recherches sur la structure du foie dans le Bull, de la Soc. anaf., 1855, p. 470, et dans VAllas d'anatomie descriptive, par Bonamy et Broca, t. ill, planche 30 bis.
la mamelle ou les ganglions lymphatiques ; lorsque des culs-de-sac glandulaires ou des kystes pileux se produisent à une dislance noUible de tout organe glandulaire ou pileux, — par exemple, entre l'aponévrose épicrànienne et le péricrâne ou entre le muscle digastrique et le corps du maxillaire inl'érieur, comme j'en ai vu un cas sur un cheval ; — en un mot, lorsqu'il n'y a aucune analogie de structure entre le tissu accidentel et les parties adjacentes, on est bien obligé d'admettre que le blastème pathologique s'est organisé malgré la loi d'analogie et en vertu de sa tendance propre, et on est obligé, en outre, d'admettre que chaque espèce de tissu accidentel se forme aux dépens d'un blastème particulier. La différence des effets dénonce ici la différence des causes. Pour qu'une tumeur cartilagineuse naisse dans l'épaisseur de la mamelle, il faut de toute nécessité que le blastème porte en lui la propriété de s'organiser en éléments de cartilages. Autre est la propriété du blastème qui donne naissance aux éléments fibreux ou fibroplastiques dans des organes qui ne renferment, à l'état normal, aucun élément de cette nature ; — autre, le blastème qui s'organise en cavités glandulaires ou en follicules pileux dans des régions où l'anatomie ne connaît ni poils ni glande, etc. On ne peut donc s'empêcher de reconnaître la multiplicité des blastèmes pathologiques à tendance homœomorphe. Sont-ils semblables aux blastèmes normaux qui forment ou nourrissent les tissus analogues à ceux de ces pseudoplasmes? Cela paraît assez probable On sait que beaucoup de lipomes ont une structure tout h fait semblable à celle de la graisse normale et que le tissu de certains chondrômes ressemble d'une manière frappante à celm des masses cartilagineuses épiphysaires. En dehors de ces deux exemples, il est rare qu'il y ait identité parfaite de structure entre un tissu accidentel homœomorphe et le tissu normal qui lui correspond ; les éléments anatomiques présentent souvent de légères différences de forme et plus souvent encore de grandes différences de disposition, de telle sorte que l'analogie de texture pourrait être méconnue si on se bornait à constater les caractères visibles à l'œil nu. Mais ces différences, grandes ou petites, se comprennent très-bien lorsqu on songe nue 11 tendance propre des blastèmes normaux est toujours aidec Zl V'c!TZo,ie\e formation, tandis que celle des blastèmes mtl ologiques est? au contraire, dans beaucoup de cas, contrariée S itict ion de c tte loi. 11 n'y a donc pas de raison suffisante pour nier la ressemblance des blastèmes pathologiques homœomorphes et des blastèmes normaux correspondants. ^,u.\^mes J'admets, comme on voit, la ressemblance respective des blastèmes
normaux et des blastèmes pathologiques homœomorphes. Mais ressemblance ne veut pas dire identité. Deux blastèmes peuvent posséder la même tendance sans la posséder au même degré, et les tissus qui y naissent, quoique formés d'éléments semblables ou analogues, peuvent beaucoup différer entre eux par leur nature et par leurs propriétés. Ainsi, par exemple, je pense que les tumeurs fibreuses et les tumeurs fibroplastiques proviennent d'un blastème semblable au blastème normal du tissu fibreux, et cependant ces deux pseudoplasraes, quoique reliés l'un à l'autre par une multitude de nuances intermédiaires, ont des caractères anatomiques et chimiques notablement différents. De même, les tumeurs cartilagineuses, ostéo-carlilagineuses et osseuses forment un seul groupe au point de vue anatomique, car l'état cartilagineux peut être considéré comme un commencement d'ossification, et il est difficile de ne pas croire à la similitude de leurs blastèmes. Mais ces blastèmes ne sont pas identiques; s'ils l'étaient, ils s'organiseraient toujours de la môme manière dans les mêmes conditions; oïi ne verrait pas dans la môme partie du même os naître spontanément, tantôt une tumeur osseuse et tantôt une tumeur cartilagineuse. De même encore, je ne puis croire que ce soit un seul et unique blastème qui produise à la fois les cellules de l'épiderme normal, celles des cors, des oignons, des durillons, des cornes, des kystes sébacés, et celles des épithéliômes. Il faut que les blastèmes de ces diverses productions épithéliales se ressemblent, puisqu'ils tendent à s'organiser en éléments de môme ordre; mais il faut aussi qu'il y ait entre eux des différences, puisque les résultats définitifs sont si divers.
