‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 31 sur 103 · KYSTES PURULENTS · texte numérisé non relu

KYSTES PURULENTS

abcès, chaud ou froid, entouré d'une membrane dite pyogénique, est un kyste périgène. Le pus d'un abcès chaud, d'abord infiltré dans les tissus, ne tarde pas à se collecter^ et, lorsque ce corps étranger ne trouve pas promptement une issue, il s'entoure d'une membrane périgène qui ne difRre par aucun caractère anatomique des kystes formés autour des autres corps étrangers, et qui s'en distingue seulement par la sécrétion purulente dont elle est le siège. La membrane qui entoure les abcès froids se rapproche davantage encore de celle des kystes périgènes. Mais, malgré ces incontestables analogies, tout le monde a compris la nécessité d'établir une distinction tranchée entre les abcès, qui tendent naturellement à s'ouvrir par ulcération, et les kystes, qui peuvent s'ouvrir, sans doute, qui s'ouvrent même quelquefois par ulcération, mais dont les parois acquièrent le plus souvent une résistance proportionnelle à la tension intérieure. La distinction des kystes purulents et des abcès est tout à fait indispensable dans la pratique, mais dans la théorie elle ne repose que sur des caractères de second ordre, qui ne sont même pas absolus. De même qu'il est impossible de tracer une ligne de démarcation entre les abcès chauds et les abcès froids^ il est impossible de dire exactement où finissent les abcès froids, et où commencent ks kystes purulents. Un kyste purulent est un abcès froid dont la membrane pyogénique a subi une modification favorable, et a cessé de sécréter des globules purulents. Cette cessation n*est pas instantanée; ce n'est d'abord qu'une diminution plus ou moins notable, à la faveur de laquelle l'absorption devient supérieure à l'exhalation. Cette diminution le plus souvent n'est que passagère; et l'abcès, après avoir rétrogi*adé pendant quelque temps, recommence ensuite à s'accroître ; mais lorsque la sécrétion purulente, de plus en plus diminuée, finit par tarir peu à peu, la poche se rétracte en s'épaississant, et alors, plusieurs éventualités peuvent se présenter. Quelquefois le contenu de l'abcès se résorbe entièrement, et la membrane pyogénique finit par s'oblitérer tout à fait. D'autres fois la résorption n'enlève que le sérum du pus ; les jL'lobules purulents, de plus en plus condensés, persistent dans la poche sous la forme d'une bouillie grumeleuse, épaisse, ou même d'une matière caséeuse difficile à distinguer de celle des kystes tuberculeux ; cette collection petite, indolente, susceptible de rester indéfiniment stationnaire, et entourée d'une membrane parfaitement isolable, constitue ce qu'on appelle un kyste purulent. D'autres fois enfin, les globules de pus se dissolvent, disparaissent dans le sérum, et sont entièrement absorbés comme dans le premier

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cas; mais la membrane pyogénique ne s*obIitëre pas. Elle continue à sécréter un liquide séreux; le contenu, d*abord opaque, devient de plus en plus clair, puis de plus en plus transparent, et un véritable kyste séreux se trouve ainsi formé dans la cavité de Tabcès. Ce mécanisme de la guérison des abcès froids est extrêmement rare, mais il est rendu incontestable par une belle observation d'Aran. Un malade atteint d'hydro-pneumo-thorax avait en même temps des tubercules vertébraux qui avaient donné lieu à la formation de quatre abcès par congestion, parfaitement indépendants les uns des autres. Le plus grand de ces abcès descendait jusque dans la cuisse gauche; un second abcès occupait la fosse iliaque droite ; tous deux avaient cessé de communiquer avec les os. Les deux derniers, beaucoup plus petits, étaient en communication avec les cavernes tuberculeuses des vertèbres. Le grand abcès du côté gauche fut ponctionné, sept mois avant la mort; on en retira 700 grammes de pus et on y poussa une injection iodée. La tumeur se reproduisit bientôt, puis elle rétrograda peu à peu. L'abcès de la fosse iliaque droite, qui n'avait pas été traité, diminua de la môme manière, et tous deux disparurent presque entièrement dans les derniers temps de la vie. A l'autopsie, on trouva l'abcès du côté gauche converti en un a kyste à parois lisses, .brillantes et polies « comme une membrane séreuse. Ce kyste contenait environ Cl 50 grammes d'un liquide parfaitement transparent. » L'abcès de la fosse iliaque droite était converti en un kyste plus petit, contenant également de la sérosité, mais de la sérosité moins transparente. Quant aux deux petits abcès, ils ne renfermaient que du pus. Ainsi, après la guérison de l'affection osseuse qui leur avait donné naissance, les deux grands abcès par congestion, ne communiquant plus avec les os', s'étaient transformés en kystes séreux. Ce changement avait pu être provoqué ou favorisé, du côté gauche, par l'injection iodée, mais il était survenu spontanément dans l'abcès du côté droit (4). Lorsque je remplaçais le professeur Laugier, à l'Hôtel -Dieu, en octobre i8o4, j'ai observé un fait qui peut être, jusqu'à un certain point, rapproché du précédent. Un homme avait eu l'artère fémorale blessée par un coup de couteau-poignard porte obliquement. L'artère était sans doute entièrement coupée en travers, car l'hémorrhagie s'arrêta par la seule compression, et ne reparut plus. Le trajet de l'instrument s'enflamma, et suppura ; le pus fit

