ULCÉRATION ACCIDENTELLE
qui puisse servir à distinguer ou à définir une ou plusieurs espèces de productions accidentelles. Presque toutes les tumeurs, en effet, peuvent s'ulcérer; mais il ne faut pas confondre celles qui ne s'ulcèrent qu'accidentellement, avec celles qui s'ulcèrent en vertu d'une tendance naturelle de leur tissu.
L'ulcération accidentelle peut être due à des causes très-diverses. Gelles-ci viennent tantôt de l'extérieur, tantôt de la tumeur ellemême. Le premier cas s'observe lorsqu'une tumeur est assez ferme et assez saillante pour être froissée ou irritée par les vêtements, les corsets, les ceintures, les bretelles, etc. La peau devient rouge ou violacée, l'épiderme se détache, le derme dénudé suppure d'abord comme un vésicatoire, puis il s'entame, et l'ulcération, une fois établie, peut s'étendre en surface et en profondeur. J'ai vu s'ulcérer ainsi un lipome volumineux du pli de la fesse, chez une ouvrière qui restait toute la journée assise sur sa tumeur. Les ulcères dus à de semblables causes sont disposés à se cicatriser à la faveur d'un pansement convenable, et des soins bien dirigés peuvent en empêcher la récidive. Il n'en est pas toujours de môme des ulcérations accidentelles qui procèdent de la tumeur elle-même, parce que les causes qui les ont fait naître persistent ordinairement, et s'aggravent même quelquefois. Ces causes sont très-diverses. Nous signalerons seulement les deux principales, qui sont : 1° l'amincissement graduel de la peau, d'abord distendue, puis absorbée de dedans en dehors par suite des progrès continuels d'une tumeur un peu dure; 2° l'insuffisance de nutrition qui résulte d'un obstacle à la circulation. Ce dernier phénomène se produit quelquefois dans les tumeurs volumineuses qui font une saillie considérable, et dont la base est rétrécie comme un pédicule. Dans les tumeurs ainsi disposées, tous les vaisseaux passent nécessairement par le pédicule, et les parties les plus éloignées de celui-ci sont celles où la circulation est le moins active. En outre, la tumeur retombe ordinairement par son propre poids; le pédicule se trouve ainsi tiraillé et comprimé ; et cela peut aller jusqu'au point de gêner notablement la circulation. C'est alors que l'on voit survenir un travail d'ulcération, là oii le sang aborde avec le plus de difficulté, c'est-à-dire dans les parties qui sont situées à l'opposite du pédicule, et en général dans une situation déclive. On sait, depuis les travaux de Gerdy, combien la déclivité est défavorable à la circulation locale. Cette ulcération, fréquemment accompagnée de petites gangrènes partielles, ne s'arrête pas toujours à la peau; elle peut pénétrer jusqu'à une certaine profondeur dans l'épaisseur du tissu accidentel; elle peut ainsi acquérir une étendue
considérable, donner lieu à une suppuration abondante et fétide, résister à tous les traitements, affaiblir et épuiser les malades, simuler en un mot tous les caractères des ulcérations qui surviennent sur les tumeurs les plus malignes, quand même la tumeur qui en est le siège appartiendrait k une espèce des plus inoffensives. C'est ce mécanisme qui produit quelquefois l'ulcération des grosses tumeurs adénoïdes de la mamelle, et qui peut leur donner une certaine ressemblance avec l'encéphaloïde.
L'ulcération accidentelle des tumeurs ne dépend donc pas de la nature de leur tissu, mais des conditions anatomiques particulières, des troubles circulatoires qui résultent de la situation qu'elles occupent. Ce phénomène peut se manifester sur les tumeurs les plus diverses, lipomes, adénomes, chondrômes, fibromes, etc. On le voit même survenir quelquefois sur des tumeurs qui ne sont pas des néoplasmes, par exemple sur des hernies volumineuses. J'ai été appelé il y a quelques années, par le docteur Charpentier , auprès d'une dame atteinte d'une grosse hernie ombilicale irréductible dont le pédicule était peu volumineux, et dont le sommet était le siège d'une ulcération superficielle large de près de 5 centimètres. Il y avait déjà plusieurs mois que la peau était ulcérée, et la perte de substance faisait chaque jour des progrès. Le repos au ht, un pansement légèrement excitant , et un bandage destiné à élever la partie ulcérée sans exercer aucune compression, amenèrent la cicatrisation en quelques semaines. Mais j'ai été moins heureux dans un autre cas qui s'est présenté à moi à l'Hôtel-Dieu, en septembre 1858, dans le service de chnique, oh je remplaçais M. Jobert. Une vaste ulcération survenue sur une énorme hernie ombilicale, avait détruit, dans une grande étendue, la peau et les muscles abdominaux. Les intestins agglutinés par de fausses membranes, étaient à nu depuis plusieurs mois. Tous les pansements échouèrent, et je proposai à la malade une opération autoplastique à laquelle elle ne voulut pas se soumettre. Après deux mois de séjour à l'hôpital, elle voulut retourner dans sa famille, et je ne sais ce qu'elle est devenue. J'ai cité ces exemples pour établir d'une manière bien positive, que le phénomène de l'ulcération peut se manifester accidentellement sur toutes les tumeurs, quelle qu'en soit la nature, pourvu qu'elles aient acquis un certain volume, et qu'elles occupent une certaine situation.
L'ulcération naturelle tient k des causes toutes différentes et constitue comme une phase de l'évolution de certaines tumeurs. Elle survient en vertu d'une propriété du tissu pathologique, et il semble