Ainsi, non-seulement toutes les productions accidentelles ne dérivent pas d'un blastème unique, non-seulement les blastèmes pathologiques homœomorphes se divisent en un certain nombre de groupes ayant pour type l'un des blastèmes normaux, mais il y a dans chacun de ces groupes des variétés qui s'éloignent plus ou moins du blastème normal correspondant.
§ G. — Influence de la région.
On vient de voir que les éléments des produc tions homœomorphes sont semblables tantôt à ceux du tissu ou de l'organe affecté, tantôt h ceux d'un tissu ou d'un organe plus ou moins éloigné. Je désignerai par abréviation sous les noms de similaires et de dissimilaires ces deux catégories de productions homœomorphes.
Le trouble de nutrition qui donne lieu à la formation des produc-
lions cîissimilaires a 616 d6sign6 par M. Lebert sous le nom d'hétérotopie, qui indique une erreur de lieu. Avec une théorie différente, M. Virchow a employé le môme mot pour caracl6riser le même pli6nomône. Ce mot est excellent et mérite d'être conservé.
L'hétcrotopie est le meilleur argument qu'on puisse invoquer en faveur de la multiplicité des blastèmes. C'est le triomphe des propri6l6s du blasième sur la loi d'analogie de formation. Les exemples que j'ai déjà cités prouvent quel'hétérotopie est loin d'être rare ; et l'on va voir qu'elle est plus commune qu'on ne pourrait être au premier abord tenté de le croire. Beaucoup de productions accidentelles, en effet, ont une structure analogue à celle des éléments normaux de la région affectée,' sans être pour cela similaires. Elles ressemblent, non au tissu où elles sont nées, mais au tissu de quelque organe voisin. Je chercherai tout à l'heure en quoi consiste cette action de voisinage, qu'il ne faut pas confondre avec Vaction de contact de la loi d'analogie. Faute d'avoir établi cette distinction, on a considérablement augmenté le nombre des pseudoplasmes similaires, et on a attribué à la loi d'analogie beaucoup de résultats auxquels elle est tout à fait étrangère.
Examinons d'abord les principaux pseudoplasmes réputés similaires; nous montrerons ensuite que, malgré les apparences, plusieurs d'entre eux sont réellement dissimilaires. Presque toutes les tumeurs osseuses ou cartilagineuses ont leur siège dans les os, ou à leur surface, ou dans leur voisinage plus ou moins imm6diat ; presque toutes les productions accidentelles de tissu glandulaire ont leur point de départ soit dans le tissu môme des glandes, soit dans leur atmosphère celluleuse ; presque toutes, je devrais peut-être dire toutes les tumeurs à structure épithéliale débutent sur les membranes naturellement tapissées d'épithélium; les tumeurs papillaires se forment seulement là où l'on trouve des papilles à l'état normal; les kystes se développent presque toujours dans des cavités préexistantes, normales ou accidentelles ; les tumeurs si communes qu'on désigne sous le nom de corps fibreux de l'utérus, possèdent une structure analogue à celle du tissu propre de la matrice (tissu conjonctif et libres musculaires de la vie organique); les tumeurs dites myéloïdes, composées de plaques à noyaux multiples, élément normal du suc médullaire des os chez le fœtus et les jeunes enfants, ont pour siège à peu près exclusif le tissu osseux. Ajoutons que les lipômes se développent presque sans exception dans les couches de tissu conjonctif où la graisse tend naturellcmenl à se déposer ; que les tumeurs érectiles se montrenldc préférence dans les parties riches en vaisseaux
capillaires, et que les tumeurs fibreuses ou ûbro-plastiques, quoique pouvant se former dans presque tous les organes, ont une prédilection marquée pour ceux qui renferment dans leur trame beaucoup de tissu conjonctif ou de tissu fibreux.
On voit, d'après cela, que la plupart des productions homœomorphes sont formées d'éléments semblables à ceux de quelque tissu voisin. Lorsqu'on cherche la cause de cette analogie de structure, on est conduit au premier abord à invoquer la loi d'analogie de formation, et l'origine de tous les pseudoplasmes que je viens d'énumérer paraît ainsi d'une grande simplicité. Il semble suffisant d'admettre qu'un blastème quelconque soit exhalé et subisse , en s'organisant, l'influence assimilatrice des parties environnantes. On est môme disposé à croire que les propriétés particulières de ce blastème ne jouent aucun rôle dans cette organisation, soit qu'elles soient tout à fait nulles, soit qu'elles soient trop faibles pour lutter contre la loi d'analogie; enfin, ceux qui aiment la simplicité supposent volontiers que toutes les productions réputées similaires naissent d'un seul et même blastème, celui-ci n'ayant d'autre propriété que celle d'imiter la structure des tissus voisins. Mais, lorsqu'on y regarde de plus près, on trouve que la formation de ces pseudoplasmes est beaucoup moins simple, beaucoup moins uniforme qu'on ne l'a supposé jusqu'ici.
