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CHAPITRE XVI

DES ADÉNOMES MULTIGLANDDIAIRES OU POLYADÉNOMES

§ 1. «— GéoéraliCés. — Historique.

Les polyadénômes sont des tumeurs constituées principalement par l'hypertrophie simultanée d'un grand nombre de petites glandes de même nature^ trës-rapprochées les unes des autres.

Ils ont cela de commun avec les monadénômes qu'ils sont dus à un travail d'hypertrophie^ et môme d'hypertrophie /Kirhi^ff^y comme nous le prouverons tout à l'heure; mais ils en diffèrent en ce qu'ils sont dus à une cause moins localisée. Cette cause n'agit plus seule* ment sur un point circonscrit, elle exerce son action sur une ré* gion plus ou moins étendue. En d'autres termes, le monadénôme parait se développer en vertu d'un simple accident de nutrition parfaitement local, n'atteignant qu'un seul organe, n'atteignant même le plus souvent qu'un point très-limité de cet organe ; tandis que, dans le poIyadénAme^ l'hypertrophie simultanée d'un grand nombre de petits organes, semblables entre eux et très*voisins, mais parfaitement indépendants les uns des autres, est l'indice d'une sorte de diathèse partielle qui plane à la fois sur tous ces organes. Or, parmi les conditions qui concourent à donner plus ou moins de gravité aux productions accidentelles, l'une des plus importantes est sans contredit l'élément étiologique, et on peut dire d'une manière assez générale, quoique cette règle ne soit pas sans exception, que plus la cause d'une tumeur est locale et restreinte, plus il y a de chances pour que cette tumeur soit inoffensive. Il est donc permis de prévoir^ d'après ce premier aperçu, que les polyadénômes ont des tendances plus i&cheuses que les monadénômes. Hais on prévoit en même temps que la gravité des polyadénômes doit présenter de très-grandes variations, suivant que la cause dont ils dépendent agit sur une région plus ou moins étendue. Beaucoup d'entre eux, dont la cause est limitée à un très-petit espace, forment des tumeurs assez bien circonserites, et, quoiqu'ils puissent se pro-

pager et devenir le point de départ d'une affection Irès-graTe, ils peovent aussi, et c'est le cas le plus ordinaire, rester stationnaires ou du moins respecter Tintégrité des tissus environnants. On a donc toute chance d'obtenir une guérison radicale lorsqu'on les enlève à temps et d'une manière complète. Mais d'autres polyadénômes sont diffus. Au delà des glandes franchement hypertrophiées, on en trouve d'autres qui sont en voie d'hypertrophie, et on passe de ces dernières aux glandes tout à fait saines par des transitions insensibles; la cause qui produit la tumeur déborde par conséquent les limites apparentes du mal et on ne peut savoir jusqu'où s'étend son influence. Il en résulte que la récidive est à craindre non-seulement lorsqu'on enlève tout ce qui parait malade, mais encore lorsqu'on dépasse notablement les limites de la tumeur, et que la seclion porte de tous côtés sur des tissus actuellement tout à fait sains.

Nous allons essayer de donner une description générale des polyadénômes, comme nous l'avons fait pour les monadénômes, sans nous dissimuler qu'ici nous nous engageons sur un terrain encore fort peu connu. Cette description générale n'existe pas jusqu'ici dans la science. On trouve bien çà et là quelques observations détaillées et môme des mémoires partiels sur telle ou telle espèce de polyadénômes; ce sont des matériaux précieux que nous chercherons à utiliser. Mais personne encore n'a nettement circonscrit ce groupe, en y faisant rentrer toutes les tumeurs particulières qui s'y rattachent, et en le séparant de celles qui, sans se confondre avec lui, s'en rapprochent par divers caractères. Cette délimitation est asseï* épineuse. La ligne de démarcation entre* les polyadénômes d'une part, et les monadénômes, les hypertrophies simples, les épithéliômes, d'autre part, est loin d'être toujours parfaitement tranchée; il existe en outre des différences assez notables entre les diverses espèces et les diverses variétés de polyadénômes. Pour nous retrouver au milieu de ces gradations nuancées, nous aurons besoin de tenir compte de tous les caractères cliniques ou physiologiques, tout en prenant pour point de départ ceux que révèle l'anatomie pathologique.