(I) Aran, Sur un p/ténomène particulier pi^uit par la toux dans Vhjdro 'pneumothorax et sur un mode peu connu de guérison des abcès par congestion, dans Ar- €hioc8 générales de médecine^ &• sér., t. VHI, p. 119 (18&6}.

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des fusées profondes, mais il ne fut pas nécessaire de pratiquer des contre-ouTertures, et la plaie extérieure se cicatrisa enfin, après avoir suppuré deux mois. Quelques jours après, une tumeur flucluanle se montra à quelques centimètres de la cicatrice; je crus que c'était un nouvel abcès, ou plutôt un abcès formé par Taccumulation du pus dans la partie profonde de Tancien trajet, et je pratiquai une ouverture étroite qui donna issue à environ 30 grammes de sérosité parfaitement transparente. Il s'agissait donc d'un kyste séreux, formé dans Tancien trajet purulent, que la cicatrisation de la peau avait transformé en cavité close. Ma petite incision se referma par première intention, et, grâce à une compression méthodique, le liquide ne se reproduisit pas; mais il est clair que si l'ouverture n'avait pas été pratiquée, ce kyste aurait pu persister et même s'accroître ultérieurement.

§ â. Kystes autogènes, — Les kystes autogènes sont des kysles de formation entièrement nouvelle, qui ne doivent leur origine ni à la dilatation d'une cavité préexistante, ni à l'irritation produite par un corps étranger, et qui naissent de toutes pièces dans l'organisme, par suite d'un travail spontané, spécial, idiopathique.

Ces kystes, dont la nature est très-diverse, peuvent se former à toutes les époques de la vie, intra ou extra-utérine. Ils peuvent même dater de la première période des formations embryonnaires.

Au point de vue de la physiologie pathologique, les kystes autogènes ne se distinguent des autres que par des caracl^èrcs négatifs. On admet qu'ils sont autogènes parce qu'on ne trouve, là oh ils se développent, aucune condition anatomique capable d'en expliquer l'origine. Tel kyste, que l'on rangeait autrefois dans la classe de ceux que nous appelons autogènes, a pris place maintenant parmi les kystes progènes, parce qu'on a découvert la cavité, glandulaire ou autre, où il prend naissance. Par suite de ces découvertes, et surtout depuis l'ère du microscope, la classe des kystes autogènes a subi une réduction considérable, et nous n'y maintiendrons qu'un petit nombre de kystes ; mais nous y ajouterons des kystes qu'on a longtemps considérés comme périgènes, et que la plupart des auteurs considèrent encore comme tels, en vertu d'une théorie que nous aurons à réfuter.

