LE SANG DES CANCÉREUX
dimiauer en même temps que les globules. Ainsi, dans le cas où M. Simon trouva les globules réduits à 46 millièmes ( au lieu de i 27 ), l'albumine du sérum était réduite à 55 (au lieu de 68). Le sang était donc beaucoup plus aqueux qu'à l'état normal. 11 renfermait 887 millièmes d'eau, au lieu de 791. Cet état du sang explique la tendance aux hydropisies qui se manifeste chez beaucoup de cancéreux.
Tout permet de croire que ce n'est pas seulement la composition chimique du sang qui est modifiée, et que la quantité absolue de ce liquide diminue notablement dans la dernière période de l'infection cancéreuse, même chez les malades qui n'ont pas été épuisés par des hémorrhagies. On sait combien il est difficile d'évaluer, même approximativement, la quantité de sang contenue dans le corps d'un individu. Les procédés employés par les physiologistes, pour faire cette détermination chez les animaux, laissent encore beaucoup à désirer; et d'ailleurs ils ne sont pas applicables à l'homme. Il est donc tout à fait impossible de savoir quelle est la quantité absolue de sang chez un individu quelconque, sain ou malade. Mais on doit à M. Louis un moyen d'évaluer indirectement, après la mort, le volume relatif dvi sang dans les maladies chroniques qui ne s'accompagnent d'aucune lésion de l'appareil circulatoire central. Ce moyen consiste à mesurer les dimensions de l'orifice ventriculo-aortique, sur un certain nombre d'individus de même sexe, de môme âge, et morts de la même maladie. En pratiquant la même mensuration chez d'autres individus morts de maladies aiguës, on obtient des moyennes qui permettent d'apprécier assez bien l'influence des maladies chroniques sur le volume total du sang. La moyenne normale du diamètre de cet orifice, chez l'homme adulte, est, en centimètres, 2,87. Elle n'est que 2,66 chez les phthisiques; elle descend à 2,50 chez les malades qui succombent aux progrès naturels de l'infection cancéreuse. Or, le calibre réel d'une ouverture est représenté par le carré de son diamètre : si l'on fait le carré des nombres précédents, et qu'on réduise tout en centièmes pour faciliter la comparaison, on trouve que, le calibre de l'ouverture aortique étant représenté par 100 à l'état normal, ce calibre n'est plus que de 85,8, chez les phthisiques, et 75,8, chez les cancéreux. Cela permet de penser que, chez ces derniers, la masse totale du sang est diminuée d'environ un quart.
La coloration jaune-paille de la peau paraît- due h une altération particulière et inconnue du sang. On a pensé que cette altération était de même nature que celle qui produit l'ictère, et que c'était la matière colorante de la bile qui se déposait dans la couche superfi-
Ol^ INFECTION GÉNÉRALE ET GÉNÉRALISATION.
cielle du derme; on a mùme supposé que la leinle jaune des cancéreux était la conséquence de cancers secondaires multiples, développés dans le foie. Mais elle existe trùs-souvent sans que le foie soit atteint; puis, clic n'occupe que le derme; elle ne colore ni les tissus blancs, ni la synovie, ni l'urine. Elle ne peut donc être confondue avec l'ictère. Quelques auteurs, la comparant à la teinte anémique, ont pensé qu'elle était due aux hémorrhagies qui se font si fréquemment à la surface des ulcères cancéreux; mais elle se manifeste très-souvent sans avoir été précédée d'aucune hémorrhagie, et avant même que la tumeur soit ulcérée. Il s'agit donc, selon toutes probabilités, d'une altération pai liculiére du sang.
Des hydropisies plus ou moins étendues se produisent fréquemment chez les cancéreux pendant les derniers temps de leur vie. On verra tout à l'heure qu'elles peuvent être dues à des causes mécaniques, telles que l'oblitération veineuse, ou la compression des veines par les tumeurs situées sur leur trajet. Mais lorsqu'on ne trouve, à l'autopsie, aucune lésion capable d'expliquer l'hydropisie, celle-ci doit être attribuée à l'altération du sang.
Il résulte de tous ces faits que l'infection cancéreuse modifie profondément le sang sous le rapport de la quantité, et sous le rapport de la qualité. Si les autres infections fibro plastique, chondrômateuse, épithéliale, etc., produisent dans le sang des modifications analogues, ou des modifications différentes, c'est ce que personne ne peut savoir encore; mais il est permis de penser que le sang doit être, dans tous les cas, le siège d'une certaine altération, appréciable ou non à l'analyse chimique, puisque ces infections font naître des tumeurs secondaires multiples dans des organes qui ne communiquent avec la tumeur primitive que par l'intermédiaire de la circulation générale.
On trouve quelquefois, à l'autopsie des individus qui ont succombé dans la période d'infection, des masses cancéreuses intravasculaires, qui ont été considérées à tort comme le résultat direct de l'altération du sang, et qui, par suite de cette théorie erronée, ont été désignées sous le nom de cancers du sang.
L'origine de ces cancers intravasculaires a déjà été indiquée plus haut, dans le chapitre de la propagation (voy. p. 210 et suiv. ). On a vu que certaines tumeurs, et notamment les cancers encéphaloïdes, ont la propriété de perforer les parois des veines, de se prolonger dans la cavité de ces vaisseaux sous forme de champignons, et que des fragments de cancer, détachés par le choc du sang, peuvent être entraînés, par le torrent circulatoire, le long de l'arbre veineux,