‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 17 sur 103 · KYSTES DBS GLANDES SIMPLES · texte numérisé non relu

KYSTES DBS GLANDES SIMPLES

dissection plus complète prouva que le pédicule de ce kyste se continuait avec la synoviale de Tarticulation métatarso-phalangienne (1).

2* Kystes des glandes simples. Je rappelle que j'ai réuni sous ce nom de glandes simples toutes les glandes à conduit excréteur non ramifié. Toutes ne sont pas également simples; tantôt elles ne forment qu'un seul glomérule, d'oti se détache un conduit excréteur microscopique ; tantôt elles sont composées de plusieurs glomérules » ou si Ton veut de plusieurs acini , qui viennent s'ouvrir successivement dans le conduit excréteur. Celui-ci pénètre donc dans la glande et la parcourt dans toute sa longueur, mais il ne se ramifie pas, ou ne présente que des ramifications tout à fait rudimentaires. Cette dernière disposition s'observe dans les glandes de Meibomius, les plus volumineuses et les plus compliquées de nos glandes simples.

Un autre caractère des glandes simples, c'est qu'elles sont toujours multiples, et souvent même innombrables.

Lorsquele conduit excréteur d'une glande simple vient à s'oblitérer, le produit de la sécrétion s'accumule au-dessus de l'obstacle sans donner lieu à aucun des phénomènes que nous avons décrits sous le nom d'accidents de rétention. Le déplissement de ce petit appareil glandulaire s'effectue rapidement, sans difficulté, sans douleur, sans rupture, et la glande ainsi transformée est aussitôt suppléée dans ses fonctions par ses nombreuses congénères. Il n'en résulte donc aucun trouble fonctionnel appréciable. A la faveur de ces diverses conditions, l'oblitération du conduit excréteur d'une glande simple est presque toujours suivie de la formation d'un kyste.

Les kystes de ce groupe sont très-nombreux. Nous ne pouvons songer à les énumérer tous, nous nous bornerons à en indiquer quelques-uns.

On trouve fréquemment à la face interne des lèvres de petits kystes transparents, dont le volume varie depuis celui d'une tète d'épingle jusqu'à celui d'un gros pois, et même au delà. Ils ont leur siège dans les gUxnduks labiales. Les kystes de la pointe de la langue, beaucoup plus rares que les précédents, naissent dans les glandes de Blandin (ou de Nuhn}« petites glandes agrégées, formées par Tagglomération d'un certain nombre de glandes simples. J'ai vu à la face antérieure du voile du palais un petit kyste pisiforme qui provenait sans doute d'une glande palatine. M. Cruveilhier a in-

(1) BuU. de la Soc. annLy toc. ciU^ p. 30 i.

diqué les kystes développés dans les gbmduks du pharynx et de FiBsophage^ et leur tendance à revêtir la forme de polypes vésiculeux. M. Verneuil a décrit une petite tumeur sous-cutanée du cou» qui renfermait un grand nombre de kystes transparents, développés dans les glandes gvdoripareSy etc. (1).

M. Giraldès, cherchant l'origine des kystes muqueux généralement multiples que Ton rencontre très-fréquemment dans le sinus maxillaire, a découvert que la membrane muqueuse de ce sinus renferme un grand nombre de glandules à conduit excréteur simple^ et, après avoir étudié la structure de ces glandes, il a pu démontrer qu'elles sont le point de départ des kystes en question. Ceuxci sont quelquefois assez nombreux et assez volumineux pour remplir presque entièrement la cavité du sinus maxillaire ; il est donc probable qu'en s'accroissant davantage encore, ils pourraient la remplir tout à fait, puis la distendre, et donner lieu à des phénomènes semblables à ceux qui ont été attribués à l'hydropisie du sinus maxillaire, affection rare, qui a été observée sur le vivant, mais dont l'anatomie pathologique est tout à fait inconnue, et dont le mécanisme, il faut bien l'avouer, est extrêmement obscur. Frappé de l'insuffisance des faits sur lesquels reposait la théorie classique, M. Giraldès a mis en doute la réalité de l'hydropisie du sinus maxillaire, et il a pensé que cette collection de liquide était constituée, non par un épanchement dans l'intérieur même du sinus, mais par un kyste développé dans l'une des glandules de la muqueuse (2). La question restera douteuse jusqu'à ce qu'on ait eu l'occasion de faire Tautopsie d'un individu ayant présenté pendant la vie les signes classiques de l'hydropisie du sinus, et n'ayant subi aucune opération chirurgicale. M. Giraldès a trouvé plusieurs fois le sinus plein de kystes. D'un autre côté, M. Verneuil a vu une fois ce même sinus plein d'un liquide visqueux et filant, qui était contenu dans la cavité même de la muqueuse (3). Mais dans tous ces cas le sinus avait conservé sa forme et ses dimensions normales ; il n'y avait eu aucune distension ; le fait de M. Yerneuil présentait même ceci de particulier que l'ouverture naturelle du sinus n'était pas oblitérée, et que, si la quantité de liquide s'était accrue, le surplus se serait

