CAUSES ET MECANISME
au sein et qui, conduite aux eaux de Baréges par un chirurgien français, fut délivrée de sa tumeur par une gangrène totale, que son guérisseur attribua à l'action des eaux. La plaie se cicatrisa complètement; mais, comme il s'agissait d'un vrai cancer, il y eut récidive prompte, formation de tumeurs multiples, et la malade succomba au bout de quelques mois (1). Les eaux de Baréges, aujourd'hui, ont perdu la propriété de faire tomber les cancers en gangrène. Il est bien rare qu'un malade atteint d'une tumeur qui l'inquiète, ne fasse pas un traitement quelconque, local ou général, palliatif ou curatif, empirique ou raisonné, adressé à son mal ou à son imagination. Viennent une complication gangréneuse et une éhmination assez étendue pour que le malade en retire quelque avantage, et on lui persuadera difficilement que ce résultat n'est pas dû à ce traitement. Mais le médecin ne devra pas se laisser aller à la même illusion. Il n'attribuera la propriété de déterminer la gangrène curative ni aux pillules de celui-ci, ni aux cataplasmes de celui-là, ni aux lotions d'eau vulnéraire de suie faite par Garneri, ni aux applications de laudanum faites par Steidele (2), ni aux lotions de chlorure de chaux faites par M. Fristo (3). Et il reconnaîtra que la gangrène des tumeurs est un phénomène éventuel, un accident de pur hasard, qu'on ne peut ni prévenir ni produire à volonté.
Les causes immédiates de cette gangrène peuvent être rapportéesà plusieurs mécanismes très-différents.
Il est probable qu'ici, comme dans les cas ordinaires, la gan-rène sèche dépend de l'oblitération des artères. Il serait difficile pourtant de le démontrer. Les deux tumeurs sur lesquelles cette forme de gangrène a été observée étaient des squirrhesde la mamelle, tumeurs tres-dures, très-peu vasculaires et recevant la plupart de leurs vaisseaux par leur face profonde, qui reposait sur un plan résistant L-t compression exercée par leur tissu propre sur les parois des petites artères qmy pénétraient a pu y intercepter le cours du sang Ce n'est qu une hypothèse sans doute, mais je n'en vois aucune autre qui puisse expliquer la production de cet accident La cause la plus ordinaire de la gangrène humide est l'inflamma-
!il SLfT'" t "''f p. 231. Paris. 1821. in-8. 17 0 InTln T Vandermonde), t. LXXXIl, p. 482. Paris
ans El L^n t Par-Steidele occupait la mamel e et datait d^
^''y^^^l^ Ici Soc. des se. méd. de la Moselle, 1831-1838 p 40
lion aiguë. En effet, 1° les signes de celle inflammalion ont été manifestes dans beaucoup d'observations, surtout dans celles où la gangrène a été totale ; 2° les causes extérieures qui, dans quelques cas, ont provoqué la mortification des tumeurs, étaient des causes irritantes; elles ont agi en suscitant une inflammation qui s'est terminée par gangrène; 3" les tumeurs ulcérées, toutes choses égales d'ailleurs, sont plus disposées à s'enflammer que les tumeurs non ulcérées; ce sont aussi celles qui sont le plus exposées à la gangrène; 4" la gangrène se manifeste surtout dans les tumeurs qui sont molles ou trèsvasculaires et qui, par conséquent, présentent des conditions favorables au développement de l'inflammation. Tout cela concourt à établir que l'inflammation est, dans beaucoup de cas, la cause immédiate de la mortification des tumeurs.
Mais certaines tumeurs, parmi lesquelles je citerai en première ligne les cancers encéphaloïdes, paraissent disposées à se gangrener d'une autre manière. En décrivant les phénomènes de la propagation, j'ai montré comment les tumeurs détruisent les parois des veines, et comment elles oblitèrent ces vaisseaux, l'un après l'autre. On sait que Pierre Bérard n'avait pu réussir à injecter les veines des encéphaloïdes mous, et quoiqu'il ait eu tort de faire reposer sur quelques faits une assertion générale, quoique j'aie pu faire cette injection avec succès toutes les fois que je l'ai essayée, quoique M. Follin ait réussi comme moi, les expériences négatives d'un anatomiste aussi habile que l'était Bérard, conservent toute leur signification. Il est certain que tous les troncs veineux des tumeurs qu'il a étudiées étaient oblitérés. Il ne s'agit plus que de savoir si l'oblitération des veines peut déterminer la gangrène. C'est un pomt qm est encore en discussion pour ce qui concerne la gangrène des extrémités. L'oblitération de la veine iliaque primitive, etmôme celle delà veme cave inférieure portent sans doute une grave atteinte à la circulation des membres inférieurs, mais ne la suppriment pas, parce que le sang se fraye un passage dans les voies collatérales. On a donc mis en doute la réalité de la gangrène produite par l'oblitération veineuse, et si les tumeurs, en se propageant, ne détruisaient qu'une seule veine fût-elle très-grosse et très-importante, on ne comprendrait nas aùe la gangrène fût la conséquence de cet accident. Mais plusieurs veines sont successivement envahies; quelquefois même, comme dans les observations de Bérard, toutes les veines injectables sont oblitérées ; le sang alors ne peut revenir que par des anastomoses capillaires, et on conçoit que celles-ci puissent être jnsuffisan s. Si lamortificationimmédialen'enrésulle pas directement, ilenre.ulte