L'origine de nos connaissances sur les polyadénômes est récente; car les glandules qui sont le siège de cette atfection sont pour la plupart microscopiques, et quoiqu'on connût depuis longtemps l'existence de beaucoup d'entre elles, c'est depuis une vingtaine d'années seulement qu'on en a découvert la structure.

On a vu dans Vffùtùrique général (t. I, p. SI) que dès 4775, Girard avait attribué les loupes du cuir chevelu à la dilatation des glandes

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sébacées ; cette opinion, tour à tour rejetée ou reprise, avait fini par prévaloir ; on savait donc que de petits organes glandulaires microscopiques peuvent devenir le point de départ de tumeurs volumineuses. D'un autre côlé, les dermatologistes avaient attribué avec raison à l'hypertrophie de ces glandes sébacées certaines tumeurs multiples de la peau, confondues avec beaucoup d'autres sous les noms d'acné et de molluscum. Enfin un grand nombre d'autres glandes, notamment celles de la vulve (Huguier^ Robert), avaient été reconnues comme donnant lieu à de petites tumeurs multiples, mais indépendantes les unes des autres. De là à l'idée de rapporter certaines tumeurs cutanées ou muqueuses au développement simultané de plusieurs glandes voisines, il n'y avait qu'un pas ; cette idée s'est présentée sans aucun doute à l'esprit d'un grand nombre de personnes, et elle a paru tellement simple qu'elle s'est répandue sans qu'il soit possible de l'attribuer à quelqu'un en particulier. Ainsi j'ai vu plusieurs fois à la Société anatomique, de 1846 à 1850, des tumeurs polypiformes de l'estomac ou de l'intestin, tumeurs dont la nature ne fut pas déterminée au microscope, mais qui furent cependant considérées par plusieurs personnes comme des hypertrophies folliculaires.

J'ai lieu de croire que M. Fuhrer, d'Iéna (Deutsche Klimk^ mai 1850, n"* 20), est le premier auteur qui ait nettement déterminé la nature des polyadénômes. Examinant au microscope plusieurs meurs globuleuses et pédiculées qui s'étaient développées chez une femme de 60 ans dans le sillon naso-labial, et que M. Langenbeck venait d'enlever par excision, M. Fuhrer trouva que chacune de ces tumeurs se composait presque exclusivement d'un grand nombre de glandes «udbrt/Mtres hypertrophiées. Cette observation remonte à 1849. L'année suivante, M. Fuhrer étudia plusieurs tumeurs de môme nature développées sur la tête d'un jeune enfant, et sur ces nouvelles pièces il put suivre pas à pas les principales modifications de structure que le travail hypertrophique fait subir aux glandes sudoripares. La question des polyadénômes venait ainsi de faire un grand pas^ mais les tumeurs examinées et décrites par M. Fuhrer étaient circonscrites, pédiculées, n'avaient manifesté aucune tendance à la propagation ni à Tulcération, et paraissaient tout à fait bénignes. On ignorait encore que ces tumeurs pouvaient simuler des tumeurs cancéreuses et surtout des tumeurs épithéliales. On ne con* naissait pas celles qui sont diffuses, et les micrographes eux-mêmes, par une erreur qui sera expliquée plus loin, les confondaient constamment avec les autres épithéliômes.

Tons ceux qui avaient étudié au microscope les cancroides de la peau ou des muqueuses, avaient reconnu que ces tumeurs renferment fréquemment des glandes plus ou moins hypertrophiées, et dès 4846 M. Mayor fils, de Genève, avait signalé une forme de cancroïde de la peau qu*il appelait la forme foUiculeuse. Mais on considérait ces lésions des glandes comme étant toujours TefTet et jamais la cause des cancroîdes, erreur bien naturelle, car il était certain que, dans beaucoup d*épithéliômes, l'altération des glandes n'était que consécutive.

