HISTORIQUE. — ABERNETHY
intérêt Le second genre est celui des tumeurs enkystées, comprenant les loupes sléatômateuses, athérôraateuses ou mélicériques, les kystes pileux, ceux qui sécrètent des cornes, ceux qui renferment un liquide transparent, et ceux qui renferment des corps blancs et flottants Abernethy savait que ces derniers kystes se forment surtout dans les gaines tendineuses. Le troisième genre est celm des tumeurs osseuses, où l'auteur, comme tous les anatomo-pathologistes de son temps, réunit à la fois les productions véritablement osseuses et les dépôts calcaires amorphes auxquels la microscopie moderne retuse la structure propre du tissu osseux. Enfin Abernethy annonce en terminant que certaines tumeurs sont formées d'une substance semblable aux cartilages ; tels sont les corps libres qu'on trouve dans les articulations. Revenons maintenant au genre sarcome.
Le mot sarcôme est un des plus anciens de la chirurgie, il remonte à l'antiquité grecque; mais il n'a jamais eu de signification précise. Pour les uns, ce mot était synonyme de cancer ou de carcinôme ; pour les autres, il désignait seulement les tumeurs dont la couleur se rapprochait plus ou moins de celle de la chair musculaire. Abernethy l'appliqua comme terme générique à toutes les tumeurs ayant une consistance ferme et charnue : having a firm and fleshy feel. Cette définition, comme on voit, laissait beaucoup à désirer sous le rapport de la clarté, et il n'en pouvait être autrement, puisqu'elle devait s'appliquer à des tumeurs fort disparates.
Il y a huit espèces de sarcômes : iMe sarcôme commun vasculaire; 2° le sarcôme adipeux; 3° le sarcôme pancréatique ; 4° le sarcôme cystique; 5° le sarcôme mammaire; 6° le sarcôme tuberculeux; T le sarcôme pulpeux ou médullaire; 8° le sarcôme carcinomateux. Les descriptions de ces divers sarcômes ne sont ni assez claires ni assez détaillées pour permettre de comprendre toujours la pensée de l'auteur. Il est bien certain que la deuxième espèce correspond au lipome, la septième à l'encéphaloïde, et la huitième au squirrhe; il est certain aussi que la quatrième espèce comprend les tumeurs formées par le développement d'un grand nombre de petits kystes dans un espace limité. Quant aux quatre autres espèces, elles sont beaucoup plus embarrassantes. On pourrait croire que le sarcôme tuberculeux désigne les tumeurs formées par ce qu'on appelle généralement la matière tuberculeuse ; mais, après avoir dit qu'il a surtout observé ces tumeurs dans les ganglions lymphatiques du cou, l'auteur ajoute : « Cette maladie paraît d'une nature très-maligne, » et il cite comme exemple les tumeurs multiples de la peau qu'il a trouvées sur le cadavre d'une femme morte de cancer ulcéré de l'utérus. 11 confond
DES TUMEURS EN GÉNÉRAL
par consoquenl dans une seule espèce les tumeurs tuberculeuses proprcmcnl dites et les cancers multiples de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. Le sarcôme commun vasculaire est plus obscur encore. Ce sont toutes les tumeurs qui paraissent formées de la partie gélatineuse du sang, rendue plus ou moins vasculaire par le développement de vaisseaux nouveaux dans son intérieur. On ne voit guère ce que vient faire ici la gélatine. C'est l'écho de la vieille lymphe gélatineuse des chimiatres cartésiens. Du reste, on en est réduit aux suppositions sur la nature de ce sarcôme. Ainsi M. Walsh le fait rentrer dans la catégorie des encéphaloïdes (1), tandis que Samuel Cooper, citant une observation d'éléphantiasis du scrotum, dit que cette tumeur énorme, du poids de quarante-quatre livres et demie, était un sarcôme commun vasculaire (2). Quant à moi, il me paraît probable qu'Abernethy avait en vue les tumeurs qui donnent de la colle par l'ébullition, et je suis disposé à croire que celte espèce douteuse correspond à quelques-unes des variétés de nos fibrômes et de nos fîbroïdes. Mais toutes les interprétations sont permises. Quant au sarcôme pancréatique, dont la structure ressemblerait à celle du pancréas normal, et au sarcôme mammaire, dont la structure ressemblerait à celle de la mamelle, ce sont des espèces entièrement énigmatiques que jusqu'ici personne n'a pu retrouver.
J'ai dû exposer avec quelques détails la classification d'Abernethy, à cause de son importance historique, et aussi parce que c'est à peu près la seule qui ait pris naissance en Angleterre dans la période qui nous occupe. Quoique imparfaite à beaucoup d'égards, elle a eu du moins l'avantage de graver profondément dans les esprits l'opinion de Hunter sur la multiplicité de nature des tumeurs confondues jusqu'alors sous le nom de cancer. Au lieu d'observer les productions accidentelles avec l'idée préconçue de les ramener à l'unité, les chirurgiens anglais cherchèrent, au contraire, à en établir la diversité. Ce fut ainsi que M. Lav^Tcnce en 1808 reconnut la bénignité d'une affection jusqu'alors confondue avec le cancer, et désignée depuis sous le nom de fungus bénin du testicule. Puis Ev. Home découvrit que le prétendu squirrhe de la prostate est une hypertrophie générale ou partielle de cette glande; et à son tour Astley Cooper retira successivement de la classe des tumeurs malignes les tumeurs cartilagineuses des os et de la mamelle, les tubercules lesticulaires qu'il
(1 ) Article Cancer, in the Cyclopedia of Praclical Surgery, conducled by Costello, V(.1,I, p. 692. Lond., 1842, gr. in-8.
(2) Sam. Cooper, Dictionnaire de chirurgie pratique, trad. franç. Paris, 1S2G, gr. in-H,t. II, p. 533, art. Tumeurs.