‹ Traité des tumeurs [electronic resource]Chapitre 90 sur 158 · INFLUENCE DE LA RÉGION SUR LES RÉCIDIVES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA RÉGION SUR LES RÉCIDIVES

comme des accidents dialhésiques, indépendants de l'infection.

Je rappellerai à cette occasion que le cancer primitif est en général unique, qu'il est cependant multiple quelquefois, mais qu'alors c'est toujours dans le même organe ou dans des organes très-étroitement unis et compris dans la môme région, que naissent les cancers primitifs multiples. Ainsi j'ai trouvé deux fois dans le foie des foyers cancéreux primitifs, assez nombreux, petits, presque égaux en volume et évidemment à peu près contemporains. M. Lebert a vu un cancer mélanique de la grande lèvre débuter sous la forme de petites végétations noirâtres, isolées, parfaitement distinctes dans l'origine, qui n'étaient pas encore complètement fusionnées lorsque l'opération fut pratiquée. J'ai vu également un cas de cancers primitifs multiples du poumon. Depuis que j'ai publié ces faits (1), j'ai disséqué la tête d'une jeune femme cbez laquelle six tumeurs cancéreuses s'étaient développées dans l'épaisseur de l'os frontal et des pariétaux. Ces tumeurs, dont la plus grosse ne dépassait pas le volume d'une noix, faisaient fort peu de saillie; elles s'étendaient du périoste à la dure-mère, et chacune d'elles avait fait sur la voûte du crâne un trou rond, qui semblait fait à l'emporte-pièce. Il n'y avait pas d'autres tumeurs dans le reste du corps. Dans ces divers cas, où la diathèse cancéreuse s'est localisée sur plusieurs points à la fois, les tumeurs multiples primitives étaient groupées dans une région anatomique bien déterminée.

Ainsi, tandis que la diathèse cancéreuse se manifeste très-rarement en plusieurs régions différentes, il est au contraire assez commun de la voir se manifester en plusieurs points différents de la même région, soit sous la forme de tumeurs multiples primitives, soit sous la forme de tubercules cancéreux disséminés autour de la tumeur principale. C'est la preuve, je pense, que l'influence locale qui donne prise à la diathèse n'est pas exclusivement limitée au point mfimment petit où éclôt le premier germe du cancer, mais qu'elle s'étend avec plus ou moins d'intensité sur la région environnante Ces faits me semblent rentrer dans la catégorie de ceux qui dépendent de l'influence de la région.

Maintenant, supposons que la tumeur primitive ait été enlevée ou détruite en totalité par une opération. Le malade, délivré de son mal local reste aux prises avec sa diathèse qui doit infailliblement, suivant beaucoup d'auteurs, presque infailliblement suivant les autres se locahser de nouveau ultérieurement en donnant lieu à une réci-

(1) Mém. de VAcad. de médec, t. XVI, p. 019-650.

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divc; mais ce n'est pas seulement la diathèse qui persiste en lui; cette disposition particulière que les laits précédents nous ont révélée, et que nous avons appelée l'influence de la région, persiste dans les parties voisines de la cicatrice, et l'on comprend ainsi pourquoi la répullulation du mal se fait le plus ordinairement dans la région qui avait été atteinte par la première localisation.

Si l'on m'objectait que ces répullulations ne sont peut-être qu'apparentes, qu'elles sont dues sans doute simplement à la continuation d'un mal incomplètement enlevé, je répondrais que lorsqu'on a amputé la cuisse pour un cancer du tibia, ou le bras pour un cancer de l'avant-bras, la récidive s'effectue dans le moignon, c'est-à-dire le plus près possible de la région qu'occupait naguère le cancer primitif, mais en un point où il ne restait évidemment aucune parcelle, aucun prolongement, aucune racine de la masse morbide.

Quant aux cas où la récidive se fait dans une région toute différente de la première, dans l'utérus par exemple, après l'ablation d'un cancer de la mamelle, ou dans l'humérus, après l'ablation d'un cancer du membre inférieur, ils sont incomparablement plus rares que les précédents. Je n'en connais qu'un très-petit nombre d'exemples, tandis que les récidives qui obéissent à l'influence de la région sont littéralement innombrables.

Il résulte de l'étude que nous venons de faire des conditions qui président à la récidive des tumeurs, que ce phénomène est indépendant de l'infection et entièrement différent de la généralisation. Les tumeurs de la récidive sont dues à la môme cause que la tumeur primitive; elles révèlent l'existence d'une diathèse qui avait pu être inconnue jusqu'au moment de leur apparition ; mais elles ne sont pas l'indice d'un changement survenu dans l'état général du malade; elles donnent lieu aux mômes indications opératoires que la tumeur primitive, et on voit dès lors combien il est essentiel de les distinguer des tumeurs par infection, qui sont au-dessus du pouvoir de la chirurgie.

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