‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 76 sur 158 · GÉNÉRALISATION DU LIPOME · texte numérisé non relu

GÉNÉRALISATION DU LIPOME

lisation. Mais les résultais de l'autopsie ne m'ont plus permis de confondre ce cas avec ceux qui sont relatifs à la diathèse lipômaleuse ordinaire. Les dépôts de graisse ne s'étaient pas effectués dans un seul système anatomique; il y en avait dans le tissu conjonctif souscutané, dans l'épaisseur de la peau, dans le muscle sterno-mastoïdien, dans la gaîne de la carotide, dans les parois de l'œsophage, dans le pylore, enfin dans les valvules du cœur. La cause de ces dépôts était donc générale, dans le sens le plus rigoureux de ce mot, et ne pouvait être comparée à nos diathèses partielles (voy. plus haut, chap. m, p. 147). C'est à ce caractère qu'on reconnaît la généralisation. Il n'y a pas eu, il est vrai, de symptômes analogues à ceux

qui révèlentauchirurgienl'infection cancéreuse, car ledépérissemenl tardif et la mort du malade doivent être imputés à l'inanition qui a été la conséquence de l'altération graisseuse del'œsophage. Mais cela prouve simplement que le lipôme n'est pas un cancer, et n'avonsnous pas vu manquer de même les symptômes généraux de l'infection, dans les cas de chondrômes et de myéloïdes généralisés que nous avons rapportés? Il y a toutefois quelque chose de comparable entre la cause de nos lipômes généralisés et l'infection cancéreuse. Celle-ci , on le sait, va toujours en s'aggravant, et une fois qu elle est déclarée, elle laisse rarement vivre les malades une année entière. Or, bien que le malade aux lipômes ait vécu trenteneuf ans après le début de la généralisation, l'état général qui le dommait s'est aggravé jusqu'à la fin, puisque les dépôts secondaires longtemps limités à la peau et à la couche sous-cutanée, ont fini par envahir les muscles et les organes internes.

Je dois ajouter maintenant que la quantité de tissu conjonctif et fibreux qui existait dans les lipômes extérieurs de mon malade m'o paru bien supérieure à celle qui se rencontre dans les lipômes or^ dmaires. J'avais vu, pendant les derniers temps de la vie, ces tumeurs diminuer à vue d'œil, par suite de la résorption croissante du t s u adipeux ph nomène ^'autophagie bien connu de tous ceux qui ont tudié les effets de l'inanition. A l'autopsie, toutes renferm ien encore une très-grande quantité de granulations graisseuses e de gouttelettes huileuses, et beaucoup renfermaient en ou e des vési cules adipeuses; mais il était évident que la plus grande partie de la graisse avait disparu, que ces lipômes étaient presque rédu sVleu trame de tissu conjonctif et fibreux, que celle-ci n'avait pu s' c croi re pendant la période d'inanition, et qu'elle était tres-abo, dante, eu égard au volume primitif des lipômes. Il m'a donc nn n que ces productions graisseuses extérieures n'avaient jamais été de

lipômes purs, mais plutôt des tumeurs ûbro-adipeuses; variété de lipômes aujourd'hui bien connue.

Je n'ai pas de renseignements histologiques sur la première tumeur extirpée en 1823 par Beauchône. Le malade se souvenait parfaitement d'avoir entendu dire par son chirurgien que c'était un gros paquet de graisse ; mais Beauchône pouvait très-bien donner ce nom à une tumeur fibro-adipeuse. Je me demande donc si la marche exceptionnelle et la mahgnité relative de cette affection ne dépendaient pas de l'association de l'élément fibreux à l'élément adipeux. Je pose celte question, parce que la généralisation des productions fibreuses est un fait aujourd'hui démontré par plusieurs observations; mais il y a toujours ceci de particulier, que les dépôts secondaires des muscles et des viscères, qui se sont formés dans les derniers temps de la vie, étaient franchement graisseux.

Ce point, au surplus, n'est qu'accessoire. La généralisation d une tumeur fibro-adipeuse ne serait pas moins remarquable, ne serait pas moins significative que celle d'un lipôme pur; car ces deux variétés de tumeur sont de même espèce; on passe de 1 une à 1 autre par des transitions insensibles, et toutes deux sont connues pour leur

bénignité habituelle. , , . ^ ^

Ainsi tandis qu'à l'une des extrémités de la série des tumeurs, nous voyons la généralisation du cancer se manifester très-frequemment comme conséquence d'une infection générale évidente, constante, et inévitablement mortelle, à l'autre extrémité de la même série, nous voyons la généralisation des lipômes, P^^rs ou fibreux s'effectuer très-exceptionnellement sous l'influence d'un état général qui n'a pas d'autres symptômes, qui ne peut être étudie indépendamment de ses localisations, qui est compatible avec une longue vie qui ne paraît môme pas porter directement atteinte à la santé, Tt iu'on n'ose pas désigner sous le nom d'infection, - quoiqu on donne ce nom à l'empoisonnement syphilitique, qui, lui aussi, ne se révèle que par ses localisations, qui, lui aussi, peut persister mdcfiniment dans l'organisme,

Invisible, et présent comme l'air qu'on respire. (Barthiîlemy.)