Les kystes autogènes se divisent en deux catégories bien distinctes : les uns sont caractérisés par un contenu séreux, au moins dans l'origine, et par une paroi dont la structure est simple ; les autres renferment un contenu organisé et possèdent une paroi dont la structure complexe est plus ou moins analogue à celle de

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certains tissus ou de certains organes spéciaux. Dans le premier cas, la paroi ne se compose que de tissu conjonctif ou de tissu fibreux, c'est-à-dire d'éléments qu'on est habitué à voir se produire partout, sous l'influence des causes les plus diverses. Dans le second cas, les éléments de la paroi et de la partie solide du contenu sont groupés de manière à constituer des tissus spéciaux, plus ou moins complexes, et même des espèces d'organes analogues à des organes normaux, mais situés dans des régions où rien de pareil n'existe à l'état normal. Nous donnerons aux kystes du premier groupe le nom de kystes séreux autogènes, et aux kystes du deuxième groupe celui de kystes hétérotopiques, emprunté à la théorie de M. Lebert, que nous admettons en principe, en y apportant toutefois quelques modifications.

A. Kystes séreux autogènes. — L'existence de celte catégorie de kystes est établie par plusieurs ordres de faits qui ne sont pats susceptibles, dans l'état actuel de la science, de se prêter à une autre interprétation.

Nous citerons en premier lieu les kystes des os, — non pas ceux des os maxillaires qui sont, sinon toujours, du moins presque toujours des kystes progènes, développés dans les follicules dentaires, — mais ceux des autres os, longs ou plats, qui ne renferment à l'état normal aucune cavité préexistante.

Il y a une douzaine d'années, assistant, à l'hôpital Bcaujou, à la visite du regrettable Robert, je vis cet habile chirurgien pratiquer une ponction dans une tumeur de la fosse sous-épineuse de l'omoplate, tumeur plus grosse que les deux poings, parfaitement arrondie^ assez ferme mais dépressibic, et qui avait évidemment son siège d<ins l'épaisseur même de l'os, car elle donnait lieu sous le doigt à la sensation de parchemin, caractéristique, comme on sait, des tumeurs entourées d'une coque osseuse amincie. Robert hésitait entre le diagnostic d'un kyste et celui d'un ostéosarcôme. La ponction donna issue à une grande quantité de liquide séreux parfaitement transparent; pour vider la poche il fallut exercer une pression assez forte sur la paroi superficielle, et on reconnut alors que le trocart était plongé dans une cavité creusée entre les deux lames compactes de l'omoplate. Voilà donc un kyste séreux, uniloculaire, développé dans l'épaisseur d'un os plat, dans une région où les deux tables de tissu compacte, à peine séparées par une très-mince couche de tissu spongieux très-dense, sont presque confondues en une seule. Il est extrêmement probable que ce kyste a pris naissance dans l'une des aréoles du tissu spongieux interposé ;

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mais celles-ci ne sont pas des cavités véritables; elles sont entièrement remplies de ce qu'on appelle à tort le suc médullaire, qui n'est point un suc, mais un lissu organisé et vasculaire. Ce n'est donc pas dans une cavité préexistante que le kyste s'est développé; car il n'existe dans le tissu osseux, aucune glande, aucun organe creux, et l'on est bien obligé d'admettre que le kyste en question est néogène.

Les kystes des os soat quelquefois multiples. Travers et Breschet en ont cité des exemples ; le plus remarquable est celui que M. Nélaton a montré en 1844 à la Société de cbirurgie, et qu'il a iait représenter dans ses Eléments de pathologie chirurgicale {\), La diaphyse du fémur, dans toute sa longueur, était transformée en uoe énorme tumeur, composée d'une innombrable quantité de kystes, les uns très-petits, les autres du volume d'une noix. Des cloisons osseuses irrégulières, incomplètes, entre -croisées, traversaient en tous sens cette tumeur, oh l'on ne trouvait d'autres parties solides que ces cloisons et les parois membraneuses des kystes. Depuis que l'on connaît la transformation kystique des tumeurs érectiles des parties molles, on a pu se demander si les tumeurs polykystiques des os ne seraient pas des tumeurs érectiles transformées. S'il en était ainsi, les kystes multiples dont nous parlons seraient des kystes progènes, et non des kystes autogènes. Mais cette vue est entièrement bypotbétique, et elle est en outre contraire à toutes les probabilités. La transformation kystique, en effet, n'est dans les tumeurs érectiles qu'un accident très-exceptionnel ; pour une tumeur érectile qui a subi cette transformation, on en trouve mille peut-être qui n'en présentent aucune trace. D'où il suit que si les kystes des os reconnaissaient une semblable origine, ils devraient être infiniment plus rares que les tumeurs érectiles des os. Or, c'est précisément le contraire qui a lieu. Les kystes des os sont rares, sans doute, mais le sont beaucoup moins que les tumeurs érectiles des os, dont l'existence même a pu être mise en doute par plusieurs auteurs modernes. Supposera-t-on que celles-ci aient une tendance particulière à subir la transformation kystique? Ce serait oublier que la transformation kystique est rarement spontanée, qu'elle est presque toujours provoquée par des froissements, des pressions, des opérations, en un mot par des causes irritantes auxquelles une tumeur érectile contenue dans l'intérieur d'un os échappe presque entièrement. D'ailleurs les kystes multiples décrits