Il faut avant tout se garder d'attribuer à la loi d'analogie certains résultats qui dépendent bien plutôt des propriétés particulières des blaslèmes. L'influence assimilatrice ne peut être exercée sur un blastème que par les tissus avec lesquels il est en contact immédiat. Lorsque des cellules épithéliales se produisent dans l'épahseur du derme, pour constituer les tumeurs connues sous le nom d'épi (héliôme, est-ce parce que le blastème a obéi à la loi d'analogie? Nullement, car l'action de cette loi aurait donné au blastème l'organisation des fibres du derme avec lesquelles il est en contact, au lieu de lui donner l'organisation de l'épiderme, qui est situé bien près de là sans doute, mais qui est moins proche que les éléments du derme. C'est donc en vertu de sa tendance propre que le blastème, malgré le conUict du tissu fibreux, s'organise en éléments épilhéliaux, et ce qui le prouve, c'est que quelquefois ce blastème, absorbé par les vaisseaux lymphatiques et entraîné jusqu'aux ganglions, conlinue à produire des cellules épithéliales qui s'accumulent dans ces ganglions et y forment des tumeurs secondaires dont la composi tion élémentaire n'a aucune analogie avec celle des parties environnantes.
Mais, si ce n'est pas la loi d'analogie qui impose à l'épithéliôme
sa structure, comment se fait-il donc que cette espèce de tumeur débute toujours (ou au moins presque toujours) dans l'épaisseur de l'une des membranes dont la surface, à l'état normal, sécrète incessamment de l'épithélium? Pourquoi le blaslème à tendance épithéliale n'est-il jamais sécrété primitivement dans les autres tissus? A cela je pourrais répondre d'abord que quelques auteurs ont parlé de tumeurs épithéliales qui auraient débuté dans des organes qui, comme les os, ne renferment à l'état sain aucune trace d'épitbélium. Mais leurs observations ne m'ont pas paru concluantes, et, n'ayant jamais vu rien de semblable par moi-même, je ne puis jusqu'ici considérer la chose comme démontrée, bien qu'elle me paraisse parfaitement possible. Quoi qu'il en soit, la prédilection sinon exclusive, du moins à peu près exclusive, de l'épithéliôme pour les membranes à épithélium est un fait parfaitement avéré et que personne, je pense, ne niera. Lorsqu'on cherche l'explication de ce phénomène, en le comparant à d'autres phénomènes de môme ordre, on est conduit à reconnaître que la sécrétion des blastèmes pathologiques est, dans une certaine mesure, soumise à une influence que j'appellerai Vinfluence de la région.
C'est l'influence de la région qui, dans la première ébauche embryonnaire, distribue les différents blastèmes dansles points respectifs où le plan de l'organisme appelle la formation des divers tissus et des divers organes; c'est elle qui tend à maintenir ce plan ou à le rétablir lorsqu'il est dérangé; c'est elle qui, chez certains animaux inférieurs, tels que les polypes d'eau douce, fait régénérer intégralement les parties amputées et fait pousser, par exemple, une tête sur le segment caudal, une queue sur le segment céphalique d'un corps coupé en travers;. c'est elle qui, chez certains animaux plus élevés dans l'échelle et pourvus de circulation, comme les salamandres, fait affluer dans le moignon de la queue amputée les blastèmes spéciaux capables de reproduire une queue nouvelle, qui fait repousser encore, à la place de la patte excisée, une autre patte complète avec ses os, ses articulations et ses muscles, qui fait même, au dire de Dugès, former un œil nouveau à la place d'un extirpé (1). Plusieurs autres reptiles possèdent, comme la salamandre, la pro-
(I) Uugès, Traité de phijsiologie comparée, Montpellier, 1839, in-S, t. III, p. 185- 105 Voyez surtout la page 189 de ce chapitre important inlitulc : Delà reproduction partielle. Les anciens connaissaient la reproduction de la queue des lézards, et a régénération de la tête des lombrics. Les expériences de Spallauz-ani relatives à la reproduction de la tcle des limaçons ont montré que cette téle repousse toutes les fois que l'amputation est pratiquée au-dessus du ganglion œsophagien.
priété de régénérer certains organes très-complexes, et de recouvrer ainsi, sous le rapport de la forme et sous celui de la fonction, le type primitif de leur corps, après de graves mutilations. Les faits de ce genre sont tellement embarrassants qu'on conçoit, sans la partager, la tendance de certains esprits à placer dans chaque organisme indépendant un principe conservateur et intelligent, une sorte d'arcbéc ou d'architecte, qu'on a désigné tour à tour sous les noms d'âme végétative ou de nature médicatrice. Ce n'est qu'un rêve d'une autre époque, conçu dans les temps d'ignorance où les sciences essayaient à peine leurs premiers pas. La matière, aujourd'hui, n'a plus de ces fantaisies ; elle obéit en esclave à des lois, connues ou inconnues, mais aveugles et immuables, lois qu'on reconnaît à leurs effets, dont on ignore à jamais l'essence, et dont il est stérile et oiseux de chercher la cause première. Partout où des conditions déterminées donnent lieu à un phénomène constant, la loi est évidente, encore bien qu'elle ne soit pas toujours facile à formuler.