(t) Bévue médieO'Chintrgicaie, de Malgaigne, t. XV, p. 104. (Paris, 1S54, grand

(?) Giraldès, Des kystes muqueux du sinus maxillaire, dans Mémoires de la Soc. de chirurgie, t. lU, p. 479-491, avec 3 pi., Paris, t8S3, in-4«. Voy. aussi BulL de la Soc. de chirurgie, r* série, t. Il, p. &03, et t. III, p. 256.

(3) Buil, de la Soc. de ehirurgiey V s«rie, t. III, p. 2C1.

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librement écoulé dans la fosse nasale. Ces faits anatomo-pathologiques ne sont donc pas démonstratifs. On a trouvé sur le cadavre deux lésions initiales essentiellement différentes, mais on ne peut dire avec certitude laquelle de ces deux lésions aurait, en se développant plus tard, constitué l'affection décrite par les chirurgiens sous le nom d'hydropisie du sinus maxillaire. J'ajoute toutefois que l'hypothèse de M. Giraldès a sur l'hypothèse ancienne l'avantage de simplifier beaucoup l'explication des phénomènes, d'être plus en harmonie avec l'état actuel de nos connaissances, et de reposer, à défaut de preuves directes, sur des analogies pressantes. Je suis donc disposé à lui donner la préférence.

De tous les kystes des glandes simples, les plus célèbres et les plus connus sont les kystes dermotdes ou kystes des glandes sébacées^ si communs dans la région du cuir chevelu, oii ils portent le nom de loupes. Ces glandes, étroitement associées^ comme on sait, aux follicules pileux, existent dans toute l'étendue de la peau, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds^ et, partout oîi elles existent, on peut voir naître dans la peau des kystes par rétention. La substance qu'elles sécrètent n'est pas un véritable liquide ; c'est une matière à demi concrète, qui renferme un grand nombre de cellules épithéliales et de granulations graisseuses. C'est elle qu'on expulse sous la forme de petits vers, lorsque l'on comprime entre les ongles la peau du lobule du nez. Les petits points noirs que l'on aperçoit si souvent à la surface de la peau, et qui résistent généralement au lavage, ne sont autre chose que de petits bouchons de matière sébacée, concrétée dans les conduits excréteurs. Cette obstruction est le premier degré de la formation des kystes sébacés, et Astley Gooper a reconnu que, lorsqu'ils ont acquis un certain volume, on aperçoit encore quelquefois sur la peau qui les recouvre un petit point noir central qui correspond à Torifice de la glande dilatée (i). Chez les individus qui présentent plusieurs de ces kystes dans des régions qui ne sont pas entièrement couvertes de poils, on trouve souvent tous les degrés, depuis la glande simple-

(I) C'cM A. Cooper qoi a, le premier, signalé le fait; il Ta découvert sur lui-même. Êuct sur le point de se faire extirper une loape du dos, il eut la curiosité d*examioer cette tumeur an moyen de deux miroirs. Ayant aperçu sur le point le plus salant une petite tache noire, il la piqua avec une aiguille, et en retira un peUt boudioo noir semblable à celui qui surmonte les vers du net. Comprimant alors la tomeor, il put expulser toute la matière sébacée qui passa à la filière à travers cet étroit orifice. Le kyste, naturellement, ne tarda pas à se remplir de nouveau; mais, en renouvelant fréquemment les pressions, A. Cooper parvint « à le maintenir vide « (A. Cooper, (Euvrts chir,^ trad. fr., Paria, IS37, grand in-8», p. 391;.

