LES DEUX ESPÈCES DE RÉCIDIVES
a lieu par continuation ou par répuUulation, et que plusieurs auteurs, môme parmi les modernes, ont pu croire que toutes les récidives se faisaient par continuation. Blandin professait encore, en 1843, cette opinion à laquelle il renonça dans les dernières années de sa vie.
Les récidives par continuation se manifestent en général peu de temps après l'opération, quelquefois mêmé avant l'entière cicatrisation de la plaie. 11 est impossible d'assigner une limite à la durée du temps qui peut séparer le jour de l'opération du jour où cette espèce de récidive devient apparente. Cette durée varie beaucoup suivant la nature de la tumeur, et suivant la marche plus ou moins rapide qu'elle affectait avant l'opération. Toutefois, lorsqu'une tumeur récidive sur place, après un délai de cinq ou six mois, il est extrêmement probable qu'il s'agit d'une récidive par répuUulation et non par continuation.
Les récidives par répuUulation peuvent se manifester à toutes les époques, soit sur place, soit à distance. 11 ne peut s'élever aucun doute sur la nature de celles qui se font à distance. Celles qui se font sur place au bout de six mois, d'un an, de plusieurs années, se distinguent également très-bien des récidives par continuation. Mais celles qui surviennent plus tôt sont plus difficiles à interpréter, et le chirurgien se demande souvent en pareil- cas si le mal s'est reproduit ou n'a fait que continuer, à moins que les circonstances de l'opération n'aient permis d'acquérir la certitude que le mal a été enlevé en totalité. Ainsi, par exemple, lorsqu'on ampute la cuisse pour un cancer bien circonscrit du tibia, et que la récidive s'effectue dans le moignon, quelque précoce que soit cette récidive, on doit, sans hésiter, la considérer comme une répuUulation.
Souslerapportdelaphysiologie pathologique, lesrécidives par continuation ne donnent lieu à aucune difficulté. La parcelle de tissu morbide qui est restée en place a conservé sa structure et son pouvoir d'accroissement. Ses éléments se multiplient avec une rapidité variable, et elle finit par acquérir un volume appréciable. Il est permis de croire que, dans certains cas, le bouleversement local produit p^v l'opération, et la réaction inflammatoire consécutive, ont pour conséquence d'entraver la nutrition et l'accroissement du tissu accidentel qui deviendra plus tard le point de départ de la récidive, et on conçoit ainsi pourquoi celle-ci ne se manifeste quelquefois qu'au bout d'un certain laps de temps.
Nous allons maintenant concentrer toute notre attention sur les récidives par répuUulation, les seules qui aient donné lieu à des discussions doctrinales.
376 DE LA RÉCIDIVE DES TUMEURS
L'origine de ces récidives est aussi obscure, ni plus ni moins, que celle de la tumeur primitive. Il est bien certain qu'il y a une liaison entre la première tumeur et celle qui lui succède, puisqu'elles sont toutes les deux de môme nature anatomique, et que d'ailleurs elles ont exactement la môme marche clinique. Mais ce n'est qu'une liaison indirecte, puisqu'il n'y a eu entre elles aucune relation de continuité. On est donc obligé d'admettre qu'elles dépendent toutes deux d'une cause qui a présidé au développement de la première tumeur, qui a persisté dans l'économie après l'opération, et qui a provoqué ensuite la récidive. En d'autres termes, on est obligé de les considérer l'une et l'autre comme étant sous la dépendance d'une dialhèse.
Nous nous sommes expliqué ailleurs (voy. p. 143 et p. 311), sur la nature de cette diathèse, qui n'est pas une maladie, qui est seulement une cause de maladie, et qui peut persister très-longtemps dans l'économie sans se manifester. Elle n'est pas neutralisée par la formation d'une tumeur locale, elle continue à exister, aussi latente qu'auparavant. Débarrassé de cette tumeur par une opération, le malade se trouve dans les mômes conditions qu'avant l'époque oîi elle s'est formée, et, par cela môme que, la première fois, la diathèse s'est trahie par une manifestation locale, par cela môme, cette fois-ci, elle doit, plus tôt ou plus tard, si rien ne vient la combattre, aboutir à une manifestation nouvelle.
Rappelons maintenant que, dans le chapitre de l'étiologie, nous avons admis que les tumeurs peuvent dépendre de deux espèces bien différentes de diathèses, savoir : les diathèses générales, qui paraissent résider dans les liquides de l'économie, comme ces dispositions inconnues qu'on désigne sous le nom de tempéraments, et les diathèses des systèmes ou diathèses partielles, qui paraissent dépendre seulement de l'état particulier de l'un des systèmes anatomiques qu'on étudie en anatomie générale, tels que le système osseux, le système fibreux, le système nerveux, etc. L'existence de cette seconde espèce de diathèses est révélée par l'observation des cas où plusieurs tumeurs de même nature se développent simultanément ou successivement dans les diverses parties d'un môme système anatomique, sans montrer la moindre tendance à se former dans les autres systèmes. Ainsi, lorsque plusieurs centaines de fibromes existent chez le même individu, et que toutes ces tumeurs, sans aucune exception, ont leur siège dans les cordons nerveux, tout permet de croire qu'elles ne dépendent pas d'un état général de l'économie, mais seulement de la constitution particulière des nerfs,— de môme