C'est surtout dans le monde organisé que la multiplicité et la complexité des lois rend difficile la détermination de la part qui revient à chacune d'elles. Tantôt on est tenté d'attribuer à plusieurs lois différentes des effets distincts que des rapprochements ultérieurs permettront de rapporter à une seule; d'autres fois, au contraire, on croit ne voir qu'une seule loi là oh plus tard une étude plus approfondie en fera reconnaître plusieurs.
La régularité des phénomènes du développement, de l'accroissement et de la nutrition, révèle l'existence d'une loi qui, chez tous les êtres organisés, préside à la répartition des sucs nourriciers, c'està-dire des blastèmes, qui les distribue dans leurs régions respectives, et il est infiniment probable que c'est la même loi qui préside à la régénération des parties détruites. Dans les organismes simples, comme l'embryon naissant et les animaux inférieurs, cette loi fonctionne avec une précision, une régularité et une puissance remarquables; mais dans les êtres plus compliqués, doués de tissus plus parfaits, plus nombreux et plus distincts, les effets en sont masqués ou atténués par l'action prédominante des autres lois de la vie supérieure. — La loi de répartition des blastèmes ne suffirait plus à assurer le mécanisme de la nutrition d'organes complexes où sont rassemblés, mêlés et presque confondus plusieurs tissus d'espèces très-différentes; elle est donc subordonnée à la loi d'analogie de formation qui permet à chaque tissu de s'assimiler le blastème le plus voisin. La régularité de la nutrition se trouve ainsi assurée, mais en même temps, et par cela même, la régénération des parties
^08 rORMATION DES PRODUCTIONS ACCIDENTELLES.
délruites ou enlevées devient plus difficile et plus restreinte. Jamais, chez les animaux supérieurs, les organes très-complexes ne se reproduisent. La régénération ne s'observe plus que dans un cerlain nombre de tissus ou d'organes peu compliqués, et môme alors, la loi d'analogie de formation masque le plus souvent les ell'cts de la loi de répartition des blastcmes. Celle-ci est reléguée au second rang; elle ne se manifeste plus que comme une tendance en vertu de laquelle les diverses régions du corps sont disposées à produire ou à attirer certains blastèmcs. Cette tendance ne révèle isolément son influence d'une manière distincte que lorsqu'une cause quelconque, extérieure ou intérieure, dérange accidentellement l'équilibre delà nutrition; c'est elle que j'ai désignée sous le nom d'influence de la région.
Prouvons par des exemples que cette analyse n'est pas une subtilité et que l'influence de la région est tout à fait distincte delà loi d'analogie. Cela est évident pour les êtres inférieurs qui possèdent la propriété de régénérer leurs membres amputés. Mais nous parlons maintenant des animaux supérieurs, et spécialement de l'homme.
Beaucoup d'observations ont prouvé qu'après l'ablation du cristallin un nouveau cristallin se reproduit souvent. Les éléments de ce nouveau cristallin s'organisent en vertu de la tendance propre du blastcme et non en vertu de la loi d'analogie, puisque l'organe primitif a été complètement enlevé. Mais on objectera peut-être que l'ablation n'était pas tout à fait complète, qu'il restait dans la capsule cristalline quelques débris del'ancien cristallin et que ces débris ont servi de modèle à l'organisation régénératrice. Cela est peu probable; mais, pour échapper à l'objection, nous prendrons d'autres exemples. On a vu une côte se régénérer aux dépens d'un blastème sécrété par les muscles ou le tissu cellulaire environnant, après l'ablation d'un segment long de 6 centimètres, comprenant à la fois l'os et le périoste; l'écartement des fragments était maintenu par la résistance des côtes voisines. Dans cette expérience, faite parMedici sur un jeune mouton, le périoste avait été enlevé h dessein. C'étaient donc les parties molles environnantes qui avaient sécrété la lymphe plastique, et celle-ci, malgré la tendance habituelle des blaslèmes traumatiques à s'organiser en tissu fibreux, s'organisa en tissu osseux en vertu d'une tendance particulière qu'il est difficile de ne pas attribuer à l'influence de la région (I). Toutefois, l'existence d'une
(1) M Flourens a vu chez les oiseaux les os du crâne se régénérer après l'ablation (lu péricràne et .le la dure-mère. 11 suppose que ces deux membranes se sonl d abord reproduites, et qu'elles ont ensuite engendré l'os nouveau. Cette supposition esi