Ce fut M. Robin qui en 1853, dans une Note sur quelques hyperirophies glandulaires (1), signala pour la première fois les cancroîdes d'origine polyadénique. Après avoir montré que beaucoup de tumeurs circonscrites et polypiformes de la muqueuse utérine sont constituées par l'hypertrophie d'un grand nombre de glandules, il décrivit une affection diffuse de la même membrane, et montra que l'hypertrophie des glandules utérines pouvait donner lieu à des tumeurs ulcérées, végétantes, confondues jusqu'alors avec l'épithéliôme du col utérin. Il alla plus loin, car il indiqua très-exactement la nature du travail pathologique qui^ à un moment donné, amène la destruction des parois de certains tubes glandulaires, puis l'effusion de leur contenu épithélial dans les tissus adjacents, et qui dès lors fait suivre à la maladie une marche semblable à celle de l'épithéliôme. On peut dire qu'à partir de ce moment la question particulière des polyadénômes utérins était en grande partie résolue. Mais M. Robin ne s'était pas borné à cette étude spéciale ; il avait compris que ces faits étaient susceptibles de généralisation ; il en avait rapproché un cas de polyadénôme de la muqueuse nasale, qui s'était présenté d'abord sous la forme d'un simple polype, et qui avait récidivé après l'arrachement, en pénétrant dans le sphénoïde et l'ethmoïde, et en produisant une méningite mortelle. Enfin, il avait annoncé que certaines tumeurs polypiformes de la muqueuse rectale sont dues à l'hypertrophie des glandules de cette membrane. Pour s'élever du premier coup jusqu'^ une généralisation plus étendue, il ne lui manquait peut-être que de connaître les observations de M. Fuhrer sur les glandes cutanées, observations déjà publiées en Allemagne depuis deux ans, mais qui n'avaient eu en France aucun retentissement.

La même année, 1852, un de mes élèves, M. Rombeau, me remit, de la part de M. Guersant, une tumeur difiuse et non ulcérée

(1) Gai. des h&pitaux^ 1859, p. 41.

504 DES POLYADÉNOMES.

qui provenait du doigt d'un jeune enfant. J'y trooTai« au milieu d'une assez notable quantité de tissu fibreux, un nombre conaidérable de glandes sudoripares qui étaient évidemment agrandies, mais qui n'étaient d'ailleurs pas déformées. L'hypertrophie dont ces glandes étaient le siège était-elle primitive, et essentielle, en quelque sorte? ou n'était-elle pas plutôt consécutive à l'hypertrophie de la peau? Je me ralliai à cette dernière opinion. Mais M. Yerneuil à qui je montrai la pièce, rapprochant ce fait de ceux de M. Fuhrer, de ceux de M. Robin et de quelques autres observa* tiens antérieures où il avait vu des glandes sudoripares hypertrophiées dans le tissu de certains épithéliûmes ulcérés, M. Vemeuil, dis-je, pensa au contraire que les glandes sudoripares étaient le siège primitif de la lésion, qu'elles constituaient l'élément essentiel de la tumeur, et que celle-ci, abandonnée à elle-même, aurait pu revêtir plus tard la marche des cancroldes. Cette idée me parot alors un peu hasardée, mais les recherches ultérieures de H. Verneuil prouvèrent qu'il avait vu juste, et son remarquable mémoire sur qnelques maladies des glandes sudoripares^ publié en 1854 (i), ne tarda pas à dissiper tous les doutes. II avait eu Toccasion d'étudier sur plusieurs pièces l'évolution des hypertrophies sudoripares, depuis la simple ampliation des glandes jusqu'à la transformation de la tumeur en épithéliôme, par suite de la rupture des parois glandulaires, et de l'infiltration deleurs éléments épithéliauxdans le tissu conjonctif environnant; il avait assistée la déformation des tubes dilatés par l'épithélium, aux modifications de cet épithélinm et à la production des globes épidermiques. U put ainsi donner une description à peu près complète d'une aCTection dont personne avant lui n'avait connu l'importance, les conséquences et la gravité .

En résumé, M. Fuhrer a découvert Yexistence des polyadénômes sudoripares^ mais n'en a pas connu l'évolution. M. Robin a découvert les polyadénômes des muqueuses^ il en a étudié l'évolution et les a distingués de l'épithéliôme primitif de ces membranes. Enfin, M. Verneuil, étudiant à son tour l'évolution des polyadénômes sudoripares, a montré que les altérations dont ils deviennent le siège peuvent amener la formation d'une espèce particulière de cancroïde, distincte sinon par sa marche, du moins par son origine, des autres^ variétés d'épithéliômes de la peau .

(1) Atxh. ffénérales de médecine 1854, S* série, t. IV, p. 447-46S, et ^ 693-70S. C*est dans ce travail, p. 448, qae M.Veraeuil a fait connaître poar la première feii les abcès des glandes sudoripares.