il) T. U, p. iS, I'^ édiL, Pa i% 1647, in>S*.

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par M. Nélaton occupaient toute l'étendue de la diapbyse du fémur, à l'exclusion des épipbyses, et on ne connaît aucun exemple de tumeur érectile développée dans la diaphyse d'un os long. Il serait donc au moins étrange d'attribuer ces kystes à une cause dont la possibilité n'est pas encore établie. Ajoutons enfin que l'existence des kystes autogènes des os est démontrée par les cas où le kyste est unique. Alors, en effet, il n'y a pas moyen de recourir à l'bypotbèse d'une tumeur érectile transformée. Il est possible, il est vrai» qu'un kyste unique se forme dans une tumeur érectile ; mais celle-ci persiste à l'état de tumeur érectile ; elle ne serait transformée que si d'innombrables kystes s'étaient développés dans toute son éten* due, et si tous ses vaisseaux étaient ainsi oblitérés. Par conséquent, lorsqu'on trouve dans un os un kyste unique, autour duquel il n'y a aucune trace de tissu érectile, on est tout à fait certain qu'il ne s'agit pas d'une tumeur érectile transformée, et que le kyste est autogène. Dès lors il n'est plus nécessaire de recourir à une hypothèse tout à fait invraisemblable pour expliquer l'existence des tumeurs polykystiques des os. Rien ne nous autorise donc à considérer ces kystes multiples comme progènes ; tout nous permet, au contraire, de les ranger dans la catégorie des kystes autogènes.

Les kystes sous-péritonéaux du mésentère ou de la paroi abdominale me paraissent devoir rentrer dans le même groupe. J'ai eu l'occasion d'étudier à la Société anatomique deux kystes séreux du mésentère, présentés, l'un par M. Ducasset (i), l'autre par M. Mesnet (2) ; j'ai examiné avec soin cette dernière pièce, et je me suis convaincu que le kyste n'avait aucun rapport avec les ganglions mésentériques, et qu'il s'était formé de toutes pièces dans le tissu conjonctif qui sépare les deux feuillets du mésentère. Au surplus, l'hypothèse d'un kyste ganglionnaire n'est plus possible, lorsque le kyste sous-péritonéal occupe la paroi abdominale, comme cela avait lieu dans un cas présenté à la Société anatomique par Bauchet (3). On a supposé que les kystes sous-péritonéaux se formaient dans des bourses muqueuses sous-péritonéales, à la manière des hygromas ordinaires, qui sont des kystes progènes; mais il aurait d'abord fallu établir l'existence des bourses muqueuses sous*péritonéales, et c'est ce qu'on n'a point fait.

(1) Bull, de la Soc. anat.^ 1848, t. XXIIl, p. 67.

(2) Loc. ciL, 1851, t. XXVI, p. 136.