i surface osseuse coupée en travers aux deux extrémités du foyer laisse i à la rigueur la ressource de supposer que la production osseuse > a, pour ainsi dire, bourgeonné sur chaque fragment, qu'elle a fini par s'étendre de proche en proche, en vertu de la loi d'analogie, et I par déterminer ainsi l'ossificalion de la totalité du blastème. Mais cette ressource fait défaut dans les cas analogues à celui qui suit et j que j'ai observé à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Blandin. Ce chirurgien réséqua pour une carie le tiers moyen du radius, enlevant à la ; fois l'os et le périoste. Le malade guérit et mourut quelques années i après d'une autre maladie. Une longue corde fibreuse, épaisse de I plusieurs millimètres, s'était formée à la place de l'os enlevé et unissait les deux fragments, dont l'écartement avait été maintenu par la , résistance du cubitus. A la partie moyenne de cette corde, on trouvait deux ou trois points d'ossification gros comme de petits haricots i et n'ayant absolument aucune connexion avec le squelette. Quelle ' était la cause de cette ossification du blastème réparateur ? Etait-ce la loi d'analogie? Non, puisque les parties du tissu de formation i nouvelle qui étaient en continuité avec les os n'étaient pas ossifiées, tandis que l'ossification s'était produite précisément dans les points les plus éloignés des deux extrémités osseuses. Les points d'ossification, entourés de toute part de tissus fibreux, conjonctif ou musculaire, s'étaient donc formés malgré la loi d'analogie et en vertu d'une propriété spéciale de cette partie du blastème. D'où venait cette propriété ? Dépendait-elle de la cause traumatique ? Mais les blastèmes traumaliques ordinaires ne tendent pas à s'ossifier, si ce n'est au contact du tissu osseux. Dépendait-elle de la nature des tissus qui entouraient le foyer de l'opération? Mais le périoste avait été réséqué en L môme temps que l'os et les autres parties molles n'ont aucune tendance naturelle à produire du tissu osseux. En vertu de quelle influence le tissu conjonctif ou les muscles avaient-ils donc pu verser dans le centre du foyer un blastème ossifique? On ne peut mécon- '< naître ici Vinfluence de la région. Les cas de ce genre sont d'ailleurs loin d'être rares, car il est fréquent de trouver des points osseux isolés au centre du cal fibreux qui réunit les deux fragments des fractures, lorsque la consolidation est empêchée par un trop grand écartement.
On pourrait encore objecter, toutefois, que, dans les cas qui précèdent, il y a aux deux extrémités du foyer une surface osseuse avivée qui a pu fournir un peu de blastème ossifique. Il serait bien
toute graluile. Mais, alors même qu'elle serait exacte, le fait n'en conserverait pas moins toute sa signification. (Archives générales de médecine, I8;9, t. XXI, p. 30G.)
singulier, il est vrai, que celui-ci, au lieu de se môler à la lymphe plastique fournie par les parties molles, se fût concentré et organisé exclusivement sous forme d'îlots sans connexion avec le squelette. Cette explication aurait donc h son tour besoin d'être expliquée. Mais voici un autre exemple que j'emprunte encore à la pathologie du système osseux et qui met en évidence l'influence de la région. C'est celui des corps étrangers spontanés des articulations, lesquels se forment surtout dans cette variété très-fréquente d'arthrite chronique que M. Deville a bien étudiée sous le nom d'arthrite sèche et que j'ai longuement décrite en 1850 dans le compte rendu de la Société anatomique (1). Dans cette affection, tous les tissus qui entourent l'articulation, et notamment le tissu conjonctif sous-synovial, tendent à sécréter des blastèmes qui s'organisent soit en cartilage, soit en os. Ces productions accidentelles n'ont aucune connexion avec le squelette. Ce sont des masses plus ou moins arrondies, mobiles dans le tissu conjonctif ; souvent elles soulèvent la membrane synoviale, font dans la cavité articulaire une saillie d'abord sessile, puis pédiculée, et finissent enfin par devenir tout à fait libres par suite de la rupture de leur pédicule. Telle est l'origine ordinaire des corps étrangers spontanés des articulations. Je demande maintenant pourquoi ces corps s'ossifient malgré la loi d'analogie de formation. Ce ne peut être qu'en vertu de la tendance propre du blastème : celui-ci ne vient pas des os, car il n'y a aucune voie de communication entre le siège du corps étranger et la surface de l'os le plus voisin ; c'est donc le tissu conjonctif qui a sécrété un blastème à tendance cartilagineuse ou osseuse, comme si ce blastème, destiné à la nutrition du squelette, s'était trompé de chemin, et une pareille erreur est une véritable hétérotopie. Mais il y a ceci de remarquable que ces petites tumeurs osseuses ou cartilagineuses, qui se forment quelquefois par vingtaines et autour de plusieurs articulations chez les individus atteints de rhumatisme chronique, sont toujours situées dans les régions articulaires, à proximité du tissu osseux et du tissu cartilagineux normal. Des corps étrangers se forment par un mécanisme analogue dans la tunique vaginale, dans le péritoine, dans les bourses synoviales, tendineuses ou musculaires, normales ou accidentelles; mais leur structure n'est ni cartilagineuse ni osseuse. A quoi tient cette diff'érence ? à l'influence de la région. Cela est si vrai que lorsqu'une synoviale accidentelle se forme au contact des os, elle devient apte à produire des corps étrangers
(1) Bull, de la Soc. anat., 1850, t. XXV, p. 435 à 455.
