LES MÉTAMORPHOSES RÉTROGRADES
Or, ce sont ces cellules ainsi modifiées, et notamment celles qui renferment des granulations graisseuses, qu'on a considérées comme des cellules rétrogrades. On a cru que c'était là le procédé employé par la nature pour détruire les éléments pathologiques, que cette infiltration des cellules produisait leur dissolution, et que telle était la cause de la résolution des tumeurs. Puis, comme ces altérations des cellules s'observent fréquemment dans le cancer, il a fallu en conclure que le cancer pouvait se résoudre spontanément; et cette conclusion logique de la théorie en est la meilleure réfutation. On observe, au contraire, que les cancers où abondent les prétendues cellules rétrogrades sont au nombre des plus graves. Cette altération est fréquente dans l'encéphaloïde, où elle occupe rarement toute rétendue de la tumeur, et où elle se révèle sur les coupes par des marbrures jaunâtres, désignées par M. Lebert sous le nom à'état phymatoïde ou de xanthose. Les cancers du testicule y sont particulièrement exposés, et on sait à quoi s'en tenir sur la guérison spontanée de ces formidables tumeurs.
Je cite cet exemple en opposition à la théorie des métamorphoses rétrogrades; mais je suis certes bien loin de prétendre que l'infiltration granulo-graisseuse des éléments des tumeurs soit toujours l'indice d'une aggravation. Cet état se manifeste très-souvent dans les tissus normaux en voie d'atrophie, et on l'observe également quelquefois dans les tumeurs en voie de résolution. Il est probable que, dans beaucoup de cas, les granulations moléculaires résultent de la décomposition des éléments anatomiques, ceux-ci, avant de se dissoudre, se résolvant en une sorte de poussière organique. On observe en outre que des dépôts de granulations graisseuses prennent souvent la place des éléments déjà résorbés. Ces deux phénomènes marchent de front, et sont faciles à étudier dans l'atrophie du tissu musculaire; mais ils sont l'effet, et non la cause de cette atrophie; et de môme, lorsqu'ils se manifestent dans une tumeur en voie de résolution, ils sont l'effet et non la cause de cette résolution.