Après la découverte de ces trois faits principaux, il ne restait plus pour ainsi dire qu'à glaner. J'ai ajouté, si je ne me trompe, aux ca^ tégories déjà connues de polyadénômes, celles qui sont constituées par l'hypertrophie des glande$ sébacées de la peau, celles qui ont leur siège dans les petites glandes lacrymales accessoires dites de RosenmûUer, dans les glandes sous-muqueuses de la bouche^ dans les glandes tubuleuses de l'estomac, de l'intestin grêle et du colon, et dans le groupe des follicules mucipares qui entourent chez la femme roriflce extérieur de l'urèthre. Il faut y joindre peut-être V hypertrophie de la caroncule hcrymaky dont j'ai déjà parlé plus haut (p. 426). Cette caroncule, quoique formée en réalité par un amas de glandules, constitue unorganeassez circonscritpour qu'on puisse le considérer comme une seule glande, et rattacher son hypertrophie au groupe des adé* nûmes proprement dits. Au point de vue de l'examen anatomique, au point de vue surtout de la forme et du volume des culs-de-sac glandulaires et de la disposition de Tépithélium, l'hypertrophie de la caroncule lacrymale se rapproche des adénomes bien plus que des polyadénômes. Mais au point de vue de la marche clinique, et de la possibilité de la transformation en épithéli6me, elle se rapproche plutôt des adénomes multiglandulaires. A ce titre, j'aurai l'occasion d'en dire plus loin quelques mots, qui auraient été moins bien placés peut-être dans le chapitre des monadénômes.

En résumé, dans toute région où existent un grand nombre de glandules très-rapprochées, l'hypertrophie collective de ces petits organes peut donner lieu à des tumeurs tantôt diffuses, tantôt circonscrites. Quoique l'évolution particulière qui amène la transformation de ces tumeurs en épithéliômes n'ait été observée jusqu'ici que dans quelques-unes des régions où elles se développent, elles n'en constituent pas moins un groupe anatomo-pathologique parfaitement défini, pour lequel j'ai proposé depuis longtemps lenomi aujourd'hui assez généralement adopté, depolyadénùmet,

§2. — SiéseetdiTition.

Les glandules dans lesquelles jusqu'ici on a vu naître des polyadénômes sont les suivantes : i"" les glandes sudoripares ; 1* les glandes sébacées de la peau; S"" les glandes lacrymales accessoires de Rosenmtiller ; 4" les glandes 8ou»-muqueuses de la lèvre et du voile du palais ; 5*^ les glandes muqueuses de la pituitaire ; 6* les glandes de la muqueuse stomacale; 7'' les glandes deUeberkubn (intestin grêle); 8* les glandes tubuleuses de la muqueuse du gros intestin,

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et notamment de la moitié inférieure du rectum ; 9^ les glandes de la muqueuse utérine ; 10* enfin les follicules muqueux de la vulve, et particulièrement ceux qui entourent Toriflce de Turèthre.

Toutes ces glandes, à l'exception des palatines et. des labiales, qui sont sous-muqueuses^ font partie intégrante de la peau ou des muqueuses. On peut donc diviser les polyadénômes en trois groupes, sous le rapport de leur siège : ceux de la peau, ceux des muqueuses, et enfin ceux du tissu conjonctif sous^muqueux.

Sous le rapport de la nature, ou plutôt de la structure des glandes qui les constituent, les polyadénômes peuvent être ramenés à deux catégories : i^ ceux qui occupent des glandes tubuktaes bu eacoBCum ; ^ c^nx qui occupent des glandes aeineuies ou en grappe. Les polyadénômes des glandes sudoripares, ceux de Testomac, de l'intestin grêle, du gros intestin, et de l'utérus, rentrent dans la première catégorie. La seconde comprend les polyadénômes sous-muqueux, ceux des glandes sébacées de la peau, ceux de la membrane pituitaire, et enfin ceux des follicules mucipares de la vulve et de l'urèthre. En établissant cette dernière division nous nous proposons seulement de rendre plus simple la descripticm anatomîque des polyadénômes ; cela nous permettra d'éviter de nombreuses répétitions. Mais nous reconnaissons que cette division est artificielle, car il n'y a pas plus d'analogie clinique entre les polyadénômes de chacune de ces deux catégories qu'il n'y en a entre eux et ceux de l'autre catégorie.

