CICATRISATION
parant, assez régulier, de la forme et du volume d'un œuf de pigeon, faisait saillie à travers la plaie.
Du reste, cette hernie de la tumeur intérieure à travers la perforation du derme ulcéré, peut se produire soit du côté de la peau, soit du côté des muqueuses. Elle n'est pas propre au cancer ; les tumeurs fibro-plastiques en deviennent quelquefois le siège; l'issue d'un ou plusieurs lobes de la mamelle hypertrophiée n'est pas très-rare lorsque la peau a été ulcérée accidentellement par l'un des mécanismes que nous avons décrits plus haut. Les tumeurs désignées sous le nom de fongus bénins du testicule, tumeurs complexes, dont nous n'avons pas à discuter ici la nature, peuvent être également, à certains égards, rapprochées des végétations en champignon. Nous avons dit que celles-ci s'observent également du côté des muqueuses. Les cancers encéphaloïdes du col ou du bas-fond de la vessie en offrent de fréquents exemples.
La surface des végétations en champignon se comporte comme celle des autres tumeurs ulcérées. Elle fournit une suppuration plus ou moins ichoreuse; elle peut devenir le siège d'hémorrhagies ; elle peut donner naissance à des végétations en chou-fleur. En un mot, elle ne diffère de celle des ulcères ordinaires que parce qu'elle est convexe au lieu d'être plane ou concave.
La marche et la terminaison des tumeurs ulcérées varient beaucoup, suivant que l'ulcération a été accidentelle ou naturelle. Les tumeurs qui n'ont pas de tendance à s'ulcérer naturellement, et dont une cause locale occasionnelle a déterminé l'ulcération, peuvent souvent se cicatriser à la faveur d'un traitement convenable. Au lieu de chercher à les faire cicatriser, on préfère ordinairement les enlever lorsque cela est possible sans danger sérieux. On a raison ; mais lorsque le volume ou le siège de la tumeur s'oppose à l'ablation, des pansements bien dirigés peuvent amener la cicatrisation. Abandonnés à eux-mêmes, ces ulcères peuvent s'accroître beaucoup, mais ils restent souvent à peu près stationnaires , et quelquefois même ils se cicatrisent spontanément, sans l'intervention de l'art.
Les tumeurs naturellement ulcérées, ou celles qui, bien qu'ouvertes accidentellement, ont une tendance naturelle à l'ulcération, sont beaucoup plus rebelles aux traitements. Il est môme douteux qu'aucun traitement ait le pouvoir de les faire refermer. Dans les cas, d'ailleurs très-exceptionnels, où. ces ulcères se cicatrisent pour quelque temps, les praticiens sont disposés attribuer ce résultat à l'efficacité du dernier médicament ou de la dernière pommade qu'ils ont mise en usage ; mais comme les ulcères abandonnés h eux-mêmes
ne guérissent ni plus ni moins souvent que ceux qu'on soumet à des traitements plus ou moins méthodiques, on ne peut guère conserver d'illusion à cet égard.
C'est une question de savoir si une tumeur naturellement ulcérée peut réellement se cicatriser, ou plutôt si une membrane de cicatrice reposant directement sur le tissu accidentel peut s'organiser et se cicatriser. Il n'y a aucune raison théorique pour rejeter la possibilité de ce phénomène; certains ulcères reposant sur des tumeurs très-malignes, peuvent, à un moment donné, se recouvrir d'une membrane granuleuse; or, la membrane granuleuse est le premier degré de la membrane inodulaire. Mais si la théorie permet de concevoir cette cicatrisation comme possible, les faits, il faut bien le dire, n'en ont pas encore suffisamment démontré la réalité. Lorsqu'on analyse les observations qui en ont été publiées, on trouve que la plupart d'entre elles sont défectueuses ou étrangères à la question. Tantôt le diagnostic n'est pas suffisamment étabU, et comme il est facile de confondre certaines tumeurs bénignes accidentellement ulcérées, avec celles qui nous occupent, les observations qui ne sont pas accompagnées de détails bien précis laissent nécessairement du doute dans l'esprit. D'autres fois le diagnostic est bien certain, mais alors on ne trouve pas de détails relatifs à la nature des parties sur lesquelles la cicatrice s'est formée, ou bien on trouve des détails propres à établir que le tissu accidentel avait été entièrement détruit avant la cicatrisation.
Ainsi M. Walshe a cité, comme un exemple probant, le cas d une tumeur'encéphaloïde ulcérée de l'aine qui se cicatrisa sous les yeux d'Abernethy. Mais lorsqu'on étudie l'observation, on y trouve ce qui suit • il s'agissait d'un énorme cancer des ganglions de l'aine gauche, consécutif à un encéphaloïde du tubercule. Les ganglions distendirent la peau qui, incapable de les contenir plus longtemps, s'amincit s'enflamma et s'ulcéra. La plus saillante des masses ganglionnaires se trouva ainsi mise à nu, et un travail de mortification ne tarda pas à s'emparer de la tumeur : « La tumeur enflammée, dit Abernethy, se gangrena progressivement jusqu'à ce qu'elle fût entièrement détruite. La peau ne s'était ouverte que sur le point le plus proéminent de la tumeur, et n'était d'ailleurs pas malade. Elle perdit alors son aspect inflammatoire, des granulations se dévelopnèrent et une cicatrice se forma (t). » Une autre observation, tout aussi célèbre, est celle-ci de P. Bérard,
(1) J. Abernethy, Sargical and Phjsiological Works. London, 1830, in-8, vol. I, pag. 57.