ment obstruée, que Ton vide aisément par la pression, jusqu'à la tumeur enkystée surmontée d'un point central, et depuis cette dernière jusqu'au kyste entièrement clos, dont l'ouverlure est définitivement oblitérée. II est difficile d'expliquer comment lobstruction primitive, qui a élé le point de départ du mal, fait place à une oblitération véritable ; il est probable que celte oblitération procède de la profondeur vers la surface ; qu'elle est la conséquence de l'hypertrophie dermique et épidermique dont la membrane interne devient le siège ; que le petit goulot glandulaire, ayant ainsi cessé de communiquer avec la glande, s'atrophie, se resserre ; que le petit bouchon de crasse qui l'obstruait, n'étant plus renouvelé par la matière sébacée intérieure, tombe molécule à molécule, et que l'ouverture extérieure finit ainsi par se fermer entièrement. Quoi qu'il en soit de cette explication, il est constant qu'on trouve quelquefois sur le même individu des kystes sébacés avec un goulot encore perméable, et d'autres kystes, entièrement clos, qui, sous tous les autres rapports, sont exactement semblables aux autres. L'étiologie des kystes sébacés de la peau ne peut donc donner Heu à aucune contestation, et leur siège dans les glandes sébacées ne peut être mis en doute, alors même que le point noir central indiqué par A. Cooper aurait cessé d'exister. L'examen microscopique fournit une autre preuve tout aussi concluante, en établissant d'une part l'identité de structure des parois des kystes sébacés cutanés avec les glandes sébacées, et d'une autre part l'identité de leur contenu avec la matière sébacée normale. Ces observations sont d'autant plus évidentes que le kyste que l'on étudie est plus petit. Les petites tumeurs sébacées multiples de la région vulvo-anale, si bien étudiées par M. Huguier, avec le concours de M. Robin, se prêtent merveilleusement à la démonstration (1).

Dans les régions où la peau est mince et extensible, les kystes sébacés tendent en général à faire vers l'extérieur une saillie nettement limitée ; mais, lorsque le derme est plus résistant, ils se développent en partie vers l'extérieur, en partie vers l'intérieur, et peuvent revêtir l'apparence de tumeurs sous-cutanées. Gela a contribué à faire méconnaître l'origine des kystes sébacés, et surtout de ceux du cuir chevelu. 11 y a au cuir chevelu une autre condition trom* peuse. Les poils volumineux de cette région enfoncent profondément leurs racines. Les glandes sébacées annexées aux follicules

(!) HagQÎer, Mémoire fur les maladies des appareils sectateurs des organes géni* taux externes de la femme, dans Mém, de PAcad. de médecin^, t, XV, p. ."iS*, p. 595cttuiv. et pi. IV et V.

