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RÉCIDIVES GANGLIONNAIRES

qu'il s'écoule plusieurs années entre l'époque de l'opération et celle de la récidive ganglionnaire, on ne peut supposer que le blaslème ait sommeillé tout ce temps dans le ganglion pour se réveiller ensuite. Ce serait contraire à toutes les données de la physiologie. Ces cas diffèrent donc entièrement de ceux que nous avons étudiés jusqu'ici. Ils en diffèrent autant que la récidive des tumeurs diffère de leur propagation. Celle-ci s'effectue par la continuité, par la progression d'un blastème pathologique émané de la masse morbide; elle constitue un phénomène local subordonné aux dispositions anatomiques; tandis que la récidive, dépendant d'une influence diathésique au môme titre que la tumeur primitive, est caractérisée par la production d'un nouveau blastème qui peut prendre naissance, soit dans la cicatrice, soit dans les tissus voisins, soit dans les ganglions correspondants, soit enfin dans une région éloignée, sans connexion anatomique avec la première.

On voit que ces récidives ganglionnaires doivent être soigneusement distinguées des engorgements consécutifs symptôma tiques d'une tumeur primitive. Ceux-ci sont loin d'être sans gravité; ils constituent, au contraire, une complication très-fâcheuse , ils se comportent de la même manière que la tumeur dont ils émanent; ils ont la même tendance qu'elle à s'accroître, à se propager, à s'ulcérer, etc. , et ils sont le point de départ de nouveaux engorgements qui remontent de ganglion en ganglion, suivant le cours centripète de la lymphe. Mais, quelle que soit la gravité de ces accidents, ils ne sont autre chose qu'un mode de propagation du mal; ils ne constituent que des compHcations purement locales, comme s'ils faisaient directement partie de la tumeur primitive. Lorsque nous nous occuperons du traitement chirurgical des tumeurs, nous verrons que des conséquences importantes découlent de cette doctrine.

Nous devons nous demander maintenant pourquoi l'invasion des ganglions lymphatiques, quoique due à une cause aussi aveugle que l'absorption du blastème, n'est pas un phénomène constant; pourquoi elle survient à des époques si différentes, pourquoi certaines tumeurs y sont beaucoup plus sujettes que d'autres, pourquoi enfin les tumeurs qui ont le plus de tendance à envahir les ganglions parcourent quelquefois toutes leurs périodes sans exercer aucune action sur l'appareil lymphatique.

Le degré de développement de l'appareil lymphatique de la région affectée, exerce certainement une influence très-grande sur la production de cet accident. Ainsi, les tumeurs développées dans des organes privés ou presque entièrement privés de vaisseaux lympha-

tiques, ne déterminent l'engorgement des ganglions que lorsqu'elles se sont préalablement propagées au delà des limites de cet organe. Tels sont les cancers des os, de l'œil, du cerveau. L'engorgement des ganglions est très-rare dansl'épithéliôme de la peau, assez commun dans l'épithéliôme des muqueuses du gland et du prépuce, des lèvres et surtout de la langue. La peau renferme, il est vrai, un très-riche réseau lymphatique, mais ce réseau est excessivement fin, tandis que les muqueuses précitées renferment des troncs lymphatiques volumineux ; mais on se tromperait singulièrement si l'on croyait que la production de l'engorgement ganglionnaire fût subordonnée seulement à ces conditions anatomiques ; elle dépend surtout de la nature et des propriétés plus ou moins actives du blastème de la tumeur.

En cherchant les causes de l'organisation des blastèmes, nous en avons reconnu deux principales, savoir: l'influence de la loi d'analogie et l'influence de l'activité propre des blastèmes. Le blastème exhalé au sein d'une tumeur déjà formée est sollicité à la fois dans le même sens par ces deux influences. Mais le blastème absorbé par les vaisseaux lymphatiques, et entraîné loin du lieu où il a pris naissance, se trouve dans des conditions toutes différentes. Sa tendance à revêtir une organisation déterminée n'est plus favorisée par la loi d'analogie de formation; loin delà, puisqu'il est mêlé à la lymphe, c'est-à-dire à un liquide oîi se forment incessamment des globules de lymphe; en outre, il se trouve dans un état de dilution qui dissémine sa substance. L'activité propre du blastème est donc d'une part amoindrie par suite de la dilution, d'une autre part, contrariée par la loi d'analogie, et c'est seulement dans les cas où elle est très-prononcée qu'elle peut surmonter ces deux obstacles. Dès lors on ne saurait s'étonner de voir que certaines espèces de tumeurs ne déterminent jamais d'engorgements ganglionnaires spécifiques, et on comprend tout aussi bien que, dans les espèces qui ont de la tendance à produire cet accident, l'engorgement ganglionnaire puisse se montrer avec plus ou moins de fréquence, qu'il puisse survenir plus tôt ou plus tard, qu'il puisse faire défaut jusqu'à la fin ; ces diverses éventualités dépendent du degré d'activité du blastème dans l'espèce de tumeurs que l'on considère, et aussi dans le cas particulier qui est soumis à l'étude.

D'après cette interprétation, la production de l'engorgement ganglionnaire doit être considérée comme un indice fâcheux, puisqu'elle dénote l'existence d'un blastème doué de propriétés très-actives. En cftet, les espèces de tumeurs qui y sont sujettes sont en général plus

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