Une division beaucoup plus importante, à tous égards, est celle qui consiste à distinguer les polyadénômes circonscriU des polyadénômes diffus. Les premiers forment des tumeurs bien nettement limitées, à contours arrondis, et ont le plus souvent la forme pédiculée. Ils sont ordinairement inoffensifs, et, lorsqu'on les enlève, ils ont peu ou point de tendance à récidiver. Les polyadénômes diffus, au contraire, sont disposés à s'ulcérer, à se propager, à récidiver et à se comporter comme des cancroïdes; ces accidents sont la conséquence de leur transformation en épithéliômes.

§ 8. — Ânatomie et physiologie pathologiques.

Les polyadénômes se composent principalement d'éléments glandulaires, au milieu desquels on retrouve le plus souvent les autres éléments anatomiques de la région affectée; maisceux*ci ne s*y montrent qu'en proportion minime, et bien inférieure à celle qui s'observe à l'état normal. L'hypertrophie n'a donc pas atteint uni-

fermement tous les éléments normaux; elle a porté principalement OU môme exclusiyement sur les glandules. Lorsqu'une membrane tégumentaire possède deux espèces de glandes, comme cela a lieu à la peau, l'hypertrophie se limite toujours aux glandules d'une seule espèce. Ainsi, dans les polyadénomes sudoripares, les glandes sébacées sont atrophiées et même, le plus souvent, entièrement détruites; de même, on ne trouve pas de glandes sudoripares dans les polyadénomes sébacés. Il résulte de là que les polyadénomes, considérés par rapport à la région où ils se développent, doivent être rangés dans la classe des hypertrophies partielles.

Si maintenant, au lieu d'envisager la région dans son ensemble, on considère en particulier chacune des glandules, on trouve que celles-ci ne sont pas simplement élargies, et qu'elles n'ont pas conservé leur structure normale, comme cela aurait lieu s'il s'agissait d'une hypertrophie générale. On sait que la cavité glandulaire la plus simple se compose de deux éléments; une membrane d'enveloppe, et une couche intérieure d'épithélium: or, l'hypertrophie, dans les polyadénomes, porte principalement sur l'épithélium ; les parois des cavités glandulaires, loin de s'hypertrophier au même degré, sont toujours distendues et amincies, souvent atrophiées, quelquefois entièrement détruites, de telle sorte qu'alors la masse épithéliale, privée d'enveloppe, se trouve en contact avec les tissus environnants, et fait irruption au milieu d'eux. Le travail d'hyperlrophie n'a donc pas atteint uniformément tous les éléments de la glande.

Ainsi, par rapport à chaque gland ule en particulier, comme par rapport à l'ensemble de la région affectée, les polyadénomes doivent être considérés comme des hypertrophies partielles.

Cette proposition est générale, si l'on ne considère que les polyadénomes chirurgicaux, c'est-à-dire ceux de la peau et des muqueuses accessibles à la vue et au toucher; mais j'ai vu, dans l'estomac et dans l'intestin grêle, de petites tumeurs polypiformes constituées par des glandes tubuleuses qui semblaient à peu près uniformément hypertrophiées. Quoique le contenu épithélial fût assez abondant pour distendre et déformer les tubes glandulaires, ceux-ci avaient des parois au moins aussi épaisses qu'à l'état normal. Le tissu conjonctif interposé était plutôt hypertrophié qu'atrophié; la coupe de la tumeur était lisse, sa trame était souple, nullement friable. Ces caractères diffèrent assez notablement de ceux des autres polyadénomes que nous allons décrire maintenant.

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La tumeur, étant due priDcipalement au développenieiit de répithélium glandulaire, qui ne possède presque aucune cohérence, présente une consistance en général assez molle. Son tissu est assez fragile pour qu'on puisse [l'écraser sous la pression des doigts. Lorsqu'on j pratique préalablement une coupe au bistouri, on peut ensuite y pénétrer aisément avec l'ongle. Cette coupe n'est jamais lisse, lors môme qu'on l'aurait faite avec un instrument bien tranchant. Elle est comme granuleuse, et cet aspect granuleux se prononce bien plus encore sur les coupes obtenues par déchi* rure. Il n'en peut pas être autrement, au moins dans l'origine, parce |que les glandules hypertrophiées ne forment pas un tout continu; elles sont isolées de leurs voisines, quoiqu'elles soient presque toujours en contact immédiat avec elles. Mais, à une épo* que plus avancée, certains polyadénômes peuvent perdre cet aspect granuleux dans une partie de leur étendue, lorsque les parois des cavités glandulaires sont détruites, et que leur contenu épithélial se répand dans les interstices interglandulaires. Jamais toutefois, même dans les polyadénêmes les plus avancés, je n'ai vu la coupe de la tumeur perdre entièrement son apparence granuleuse, qui persiste toujours sur quelques points à un degré suffisant pour permettre de distinguer la tumeur de la plupart des autres, et notamment des cancers encéphaloldes.

