‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 30 sur 103 · KYSTES TUBERCULEUX · texte numérisé non relu

KYSTES TUBERCULEUX

la face profonde du derme, qui est à peu près intacte, et la face superficielle de l'aponévrose sous-cutanée. Cette déchirure n'atteint que des vaisseaux très-petits qui, en général, ne fournissent que très-peu de sang, qui quelquefois même n'en fournissent pas du tout : on ne s'en étonnera pas, si l'on songe que leur division es le résultat d'un allongement exagéré, comparable à l'arrachement, et que les artères divisées par arrachement ne saignent presque jamais. Morel-Lavallée a donc eu parfaitement raison d'établir une distinction entre ces déchirures sous-cutanées dues à des pressions obliques, et les foyers sanguins produits par des chocs directs, sans méconnaître pour cela l'existence de cas intermédiaires entre les deux types. Ce qui caractérise le type qu'il a si bien étudié, c'est l'absence d'hémorrhagie, ou du moins l'extravasation d'une quantité de sang bien inférieure à celle que pourrait contenir la cavité traumatique. Les premières heures se passent donc sans qu'on voie se manifester une tumeur appréciable; mais, tantôt au bout de quelques heures, (antôt seulement au bout d'un à deux jours, ou même de trois à quatre jours, une exhalation de sérosité, fournie par les tissus déchirés (1), remplit peu à peu la poche, qui forme une tumeur croissante, d'abord flasque et ondulant sous le doigt, puis plus ferme et déjà fluctuante, et enfin distendue comme un kyste. La ponction pratiquée avec un trocart donne issue à un liquide transparent, quelquefois légèrement coloré en rouge, d'autres fois tout à fait limpide, qui se reproduit peu à peu les jours suivants, en conservant ses premiers caractères. Lorsque ces épanchements traumatiques de sérosité sont traités convenablement par des ponctions successives, suivies d'une compression méthodique, et plus tard par les vésicatoires volants, ils finissent le plus souvent par disparaître, et les parois opposées de la cavité s'agglutinent e

(I) Morel-LaTallée compare avec raiion ce ftuiutementde sérosité à celui qui se produit dans les nioignous d*aaiputatioo après la suppressiou de l'iiémorrliagie, et qui, après avoir duré deax ou trois jours, fait place insensiblement à la suppuration. Jl eat disposé à admettre que cette sérosité est nne sorte d'iiémorrhagie séreuse foomie par les vaisseaux capillaires divisés, dont les extrémités décbirées et froissées, refusant passage aux globules, ne laissent plus passer que la partie la plus ténue da sang. Mais ce qui prouve qu'il s'agit bien d'une sécrétion, c'est que, lorsqu'on pratique une ponction au bout de quelques jours, même au bout d'un mois et ploa, une sérosité exact emetit pareille à la première se reproduit peu à peu et remplit de nouveau la cavité, sans qu'on puisse cette fois l'attribuer à une liémorrliagie séreuse. Au surplus, il serait facile de prouver, môme pour les moignons d*ainpotés, qae l'exhalation de sérusité dont les plaies sont le siège n'est que le premier degré du travail de sécrétion qui, lorsque la plaie ne se réunit pas, aboutit eosoite à la formation du pus.

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se cicatrisent ; cette heureuse terminaison peut même avoir lieu sans aucun traitement. Mais quelquefois l'aCTection abandonnée à elle-môme ne rétrograde pas. L'épanchement ne se résorbe pas, le tissu conjonctif qui l'entoure sécrète une lymphe plastique quis*organiseenune membrane plus ou moins épaisse, et qui constitue un véritable kyste périgène. J'ai vu un de ces kystes qui existait déjà depuis six mois sans aucun changement, et que j'ai traité avec succès par l'injection iodée.

Les tubercules à l'état de crudité sont souvent entourés d'une membrane périgène qui n'est pas un véritable kyste, quoiqu'on les désigne alors sous le nom de tubercules enkystés. Lorsqu'ils sont ramollis et convertis en une bouillie diffluente plus ou. moins mêlée de pus, deux cas peuvent se présenter : — ou bien cette collection s'accroit plus ou moins rapidement par l'addition continuelle des globules purulents que sécrète la membrane enveloppante; celle-ci joue le rôle de la membrane pyogénique, la tumeur se comporte comme un abcès froid ordinaire, et porte le nom ù'abcès tuberculeux; — ou bien la poche, au lieu de s'amoindrir et de se distendre, va plutôt en s'épaissii^sant, en se rétractant; la sécrétion purulente est à peu près nulle; le contenu de la poche, au lieu de se diluer, tend au contraire à se condenser de plus en plus, acquiert quelquefois la consistance du mastic de vitrier, et les choses peuvent rester dans cet état pendant un temps presque indéfini. Ces collections stationnaires ou décroissantes, entourées d'une membrane plus épaisse, portent le nom de kystes tuberculeux^ et sont effectivement plus rapprochées du type des kystes que de celui des abcès. Mais, à vrai dire, on passe de l'un à l'autre type par des transitions insensibles.H y a beaucoup de cas où l'on ne peut dire s'il s'agit d'un kyste ou d'un abcès. Un abcès tuberculeux, déjà parvenu à un certain volume, peut rétrograder et se transformer en kyste tuberculeux; réciproquement, un kyste tuberculeux depuis longtemps stationnaire peut devenir le siège d'une sécrétion purulente continue qui le transforme en abcès. Cette distinction est donc quelque peu arbitraire , puisqu'elle porte sur des caractères physiologiques plutôt que sur des caractères anatomiques.

J'en dirai autant de la distinction des abcès et des kystes purulents. Ce dernier nom a été employé dans deux acceptions différentes. Tout kyste qui s'enflamme peut sécréter du pus et devenir purulent. Mais les kystes purulents dont nous parlons ici sont ceux qui n'ont jamais renfermé que du pus.

Si Ton prenait les choses au pied de la lettre, on dirait que tout

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