‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 60 sur 158 · PROPAGATION AUX DIVERS TISSUS · texte numérisé non relu

PROPAGATION AUX DIVERS TISSUS

core que les tumeurs du feuillet externe de la dure-mère perforent les os du crâne, plutôt que de se propager du côté du cerveau.

Quelques mots enfin sur les cartilages articulaires. Tout le monde sait qu'ils ne se laissent jamais envahir par les productions accidentelles qui ont entièrement détruit l'os subjacent. Seuls ils conservent, au milieu de parties profondément désorganisées, non pas leur intégrité, comme on l'a dit, car leur structure microscopique subit quelquefois de Irès-notables changements, mais du moins leur apparence normale et leur individualité. On croit généralement que cette immunité résulte de ce qu'ils ne sont pas vasculaires, de ce qu'ils ne sont pas vivants. Je me suis déjà expliqué sur la question de la vitalité des cartilages; le nombre, la variété et la nature de leurs maladies prouvent qu'ils sont très-certainement doués de vie. Mais la condition anatomique sans laquelle il n'y a pas de propagation possible, fait entièrement défaut dans les cartilages articulaires. Ils n'ont ni fibres, ni vaisseaux; ils n'ont, par conséquent, ni espaces interfibrillaires, ni canalicules vasculaires. Ils se composent simplement d'une gangue amorphe très-résistante, au sein de laquelle sont creusées les cavités microscopiques parfaitement closes qui contiennent les corpuscules cartilagineux. Si je puis m'exprimer ainsi, ce tissu est clos de toutes parts; bien plus : en admettant que, par une cause quelconque, sa continuité soit interrompue, les deux parties ainsi séparées seront encore closes de toutes parts. Nonseulement le cartilage n'est en communication avec aucun des tissus environnants, mais encore ses parties les plus voisines sont indépendantes les unes des autres. Il est clair, d'après cela, que les éléments microscopiques d'une tumeur qui repose sur un cartilage, ne peuvent en aucune façon pénétrer dans l'épaisseur de ce tissu. Ce n'est donc pas parce qu'ils ne sont pas vivants que les cartilages résistent à la propagation, mais parce que leur structure particulière, parce que la continuité absolue de leur substance oppose aux blastèmes adjacents une digue infranchissable.

Je ne pourrais, sans entrer dans d'interminables détails, pousser plus loin cette étude anatomique des tissus, au point de vue de la propagation des productions accidentelles. Pour savoir à quel degré les divers organes de l'économie donnent prise aux tumeurs voisines, il suffira d'appliquer à chacun d'eux les idées générales que je viens d'exposer.

En résumé, les tissus les plus aptes à subir la propagation sont le tissu conjonctif lâche, le tissu adipeux, la moelle des os, le tissu

musculaire, les ganglions, les glandes, la plupart des parenchymes, les muqueuses molles.

Les muqueuses denses, la peau, la couche de tissu conjonctif condensé qui forme le derme des séreuses et des synoviales, le tissu du rein, celui de l'utérus, occupent le second rang.

Puis viennent les parois des vaisseaux, les cordons nerveux, le tissu spongieux des os, et derrière lui le tissu compacte.

Les membranes fibreuses, puis les ligaments et les tendons se présentent en dernier lieu.

Enfin, les cartilages paraissent jusqu'ici complètement réfractaires à la propagation des productions accidentelles.

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