J'ai enlevé, en 1855, à l'Hôtel-Dieu, chez un vieillard de 82 ans, un polyadénôme sébacé du nez qui datait déjà d'un grand nombre d'années, mais qui avait pris^ depuis peu de temps, un accroissement rapide. La tumeur avait atteint le volume d'une noix muscade. Elle était circonscrite et un peu pédiculée. Son tissu était trèsfriable et offrait au plus haut degré l'apparence granuleuse. On y apercevait en outre un assez grand nombre de lacunes qui se présentaient sur la coupe sous l'aspect de petits trous irrégulters.

La consistance des polyadénêmes est subordonnée à la proportion relative d'éléments glandulaires qu'ils renferment. Elle est d'autant plus molle, le tissu est d'autant plus fragile, que ces éléments prédominent davantage. On comprend ainsi pourquoi beau> coup de polyadénômes se ramollissent en se développant. C'est un phénomène entièrement semblable à celui qui se produit fréquemment dans les monadénômes avec prédominance des acinî.

Le tissu des polyadénômes, surtout de ceux de la peau, est peu vasculaire, à moins que la tumeur ne soit ulcérée, auquel cas un très-riche réseau de capillaires peut se développer dans la couche la plus superficielle qui forme le fond de l'ulcère. C'est surtout dans

ANATOMIE Et PHTSIOMGIR PATHOLOGIQUES. 509

les cas où la surface ulcérée se recouvre de végétations^ que ces vaisseaux superficiels deviennent abondants. Us forment des anses enroulées et innombrables qui donnent aux végétations une couleur d'un rouge plus ou moins vif, et qui saignent avec la plus grande facilité. Maïs cette vascularité exubérante n'occupe jamais qu'une couche peu épaisse, an-dessous de laquelle le tissu de la tumeur est à peine parcouru par quelques stries capillaires. Je ne dois pas insister ici plus longuement sur une disposition qui a été décrite* en détail dans les généralités relatives à l'ulcération des tumeurs (voy. plus haut, 1. 1, p. 231 et suiv.).

La substance propre des polyadénAmes, abstraction faite de la couche superficielle de ceux qui sont ulcérés, possède une couleur pâle, blanchâtre, grisâtre ou jaunâtre. Lorsqu'elle est très-molle, elle offre bien quelque ressemblance avec l'encéphalolde; mais elle en diffère d'abord par l'aspect granuleux précédemment décrit, ensuite et surtout par l'absence d'un véritable suc lactescent. L'es* pèce de pulpe qu'on en extrait par le grattage ne se mêle pas à l'eau; elle s'y divise en petites masses flottantes, inégales, souvent irréguliëres, qui, placées sous le microscope, présentent la structure et la disposition des épithéliums glandulaires.

Parlons maintenant des résultats de l'examen microscopique. Il est toujours caractéristique pour un observateur exercé; mais les déformations consécutives des éléments glandulaires peuvent rendre cet examen difficile. C'est dans les tumeurs qui n'ont pas encore subi ces altérations qu'on apprécie le plus nettement la nature des polyadénômes.

On reconnaît alors, sous de faibles grossissements, que la tumeur est composée principalement de cavités glandulaires, dont la structure fondamentale est la même que celle des glandes normales de la région. L& où les glandes normales sont tubuleuses, les glandes du polyadénôme sont tubuleuses ; là où celles- là sont acineuscs, celles'Ci le sont également. Si Ton se bornait à examiner la partie centrale de la tumeur, on pourrait être tenté quelquefois de méconnaître cette ressemblance ; mais si l'on étudie le tissu couche par couche» jusqu'aux limites du mal, on reconnaît bien manifestement que la tumeur ne comprend qu'une seule espèce de glandes, et que celles-ci proviennent de l'hypertrophie partielle des glandes normales, bar on trouve toutes les transitions entre ces dernières et celles qui soiit le plus altérées.

