‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 49 sur 158 · RAMOLLISSEMENT APPARENT · texte numérisé non relu

RAMOLLISSEMENT APPARENT

lion régulière des tumeurs, qui par conséquent n'ont rien de caractéristique, et qui n'ont môme aucune signification clinique précise.

Le ramollissement, au contraire, est un phénomène extrêmement IVéquent. 11 peut se manifester dans un grand nombre de productions accidentelles, extrêmement diverses, et ne peut par conséquent pas être considéré comme l'un des caractères pathognomoniques du cancer.

Il y a des productions accidentelles qui tendent naturellement à se ramollir, à tel point que le ramollissement peut être décrit comme une phase de leur évolution. Tels sont, en première ligne, les tubercules et les cancers, à l'exception de certaines variétés de squirrhes, où le tissu fibreux adventice est infiniment plus abondant que les éléments globulaires autogènes. Les épithéliômes, les fibroïdes nucléaires se ramollissent presque aussi souvent que les cancers. Il y a d'autres tumeurs qui, dans les cas ordinaires, conservent pendant toute leur durée une consistance à peu près uniforme, mais qui cependant se ramollissent quelquefois, plus tôt ou plus tard, et on remarque, en général, que ce ramollissement éventuel survient de préférence dans les tumeurs qui acquièrent un grand volume. De ce nombre sont les myéloïdes, les chondrômes, les fibromes, les fibroïdes flbrillaires, les hystérômes et les adénômes.

Nous devrons, à l'occasion de ces diverses tumeurs, considérer en particulier les effets du ramollissement dont elles peuvent devenir le siège. Ici nous nous bornerons à choisir quelques exemples pour chercher à déterminer les causes très-diverses qui président au ramollissement des tumeurs.

. Établissons d'abord une distinction importante, pour échapper à une confusion qui a exercé une influence fâcheuse sur l'étude de ce phénomène. Il y a un ramollissement réel et un ramollissement apparent, qui marchent souvent de front, qu'on prend alors aisément l'nn pour l'autre, mais qui n'en sont pas moins essentiellement différents.

On n'a pas oublié que beaucoup de tumeurs s'accroissent principalement par leurs couches superficielles. Quand cet accroissement est rapide, il arrive fréquemment que les parties de formation nouvelle sont beaucoup plus molles que les parties plus anciennement formées. Certaines tumeurs, dont le centre est encore assez ferme, se recouvrent ainsi de bosselures tellement molles, qu'elles paraissent fluctuantes. On trouve alors une tumeur volumineuse et molle, là où était, quelque temps auparavant, une tumeur plus petite et plus dure. C'est ce qui constitue le ramollissement apparent. Ce n'est point

DU RAMOLLISSEMENT DES TUMEURS

un ramollissement vérilable, puisque les parties qui en sont le siège n'ont jamais été plus dures qu'elles ne le sont aujourd'hui.

Le rnmollisseinent réel est d'une tout autre nature. Il se manifeste surtout dans les parties les plus anciennement formées; au lieu d'occuper la périphérie des tumeurs, il en occupe presque toujours les couches centrales. Il est dû, non h la formation d'un tissu nouveau, mais à l'altération d'un tissu qui perd à un moment donné sa consislance primitive.

Dans les tumeurs où ce phénomène est assez fréquent pour être considéré comme faisant partie de leur évolution naturelle, on désigne sous le nom de période de crudité celle qui précède l'époque du ramollissement.

Ce ne sont pas seulement les tissus pathologiques qui peuvent se ramollir : on sait que plusieurs tissus normaux, et notamment la substance de certains viscères, sont exposés à subir des altérations analogues. Cela permet déjà de soupçonner que le ramollissement n'est pas toujours dû aux mêmes influences. Nous n'avons à nous occuper ici que de celui des productions accidentelles, et pour montrer combien sont diverses les causes qui y président, nous examinerons d'abord les deux mécanismes essentiellement différents qui font passer le tubercule, et le cancer encéphaloïde, de l'état de crudité à l'état de ramollissement.

Le tubercule cru, dont nous n'avons pas h décrire ici la formation, ne renferme ni fibres ni vaisseaux. Les seuls éléments organisés qui rentrent dans sa structure sont des corpuscules spéciaux, plus petits que les globules du pus, situés au sein d'une substance amorphe qui les cimente, comme le mortier cimente les pierres d'une muraille. C'est à la cohésion de cette substance que le tubercule cru doit sa dureté. Dans le tubercule ramolli, les corpuscules organisés deviennent libres comme les globules du sang, de la lymphe ou du pus; la substance qui les unissait s'est dissoute; la couleur et la consistance se sont modifiées; mais les éléments anatomiques sont restés les mômes. Plus tard, ces éléments s'altèrent à leur tour comme par une sorte de dissolution imparfaite; ils se réduisent en débris informes qui n'ont plus rien de caractéristique. C'est ce qu'on appelle la fonte tuberculeuse. Je passe sous silence l'inflammation suppurative qui survient presque toujours dans les parois du foyer, et qui le transforme en abcès tuberculeux; je passe également sous silence les autres modes de terminaison du tubercule : je ne veux parler que de son ramoUissement.

Quelle est la cause de ce dernier ? C'est la décomposition et la dis-

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