osseux. John Hunter a trouvé de ces corps étrangers dans une pseudarlhrose de l'humérus. — J'en ai vu moi-môme plusieurs dans une bourse muqueuse, anormalement développée, qui reposait directement sur le périoste de l'ischion (1). L'os était du reste sain, ainsi que son périoste. La bourse muqueuse seule était altérée; elle était le siège d'une inflammation chronique et l'ossification du blastème ne pouvait être attribuée qu'à la proximité de l'os, c'est-à-dire à l'influence de la région.
C'est à la même influence qu'on doit rapporter le développement assez fréquent, dans les ligaments larges et dans le tissu conjonctif périutérin, de tumeurs tout à fait semblables à celles qui portent le nom de corps fibreux de l'utérus et qui, malgré cette dénomination, renferment dans leur structure, outre du tissu fibreux, du tissu musculaire de la vie organique {fibres-cellules de Kolliker). Cette ressemblance a i'Axi supposer que les corps fibreux périutérins se formaient primitivement dans l'utérus et s'en échappaient ensuite pour s'égarer dans le tissu cellulaire; il en est quelquefois ainsi, mais j'ai pu m'assurer plusieurs fois que ces tumeurs s'étaient réellement formées sur place; j'en ai vu dont le volume dépassait à peine celui d'un pois et qui étaient situées dans les ligaments larges, à plusieurs centimètres de l'utérus, et, quoiqu'il fût évident qu'elles ne venaient pas de ce dernier organe, elles renfermaient des fibres-cellules semblables à celles de l'utérus en état de gestation.
L'influence de la région se fait sentir aussi sur les productions accidentelles de tissu glandulaire. On trouve souvent, dans l'atmosphère celluleuse qui entoure la mamelle, des tumeurs de structure glandulaire qui sont tout à fait isolées de la glande elle-même. Si l'on admettait, avec M. Velpeau, que cet isolement fût primitif, l'influence de la région deviendrait évidente ; mais la chose étant trèscontestable, je prendrai d'autres exemples. La peau est souvent le siège d'une variété de tumeur glandulaire constituée parle développement anormal d'un grand nombre de glandes sébacées ou de glandes sudoripares. Je les décrirai plus loin sous le nom d'adénomes multi glandulaires. Lorsque ces tumeurs sont limitées à la peau, il est permis de croire qu'elles sont dues à l'ampliation des glandes normales ; mais lorsqu'elles se propagent aux parties profondes, lorsqu'on trouve dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans le tissu cellulaire sous-aponévro tique, des cavités glandulaires parfaitement isolées et sans conduits excréteurs, on ne peut méconnaître l'exis-
(1) Bu/L (le la Soc. auat., 1851, t. XXVI, p. 133.
lence d'un travail pathologique qui a créé un grand nombre de petites glandes nouvelles. Je conserve un doigt qui a été amputé par M. Huguier et que j'ai présenté à la Société de chirurgie. Sur cette pièce, des glandes innombrables, analogues aux glandes sudoripares et grosses comme des tûtes d'épingle, sont dispersées non-seulement sous la peau, mais encore sous l'aponévrose et sous le tendon extenseur, et môme en quelques points jusque sous le périoste de la deuxième phalange. Du reste, l'aponévrose et le périoste ne sont nullement détruits; ils sont, au contraire, épaissis et forment des plans résistants qui divisent la tumeur en trois couches, l'une souscutanée, l'autre sous-aponévrotique, et la troisième sous-périostale. 11 n'y a donc aucune continuité entre les glandes superficielles et les glandes profondes; celles-ci, n'ayant pu se former en vertu de la loi d'analogie, doivent certainement leur organisation aux propriétés du blastème ; et quelle cause, si ce n'est l'influence de la région, aurait pu faire sécréter ce blastème à tendance glandulaire dans des tissus qui n'ont avec les glandes aucune analogie de structure (1)?