Les modifications que l'hypertrophie fait subir aux glandes des polyadénômes sont relatives au volume des cavités glandulaires, à

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leur forme, à l'épaisseur de leur paroi, enfin à l'état de l'épithé* lium.

Sous le rapport du volume, les cavités glandulaires sont en général élargies à un degré très-notable. Mais cette ampliation ne rend compte que d*une manière très-insuffisante du volume de la tumeur. Cette dernière constitue quelquefois une masse cent fois plus considérable que ne Tétait dans l'origine la petite portion de membrane tégumentaire qui en a été le point de départ. C'est ce qui a lieu dans beaucoup de polyadénômes circonscrits, implantés sur les muqueuses, ou môme sur la peau, par un pédicule étroit. Or, dans beaucoup de ces tumeurs, les cavités glandulaires sont à peine deux ou trois fois plus larges qu'à l'état normal, et quoique les volumes des corps soient proportionnels aux cubes de leurs diamètres, cette ampliation est bien inférieure à celle qui pourrait donner à la tumeur son volume total. D'ailleurs il arrive souvent que les cavités glandulaires sont à peine plus larges que les cavités des glandes normales. J'ai parlé à une autre occasion d'une dame à qui j'ai enlevé par écrasement linéaire une énorme tumeur végétante du col utérin (voy. 1. 1, p. 233). Cette tumeur était un polyadénôme. Elle remplissait tout la vagin, et si on la comparait à la masse totale de la muqueuse du col de l'utérus, on trouvait que le volume de cette dernière avait plus que centuplé. Le diamètre des tubes glandulaires cependant n'était guère plus que doublé. Ce n'est donc pas la seule ampliation des cavités glandulaires qui constitue les polyadénômes. Le volume de la tumeur est dû en grande partie à la multiplication de ces cavités.

Les glandes sébacées normales sont à peu près les plus simples de toutes les glandes en grappes. Quelques-unes sont de simples cavités en forme de bourse, et ne se composent par conséquent que d'un seul cul-de-sac. La plupart se composent de 3 à 4 culsde-sac qui donnent sous le microscope un aspect comparable à celui d'une feuille à trois ou quatre lobes. Enfin les glandes sébacées les plus compliquées possèdent au plus 15 à 20 culs-de-sac glandulaires disposés en quatre ou cinq petits groupes secondaires. Or, dans les polyadénômes sébacés, j'ai vu le nombre de culs-desac s'élever à plusieurs centaines pour une seule glande, ainsi que je pouvais m'en assurer en voyant ces culs-de-sac former de petits lobules fusionnés à leur base. La multiplication des culs-desac glandulaires s'effectue, dans les polyadénômes des glandes en grappes, par suite d'un travail bien simple dont on suit aisément les phases dans les préparations faites sur les limites de la

tumeur. On voit alors que de nouveaux culs-de-sac naissent des culs-de-sac déjà formés, par une sorte de prottnision. C'est d'abord une petite dépression latérale qui devient de plus en plus profonde, et qui finit par constituer un cuUde-sac en forme de foliole. Cette modification ne porte d'ailleurs aucune atteinte à la disposition proprement dite de la glande. Celle-ci conserve son caractère de glande en grappe, lequel va même en se prononçant de plus en plus (voy. fig. 25). Mais dans les polyadénômes des glandes tubuleuses les cavités glandulaires sont quelquefois entièrement défigurées; elles présentent une disposition qui, au premier coup d'œil, ressemble beaucoup à celle des glandes en grappe, et si Ton se contentait d'un examen superficiel, on pourrait être tenté de méconnaître la véritable nature des glandes hypertrophiées. M. Yerneuil a parfaitement décrit le mécanisme de ces transformations apparentes. La figure ^6 que j'extrais de son

Fig. 25. Fig. 2C.

CoU df-MC glandulaires d'un Polytdéaônie sudoripare de la région temporale,

polvadénomc sébacé du nei. Déformation det tube».

Mémoire sur quelques maladies des glandes sudoripares (1), montre en a un tube sudoripare cylindrique, ayant conservé sa disposition normale. On voit en à une bosselure latérale constituée par une dépression de la paroi du tube, et située sur le côté de ce tube, comme un anévrysme commençant sur le côté d'une artère. En e il y a des bosselures multiples qui se succèdent à droite et à gauche, le long du trajet du tube. Celui-ci se terminait primitivement

(1) Ârdmes généraies ds médecim^ ter. v, t. IV, p. 461, 18&4.

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