‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 78 sur 158 · PRÉTENDUS CANCERS DU SANG · texte numérisé non relu

PRÉTENDUS CANCERS DU SANG

jusque dans les cavités droites du cœur, et de là jusque dans les divisions de l'artère pulmonaire. Ces cancers intraveineux, entourés d'un caillot prolecteur, peuvent flotter librement dans la cavité du système vasculaire à sang noir. D'autres fois, ils s'arrêtent, se fixent sur la paroi veineuse, produisent une oblitération plus ou moins étendue, et peuvent continuer à s'accroître dans celte nouvelle situation.

Telle est la cause, et la cause unique, des prétendus cancers du sang.

L'existence de ces cancers avait été constatée avant qu'on connût le mécanisme de la destruction des veines par le cancer. Il était donc naturel, dans l'origine, de considérer ces productions, qui souvent sont libres de toute adhérence , et contenues dans des veines non altérées, comme des cancers développés dans le sang. Ce fut l'opinion de M. Velpeau, qui communiqua, en 1824, à l'Académie de médecine, une des premières observations de cancer intraveineux (1). Il supposa que la matière cancéreuse contenue dans la veine cave s'était développée d'emblée dans l'intérieur de cette veine (2). Mais Breschet, Cbomel, M. Andral, à qui la pièce fut montrée, constatèrent que le cancer intraveineux se continuait directement, dans mie étendue longue de 1 pouce, et large de 3 lignes, avec une tumeur cancéreuse qui enveloppait la veine cave (3). Quoique interprétant autrement que M. Velpeau ce cas particulier, M. Andral ne rejeta pas pour cela d'une manière générale la théorie des cancers du sang. Il pensa que ceux qui étaient flottants se formaient aux dépens de la fibrine. De même que, dans le développement des tumeurs cancéreuses, la fibrine du sang s'organise et se transforme en cancer; ainsi, cette môme fibrine, encore contenue dans le sang, se change en matière encéphaloïde chez les individus en proie à la cachexie cancéreuse.

Carswell a repris cette hypothèse, l'a développée et l'a érigée en doctrine (4). Suivant lui, avant l'apparition de la première tumeur, les éléments du cancer existeraient toujours dans le sang; ils ne se

(1) Langstaff en avait déjà rapporté un exemple en 1817 {Medico-Chirurgical Transactions. Lond., 1817, in-8, vol. YllI, p. 28G). — Eug. Cailliot, cité par Lobstein, en avait publié une autre observation en 1823, dans sa thèse inaugurale (Lobstein, Anal, pathologique., t. I, p. 43^).

(2) Velpeau, Mémoire tendant à prouver l'altération des fluides dans les maladies cancéreuses, etc., dans Revue médicale., 1825, 1. 1, p. 2l7 et 343.

(S] Revue médicale, 1826, t. 1, p. 345.

(4) The Cyclopedia of Practical Medicine, Lond., 1834, grand in-8, vol. IH, \). 660 et 8uiv., art. Sciurhus.

INFECTION GÉNÉRALE ET GÉNÉRALISATION, déposeraient que plus tard, molécule à molécule, dans le parenchyme des organes, donnant successivement naissance à toutes les tumeurs, primitives ou secondaires. Il n'y aurait donc aucune diff'érence entre la cause de celles-ci et la cause de celles-là. L'infection ne serait pas une modification consécutive de l'économie; elle ne serait que la continuation et l'aggravation de la dialhèse qui a fait naître la première tumeur, et les cancers intravasculaires se formeraient lorsque la matière cancéreuse, se trouvant en excès dans le sang, se précipiterait sous forme de masses, flottantes ou adhérentes, plus ou moins volumineuses.

Plus loin, en cherchant à déterminer la nature de l'infection cancéreuse, nous aurons à discuter plus amplement la doctrine à laquelle Carswell a attaché son nom. Ici nous nous bornerons à examiner la valeur du fait anatomique mal interprété sur lequel elle rçpose.

A l'époque où elle a été émise, on ignorait que la matière cancéreuse fût constituée par des éléments anatomiques globulaires, on croyait que c'était une substance liquide, on pouvait donc concevoir que, née dans le sang, elle pût se déposer dans les tissus par exhalation pour constituer les tumeurs. Aujourd'hui, on sait que les globules du cancer, noyaux ou cellules, sont solides, et plus volumineux que les globules du sang, qu'ils ne peuvent filtrer à travers les parois des vaisseaux, que par conséquent, s'ils se formaient dans le sang, ils y resteraient, au lieu de se donner rendez-vous hors des vaisseaux, et de s'accumuler en un point en formant une tumeur. Cela suffît pour nous permettre de rayer d'un seul trait de plume l'hypothèse de Carswell sur l'origine des productions cancéreuses en général. Cette hypothèse serait applicable tout au plus à la formation des cancers intravasculaires. Mais il sera facile de prouver qu'elle est tout aussi fausse dans ce cas particulier que dans son acception générale.

Les cancers intravasculaires, flottants ou adhérents, ont été trouvés dans les parties les plus diverses de l'appareil de la circulation. On en a vu dans les veines du bassin, dans les veines iliaques, sousclavières, jugulaires, brachio-céphaliques, dans les deux veines caves, dans la veine porte, dans les cavités du cœur, dans l'artère et dans les veines pulmonaires. De là est venue l'idée que ces cancers peuvent se former dans tous les vaisseaux, que par conséquent ils ne dépendent pas de causes locales, et qu'ils sont dus à une altération générale du sang.

Telle est du moins la conclusion qui s'est présentée à l'esprit de

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