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pileux pénètrent avec eux jusques au-dessous du derme proprement dit. II en résulte que, lorsque le conduit excréteur d'une de ces glandes est obstrué, la dilatation kystique s'effectue, le plus souvent, non pas dans l'épaisseur même du derme, mais dans le tissu conjonctif sous-dermique, et que la tumeur peut paraître indépendante de la membrane tégumentaire qui la recouvre. Ce n'est point tout : les glandes sébacées du cuircbevelu ne s'ouvrent pas directement à l'extérieur; leurs conduits excréteurs viennent s'aboucher dans les follicules pileux à une distance assez notable de la surface du derme, de sorte que les kystes consécutifs à l'obstruction de ces coi^duits ne sont pas surmontés du petit point central signalé par A. Cooper. Ces kystes enfin sont ordinairement remarquables par l'épaisseur et la densité de leur paroi ; sous ce rapport ils diffèrent notablement de la plupart des autres kystes sébacés, et l'on ne devra pas s'en étonner beaucoup, si l'on songe que les glaodes sébacées du cuircbevelu, comme les poils qu'elles accompagnent, présentent, à l'état normal, un volume exceptionnel, et qu'en se dilatant sous forme de kystes elles se trouvent placées dans des conditions anatomiques toutes particulières, étant comprimées sur un plan osseux par une peau très-épaisse et très-résistante. — Quoi qu'il en soit, les caractères extérieurs qui rendent évidente l'origine des autres kystes sébacés font ici très-souvent défaut, c'est-à-dire que la tumeur ne présente pas de tache centrale, qu'elle est sous-cutanée au lieu d'être cutanée, et qu'enfin elle est plus dure, plus élastique que ne le sont les kystes sébacés des autres régions. On a donc pu se demander si les kystes sébacés du cuir chevelu avaient réellement leur siège dans les glandes sébacées. — Mais lorsqu'on étudie le développement de ces tumeurs et leur structure, on arrive à se convaincre qu'elles sont bien d'origine glandulaire. Elles sont très-souvent multiples^ et alors, sur le nombre, on en trouve quelquefois une ou deux qui font encore corps avec la peau ; d'autres fois, à côté de tumeurs dures et sphériques, on en trouve qui sont molles et fluctuantes ; enfin, chez les individus atteints de calvitie générale ou partielle, la tache centrale peut devenir apparente. On a donc quelquefois l'occasion d'observer sur les kystes sébacés de la voûte du crftne tous les caractères qui ont révélé l'origine glandulaire des autres kystes sébacés. —Lorsqu'on voit, chez le même individu, des kystes multiples dont les uns présentent ces caractères, tandis que les autres ne les présentent pas, puis lorsqu'on constate après l'opération que toutes ces tumeurs, née» dans une même région, renferment la même substance, il est

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impossible de ne pas reconnaître qu'elles sont bien de même nature, et que, si les unes sont glandulaires, les autres le sont également. L'examen microscopique, enfin, confirme pleinement cette étiole* gie. La substance contenue dans les kystes sébacés de la tète est une masse plus ou moins grumeleuse, où Ton trouve toujours, comme dans les kystes sébacés de la face, du cou, du tronc et des membres, et comme dans la matière sébacée normale, un nombre immense de cellules épithéliales, mêlées à une quantité variable de granulations graisseuses. La paroi de ees kystes est revêtue d'un pavé épithélial parfaitement régulier; enfin, il n'est pas très-rare de trouver un poil implanté sur un point ^e cette paroi, ce qui prouve que la cavité préexistante où le kyste s'est formé était en communication directe avec un follicule pileux. De tout cela nous pouvons conclure que les kystes sébacés ordinaires du cuir chevelu ont bien positivement leur siège dans lés glandes sébacées.

J'ai dû multiplier les preuves parce qu'un éminent observateur, M. Paget, sans nier l'existence des kystes dus à la dilatation des glandes sébacées, a avancé que la plupart des kystes sébacés étaient de formation nouvelle, c'est-à-dire néogènes (i). Je pense qu'il s'est entièrement trompé relativement au degré de fréquence des kystes sébacés néogènes, et je n'hésite pas à dire que l'immense majorité des kystes sébacés cutanés ou sous-cutanés sont des kystes progènes. Mais j'ai eu l'occasion d'étudier avec M.Lebertune pièce sur laquelle il y avait évidemment un grand nombre de glandes sébacées de foraiation nouvelle. Des kystes sébacés de toutes les dimensions couvraient une grande partie de la voûte du crâne ; autour d'eux, dans le tissu conjonctif sous-cutané, et jus* que sous l'aponévrose épicrânicnne, existait un véritable semis de granulations jaunâtres, indépendantes les unesdesautres,eton suivait toutes les gradations intermédiaires entre ces granulations miliairesct leskystes proprement dits. Au microscope, les granulations présentaient la structure à demi acîneuse des glandes sébacées; et nous restâmes convaincus qu'il y avait eu che2 ce sujet une formation hétérotoptque de glandes sébacées qui, nées en plein tissu conjonctif, n'ayant pas de communication avec l'extérieur, ne tardaient pas à se développer sous forme de kystes. Voilà donc, je pense, un cas de kystes sébacés néogènes ; mais le cas est évidemment très-exceptionnel, et la marche de l'affection n'avait pas été moins exceptionnelle que sa nature. Elle avait présenté la plus

(I) PAget, Uct, on Tumowtf Loud., IS. 0, in-S^ p. 8S<Stf.

