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CHAPITRE XIII

DE LA RÉCIDIVE DES TUMEURS

Toute tumeur qui renaît après avoir été enlevée ou détruite est dite en état de récidive.

Les tumeurs peuvent récidiver, soit dans la cicatrice, soit dans le voisinage de la cicatrice, soit dans les ganglions correspondants, soit enfin dans des organes qui ne communiquent avec le siège de la tumeur primitive que par l'intermédiaire de la circulation. Elles peuvent récidiver encore sur plusieurs points à la fois. Elles peuvent récidiver plusieurs fois de suite, et môme indéfiniment. Enfin, la récidive peut survenir à des époques très-variables, tantôt quelques mois ou môme quelques années après l'opération, tantôt seulement au bout de plusieurs années, de buit ou dix ans, et môme davantage.

La récidivité, ou tendance à la récidive, est un des caractères les plus frappants de la malignité, et c'est à coup sûr celui qui préoccupe le plus le chirurgien. Les opérations étant presque toujours pratiquées avant la période de l'infection apparente, la récidive des tumeurs est ordinairement le premier pbénomène qui paraisse indiquer qu'il y a dans l'économie autre chose qu'un trouble local, et, à l'époque où l'on classait les tumeurs d'après leurs caractères' cliniques, et où la grande division en tumeurs bénignes et tumeurs malignes suffisait à la curiosité des praticiens, l'idée de récidive et l'idée de malignité se confondaient en une seule. Pour Boyer l'examen anatomique des tumeurs était sans aucune utilité pratique et ne jetait aucune lumière sur le diagnostic et le pronostic. Lorsqu'une tumeur était enlevée, on ne pouvait savoir si elle était ou non cancéreuse. II fallait attendre patiemment; si elle récidivait, c'était un cancer, smon, non {{). Nous signalons cette singulière doctrine à i attention de ceux qui disent encore que la vieille division des

{>) lîi'Ntr. Ma/adies chirurgicales, ira édH., t. ]I, p. 309; tt t. VU, p. 234.

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tumeurs en bénignes et malignes était « essentiellement pratique. »

Nous savons aujourd'hui que les cancers ne sont malheureusement pas les seules tumeurs sujettes à la récidive. Presque toutes les tumeurs peuvent récidiver d'une manière ou d'une autre. La récidivité du cancer est constante, suivant les uns, à peu près constante, suivant les autres. C'est un point encore en contestation. Celle des tumeurs fibroplastiques , des épithéliômes , des pseudadénômes, des kéloïdes, est moins générale, quoique encore très-prononcée. La tendance à la récidive est moindre dans la plupart des autres espèces de productions accidentelles, mais il en est bien peu qui en soient constamment exemptes. Les fibrômes, les myéloïdes, les adénômes uni ou multiglandulaires, les chondrômes, les tumeurs érectiles, les loupes enkystées , et même certains lipômes, peuvent récidiver. Ce ne sont pas seulement les tumeurs proprement dites qui sont susceptibles de se reproduire après l'ablation. Un grand nombre de lésions locales, et de productions accidentelles qu'on n'a pas jugé convenable de ranger parmi les tumeurs, peuvent se comporter de la même manière. On détruit les granulations elles ibngosités delà conjonctive, et elles reparaissent; on enlève la carie, et la carie renaît ; on excise les végétations des organes génitaux et il s'en forme de nouvelles. Leptérygion, les productions cornées, les verrues, les durillons, les cors, peuvent aussi reparaître après l'ablation. Je pourrais encore multiplier les exemples. Dirat-on que tout cela soit de la môme nature que le cancer? voudra-t-on avec Boyer faire de la récidive la pierre de touche du cancer? Que cette erreur, que cet aveu d'un grand clinicien nous soient profitables- qu'ils nous apprennent à nous méfier de la symptomatologie pure, à nous tourner vers l'anatomie pathologique, et à lui demander, pour nos classifications, des caractères moins trompeurs

que celui de la récidive.

Au surplus, le mot de récidive, un de ceux dont on se sert le plus souvent, est aussi un de ceux dont on a le moins précisé la signification On l'emploie pour désigner des choses très-difl-érentes. Celte confusion a souvent sa raison d'être dans la pratique, parce qu il peut être difficile ou impossible de déterminer la nature des ra].- Dorts qui existent entre le mal nouveau et le mal ancien; mais, au point de vue de Ta physiologie pathologique, il faut bien savoir que la récidive peut s'efl'ectuer par deux mécanismes qui n ont absolument rien de commun l'un avec l'autre. M., «nw.nr

Tantôt après l'ablation complète du mal, on voit renaître, soit sur le théâtre de l'opération, soit dans un autre point de l'économie, une

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