(3) Loc. ct7., 1862, t. XXVII, p. 20. J*ai lieu de croire que c'est cette même piëco qui a été décrite par M. Cruveilliier {AnaL pat h, générale, U 111, p. 508, en note

KYSTES HÉTÉROTOPIQUES. 127

Les kystes des plexus choroïdes, qui sont presque toujours multiples, et dont la fréquence est telle qu'on a été tenté de les considérer comme normaux, sont également des kystes autogènes, car il n'y a dans les plexus choroïdes aucune cavité normale. J'ai déjà réfuté (p. ho) l'opinion de Baillie qui supposait que ces kystes étaient dus à la dilatation des veines. J'ajoute qu'ils n'ont pas plus de rapports avecles capillaires qu'avec les veines. Lorsqu'on examine au microscope, sous des grossissements de 15 à 30 diamètres, un plexus choroïde qui renferme des kystes, on découvre presque toujours, à côté des kystes visibles ^ l'œil nu^ d'autres kystes naissants qui peuvent n'avoir qu'un dixième ou un vingtième de miilimèlre de diamètre, et ces kystes microscopiques sont déjà parfaitement sphériques. Je n'en ai pas vu un seul qui eût une forme allongée et qui eût la moindre connexion avec les vaisseaux capillaires. Les kystes des plexus choroïdes sont donc autogènes.

Oa doit considérer également comme autogènes les kystes séreux multiples que M. Gruveilhier a observés chez les ruminants, et qui peuvent occuper à la fois un grand nombre d'organes. Ainsi, ce professeur a vu, sur le même mouton, des kystes séreux innombrables dans les poumons, le foie, les reins, el jusque dans l'épaisseur des parois du cœur. Il ajoute que ce n'étaient pas des kystes hydatiques, et l'affirmation d'un observateur aussi compétent ne peut être révoquée en doute. Tous ces kystes étaient semblables entre eux ; ils étaient séreux, à parois très-minces, et contenaient im liquide très-limpide. Ils s'étaient formés sous l'influence d'une diathèse particulière. Ceux du cœur n'étaient évidemment pas progènes ; et comme ils ne différaient en rien des autres, il est permis d'en conclure que tous ces kystes étaient autogènes.

L existence des kystes séreux autogènes étant suffisamment établie par les exemples précédents, il y a lieu de se demander maintenant, si d'autres kystes, qu'on a pu, à la rigueur, à l'aide d'une hypothèse, rattacher à des cavités préexistantes, ne seraient pas plutôt des kystes autogènes. Je fais allusion surtout aux kystes congénitaux multiples dont j'ai déjà parlé à l'occasion des kystes vasculaires (voy. plus haut, p. 56-58).

Le mode de formation des kystes autogènes n'a pu être déterminé jusqu'ici. J'ai déjà dit (p. 24) que Frerichs et Rokitankys assignent pour point de départ à ces kystes une cellule élémentaire ou un noyau de cellule; mais j'ai dit en même temps que ces vues sont encore hypothétiques.

B. Kystes hétéro topiques. — Les kystes que nous désignons sous

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ce nom ont élé longtemps considérés comme des kystes fœtaux^ c'est-à-dire, comme des kystes périgènes^ développés autour d'un fœtus égaré ou d'un embryon monstrueux. On rangeait dans cette catégorie des kystes fœtaux non-seulement tous ceux qui renferment un fœtus complet ou les débris d*un fœtus complet, mais encore tous ceux oùTon trouve des organes à structure spéciale, comme des os, des dents, de la peau, ou seulement des poils multiples. Les recherches de M. Lebert sur Y hétérotopie plastique {i)^ oui i^ovik un rude coup à cette théorie. L'existence des kystes fœtaux périgënes est et demeure incontestée ; mais la plupart des faits qu'on y rattache doivent être interprétés d'une tout autre manière, depuis surtout que les observations embryogéniques ont révélé la véritable cause des phénomènes généralement attribués à l'inclusion fœtale.

Avant de m'occuperdes kystes hétérotopiques, je parlerai d'abord des kystes fœtaux proprement dits. Ce sera le meilleur moyen de mettre en relief la différence qui existe entre ces deux groupes.