Les kystes sébacés, si communs dans la région du cuir chevelu, paraissent formés par la dilatation d'une glande sébacée dont le goulot est oblitéré. J'admets, pour ma part, ce mécanisme, qui est facile à démontrer dans quelques cas et qui est probable dans beaucoup d'autres. Mais il y a des cas où la formation d'organes nouveaux est incontestable : c'est lorsque la paroi du kyste donne implantation à plusieurs poils provenant chacun d'un follicule pileux distinct. S'il n'y avait qu'un seul poil, on pourrait croire que c'est celui qui est naturellement associé à la glande dilatée. Mais il y en a quelquefois une dizaine, une vingtaine et même davantage. Alors, quelle que soit l'origine du kyste lui-môme, il faut de toute nécessité que des follicules pileux se soient formés dans sa paroi. Ces organes de formation nouvelle n'ont aucune continuité avec ceux dont ils imitent la slruclure, et si le blastème s'est organisé de lui-même en follicules pileux, c'est parce qu'il a été sécrété dans une région très-riche en organes semblables.
Je pourrais citer d'autres exemples; mais ceux qui précèdent suffisent amplement pour démontrer l'influence de la région sur la nature et les propriétés des blastèmes pathologiques homœomorphes. On dirait (je ne donne pas ceci comme une explication, mais seulement comme un moyen de rendre ma pensée plus claire), on dirait
(I) CeUe pièce sera décrite et figurée dans la deuxième partie de cet ouvrage,
art. POLYADÉNÙJIE.
MULTIPLICITÉ DES BLASTÈMES. H3
que les productions dissimilaires sont le résultat d'une déviation des blastèmes normaux, lesquels, au lieu de se rendre vers leurs tissus respectifs, s'écartent de leur destination et s'égarent dans les parties environnantes. Si l'hétérotopie est le résultat de cette erreur de lieu, on conçoit que les tissus accidentels dissimilaires, quoique pouvant se produire partout, aient une prédilection marquée pour les régions où des tissus de même structure existent à l'état normal. Je répète que ceci n'est pas une explication ; ce n'est pas môme une supposition; ce n'est qu'une image destinée à faire comprendre ce que j'appelle l'influence de la région. Je n'exagère pas la part de cette influence, mais je crois avoir prouvé qu'elle existe réellement et qu'elle est la cause de beaucoup de phénomènes qu'on attribue, bien à tort, à la loi d'analogie de formation. Je regrette d'être obligé de restreindre ainsi considérablement les applications de cette loi, si simple et si séduisante, et de compliquer la doctrine des tumeurs en multipliant les faits de l'hétérotopie et en faisant intervenir une nouvelle influence dont il m'est impossible d'expliquer l'action. Mais on n'explique pas davantage l'action de la loi d'analogie, et d'une manière générale, on n'explique aucune des lois de la nature; on les reconnaît à leurs effets, et lorsque ces effets manquent de constance, on doit en conclure, non que la nature a des caprices, mais que d'autres lois ou d'autres influences ont agi sur la matière.
§ 7. — Remarques supplémentaires et conclusion sur les blastèmes.
Dans tous les faits d'hétérotopie que je viens d'examiner, la loi d'analogie de formation est dominée par la tendance propre du blastème. Lorsque, au contraire, l'action de cette loi devient prépondérante, le pseudoplasme est similaire, c'est-à-dire qu'il se compose d'éléments anatomiques analogues à ceux du tissu affecté. Toutefois malgré cette analogie de structure élémentaire, la texture des pseudoplasmes similaires peut différer beaucoup de celle de l'organe où ils ont pris naissance et môme de celle de tous les tissus normaux. Les tissus en effet, ne sont pas caractérisés seulement par la nature de eurs éléments, mais encore par leur arrangement, par leur disposition relative et cela est évident surtout pour les tissus compliqués formés par l'agencement régulier de plusieurs ordres d'éléments anatomiques. Toutes les glandes à conduit excréteur, à l'exception du foic qui ne possède pas de stroma cellulo-fibreux, ont la raème structure élémentaire, et cependant elles diffèrent notablement entre elles par leur texture. Le tissu de la parotide ne ressemble ni à celui
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de la sous-maxillaire ni h celui de la mamelle. Ce sont les mômes clémcnls, mais en proportions diverses et diversement disposés. Cet exemple permet de comprendre pourquoi certains pseudoplasmes similaires peuvent n'avoir ni le mûme aspect ni la môme texture que les tissus au sein desquels ils se sont formés; et, d'une manière plus générale, pourquoi des productions accidentelles, quoique composées d'éléments semblables à certains éléments normaux, peuvent cependant ne ressembler à aucun tissu normal et être, par conséquent, à la fois homœomorphes et hétérologues. J'ai déjà expliqué le sens et la portée de ces deux mots, qui n'impliquent point contradiction puisqu'ils expriment des idées d'ordre différent.