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grande analogie avec celle des polyadénémes que nous décrirons dans un autre chapitre. La tumeur s'était^ulcérée, l'ulcération s'était propagée au loin, le péricràne, les os du crâne eux-mêmes avaient été attaqués, et le chirurgien qui avait observé le malade pendant sa vie avait admis qu'il s'agissait d'un cas de loupes cancéreuses.

L'existence des kystes sébacés néogènes est d'ailleurs démontrée par les observations, rares il est vrai, ot ces kystes ont été trouvés sous les couches musculaires^ au contact des os, et jusque dans la profondeur des cavités splanchniques^ dans les méninges, dans le cerveau, dans le poumon, dans le mésentère, etc. (Je ne parle pas de ceux de l'ovaire et de la région péri-ovarique, parce qu'on les a attribués à des conceptions imparfaites, ouavortées.)Dansces divers cas, le kyste renferme ordinairement un grand nombre de poils, implantés sur sa paroi, et accompagnés de glandes sébacées; Mohr et Rolliker ont môme trouvé une fois des glandes sudoripares et des papilles dermiques dans un kyste sébacé ou plutôt dermoïde du poumon (i). Ce n'est donc pas seulement une glande sébacée qui se forme par hétérotopie, mais xm vrai sac cutané, dont la paroi renferme tous les éléments de la peau; et, si une formation aussi complexe est possible, la formation d'une simple glande sébacée est possible à plus forte raison.

M. Lebert, se basant sur ces faits et sur plusieurs autres considérations, a admis l'existence des kystes dermoides néogènes. Mais M. Vemcuil a autrement interprété ces faits, et a invoqué à son tour des arguments d'une grande valeur. Je reviendrai sur ce débat lorsque je parlerai des kystes compliqués qui renferment non-seulement des poils, mais encore des os, des dents, et des ébauches de viscères, et qui ont été désignés sous le nom de kystes fœtaux ; je ne parlerai ici que des kystes sébacés pilifères. Les kystes progènes nés dans les glandes sébacées renferment quelquefois, comme je l'ai déjà dit, un poil unique, implanté sur un point de leur paroi. Mais lorsque, au lieu d'un poil, il y en a un grand noifabre, c'est-à-dire lorsque le kyste est pilifère, il faut admettre ou bien que des poils néogènes se sont formés dans la paroi d'un kyste progène, par un travail d'hétérotopie, ou bien que le point de départ du kyste a été un petit sac cutané clos de toutes parts, et enseveli dans l'épaisseur des lissas. M. Lebert et M. Yerneuil adoptent tous deux cette dernière hypothèse pour expliquer la formation des kystes pilifères,

( i) Gilet par Lebert du» son Mémoire sur iet kystes dermoides et sw Vhétii^opie phiUiive {Mém. deiaSoc. de biologie, 18&3, !'• série, t. IV, p. 921*.