Les vrais kystes fœtaux sont ceux qui succèdent à des grossesses extra-utérines. Ils ne peuvent exister, par conséquent, que chez les femmes qui ont atteint ou dépassé l'âge de la puberté. L'ovule fécondé qui n'exécute pas sa migration normale, et qui se fixe soit dans la trompe, soit dans le péritoine, soit sur l'ovaire môme, se développe d'abord de la môme manière que s'il était arrivé à bon port. L'évolution de l'embryon et de ses membranes est régulière. L'enveloppe la plus extérieure, qui remplace pour lui la paroi utérine, constitue dès l'origine une sorte de kyste ; toutefois on conçoit que cette poche, appelée à jouer, dans la nutrition du fœtus, le môme rôle que la muqueuse utérine, doit présenter, pendant toute la vie de ce fœtus, des caractères tout à fait spéciaux. Cluoiqu'elle ne soit pas en continuité de vaisseaux avec l'être qu'elle renferme, elle a avec le placenta fœtal des rapports de contiguïté tellement intimes et une telle solidarité de nutrition, qu'il n'y a dans cet état rien de comparable à la disposition des véritables kystes. Une grossesse extra-utérine n'est donc pas un kyste; mais elle peut se transformer en kyste lorsque le fœtus meurt avant d'avoir atteint un grand volume, ce qui est le cas le plus ordinaire, et lorsque la mère échappe aux chances de rupture, de péritonite, de suppuration, d'infection putride, qui sont d'autant plus à craindre que le fœtus, au moment de la mort, est plus volumineux. Le placenta ne tarde

(I) Lebert, Dei kysfes dermcUdes et de Vhétérùtopie plastique en général^ û^ns l'ém. de la Soc. de biologie, V série, t. V, p. 2Q'^2U (186?).

KYSTES HÉTÉROTOPIQUES OVARIQUËS. 129

pas à tomber en putrilage, ainsi que les membranes du fœtus; celui-ci dès lors n*a plus aucune connexion avec la paroi de lapoche qui le renferme, et le kyste fœtal se trouve constitué. La paroi de ces kystes, plus ou moins épaisse et toujours fibreuse, se rétracte le plus souvent, en même temps que la plupart de ses vaisseaux s'atrophient. Le liquide oh le fœtus, devenu corps étranger, flotte librement, subit diverses modifications, et se résorbe le plus souvent en grande partie. Quant au fœtus, il devient quelquefois le siège d'une sorte de momification ou d'une transformation en gras de cadavre, mais en général il se décompose; ses chairs putréfiées se réduisent en une espèce de bouillie, qui peut ultérieurement disparaître plus ou moins complètement par résorption ; mais ses os restent dans le kyste, où l'on peut les retrouver au bout de plusieurs années, quelquefois au bout de vingt et trente ans. On conçoit au surplus que ces corps étrangers multiples, irréguliers, flottants, continuellement ballottés dans les efibrts ou dans les mouvements de la défécation, puissent produire à la surface interne du kyste une irritation suivie de suppuration, que cet abcès intra-kystique paisse s'ouvrir soit à l'extérieur, soit dans la vessie, le vagin ou le rectum, et guérir après l'expulsion totale de son contenu. C'est ce qui a lieu quelquefois ; mais quelquefois aussi le liquide du kyste se résorbe graduellement, la poche se rétracte sur les débris osseux du fœtus, les étreint, les immobilise, et les choses, parvenues à cet état, peuvent persister sans changement notable pendant un très* grand nombre d'années. A l'autopsie, on trouve dans la poche une petite quantité de matière grumeleuse, jaunâtre ou brunâtre, avec des restes osseux provenant surtout du squelette de la tôte, et présentant des formes et un état de développement en rapport avec rage où le fœtus a succombé. Ces débris de squelette sont libres dans la cavité du kyste ; s'ils sont fixés quelquefois, c'est par une ag-^ glntination pure et simple sans adhérence organique. Tels sont les véritables kystes fœtaux consécutifs à des grossesses extra-utérines . Us ne se rencontrent que chez la femme, qu'après l'âge de la puberté, et que dans la moitié inférieure de la cavité abdominale* Leur histoire n'a donné lieu à aucune contestation.

