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ULCÉRATION NATURELLE

dès lors qu'elle devrait fournir un caractère clinique et nosographique, propre à établir une distinction entre les espèces de tumeurs qui s'ulcèrent naturellement, et celles qui ne s'ulcèrent que par accident. Il n'en est rien , pour plusieurs raisons : en premier lieu, au point de vue clinique, il est souvent impossible de savoir si une tumeur ulcérée s'est ouverte d'elle-même, ou à la suite d'une complication accidentelle , et il ne faut pas oublier d'ailleurs que l'ulcération accidentelle survient souvent sur des tumeurs capables de s'ulcérer naturellement. En second lieu , au point de vue nosographique, la tendance à l'ulcération naturelle ne saurait constituer un caractère absolu, parce que, suivant les espèces que l'on considère, cette tendance est plus ou moins prononcée, et que, étant données deux tumeurs de même espèce , placées dans les mêmes conditions anatomiques, l'une s'ulcérera très-promptement, tandis que l'autre pourra, avant de s'ulcérer, acquérir un volume énorme, et même parcourir toutes ses phases jusqu'à la mort sans porteratteinte à la continuité des téguments. Il faut établir, sans doute, une distinction entre les tumeurs qui, comme les cancers et les épithéliômes, ont toujours de la tendance à s'ulcérer (résultat qui peut être retardé et empêché, pour les cancers, par leur situation profonde),— et les tumeurs qui, comme les fibnômes, les chondrômes les tumeurs érectiles, myéloïdes, etc., ne possèdent cette tendance qu'à un assez faible degré. On doit donc, dans la description des tumeurs, dans leur définition clinique, tenir compte de leur disposrtion plus ou moins grande à l'ulcération spontanée ; mais il faut savoir que ce caractère, comme tous ceux qui constituent le corté-e de la malignité n'est pas absolu, qu'il varie du plus au moins et qu'il est impossible de le foire servir à la classification des productions accidentelles.

Quelle est maintenant la nature du travail qui produit l'ulcération naturelle des tumeurs? Les détails que nous avons consignés dans le chapitre de la propagation, nous permettront de répondre à cette question en peu de mots.

Lorsqu'une tumeur qui se propage parvient à la face profonde d une membrane tégumentaire, muqueuse ou cutanée, celle-ci perd sa mobilité etsallexibilité. Le tissu conjonctif sous:dermique est déjà envahi ; le tour du derme vient bientôt, et au bout d'un temns qui varie suivant la nature de la tumeur, suivant l'activité de sa marche et suivant l'épaisseur et la densité du tégument, le derme se trouve dans toute son épaisseur détruit et remplacé par le tissu ac cidentel. La tumeur présente dès lors une surface exposée (Hunter).'

Le résultat de Vexposition du tissu pathologique est l'ulcération. Nous dirons tout à l'heure quels sont les phénomènes qui accompagnent ce travail de destruction et à quelle cause on peut les attribuer. Mais nous remarquerons tout d'abord que l'ulcération des tumeurs n'est pas, comme on l'a cru, l'indice d'une propriété particulière de leur tissu, propriété qui se manifesterait k un moment donné, par suite d'un changement de nature ; ce n'est qu'une des conséquences de la propriété de propagation. Les seules tumeurs qui s'ulcèrent naturellement sont celles qui se propagent. L'ulcération a lieu toutes les fois que la propagation conduit le mal à une surface libre. Les tumeurs envahissantes traversent les membranes séreuses sans s'ulcérer, parce que celles-ci, comme nous l'avons déjà dit, contractent des adhérences avec le feuillet opposé avant que leur derme ne soit détruit: la cavité se trouvant dès lors effacée, il n'y a ni exposition ni ulcération. Mais à la surface de la peau, à la surface des muqueuses, rien de pareil ne se produit et l'ulcération survient inévitablement lorsque ces membranes tégumentaires sont détruites. Toutes choses égales d'ailleurs , elle est plus prompte vers les muqueuses que vers la peau, parce que celle-ci possède un derme plus épais, plus résistant, et plus apte à arrêter les progrès du mal ; mais ce n'est qu'une question de temps, et, comme les tumeurs qui se propagent sans limites doivent parvenir tôt ou tard à une surface libre l'ulcération de ces tumeurs serait un phénomène constant, si d'autres causes ne mettaient souvent fin aux jours des malades avant

cette période.

L'ulcération desmuqueuses étantbeaucoup plus rapide quecelled la peau paraît s'effectuer en un seul temps ; elle commence le jour o le derme est envahi dans toute son épaisseur. L'ulcération de la peau marche souvent de la même manière; toutefois, lorsque la tumeur est au nombre de celles qui se propagent avec lenteur, on peut distinguer une période pré-ulcéralive, qui dure plusieurs jours ou même Plusieurs semaines. Dans cette période, le derme n'est pas encore entamé II est lisse et brillant, il présente une couleur violacée et c.l Darcouru par de petits vaisseaux bleuâtres; il a perdu toute flcMbilité Continu de toutes parts avec le derme de la peau saine environnante, il se continue sans interruption, par sa face profonde Teo l substance de la tumeur, dont il fait déjà partie. Enfin l'el ment générateur de l'épiderme, c'est-à-dire le derme, étant profondément aUéré, la sécrétion épidermique est insuffisante, l'épiderme détach pa exfoliation n'est pas remplacé, et la surface de la umeTr présente quelque analogie avec celle d'un vésicatoire. Elle

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