‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 50 sur 103 · TUMEURS ÉRECTILES (SUITE). — PATHOLOGIE ET TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TUMEURS ÉRECTILES (SUITE). — PATHOLOGIE ET TRAITEMENT

§ 1. — Étude clinique et pathologique des tumeurs ërectiles.

Etiologie. — Les tumeurs érectiles peuvent se développer à tout âge. On admet généralement qu'elles ne se forment que pendant la vie intra-utérine ou pendant la jeunesse, et cette opinion est assez exacte, si l'on neconsidère que celles de ces tumeurs qui sont susceptibles de s'accroître au point de mériter l'attention des chirurgiens. Mais si, laissant de côté la question chirurgicale, on tient compte de toutes les productions accidentelles qui présentent la structure des tumeurs érectiles, on trouve non-seulement que les sujets avancés en âge n'en sont pas exempts, mais encore qu'ils y sont exposés au moins autant, sinon plus, que les jeimes gens. J'ai fait sur ce point, pendant mon séjour à la Salpètrière, des observations concluantes. Passant en revue, à la salle d'autopsie, le corps des vieilles femmes, j'ai trouvé presque toujours, sur diverses parties du tégument externe, principalement sur la face antérieure du tronc, un certain nombre de petites taches rouges, bien circonscrites, ordinairement un peu saillantes, larges de 1 à 3 millimètres, et présentant soit à l'œil nu, soit au microscope, la structure des tumeurs érectiles. Il y avait quelquefois jusqu'à dix de ces taches ou même un beaucoup plus grand nombre. J'ai dû me demander tout d'abord si cen'étaient pas de petites tumeurs érectiles datant de la jeunesse ou de l'enfance. Mais, poursuivant ensuite ces recherches soit à la salle, des morts, soit à l'infirmerie, sur des femmes moins âgées, j*ai pu constater que les taches en question deviennent d'autant plus fréquentes que les sujets sont plus avancés en âge, et j'ai pu me convaincre qu'elles se forment très-fréquemment dans la vieillesse. Mais ce qui les distingue de celles qu'étudient les chirurgiens, c'est leur innocuité absolue et constante. Jamais elles ne m'ont

ÉTIOLOGIE. 207

manifesté la moindre tendance à s'accroitre, encore moins à se propager. Elles sont donc tout à fait insignifiantes : je ne les mentionne ici que pour mémoire, et je n'y reviendrai plus.

De petites taches érectiles exactement semblables aux précédentes se forment souvent dans la vie intra-utérine, dans Tenfance ou dans la jeunesse ; elles peuvent, comme celles des vieillards, rester indéfiniment stationnaires ; mais elles peuvent aussi, soit spontanément, soit à la faveur de quelque action irritante, se développer, se propager, et cette évolution, qui transforme un minime accident de nutrition en une affection chirurgicale, a d'autant plus de chances de se produire que les sujets sont moins avancés en âge.

Lorsqu'on se place au point de vue pur et simplo de Tanatomie pathologique, on est obligé d'étudier à la fois, dans un même groupe, toutes les productions érectiles, depuis la tache miliaire la plus insignifiante jusqu'à la tumeur érectile la plus grave et la plus envahissante. Mais ici, abordant la question chirurgicale proprement dite, nous ne devons décrire, parmi les productions accidentelles, que celles qui prennent assez de développement pour mériter l'attention du chirurgien. A ce point de vue, les petites taches érectiles circonscrites et depuis longtemps stationnaires ne sont plus qu'un des éléments étiologiques des véritables tumeurs érectiles; celles-ci, d'ailleurs, peuvent débuter d'emblée sans passer par cette période de préparation. Disons donc que les petites taches érectiles circonscrites sont l'une des causes, mais non la cause unique des tumeurs érectiles, et que leur transformation en tumeurs érectiles est sans exemple chez les vieillards, rare chez les adultes et d'autant plus fréquente que les sujets sont plus jeunes.

Cette distinction et cette notion étiologique nous permettent de concilier quelques-unes au moins des opinions contradictoires qui ont été émises relativement à l'influence de l'âge sur la production des tumeurs érectiles. Tandis que certains auteurs avaient en vue les productions érectiles en général, d'autres parlaient seulement des tumeurs érectiles proprement dites, de celles que j'appellerais volontiers chirurgicales. Nous ne nous occuperons main« tenant que de ces dernières, et la question étiologique se trouvera ainsi simplifiée .

Les tumeurs érectiles de la peau se forment le plus souvent pendant la vie intra-utérine, ou pendant les premiers mois qui suivent la naissance, et il est permis de croire, dans le premier cas comme dans le second, qu'elles sont dues à un trouble de développement.

