‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 80 sur 158 · SIEGE DES CANCERS INTRAVASCULAIRES · texte numérisé non relu

SIEGE DES CANCERS INTRAVASCULAIRES

culation est interrompue et la matière cancéreuse peut se prolonger dans l'intérieur du vaisseau suivant une direction opposée à la direction normale du courant sanguin. Le cancer intraveineux, ainsi fixé, contracte avec la paroi veineuse des adhérences plus ou moins intimes; il continue à vivre et à s'accroître, refoulant ou détruisant les caillots passifs qui 'remplissent les veines afférentes, comme pourrait le faire une injection rétrograde. Dans un cas de cancer du rein, que M. Pelletier présenta, en 1833, à la Société anatomique, la veine cave était remplie de matière cancéreuse depuis son origine, à l'union des veines iliaques, jusqu'au niveau du foie (1). Le cancer intraveineux avait donc remonté dans la veine cave, depuis l'embouchure de la rénale, jusqu'à la terminaison des iliaques. J'ai publié ailleurs l'observation d'un individu qui avait succombé à un cancer ulcéré du testicule avec un engorgement des ganglions inguinaux et iliaques. La veine fémorale était perforée par le cancer au niveau du septum crurale; à travers sa paroi perforée, la matière encéphaloïde faisait saillie dans sa cavité, qui était encore perméable au sang; en outre, la veine cave inférieure renfermait un fragment assez volumineux de matière cancéreuse, entouré de sang coagulé, mais libre d'adhérences. Jusque-là tout était parfaitement conforme à la règle; le cancer intravasculaire était situé sur le trajet centripète du sang de la tumeur. Mais la veine saphène interne était entièrement oblitérée depuis le pli de l'aine jusqu'au niveau du genou; cette oblitération, constituée en bas par de simples caillots, était la conséquence d'un bouchon de matière encéphaloïde qui avait pénétré dans la partie supérieure de la veine saphène, et qui s'y prolongeait de haut en bas, dans une étendue de quatre travers de doigt (2). M. Rokitansky fait allusion à des cas oh le reflux de la matière cancéreuse s'était fait dans une étendue plus considérable encore. Le cancer primitif occupait l'utérus, les cancers intraveineux se prolongeaient dans la veine hypogastrique, et de là, gagnant les veines iliaques, ils avaient rétrogradé jusque dans la veine crurale (3). Ces faits, que je pourrais multiplier, ne prouvent pas que

(1) Bulletins de la Sociéié anatomique, t. VIII, p. 60 (4 avril 1833). Le fait n'y est indiqué que très-sommairement; mais il est reproduit in extenso (sous le nom de Peltier), dans la XVillo livraison (pl. l) de la grande Anatomie pathologique de M. Cruveilhier. ^ ^ v

|2) Mém. de l'Acad. de méd., t. XVI, p. 638.

(3) Rokitanstky, Handbuch der pathologische Anatomie. Bd II, Wien, 1844 8. 651. L'auteur indique ce phénomène comme une complication du cancer de l'utérus. Il paraît l'avoir observé plusieurs fois, mais il n'en cite aucun exemnlo particulier. ^

les cancers intraveineux puissent remonter le cours du sang, puisque le sang ne circulait plus dans des veines préalablement oblitérées; ils prouvent seulement que la matière cancéreuse, arrêtée dans une veine, peut continuer à s'accroître et se développer en tous sens, comme le font les cancers ordinaires.

On peut donc affirmer que, dans tous les faits connus jusqu'à ce jour, les cancers intravasculaires occupaient une situation telle qu'il était toujours possible de les considérer comme des dépendances d'une tumeur cancéreuse primitive ou secondaire. Cette interprétation devrait déjà naturellement se présenter comme la plus probable à l'esprit de celui qui ne connaîtrait que deux ou trois observations. Mais lorsqu'on en réunit un plus grand nombre (j'en ai pour ma part réuni plus de cinquante), lorsqu'on constate que, dans tous les cas, sans exception, les cancers intravasculaires étaient placés à portée de la tumeur, qu'ils étaient situés comme s'ils en provenaient, on est bien obligé d'admettre qu'il y a une relation anatomique déterminée, et un rapport de cause à effet, entre cette tumeur et les prétendus cancers du sang.

Cette conclusion est tellement claire, tellement pressante, qu'elle a eu des partisans avant même que le mécanisme de l'introduction du cancer dans les veines fût connu. Quoique la théorie de Carswell fût simple et commode, on la trouvait si peu conforme à la réalité des faits, qu'on lui préférait des hypothèses subtiles, compliquées, et peu vraisemblables.

On supposa d'abord que la matière cancéreuse, primitivement formée dans la tumeur, pénétrait dans les veines par voie d'absorption ou, si l'on veut, de résorption, et que, une fois introduite dans le sang à l'état liquide, elle ne tardait pas à se condenser, à se solidifier en formant des masses plus ou moins volumineuses. Cette hypothèse est, d'abord, indémontrable, puisqu'une matière dissoute dans le sang est invisible, et que la chimie elle-môme est impuissante, aujourd'hui encore, à caractériser la substance cancéreuse. En second lieu, lorsqu'on songe que le sang se rend, en quelques secondes, des extrémités aux poumons, on ne peut concevoir qu'une matière dissoute puisse exister dans le sang. d'une veine sans passer immédiatement à travers le poumon, de là dans toutes les artères, puis dans toutes les veines. On ne pourrait donc expliquer le siège spécial des cancers intravasculaires qu'en supposant que la matière cancéreuse liquide, absorbée par les veines de la tumeur, se coagulerait immédiatement après avoir traversé la paroi veineuse. Mais celte coagulation instantanée ne pourrait produire que de très-

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