T .ntres tumeurs susceptibles de se généraliser se placent entre ces d rtermerextrômes. Sous ce rapport, comme sous tant d'autres fes dive ses espèces de tumeurs présentent des analogies et des difles dnerses e P réduisent à ceci : que, sous l'influence

~ di ic^^^^^^^ de l'économie, qui survient à un certain

moment des tumeurs secondaires se forment dans divers organes.

DES DIVERSES ESPÈCES d' INFECTION. 309

Ce phénomène frappant indique que le mal est entré dans une nouvelle phase. Mais l'observation clinique des symptômes permettrait déjà de dire que toutes les tumeurs ne se généralisent pas de la môme manière, et de considérer même comme probable que chaque espèce se généralise à sa manière, — quand môme l'analomie pathologique ne nous montrerait pas que les tumeurs secondaires sont toujours de même nature que la tumeur primitive, et qu'elles dépendent par conséquent d'un état général qui varie suivant la nature de'cette dernière.

Ainsi, soit qu'on se place au point de vue anatomique, soit qu'on se place au point de vue clinique, on est conduit à reconnaître que l'infection cancéreuse diffère notablement de l'état général qui préside à la généralisation des autres espèces de tumeurs. Mais il n'en résulte pas que le phénomène de la généralisation soit dû, dans les divers cas, à des influences d'ordres différents. L'analogie des résultats matériels nous conduit, au contraire, à admettre l'analogie de leurs causes, et l'exemple du cancer, en nous permettant d'attribuer la généralisation à une infection qui, dans ce cas, est presque constamment manifeste, nous permet de considérer comme infiniment probable que la généralisation des autres tumeurs est aussi due à une infection, quoique les symptômes de cette dernière fassent le plus souvent défaut.

Nous allons maintenant nous efforcer de déterminer la nature des rapports qui existent entre la tumeur primitive et les tumeurs secondaires; et, dans cette étude délicate, nous considérerons seulement les cas où l'existence de l'état général que nous appelons l'infection, est incontestable et incontestée. La solution d'un problème est d'autant plus difficile qu'on possède moins de données, moins d'éléments observables. Si nous prenions pour type la généralisation des chondrômes, ou des myéloïdes, nous ne connaîtrions que deux éléments, savoir : la tumeur primitive, et l'apparition des tumeurs secondaires. En prenant pour type le cancer, nous aurons un troisième élément, savoir : l'altération générale de l'économie qui , se manifestant après la tumeur primitive, et avant la généralisation, sert pour ainsi dire de trait d'union entre elles.

Nous chercherons donc à établir les bases de la doctrine de l'infection cancéreuse, et de la généralisation du cancer; nous parlerons comme si le cancer seul était en cause, et s'il nous arrive quelquefois de faire allusion à la généralisation des autres tumeurs, on ne devra pas perdre de vue que notre argumentation ne s'applique directement qu'à la généralisation du cancer.

De l'infection cancéreuse en particulier. — État du sang. — Prétendus cancers du sang.

La description des principaux symptômes de l'infection cancéreuse a été donnée en abrégé au commencement de ce chapitre. Il n'est pas nécessaire de la développer davantage pour le but que nous nous proposons ici. Mais nous donnerons quelques détails sur l'état des liquides chez les individus arrivés à la dernière période de cette infection, qui prend alors le nom de cachexie cancéreuse.

La composition chimique du sang de ces individus a été étudiée par M. Andral (I). La proportion de la fibrine ne lui a pas paru modifiée sensiblement par le fait seul de l'existence de la maladie cancéreuse. Cette proportion est à peu près normale dans les cas ordinaires. Lorsqu'il existe une complication inflammatoire, accompagnée de fièvre, le chiffre de la fibrine s'élève quelquefois, et même d'une manière notable; il peut diminuer, au contraire, chez certains cancéreux épuisés par des hémorrhagies continuelles, ou chez ceux dont les fonctions nutritives sont directement compromises par le siège spécial de la tumeur; mais, somme toute, la fibrine du sang ne semble pas altérée par le fait seul de l'infection cancéreuse. Toutes les fois qu'on a rencontré cet élément en proportions anormales, il a été possible de trouver la cause de ce phénomène dans des circonstances particulières qui ne faisaient pas partie essentielle de la maladie cancéreuse.

Il paraît résulter, au contraire, des analyses de M. Andral, et de celles de M. Simon (-2), que le chiffre des globules diminue dans la dernière période de l'infection. Ce chiffre peut descendre de 127 à 46 (Simon), et même à 21 (Andral). Lorsque la diminution est excessive, elle est due en partie à des hémorrhagies, comme cela avait lieu dans le cas, oîi il n'y avait que 21 millièmes de globules. Mais la déglobulisatioii a été constatée en l'absence de toute complication, et alors on est obligé de la considérer comme la conséquence directe de l'infection.

La quantité d'albumine dissoute dans le sérum du sang paraît

(1) Andral, Hématologie pathologique. Paris, 1843, in-8, p. 165.

(2) Franz Simon, Physiologiiche tmd pathologische Anihropochemie.BeTVm, 1842. Je ne connais cet ouvrage que par la traduction anglaise de Georges Day : Animal Chemisiry with Référence to the Physiology and Pathology of Man. Lond., 18i6, 2 vol. in-8. Le passage cité se trouve à la pag. 309 du tom. I de celte édition. — Voy. aussi t. I, p. 284, pour l'analyse du sang d'une hémorrliagie fournie par un cancer ulcéré du col de l'utérus.

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