MODIFICATIONS DE STRUCTURE
varier. On conçoit même qu'une lumeur à peu près pure dans l'origine, puisse admettre ultérieurement dans son tissu, au milieu de ses éléments autogènes, autrefois sans mélange, des éléments adventices de diverse nature; mais ce phénomène, qui ne paraît pas extrêmement rare, est beaucoup moins fréquent que le phénomène inverse. On remarque souvent en effet, surtout dans les tumeurs qui s'accroissent rapidement, que les éléments autogènes deviennent de plus en plus prédominants, et il en résulte des modifications de structure et de consistance que nous étudierons dans le chapitre du ramollissement.
La structure des productions accidentelles peut se modifier encore d'une autre manière. Certains éléments parcourent diverses phases en s'organisant, et lorsqu'ils existent dans une tumeur, ils peuvent, suivant les conditions au milieu desquelles ils se développent, acquérir l'organisation la plus avancée, ou s'arrêter avant de l'avoir atteinte. Ainsi l'état osseux est plus avancé que l'état cartilagineux, l'état fibreux que l'état fibro-plastique; les fibres fibro-plastiques sont une forme plus avancée que les noyaux et les cellules fibro-plastiques ; les cellules cancéreuses sont une forme plus avancée que les noyaux cancéreux, etc. En comparant dans une môme tumeur les parties récemment et rapidement formées, avec les paities de formation plus ancienne et plus lente, ou encore, en comparant une série de tumeurs petites et à peu près stationnaires, avec une série de tumeurs de même nature, mais plus volumineuses et à marche plus rapide, on constate souvent des différences de structure en rapport avec les notions précédentes, c'est-à-dire que, dans les parties où l'organisation du blastème se fait très-vite, les éléments n'arrivent pas au dernier stade de leur développement. De môme lorsqu'une tumeur, après s'être accrue avec activité pendant quelque temps, suit une marche plus lente ou devient stationnaire, les éléments imparfaits qu'elle renfermait peuvent achever leur évolution. Ajoutons enfin que ce n'est pas seulement la rapidité ou la lenteur de l'accroissement qui peut influer sur le développement plus ou moins complet des éléments; diverses conditions mécaniques ou vitales, locales ou générales, peuvent exercer des influences analogues; on comprend ainsi les changements de structure qui accompagnent l'accroissement de certaines tumeurs. Par exemple, les ostéo-chondrômcs deviennent, en s'accroissant, plus ou moins osseux, plus ou moins cartilagineux; quelques chondrômes, purs dans l'origine, s'ossifient partiellement plus tard; beaucoup de fibrômes deviennent en partie fibro-plastiques; beaucoup de tu-
meurs, composées de cellules à noyaux, deviennent presque exclusivement nucléaires, tandis que l'cpithéliôme nucléaire de certains adénômes peut avec le temps passer à l'état d'épithéliôme cellulaire. Je n'ai pas besoin de rappeler que ces changements de structure ne sont pas des changements de nature, puisqu'ils dépendent seulement de l'évolution plus ou moins complète des éléments des tumeurs.
Certaines produclions accidentelles peuvent, au lieu de s'accroître, diminuer et môme disparaître entièrement. Cette résolution partielle ou totale peut être spontanée, ou provoquée par la thérapeutique. De tous les moyens capables de la produire, la compression, lorsqu'elle est possible et méthodiquement faite, est certainement le plus efficace, et c'est aussi celui dont on comprend le mieux le mode d'action. Mais elle ne réussit que sur certaines tumeurs; et ce n'est pas ici le lieu de déterminer les cas où elle doit être appliquée.
La résolution des tumeurs est comparable à l'atrophie des tissus physiologiques. On sait que la nutrition consiste en un double travail de décomposition et de recomposition des éléments anatomiques. Ces deux phénomènes opposés, qui marchent de front, se font équilibre à l'état normal. Dans les tumeurs qui s'accroissent, le second l'emporte sur le premier. C'est l'inverse qui a lieu dans les tumeurs en voie de résolution. Le nombre des éléments qui se forment est inférieur au nombre de ceux qui disparaissent ; et si cela continue assez longtemps, la production accidentelle est entièrement absorbée.
Nous ne chercherons pas à pénétrer plus avant dans l'explication du travail de résolution des productions accidentelles. Il y a bien la théorie de la métamorphose rétrograde des éléments pathologiques; mais elle est tout à fait hypothétique, et n'est d'ailleurs applicable qu'aux tumeurs composées de cellules. Les cellules de certaines productions accidentelles peuvent subir diverses altérations, et, en particulier, devenir le siège de dépôts granuleux ou graisseux, lesquels, au surplus, n'existent pas seulement dans l'intérieur des cellules, et existent en môme temps en dehors de leurs parois, dans la substance plus ou moins liquide qui les entoure, dans les interstices qui les séparent. Les granulations moléculaires et les granulations f'-raisseuses contenues dans l'intérieur des cellules ne sont donc pas Te résultat d'une maladie de ces dernières; leur présence est due à l'état particulier des sucs qui affluent dans la tumeur, qui s'imbibent en partie dans l'intérieur des cellules, et qui ont la propriété de laisser précipiter, partout où ils pénètrent, des dépôts granuleux.