Il n'en est pas de même d'une autre catégorie de kystes, qui a été rapprochée de la précédente, et qui en diffère cependant par plusieurs caractères essentiels. Je veux parler des kystes ovariques qui renferment des dents, des os, des fragments de peau, de la graisse, des poils, et où l'on rencontre, par conséquent, des parties organisées qui paraissent provenir d'un produit de conception, mais où II. 9

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Ton IroQTe cependant, avec un pea d'attention, la preuve que ces parties oi^anisées ne sont pas, ne peuvent pas être les restes d'un véritable fœtus.

Ainsi, les os, les dents, les poils, sont souvent implantés sur la paroi du kyste, à laquelle ils sont fixés par des liens organiques. Lorsque cette implantation existe, il est impossible de songer à rbypothëse d'une grossesse extra-utérine, car jamais un fœtus ne peut, pendant sa vie, entrer en fusion avec la pocbe qui le renferme, et encore moins après sa mort. Il arrive souvent, il est vrai, que quelques-uns de ces prétendus organes embryonnaires deviennent libres au milieu de la bouillie graisseuse qui remplit le kyste, mais il suffit qu'un seul d'entre eux soit réellement implanté sur la paroi, il suffit que celle-ci supporte un seul bulbe pileux, pour qu'il soit certain qu'elle a produit également les autres oi^anes. Quelquefois enfin tous les organes sont libres, et c'est alors seulement que l'hypothèse d'une grossesse extra-utérine pourrait se présenter à l'esprit, mais l'état même de ces organes prouve qu'ils ne peuvent pas être des débris de fœtus.

En eCfet, s'ilb provenaient d'un fœtus, ils devraient avoir tout au plus le volume, la forme, la structure, qu'ils présentaient lorsque le fœtus a péri, puisque tout développement est impossible après la mort. Les poils ne devraient pas dépasser la longueur et la gros* seur qu'ils ont chez le fœtus à terme. Les dents ne devraient être ni plus développées ni plus nombreuses qu'elles ne le sont au moment de la naissance. Chaque os devrait avoir la forme normale qu'il afiecte à l'une des époques de la vie intra-utérine. Il devrait y avoir un rapport parfaitement régulier entre tous ces organes, sous le rapport de leur volume. Enfin, les organes les plus solides disparaissant nécessairement les derniers, on devrait toujours trouver des os dans les kystes qui renferment de la peau ou des poils.

Au lieu de cela : Les dents offrent souvent un volume égal ou supérieur à celui des dents d'un adulte; leur forme est presque toujours tout à fait anormale ; leur nombre est quelquefois supérieur à celui que pourraient fournir les deux dentitions réunies. Les poils sont souvent gros comme des crins de cheval. Ils peuvent avoir plus d'un mètre de longueur; ils peuvent présenter des colorations différentes sur les divers points de leur longueur. Dans un cas observé par Blandin sur le cadavre d'une vieille femme, les poils, longs de plus d'un mètre, étaient fins et blonds à l'une de leurs extrémités, groîî cl noirs à l'autre extrémité, et p^é^enlaient à leur partie moyenne une couleur et un volume intermédiaires, — preuve bien évidente

KYSTES UÉTÉROTOPIQUËS. — - THÉORIE DE LJNCLUSION. 131

qu'ils avaient mis bon nombre d'années à se développer (1). Les os offrent des formes insolites, et le plus souvent tout à fait méconnaissables. On n'en trouve ordinairement qu'un ou deux, et si ceuxlà ont résisté aux phénomènes aveugles delà décomposition, il n'y a pas de raison pour que tous les autres aient disparu. Dans les kystes des vraies grossesses extra-utérines, les os se conservent en raison du volume et de la solidité qu'ils ont acquis au moment de la mort du fœtus et, pour ce motif, la plupart des débris osseux proviennent toujours des os du crâne. Ici, au contraire, il est extrêmement rare que les os puissent être déterminés comme ayant pu faire partie d'un crâne, et qu'ils puissent même être désignés sous le nom d'os plats. Ce sont des masses informes, qui échappent à toute description. S'il arrive quelquefois qu'une de ces masses soit considérée comme une mâchoire, c'est uniquement parce qu'elle donne implantation aune ou plusieurs dents, mais personne ne peut dire s'il s'agit d'une mâchoire supérieure ou d'une mâchoire inférieure. Enfin, parmi ces kystes il en est qui ne renferment que des dents; d'autres, des dents et des poils^ sans aucune trace d'os; d'autres, et ce sont les plus nombreux, des poils seulement; quelques-uns ne contiennent pas même de poils; on n'y trouve qu'une substance graisseuse identiquement semblable par ses caractères physiques, microscopiques et chimiques à celle qui entoure les poils, les dents ou les os libres dans la cavité des kystes plus compliqués ; et ce qui établit encore l'identité de nature de tous ces prétendus kystes fœtaux de l'ovaire, c'est que tous sont revêtus intérieurement d'une couche épidermique, et qu'on retrouve presque toujours, sur une partie au moins de l'étendue de leur paroi, une structure analogue à celle de la peau.