Il y a une autre circonstance qui donne quelquefois aux pseudoplasmes similaires une apparence dissimilaire. C'est lorsque leurs éléments sont au nombre de ceux qui, dans les formations normales, passent par un état transitoire avant d'atteindre leur structure définitive. Tel est l'état cartilagineux par rapport à l'état osseux. Une tumeur cartilagineuse développée sous le périoste ou dans l'épaisseur du tissu spongieux devra être considérée comme similaire, puisque dans les premiers âges de la vie et jusqu'à la fin de la croissance, une partie du squelette reste à l'état cartilagineux ; le blastème de ces chondrômes, au lieu de subir une évolution complète et d'arriver à l'ossification proprement dite, s'arrête au milieu de son développement et revêt une structure qui diffère notablement, à l'œil nu comme au microscope, de celle du tissu environnant. Les pseudoplasmes fibroplastiques fournissent un autre exemple comparable au précédent. On a déjà vu que les éléments fibroplastiques sont aux tissus conjonctif et fibreux ce que l'état cartilagineux est à l'état osseux : une forme transitoire précédant l'organisation définitive. Une tumeur fibroplastique qui naît au milieu du tissu conjonctif ou du tissu fibreux est donc un pseudoplasme similaire au même titre qu'un chondrôme développé dans un os ; mais c'est un tissu incomplètement formé et paraissant dissimilaire, quoique pouvant s'être oro-anisé sous l'influence de la loi d'analogie.
L'étude des productions hétéromorphes et celle des productions homœomorpbes dissimilaires nous a montré combien est erronée la doctrine de ceux qui n'admettent qu'un seul blastème pathologique. Pourrons-nous du moins accepter l'unité du blastème pour les pseudoplasmes similaires? Pourrons-nous expliquer leur formation au moyen d'un blastème unique entraîné par la loi d'analogie? Aous sommes encore obligés de répondre que non. La loi d'analogie, c'est-à-dire la propriété d'assimilation organique.
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étant toujours la môme dans le môme tissu, si le blastème primordial était le môme aussi, les pseudoplasmes similaires auraient toujours dans le môme siège une structure et une texture identiques. Il n'en est rien. On vient de voir que les tumeurs similaires du squelette sont tantôt osseuses, tantôt cartilagineuses. Cette différence ne peut tenir qu'à la différence des blastèmes. Le tissu fibreux accidentel similaire se développe tantôt par l'organisation directe du blastème en fibres, tantôt par l'intermédiaire de l'état flbroplastique, et dans ce dernier cas l'état flbroplastique est tantôt transitoire, tantôt permanent. Ces diverses éventualités peuvent s'observer dans des pseudoplasmes occupant exactement le môme siège ; elles sont, par conséquent, indépendantes de la loi d'analogie et ne peuvent dépen- |l dre que de la différence des blastèmes. Les adénômes et les autres espèces de tumeurs hypertrophiques de la glande mammaire présentent, avec une composition élémentaire constante, les textures les plus variées en rapport avec les proportions relatives du stroma et des culs-de-sac glandulaires; leurs formes extrêmes diffèrent tellement par leurs caractères extérieurs, que le microscope seul, en pénétrant dans leur structure élémentaire, a pu permettre d'établir entre elles un rapprocbement. Si deux tumeurs similaires, développées dans la même partie de la môme glande, peuvent revêtir des formes si dissemblables, à tel point que les unes soient homologues et les autres hétérologues, la cause de ces variations ne peut être cherchée que dans les blastèmes. Je ne crois pas devoir multiplier davantage les exemples pour prouver que l'unité des blastèmes est entièrement chimérique, môme dans les cas où l'action prédominante de la loi d'analogie, en donnant aux pseudoplasmes une organisation similaire, réduit au minimum l'influence des propriétés de leurs blastèmes. Nous sommes donc conduit, après cette longue analyse, à émettre la proposition suivante : Il y a autant de blastèmes pathologiques différents qu'il y a d'espèces de productions accidentelles soit homœomorphes, soit hétéromorphes.
C'est bien à regret et en quelque sorte malgré moi que je me suis lancé dans des considérations si étendues sur les blastèmes c'est à dire sur un sujet qui, dans beaucoup de cas, ne rentre pas directement dans le domaine de l'observation. Mais c'est précisément parce que le blastème échappe souvent à l'observation que les unitaires en ont fait le principal fondement de leur doctrine. J'ai dû les suivre sur ce terrain théorique, procéder comme eux par voie- de raisonne ment et démontrer qu'il est impossible d'interpréter les faits dans le sens de leur système.