‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 83 sur 158 · INJECTIONS DE SUC CANCÉREUX DANS LES VEINES · texte numérisé non relu

INJECTIONS DE SUC CANCÉREUX DANS LES VEINES

entremôlée de cellules cancéreuses parfaitement caractérisées, semblables à celles qu'on avait observées, le 8 juin précédent, dans le cancer de l'bumérus qui avait fourni la substance injectée, mais un peu plus grandes cependant. Il était incontestable que l'injection du suc cancéreux dans les veines du chien avait été la cause de la formation des cancers multiples du poumon (1).

M. FoUin a répété cette expérience avec le concours de M. Lebert, et a obtenu le même succès :

Le 28 novemhre 1848, dit-il, j'injectai dans la jugulaire droite d'un chien du suc cancéreux, provenant d'une masse enlevée de l'aisselle d'une femme, le matin même, par le professeur Yelpeau. Cette tumeur était une seconde récidive d'un cancer mammaire ; à chaque opération on avait trouvé des cellules cancéreuses, le tissu cancéreux, coupé en petits morceaux, a été broyé dans un mortier, le suc étendu d'eau et pétri a été injecté à la dose de 30 grammes dans la veine jugulaire droite de l'animal. 11 n'y eut point d'accident immédiat, mais, dans les premiers jours après cette injecticm, l'animal fut abattu, ne mangea pas et eut de la fièvre, puis une partie de ces accidents disparurent, et il ne conserva qu'une assez grande torpeur. L'animal fut sacrifié le 12 décembre 1848. Dans le poumon on trouva cinq ou six granulations du volume d'une tête d'épingle , translucides, opalines, assez dures, mais se laissant écraser sans pulpe. Ces granulations étaient formées par un amas de cellules cancéreuses, disséminées autour des fibres pulmonaires. On trouva dans le foie ces mêmes granulations, et, dans l'épaisseur des parois du cœur, il existait des masses indurées d'un blanc grisâtre, granuleuses, formées d'un amas de cellules assez grandes, à un ou deux noyaux, comme les cellules du cancer (5).

Ces deux expériences remarquables ont une haute signification ; elles prouvent que l'infection cancéreuse et la généralisation dans les viscères peuvent être la conséquence de l'introduction de la matière cancéreuse organisée dans le sang.

Avant de faire l'injection du suc cancéreux dans les veines d'un chien, Langenbeck avait fait des tentatives semblables sur plusieurs lapins, mais les animaux étaient morts en moins de vingt-quatre heures : la dose était trop forte, sans doute; peut-être aussi le suc cancéreux injecté renfermait-il des fragments trop volumineux, eu égard au volume des animaux mis en expérience. Le fait est qu'à l'autopsie on trouva dans les poumons un grand nombre de petites ecchymoses, qui probablement avaient eu pour point de départ des embolies capillaires (3).

D'un autre côté, Vogel a essayé sans succès de produire des can-

(1) B. Langenbeck, Ueber die Enistehung des Venenkrebses und die Môylichkeit Carcinome vont MenscJwn auf Thiere zu ûberlragen. — Mémoire original, publ é dans Scbmidl's Jahrhûcher dcr gesammten Medicin. Leipzig, 1840, Bd XXV, s. 104.

(2) Follin. Traité de pathologie externe, t. I, p. 303. Paris, 1861, in-8.

(3) Langenbeck, loc. cit., p. iu3.

cers viscéraux en injectant de la matière cancéreuse dans la jugulaire d'un chien. L'animal éprouva quelques troubles respiratoires légers et passagers, puis il se rétablit parfaitement, et, lorsqu'on le tua, au bout de huit mois, on ne trouva aucune tumeur cancéreuse dans ses organes (1). Mais celte expérience ne peut être considérée comme négative, parce que Vogel ne s'était pas placé dans les conditions convenables : il avait pris le suc cancéreux sur le cadavre d'un homme mort depuis trente heures d'un cancer du testicule. Or, quoique ce suc, au moment de l'injection, n'eût pas l'odeur putride, tout le monde reconnaîtra que trente heures avaient pu suffire amplement pour détruire les propriétés des cellules cancéreuses qu'il renfermait. Si, dans les expériences de transplantation, qui donnent des résultats si étonnants lorsqu'elles sont convenablement faites, on prenait des greffes sur des cadavres d'animaux morts depuis trente heures, on échouerait infailliblement. L'insuccès de Vogel ne prouve donc absolument rien.

Les expériences que je viens de rapporter sont les seules de ce genre que je connaisse. Quoique les deux succès de M. Langenbeck et de M. Follin ne soient contre-balancés jusqu'ici par aucun fait négatif, il serait prématuré peut-être d'en tirer une conclusion définitive. Que l'injection du suc cancéreux dans les veines puisse produiredes cancers viscéraux multiples, c'est une chose qui me paraît démontrée; mais cette injection donne-t-elle lieu nécessaireynent à la généralisation cancéreuse? Cela est moins certain. C'est un sujet d'études d'une haute importance, et que je ne saurais trop recommander aux expérimentateurs. J'ajoute que les résultats négatifs qu'on pourrait obtenir ne seraient concluants que si l'on s'était entouré de toutes les précautions propres à faire réussir les expériences. Rappelons-nous ce qui s'est passé dans les essais parallèles qui ont été faits pour déterminer la nature de l'infection purulente. Tous les animaux à qui on injecte du pus dans les veines présentent des symptômes généraux assez graves : les uns se rétablissent tout à fait, les autres meurent promptcment, d'autres vivent quelques jours; et, à l'autopsie de ceux qui succombent, on constate tantôt la présence, tantôt l'absence d'abcès pulmonaires multiples. MM. de Castclnau et Ducrest ont indiqué les causes de ces différences. Une injection trop faible ne produit qu'un trouble très-passager; une injection trop forte tue les animaux avant que les abcès aient eu le temps de se former; et, lorsqu'on veut obtenir à coup sûr ces abcès, il faut

(1) Julhis Vogel, Traité d'anatomie pathvlogiqne générale, traduit de i'allemand, par Jourdan. Paris, 18i7, in-8, p. 283 [Encyclop. auilovu, t. IX).

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