mais M. Lebert pense que ce sac cutané est toujours une production nouvelle hétérotopique, tandis que M. Yerneuil, sans rejeter absolument la doctrine de l'hétérotopie, pense que la plupart des kystes pilifères ont pour point de départ un sac de peau normale, anormalement emprisonné dans les tissus par suite d*un accident de révolution embryonnaire. Il se base sur deux arguments d'une trèsgrande valeur. En premier lieu, la plupart des kystes pilifères assez superficiels pour être observés sur le vivant» sont congénitaux, et il est probable dès lors que les kystes plus profonds, reconnus seulement au moment de l'autopsie, datent également de l'époque intra-utérine. En second lieu, la très-grande majorité des kystes pilifères superficiels, chez l'homme du moins, ont leur siège au niveau du sourcil, spécialement dans la moitié externe de la région sourcilière ; ils sont fréquemments placés sous le muscle orbiculaire, et sont môme quelquefois adhérents au squelette. Cette singu lière prédilection de siège avait frappé tous les chirurgiens, mais personne n'avait même essayé d'en donner l'explication, lorsque M. Yerneuil a eu l'idée de l'attribuer à une aberration de développement. On sait que la face et la région antéro-latérale du cou se forment aux dépens de quatre bourgeons latéraux connus sous les noms impropres d'arc* branchiaux^ ou d'arcs viscéraux^ et séparés les uns des autres par des fentes transversales, dites branchiales ou viscérales. La fente branchiale supérieure est comprise entre la vertèbre cérébrale antérieure, qui deviendra le front, et le premier arc branchial, qui donnera les mâchoires, le nez, les joues, les lèvres et le palais. Or, l'extrémité postérieure de cette fente correspond précisément à la partie externe de l'orbite, c'est-à-dire au niveau du point où les kystes sébacés pilifères ont leur siège de prédilection. M. Yerneuil a donc supposé que ces kystes ont pour point de départ une partie du petit repli cutané qui tapisse les bords de la fente : au lieu de se fusionner entièrement, les deux bords de la fente ne se fusionneraient qu'en partie, en laissant entre eux un petit sac cutané (i).

On peut expliquer de la même manière la formation des kystes pilifères de la partie interne du sourcil, car, à ce niveau^ la partie interne de la première fente branchiale est comblée par le développement du bourgeon frontal ou incisif, qui descend en dedans de l'œil pour se fusionner avec le premier arc branchial.

(I) Veraeuil, Mémoire sur Vinclunon tcrotale et testicuiaire^ dans Archives géné^ raies de médecine^ 1855, 5« série, t. VI, p. 302. — BuiietiHs de la Société anato^ mique, 1863, t. XXVII, p. 300.

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On a observé plusieurs fois, principalement chez les herbivores domestiques, des kystes pilifères à la partie supérieure du cou, immédiatement au-dessous de la mâchoire inférieure, c'est-à-dire au niveau de la deuxième fente branchiale.

Enfin, j'ai eu deux fois l'occasion d'opérer des kystes sébacés profonds du cou, qui correspondaient anatomiquement au siège de la troisième fente branchiale. Ces deux kystes étaient situés sur la ligne médiane, immédiatement au-dessous de l'os hyoïde; ils reposaient directement sur la membrane thyro-hyoïdienne, et étaient recouverts par les muscles thyro-hyoïdiens. L'un d'eux a été extirpé, et j'ai trouvé plusieurs poils au milieu de la masse de matière sébacée qui le remplissait (i). L'autre n'a pas été traité par l-extirpation, son contenu n'a pas pu être étudié convenablement; je n'y ^i pas constaté la présence des poils, mais rien ne prouve qu'il n'y en eût pas (2). En tout cas^ on peut dire que la plupart des kystes pilifères extérieurs ont leur siège dans des points qui correspondent

(1) Je ne pois songer sans une pénible émotion à ce cas malheureux. L'opéré était on jeune homme de dix-sept ans. La tumeur, qui était grosse comme un œuf de poole, fut disséquée et extirpée sous l'influence du chloroforme. Il fallut lier une groese veine. 11 y avait déjà plusieurs minutes que l'opération était terminée, et que rinhalation du chloroforme était suspendue, lorsqu'un aide qui avait tenu constamment le pouls sur l'artère radiale, s'écria tout à coup que le pouls venait de s'arrêter. La respiration continuait toujours, mais elle s'atTaiblit bientôt. Malgré les soins les plus énergiques et les plus persistants, mon malheureux opéré ne put être rappelé à la vie. C'est le seul cas de mort par le chloroforme dont j'aie été té* moin. Ce fait &*est passé le 31 octobre 186&, à l'hôpital Saint-Antoine.

