‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 66 sur 158 · CICATRISATION · texte numérisé non relu

CICATRISATION

mais elle est si courte, si incomplète, qu'il est difficile de la considérer comme concluante. «Il arrive quelquefois, dit-il, que la cicatrice « s'établit sur la matière encéphaloïde même. J'ai constaté ce fait « sur une femme dont les principaux viscères renfermaient de la ma- « tière encéphaloïde (1). » Il manque ici un renseignement; on ne dit pas à quelle époque cette cicatrice s'est formée. Si c'est dans les derniers jours de la vie, on a très-bien pu prendre pour une cicatrice une membrane granuleuse, desséchée faute de sécrétion. Il arrive quelquefois que dans la période ultime de la cachexie cancéreuse, l'écoulement de l'ichor se supprime entièrement. J'ai vu, chez une femme de cinquante ans, un cancer ulcéré de la mamelle, recouvert de petites végétations, se dessécher complètement dans la semaine qui précéda la mort; les végétations pâlirent, se flétrirent, se desséchèrent, et si un pareil phénomène se fût produit à la surface d'un ulcère non couvert de végétations, il eût été difficile de ne pas croire à une cicatrisation. L'observation de Bérard était peut-être relative à un cas de ce genre ; et, en tous cas, on reconnaîtra qu'elle est trop laconique pour être acceptée sans réserves.

Les ulcérations des tumeurs les plus incurables peuvent cependant se cicatriser. La cicatrisation partielle sur l'un des bords de l'ulcère s'observe assez fréquemment, et on peut s'assurer alors que la masse morbide ne se prolonge pas, ou plutôt ne se prolonge plus sous la couche cicatricielle. On n'a pas oublié que la surface ulcérée est le siège d'un travail de destruction, et que dans les tumeurs qui renferment des noyaux ou des cellules, on retrouve chaque jour un certain nombre de ces éléments dans l'ichor ; mais, pendant que la couche superficielle se détruit, les couches subjacentes s'accroissent par la multiplication de leurs éléments. 11 y a donc deux actes inverses, l'un de destruction, l'autre d'accroissement. Si celui-ci l'emporte, la tumeur augmente de volume malgré l'ulcération, et c'est ce qui se présente le plus souvent; si les deux actes se font équilibre, le volume de la tumeur reste stationnaire; enfin, si le travail de destruction l'emporte, l'épaisseur du tissu accidentel diminue progressivement. Il est fort rare que ce dernier résultat se manifeste à la fois dans toute l'étendue d'une tumeur ulcérée; mais il arrive assez fréquemment que dans une partie de l'ulcère, principalement sur l'un des bords, toute l'épaisseur de la couche morbide est détruite, et alors l'ulcère, reposant sur des tissus sains, peut se cicatriser en ce point. J'ai présenté, en 1855, à la Société anatomique, des pièces

(1) Diclionn. de médecine en 30 vol., ait. Canceu, t. VI, p. 285.

provenant d'une femme cancéreuse, de soixante-neuf ans, morte k la Salpôlrière. Il y avait dans le foie un cancer secondaire bien caractérisé. Celte femme était entrée h l'hospice pour un cancer du sein depuis longtemps et largement ulcéré. A l'autopsie, qui fut faite par M. Topinard, interne du service, on trouva que cette large ulcération reposait sur un fond induré, oii le microscope ne montra aucune trace d'éléments cancéreux, excepté vers le centre, où existait une masse grosse comme une petite noisette, dont la structure était celle des productions encéphaloïdes. L'ulcération avait donc détruit toute la tumeur cancéreuse, à l'exception d'une très-petite partie qui n'aurait pas tardé, sans doute, à être détruite elle-même; et l'ulcère, qui avait déjà commencé à se cicatriser sur les bords, aurait pu se cicatriser entièrement, au moins pour quelque temps, si la malade avait vécu quelques semaines de plus (1). Ce fait donne une certaine valeur à une observation, d'ailleurs très-incomplète, que j'ai recueillie en 1852. Je fus consulté par une dame qui avait dans la région mammaire une cicatrice irrégulière. Une tumeur, dont le début datait de quinze ans, s'était ulcérée, puis cicatrisée au bout de quelque temps sans opération. Une récidive avait eu lieu sous la cicatrice qui s'était rouverte, puis refermée une seconde fois. Lorsque la malade me consulta, il y avait sous la cicatrice une nouvelle récidive qui se montrait après une guérison apparente de quelques mois. Je proposai une cautérisation qui ne fut pas acceptée, et je n'ai pas revu la malade, mais j'ai appris que la récidive avait fait des progrès rapides, et que la mort était survenue au bout de peu de temps (2).

Il me paraît donc certain que des tumeurs ulcérées, même celles qui appartiennent aux espèces les plus malignes, peuvent se cicatriser par suite de la destruction graduelle et complète de leur tissu. Ces guérisons ne sont ni plus ni moins durables que celles qui s'effectuent à la suite d'une gangrène générale de la masse morbide, ou à la suite d'une opération. Mais ce qui est encore douteux pour moi, c'est qu'une cicatrice solide puisse s'organiser à la surface des tumeurs ulcérées naturellement^ comme les cancers, les fibroïdes et les épithéliômes.

(1) Bulletins de la Société anatomique. 1855, t. XXX, p. 38.

(2) Idem. 1853, t. XXYIII, p. 9.

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