‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 59 sur 158 · PROPAGATION AU TISSU OSSEUX · texte numérisé non relu

PROPAGATION AU TISSU OSSEUX

résister pendant quelque temps. Toutefois, il arrive un moment où le derme de la séreuse est attaqué et détruit. Il semblerait qu'alors la tumeur, parvenue à une surface libre, devrait s'ulcérer, comme on l'observe à la peau, aux muqueuses, et jusque dans l'mténeur des veines- mais il y a ici une circonstance qui empêche l'ulcération. La séreuse devient le siège à ce niveau d'une subinflammation circon- :scrite, ou au moins d'une sécrétion qui la rend adhérente à la partie correspondante du feuillet séreux opposé. Cette adhérence n'est m fibreuse, ni celluleuse, ni môme pseudo-membraneuse; elle est constituée par une espèce de suc amorphe, demi-transparent, légèrement visqueux, sorte de colle décrite par M. Gruveilhier, sous le nom d'adhérence glutineuse, et qui peut d'ailleurs se produire danS d'autres circonstances. Il en résulte qu'après avoir détruit le premier feuillet de la séreuse, la tumeur n'aboutit pas à une surface libre ; mais elle se trouve en contact immédiat avec le feuillet opposé, qu'elle attaque à son tour. C'est de cette manière que les tumeurs de l'estomac se propagent au foie, au côlon, et réciproquement, etc.

Le tissu osseux, au premier abord, semblerait devoir résister mieux que tout autre à la propagation des tumeurs, car il possède une dureté considérable; mais il est creusé, jusque dans ses parties les plus compactes , de nombreux canaux ou canalicules qui donnent passage à des vaisseaux. Ceux-ci, plus petits que les canaux qu'ils parcourent, sont entourés d'un suc huileux, analogue à la substance de la moelle; les tumeurs extérieures qui, après avoir détruit le périoste, arrivent au contact des os, ou celles qui, ayant débuté par la moelle, attaquent le tissu osseux de dedans en dehors, trouvent donc, dans les deux cas, un grand nombre de pertuis dans lesquels leurs blastèmes s'insinuent sans difficulté. Il en résulte que, malgré leur dureté, et à cause de leur porosité, les os sont fréquemment envahis et détruits par les tumeurs voisines. Il faut faire ici une distinction entre le corps ou la diaphyse des os longs, et le reste du système osseux. La surface des diaphyses ne présente que des orifices très-obliques, très-petits, pour la plupart invisibles à l'œil nu, lorsque l'os est sain , et les vaisseaux du troisième ordre, venus du périoste, remplissent presque entièrement ces canalicules microscopiques. A la surface des os plats ou courts, au contraire, comme à la surface des épiphyses, on trouve des orifices beaucoup plus considérables, destinés aux vaisseaux du deuxième ordre. Ces conditions anatomiques expliquent pourquoi les tumeurs les plus envahissantes peuvent reposer longtemps sur la diaphyse d'un os long, sans s'y propager; la pénétration ne se fait ordinairement qu'assez tard,

lorsque le conlact de la tumeur, en irritant le tissu osseux, y a déterminé un certain degré d'inflammation qui a dilaté les canalicules.

J'ai pourtant recueilli tout récemment une observation qui prouve que, dans certains cas, la désorganisation du tissu compacte des os longs, par suite de la propagation d'une tumeur extra -osseuse, peut se faire en très-peu de temps. 11 s'agissait d'un vieillard de soixantequinze ans, chez lequel un épithéliôme avait débuté, chose extrêmement rare, sur un ulcère simple de la jambe. La destruction de la diaphyse du tibia, envahie par les cellules épithéliales, s'était faite en quelque sorte sous mes yeux. Il s'était écoulé moins de deux mois entre le jour où j'avais constaté que la tumeur se propageait au tibia, et celui où j'avais reconnu que la continuité de l'os était interrompue. A l'autopsie, qui a été pratiquée le 15 août 1862, nous avons trouvé que la diaphyse de l'os était entièrement détruite dans une étendue considérable.

Les tumeurs cancéreuses ou fibro-plastiques qui débutent par le périoste, acquièrent souvent un volume considérable, et s'étendent au loin à la surface de l'os, avant de pénétrer dans le tissu compacte. Loin d'être détruit, ce tissu devient parfois le siège d'un travail d'hypertrophie avec condensation; de plus, sa surface se hérisse d'aiguilles osseuses de formation nouvelle, longues, fines, compactes, parallèles entre elles, et perpendiculairement implantées sur l'os. Quoique baignant directement dans le blastôme pathologique, le tissu de la diaphyse et les aiguilles qui en dépendent résistent à la propagation, parce que leur trame est extrêmement serrée; mais lorsque le mal, se propageant plus loin, arrive au niveau de J'épiphyse, il rencontre des ouvertures vasculaires plus larges qui le conduisent promptement dans le tissu spongieux. Le tissu compacte se laisse envahir beaucoup plus aisément par les tumeurs venues du canal médullaire que par celles qui viennent de l'extérieur. C'est parce que les canalicules osseux s'ouvrent partout beaucoup plus largement en dedans du côté de la moelle qu'en dehors du côté du périoste.

L'exemple du tissu osseux montre que la facilité avec laquelle une production accidentelle se propage aux différents tissus, dépend de leur degré de porosité, bien plus que de leur degré de dureté , car les tissus fibreux, quoique beaucoup moins durs que les os, résistent beaucoup mieux qu'eux à la propagation. C'est ainsi que les tumeurs du canal médullaire, après avoir détruit le tissu compacte de la diaphvse, constituent des tumeurs fusiformcs, qui peuvent atteindre ensuite un énorme volume, sans traverser le périoste. C'est ainsi en-

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