(}) Cette observation a été recueillie sur une petite fille de dix ans, que J'ai traitée en 1863 à la consultation de la Salpôtrière. C'était le premier cas de ce genre que J*ofaBervais, et je crus qu'il s'agissait d'un kyste séreux. J'essayai donc de le traiter p«r le séton filiforme. Lorsque le séton fut enlevé^ je fis sortir par la pression une petite quantité de matière grumeleuse semblable à celle des kystes sébacés ordinaires. Malgré l'emploi prolongé des injections d'iode, et malgré plusieurs cantériaations avec le nitrate d'argent et avec le fil galvano-caustique, le kyste a récidivé. Les parents n'ont voulu consentir ni à l'incision ni à l'extirpation, et j'ai perdu l'cttCuit de vue. C'était vers l'âge de six ans que la présence de cette tumeur avait été reconnue ; elle était alors grosse comme un haricot, et elle s'accrut si lenteaient que, lorsque je la vis quatre ans plus tard, elle n'avait que le volume d'une noisette. On ne repoussera pas d'une manière absolue l'idée que ce kyste fût congénital, ai l'on songe qoe, profondément caché sous les muscles thyro-hyoldiens, entre la saillie de l'oa hyoïde et celle du cartilage thyroido, il a pu exister longtemps avant d'attirer l'attention des parents de l'enfant. Toutefois, il est fort possible, il est même probable que le kyste n'existait pas au moment de la naissance, mais seulemeot la cavité dermoide où il s'est développé plus urd, par suite de l'accumulation des produits épithéliaox sécrétés par la membrane dermoide. C'est ainsi que les kystes pilifères du sonrcil ne paraissent souvent que plosleurs années après la nais-

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Ex rr-sr.-ry, J*e p^nftse que les krstes sébacés simples, cutanés on >ca2«^*v: ULue^ of ex tdn ccir cbeveln aossi bien que les autres, ont >ir 5terx» ifjCLs ces rliades sébacées préexistantes. C'est une loi ^«ftterx.^ ^-ii r<e socfre q^e de très-tares exoq»tîoDS. Mais il y a en ccr.-^ •,!*;:• ••isîs «ecip-fs ce kvstes sébacés néogènes, qui ont leur >.ieic^ iozà* i<e> ^Siz/ie> »<^.A:e<5 nêogènes, on hétérotopiques.

vi;az( i«x krï44» $)f r jcv*s p:.ifèn»« fl me parait très-probable ^v > 7*:^^ .:: r^cv:rra^';r^ tro:5 oHsÎDes différentes : !• un kjsle v*:*>' >vJ:7^* ijLi> I\ r uii-^e. et derenu pilifère ultérieurement par >^.u* i -L.v '. v'-u-iùva ce iMlîtmles pîleox dans sa paroi (i); 2« un >jc ov:..x>f er:*prt:<ocLr>e djiiss une fente brandûale par suite d*un jcc.ccf:*: e*i>rfcc!ia;ne ^Tercieci?; 3* un sac cutané formé dans l'v*:'*ïj<5>eur ce:> U:s<;i5 par <uiîe d"un trarail dliétérotopie.

Js^tt jù pîi ce :rlr^ les kj^ies des clandes sébacées sans parler en 3::*?ju«f :eui^ ces kj^zes s<::ou:ifs bétérotopiques. Mais ce n'est pas X. 'e ,'•- i exposer a th-vrte des kystes hét^otopiques. Elle trou- ^vri $ji r.'jLv'v dius !e oiap::.-^ des kjstes nêogènes.

Ke^^c:j:s rLJLiuietuji::; lux kjstes des glandes simples. Je ne c^cariicu r<ds i ea ccr::p'::er I ênumération. Je me bornerai à îUvc: oi .ter u.*r ojs pjLrîuni-.er qui établit une transition entre ce x\*C;V e< le* >c.^x::5. o'esî celui des kystes séreux des paupières. In c^i; e;:r $::^e liî plii> s*, u^eat dans les glandes de Meibom, et ^^^''.v^uc .\> Jkci>si cJLZiLs les pie:ites gtandes lacrymales palpébrales, %;ui >«.^c; ^roo^v^s autour ces orifices des conduits excréteurs de :4 jUuàe iJKTjttule sttivrteure. Ces deux eq»èces de glandes paî-

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