LES DEUX ESPÈCES DE RÉCIDIVES
tumeur de môme nature que la première. Le mal était entièrement détruit, il n'en restait plus aucun germe local; il s'est reproduit de toutes pièces : c'est la récidive par répullulation.
D'autres fois, au contraire, la récidive se produit parce que l'ablation du mal a été incomplète, parce qu'on a laissé, au milieu de parties en apparence saines, des parcelles de tissu pathologique. Ces parcelles, survivant à l'opération, conservent la propriété de s'accroître parla multiplication graduelle de leurs éléments anatomiques, et c'est cette propriété qui donne lieu à la récidive. Le mal ne se reproduit pas, il ne fait que continuer : c'est la récidive par continuation.
La distinction de ces deux espèces de récidives est mise en évidence par deux ordres de faits qui ne peuvent donner prise à aucune objection. Lorsque la nouvelle tumeur se développe dans un organe qui n'a aucune connexion anatomique avec la région primitivement affectée, comme l'étude du cancer en offre de fréquents exemples, il est incontestable que la récidive a eu lieu par répullulation. Il n'est pas moins incontestable qu'elle a lieu par continuation lorsqu'on sait positivement que l'ablation a été incomplète, et que le point où l'on sait qu'il est resté un peu de la tumeur devient promptementle siège de la récidive. L'habileté la plus consommée ne met pas toujours en garde contre cette cause de récidive, On découvre quelquefois, pendant l'opération, que la tumeur envoie un prolongement imprévu dans une région inaccessible à la chirurgie, et on se résigne malgré soi à respecter ce prolongement. D'autres fois, on croit avoir enlevé tout le mal ; on a effectivement enlevé tout ce qui était appréciable à la vue et au toucher. On referme la plaie en toute confiance; mais, en examinant la pièce au microscope, on découvre quelque part une petite fusée de tissu morbide qui se prolonge jusqu'à la surface de la section, et qui, invisible à l'œil nu, visible seulement à la loupe, ne se laisse nettement caractériser que par l'examen microscopique. D'autres fois enfin, la région ganglionnaire adjacente, libre, le jour de l'opération, de tout engorgement appréciable, présente, au bout de quelques jours un petit ganglion roulant; on espère que ce n'est qu'un engorgement simple, mais bientôt il s'accroît et se comporte comme la tumeur primitive. Dans les trois cas, le chirurgien conclut avec juste raison, qu'il est resté, soit dans la plaie, soit dans le ganglion, un germe matériel dont le développement a donné lieu à la récidive.
Les deux espèces de récidives que nous venons de distinguer, ont été désignées à tort sous le nom de récidive à distance, et de récidive
DE LA RÉCIDIVE DES TUMEURS
sur place. Ces deux mots sont très-inexacts, ou plutôt ils correspondent trôs-incxactemenl h nos deux espèces de récidives. En effet, les récidives par continuation se font quelquefois k distance, et beaucoup de récidives par répullulation véritable se font sur place.
J'ai cité plus haut, dans le chapitre de l'étiologie des tumeurs, l'observation de M. R..., ancien notaire, qui fut atteint d'un encéphaloïde mélanique du talon à la suite d'une contusion, et chez lequel, après l'ablation complète de la tumeur, la récidive se fit promplement dans les ganglions de l'aine. C'était une récidive par continuation, et pourtant c'était une récidive à une grande distance de la tumeur primitive. Je rappelle cet exemple, parce que la distance entre le siège du mal et la récidive par continuation était aussi grande que possible; mais les faits de ce genre se présentent continuellement dans la pratique. Que les récidives se fassent du talon dans les ganglions inguinaux, ou de la mamelle dans les ganglions axillaires, ou de la lèvre inférieure dans les ganglions sous-maxillaires, ce sont toujours des récidives à distance, et pourtant ces récidives le plus souvent ont lieu par simple continuation. On a enlevé toute la tumeur primitive, mais les ganglions correspondants étaient déjà atteints, et le mal a continué à se développer.
D'autres fois, les récidives par continuation s'effectuent à quelques centimètres de la cicatrice. Certaines tumeurs, notamment les cancers squirrheux et les épithéliômes , envoient dans les tissus environnants des prolongements qui se réduisent quelquefois à de petites fusées presque filiformes. Ces fusées peuvent acquérir plusieurs centimètres de longueur. A l'autopsie d'un individu qui avait succombé à l'amputation de la partie antérieure de la langue, pratiquée pour cause d'épithéliôme , j'ai vu un de ces prolongements qui s'étendait d'avant en arrière, sur la ligne médiane, jusqu'au voisinage de l'os hyoïde. Les récidives par continuation dues à cette cause, se font souvent dans la cicatrice même; mais il peut arriver que la tumeur nouvelle se développe à quelques centimètres plus loin.
Toutes ces récidives par continuation ont cela de commun qu'elles se font dans la sphère de l'action locale de la tumeur primitive. C'est pourquoi quelques auteurs les ont désignées sous le nom de récidives locales ; mais ce nom ne leur convient pas moins que celui de récidives sur place, parce que la plupart des récidives par répullulation se font également, comme les précédentes, soit dans la cicatrice, soit dans la région voisine. Cela est tellement vrai, qu .1 est souvent difficile, et quelquefois impossible de savoir si une récidive