Tout cela suffirait déjà pour établir sans réplique que les kystes en question ne sont pas consécutifs à des grossesses ovariques. Mais il y a un autre argument bien autrement saisissant : c'est que des kystes identiquement pareils quant à leur paroi et quant à leur contenu ont été observés « tous les âges, dam presque toutes les/xirties du corps, et dans les deux sexes !

Pour répondre à cet argument péremptoire, on a supposé que ces kystes, lorsqu'ils occupaient l'ovaire, étaient dus à des grossesses ovariques,et que, lorsqu'ils étaient situés hors de l'ovaire, ils étaient dus à une tout autre cause : Yinclusùm fœtale. Il serait au moins

(l< J*nt cnleiidu Olaiidin cilcr plubk'iira foit» cette observatiuu dans ses loçoos & 1 H6tci'Dicu.

132 KYSTES MÉOGÈNES.

étrange que deux causes aussi différentes pussent donner lieu à des résultats identiques. Mais il s'agit d'examiner avant tout cette théorie de Vinclumn fœtale, et de voir si elle repose sur autre chose que sur un à priori.

Certains monstres doubles sont formés de deux individus parfaitement développés, unis entre eux par un pédicule assez étroit, et intimement associés dans leur vie, mais ayant cependant deux individualités, deux intelligences, deux volontés parfaitement distinctes. On a donc supposé que ces deux êtres étaient des jumeaux, développés isolément soit dans deux ovules, soit dans un seul ovule à deux blastodermes, et que, mis en contact l'un avec l'autre dès les premières phases de leur développement, ils s'étaient soudés, comme se soudent^ dans les expériences de M. Bert, deux animaux de même espèce tenus en contact par des surfaces avivées.

A côté de cette première classe de monstres doubles, qu'on appelle autositaireSy parce que les deux individus, également développés, sont doués d'une vie propre, et que chacun d'eux se nourrit par lui-même (aCroç, soi-même, aTroç, nourriture), existe la classe des monstres doubles pai*asitaires^ composés d'un individu autosite se nourrissant par lui-môme^ et d'un parasite privé d'organes de nutrition, et se nourrissant aux dépens de Tautosite. On a supposé encore que ces monstres doubles parasitaires étaient le résultat de la fusion de deux individus primitivement distincts, mais d'une fusion plus intime que dans le premier cas, ou peut-être d'une fusion plus précoce, dans laquelle l'un des deux germes, en grande partie atrophié, n'aurait fourni que quelques organes, tels que des membres, des mâchoires supplémentaires, etc.

Cette atrophie de l'un des germes, une fois admise, a fourni l'explication d'une foule d'anomalies. Un partisan logique de la théorie de la fusion des germes, M. Pigné, est allé jusqu'à dire que l'existence d'un seul doigt surnuméraire était la preuve de la diplogénèse. Et il est clair que si les membres supplémentaires proviennent d'un germe distinct, il n'y a pas de raison pour ne pas attribuer la même origine aux doigts supplémentaires. Cette consé^ quence extrême et rigoureuse aurait dû faire réfléchir les partisans de la diplogénèse par soudure; caria polydactylie existe ordinairement sur plusieurs membres, souvent sur les quatre membres* ce qui supposerait autant de soudures de germes qu'il y a de membres atteints ; -^ et elle est en outre héréditaire, ce qui nécessiterait des suppositions extravagantes. Une autre conséquence non moins extrême de cette doctrine de la diplogénèse, a été la théorie

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