RAMOLLISSEMENT DU TUBERCULE ET DU CANCER
solution de la subslance amorphe interglobulaire qui, n'étant ni vaseulaire, ni vascularisable, ne possède qu'une obscure vitalité, et rentre tôt ou tard sous l'empire des lois physiques. On lui a môrae contesté cette vitalité obscure; on a dit que le tubercule n'était qu'un produit de sécrétion tout à fait inerte; on est allé jusqu'à dire, dans ces derniers temps, que les corpuscules tuberculeux n'étaient pas des éléments organisés.
Ce sont autant d'erreurs provenant de cette idée préconçue, qu'il n'y a pas de vie sans vaisseaux. La vie a ses degrés comme l'organisation. Les manifestations de la vie supérieure ne s'observent que dans les tissus vasculaires; mais entre cette vie parfaite et l'inertie absolue de la matière, il y a, dans la série des tissus comme dans la série des êtres, divers degrés de vitalité. Le tubercule occupe sans doute la situation la plus inférieure dans cette échelle de la vie; il est bien au-dessous des cartilages articulaires qui, privés de vaisseaux comme lui, ne se nourrissent que par imbibition, aux dépens des sucs formés par les vaisseaux adjacents, et qui se composent comme lui d'éléments globulaires cimentés par une substance amorphe. Ceux qui nient la vitalité des cartilages, doivent nier, li plus forte raison, celle du tubercule cru. Mais si le tubercule ne vivait pas du tout, il devrait, dès le premier jour, se comporter comme un corps étranger, et se putréfier presque aussitôt. Au lieu de cela, il se maintient longtemps à la période de crudité; et certes ce ne sont pas les conditions de la putréfaction qui lui manquent dans le poumon, où abondent la chaleur, l'humidité et l'oxygène. Toutefois, cette vie imparfaite a un terme inévitable; la substance amorphe qui cimente les globules ne paraît pas se renouveler par un travail de nutrition. Dès lors elle n'a, comme la plupart des substances organiques de l'économie, qu'une durée limitée ; et tôt ou lard, au bout d'un temps variable, elle se dissout inévitablement
Il est impossible de fixer l'époque de cette dissolution; certains malades présentent pendant plusieurs années les signes de la tuberculisation pulmonaire au premier degré, et, à l'autopsie, on ne trouve dans leurs poumons que des tubercules crus, sans aucune trace de cavernes cicatrisées; la période de crudité peut donc durer trèslongtemps; mais ordinairement, la dissolution de la substance interglobulairc s effectue en quelques mois; elle peut même, dans les cas aigus survenir plus rapidement, surtout si les parties adjacentps sont le siège d'une inflammation concomitante. Celle-ci favorise et accélère le ramollissement; mais elle n'en est pas la cause déterminante, comme on l'a dit, puisqu'un très-grand nomlre de tuber-
DU RAMOLLISSKMENT DES TUMEURS
cules se ramollissent sans aucune apparence d'inflammation pendant la vie, sans aucune trace d'inflammation après la mort. Dans les tubercules de très-petit volume, dont toutes les parties datent à peu près de la môme époque, le ramollissement est presque toujours général et uniforme ; mais dans les masses plus volumineuses, c'est la partie la plus anciennement formée qui se ramollit la première, c'est-à-dire que le ramollissement débute par le centre du tubercule, et s'étend ensuite de proche en proche jusqu'à la périphérie. On n'a pas oublié en effet que le tubercule s'accroît par juxtaposition pure et simple de nouveaux éléments, qui se forment en dehors des éléments déjà formés, et qui provieiment d'un blastème sécrété par les parties vasculaires environnantes. Les couches les plus extérieures sont donc les plus récentes; et c'est pour cela qu'elles se ramollissent les dernières.
En résumé, le ramollissement du tubercule est le résultat de l'insuffisance de la vitalité de la substance amorphe interglobulaire, substance qui, n'étant pas renouvelée par la nutrition, ne peut avoir qu'une durée limitée.
La cause du ramollissement du cancer encéphaloïde diffère essentiellement de la précédente.
L'encéphaloïde, à la période de crudité, se compose d'un suc lactescent, contenu dans les aréoles très-petites d'un tissu conjonctif demi-transparent et extrêmement délié. Lorsqu'on racle la coupe de la tumeur avec un instrument mousse, on extrait la plus grande partie du suc, et la trame aréolaire de l'encéphaloïde devient apparente, surtout lorsqu'on plonge la tumeur dans l'eau. A une période plus avancée, la consistance diminue graduellement. Les deux états que l'on a désignés sous les noms à' encéphaloïde médullaire etd'ewcéphaloïde diffluent, ne sont que des degrés de ce ramollissement. Dans l'un, la consistance de la tumeur est à peu près égale à celle de la moelle épinière; dans l'autre, elle est moindre encore, et rappelle les caractères du tissu de l'encéphale dans le ramollissement cérébral. Lorsqu'on examine de front un certain nombre de tumeurs encéphaloïdes parvenues à ces divers degrés de leur évolution, on voit que ces différences de consistance sont dues aux proportions toujours croissantes du suc cancéreux, par rapport à la trame aréolaire. Celle-ci est presque nulle dans l'encéphaloïde diffluent, qui, soumis à l'action d'un filet d'eau, se réduit à n'être plus qu'un chevelu de vaisseaux capillaires. Dans l'encéphaloïde médullaire, on trouve de plus une certaine quantité de tissu conjonctif; mais il y en a beaucoup moins que dans l'encéphaloïde cru. Cela posé, il est