208 DES TUMEURS ÉREGTILES. •

qui a donné lieuà la constitution défectueuse d'une partie du réseau capillaire de la peau. Celles qui sont sous-cutanées sont fréquem*. ment dans le même cas, et, en outre, elles ont assez souvent pour point de départ une tache érectile congénitale de la peau, si bien que M. Wardrop a été conduit à avancer que les nsevi vasculaires, cutanés ou sous-cutanés, étaient toujours congénitaux (1). Cette opinion absolue est tout à fait inadmissible. Alors même qu*on confondrait, comme l'a fait M. Wardrop, la tumeur érectile proprement dite avec la tache érectile préalable qui en est seulement la cause, — et qui n'en est même pas la cause constante, — on trouverait encore beaucoup de cas où des productions érectiles cutanées considérables et envahissantes ont apparu pour la première fois, longtemps après la naissance, dans des parties du tégument externe jusque-là parfaitement saines. Tous les chirurgiens ont vu des faits de ce genre. M. Porta, ayant noté avec soin Tâge où les tumeurs érectiles se sont développées, a trouvé que, sur 151 cas, TaCTection avait été reconnue 65 fois au moment de la naissance* 32 fois dans le courant de la première année, 44 fols entre I et 44 ans, et iO fois enfln entre 14 et 40 ans (2). Il n'a vu aucun exemple de tumeur érectile développée après la qu.irantième année : cette limite, toutefois, ne saurait être considérée comme absolue. Les tumeurs érectiles sont presque constamment idiopathiques, c'est-à-dire qu'elles ne dépendent d'aucune influence connue. Les idées populaires qui attribuent les nœvi congénitaux à l'imagination maternelle ne méritent pas le plus léger examen. Aucune condition de santé, ni d'hérédité, n'a été signalée jusqu'ici, et lorsqu'on lit les observations de tumeurs érectiles acquises , c*està-dire formées après la naissance, on voit presque toujours que le début du mal a été entièrement spontané. Ces tumeurs peuvent cependant quelquefois se développer à la suite d'une contusion, d'un frottement répété, d'une irritation fréquente. Dans un cas cité par M. Porta, un enfant avait reçu sur le milieu du bord de la paupière inférieure un éclat de capsule de fusil qui avait laissé une tache lenticulaire noire. A Vâge de 20 ans, cette tache devint le siège d'un prurit qui contraignit le malade à la gratter fréquemment, et, sous l'influence de ces irritations répétées, elle se transforma peu à peu en une tumeur érectile veineuse qui fit des progrès pendant

(1) Appcodice au Traité det maladies des artères et des veines de Hod^son^ trtd. fr. par Breschet, Paris, 1819, in-8«, t. II, p. 544. (i) Lttigi Porta, DeiV angectana^ Hilano, tSGl, i!i-i«, p Set 6.

ÉTIOLOGIE. 209

plas de cinq ans, et qui fut enfin extirpée. Une autre fois, M. Porta a vu une tumeur érectile artérielle se former, chez une femmeadulte, sur une cicatrice du cou, consécutive à une brûlure et datant également de l'enfance (i).

Le sexe féminin paraît plus exposé que l'autre au dévelppperoent des tumeurs érectiles. C'est ce qui résulte du moins du relevé de M. Porta qui, sur ses 151 observations, a trouvé 92 individus du sexe féminin, c'est-à-dire 62 p. 100. Mais cet auteur a laissé de c6té les nsvi congénitaux ou accidentels qui restent stationnaires pendant toute la vie. Il serait donc possible que les naevi fussent également fréquents dans les deux sexes, et que l'influence sexuelle se bornât à rendre l'accroissement des nœvi et leur développement en tumeurs érectiles plus fréquents dans le sexe féminin.

Le relevé de M. Lebert dépose dans le môme sens que celui de M. Porta ; sur 53 cas de tumeurs érectiles, M. Lebert compte 33 individus du sexe féminin, c'est-à-dire 62 p. 100. La similitude des résultats est frappante. Ajoutons que M. Lebert, comme H. Porta, a tenu compte seulement des tumeurs érectiles pour lesquelles l'intervention chirurgicale avait été réclamée (2).

Les taches érectiles de la peau sont très-souvent multiples, soit dans la même région, soit dans les diverses régions du corps. Mais, si Ton considère seulement les tumeurs qui s'accroissent, on peut dire qu'elles sont ordinairement uniques. M. Porta a vu deux de ces tumeurs chez 17 individus ; sur 5 autres, il en a vu trois; les 129 autres n'en avaient qu'une seule.

Toutefois, il existe quelques observations de tumeurs érectiles assez nombreuses pour accuser l'existence d'une véritable diathèse du système capillaire cutané. Ainsi, M. Gautier a rapporté l'histoire d'un enfant à la mamelle, chez lequel douze tumeurs érectiles artérielles s'étaient développées rapidement un mois environ après la naissance. L'une, large d'abord comme une piqûre de puce, avait, en moins de deux mois, envahi les deux tiers de la paupière supérieure et faisait au-dessus de la peau une saillie de 5 millimètres ; une seconde s'était formée au niveau de l'épine iliaque postérosupérieure, avait acquis, en six semaines, la largeur d'une pièce de I franc, et s'était alors ulcérée spontanément, en donnant lieu à une hémorrhagie. Deux autres, situées dans le triangle sus-clavi-

(1) Lk. ci7., p. 6.

<3) Lebert, Traiti danat, pathol, générale et spéciale^ t I, p. 313. Paris, 1867i in-lulio.

Page 1