CAUSES DIATHÉSIQUES ET CAUSES LOCALES
chondrômes multiples, les fibrômes multiples, etc., sont également
l'indice d'une disposition étiologique généralisée dans toute l'éco- 1, nomie, ou du moins dans un grand nombre de régions du corps. ' Ces diverses tumeurs, à cause de leur multiplicité, ne peuvent être
considérées comme le résultat d'un trouble de nutrition purement I local; on est donc obligé de les attribuer à une prédisposition ré- ' - pandue dans l'organisme; nous désignerons cette prédisposition
sous le nom àe diaihèse. Nous y reviendrons tout à l'heure. La multiplicité des tumeurs est donc l'indice d'une cause plus ou
I moins générale, mais il n'en résulte nullement que les tumeurs uniques soient par cela môme dues à des causes purement locales. Le cancer, qui est le prototype des tumeurs diathésiques, débute presque toujours par le développement d'une seule tumeur. Celle-ci peut j rester unique pendant plusieurs années, et môme jusqu'à la mort du i malade. Elle n'est pourtant pas purement locale, car si on l'enlève complètement par une opération, elle récidive au bout d'un temps variable, et quelquefois dans une région très-éloignée du premier I siège du mal. Enfin, lors môme qu'une influence locale bien déterminée, comme une contusion ou une action mécanique, a précédé et I provoqué le développement de la tumeur, on n'a pas une certitude complète que les causes générales soient tout à fait étrangères à l'étiologie du mal, puisqu'on a vu des cancers (et ce ne sont pas les moins graves) se développer à la suite d'un accident tout à fait local. I Ces faits, dont le vulgaire exagère singulièrement la fréquence, exis- I tent réellement, quoiqu'ils soient exceptionnels. Le plus souvent les I coups ne sont que la cause occasionnelle qui, en éveillant de la doui leur, attire l'attention des malades sur le point frappé, et leur dé- ' voile l'existence d'une petite tumeur jusqu'alors indolente et inaperçue. Mais dans un petit nombre de cas, une tumeur cancéreuse peut réellement se former à la suite d'une contusion. En voici un exemple que j'ai pu étudier avec MM. Follin et Velpeau. M. R..., ancien notaire, dans une chute d'un lieu élevé, se fit une contusion sous le talon! Il survint aussitôt un gonflement douloureux, et M. Follin, appelé le môme jour, trouva une collection de sang sous l'épiderme et une ecchymose assez étendue dans l'épaisseur du derme. Au bout de quelques jours de repos, la douleur et le gonflement disparurent, mais il resta sous le talon, au niveau de la contusion, un peu d'induration. Celle-ci, au lieu de disparaître, s'accrut d'abord lentement, puis elle prit une teinte noirûtre ; enfin, moins de six mois après l'accident, elle présenta tous les caractères d'un encéphaloïde mélanique. M. Follin en pratiqua l'ablation d'une manière complète. La
tumeur fui examinée au microscope; elle élait manifestement cancéreuse. La cicalrisation se fit sans accident, et M. R... marchait déjk depuis plusieurs mois, lorsqu'une nouvelle tumeur parut dans la région inguinale. En quelques semaines, cette tumeur atteignit le volume d'un œuf. Ce fut alors que M. Follin m'appela en consultation avec M. Velpeau. L'extirpation de la tumeur inguinale réclamée avec instances par le malade nous parut parfaitement praticable. M. Follin exécuta devant nous cette opération grave et délicate. Aucun vaisseau important ne fut lésé, et la plaie marcha bien pendant quelque temps; toutefois, avant môme qu'elle fût cicatrisée, de nouvelles tumeurs se formèrent dans le ventre, se développèrent avec une rapidité effrayante et firent succomber l'opéré. L'autopsie ne fut pas faite, mais la tumeur inguinale, examinée au microscope le jour de l'opération par M. Follin et moi, se trouva composée de cellules cancéreuses remplies de granulations pigmentaires. Elle était complètement noire, comme la tumeur primitive du talon.
Yoilà donc un cas où un cancer mélanique des plus graves et des mieux caractérisés s'est développé manifestement à la suite d une contusion. En voici un autre qu'on peut rapprocher du précédent. Les bouquetières ambulantes des rues de Paris transportent leurs fleurs sur un éventaire, sorte de grande corbeille plate et horizontale, suspendue à leurs épaules par deux bretelles, et reposant sur le pubis. Une de ces femmes fit une chute en avant; le bord antérieur de 1 éventaire porta sur le sol, et le bord postérieur produisit sur le pubis une contusion violente. La malade entra à la Charité, dans le service de Gerdv, et j'eus l'occasion de l'y voir plusieurs fois. Un ^er sanguin fluctù;nt,'dont la résorption fut assez lente, ^--"'^l!^^^^ au dessus du pubis. La malade, parfaitement guérie, qmtta 1 hopi al ubordergtjours,etrepritsapi.fessi^
del'éventaire ne tarda pas k devenir douloureuse. Un jour la malade
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diffus, avec une coloration noirâtre au niveau — ^ sion et Gerdy l'engagea fortement à ne plus porter l éventaire. h-iie
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