MARCHE ET TERMINAISONS
bable que les vaisseaux de la production érectile ne s'oblitèrent pas, qu'ils se resserrent simplement, et qu'ils continuent à faire partie du réseau cutané. Ce phénomène ne se produisant qu'à un âge où la croissance des parties s'effectue avec rapidité, il est permis de supposer que les vaisseaux sont déroulés, allongés, espacés, et ramenés ainsi à la condition de capillaires normaux.
La guérison que j'appelle accidentelle est probablement toujours la conséquence d'un travail inflammatoire. Beaucoup de méthodes opératoires ont pour but de provoquer une inflammation artificielle et d*imiler le mécanisme de cette guérison.
L'inflammation des tumeurs érectiles peut débuter sans cause connue; c'est ce qui eut lieu chez un petit malade observé par M. Costilhes(f). C'est ce qui eut lieu encore chez la petite fille dont j ai donné l'observation dans la première partie de cet ouvrage (t. I, p. 251). Mais dans ce dernier cas, l'inflammation, quoique centrale et suppurative, ne fut pas suivie de guérison. D'autres fois, c'est un choc, une pression, ou le simple frottement des vôtements, qui irrite et enflamme la tumeur. Mais l'inflammation débute le plus souvent par la couche la plus superficielle de la peau, et succède à de petites ulcérations, accompagnées d'hémorrhagies en gcuéral assez légères. C'est Auguste Bérard qui a le premier décrit ce phénomène intéressant. L'ulcération, très-superOcielle, est d'abord toute petite; bientôt elle s'étend en surface sans gagner en profondeur; elle fournit une suppuration séreuse, analogue à celle d'un vésicatoire, puis elle se cicatrise, et la membrane inodulaire qui lui succède forme une tache blanchâtre, tant soit peu déprimée, au niveau de laquelle la plupart des vaisseaux primitifs de la tumeur sont oblitérés. Ces phénomènes peuvent se reproduire plusieurs fois, et des tumeurs môme assez volumineuses peuvent finir par se flétrir entièrement, laissant à leur place une membrane cicatricielle. D'autres fois, la tumeur n'est pas entièrement transformée ; elle conserve, sur plusieurs points, les caractères des tumeurs érectiles; mais les modiflcations qu'elle a subies ont pu en retarder les progrès ou même la rendre définitivement stationnaire {à).
Ce qu'il importe de constater, c'est que le travail curatif qu'on vient de décrire n'est pas limité seulement à la couche envahie par lulcération, mais s'étend aux couches subjacentes, et quelquefois
(1) GottilheSf Du nenut matemu$etdes tumeurs érectiies, Paris, 1851. ia-8», p. 2l . Broch. eitraiie de la Revue méfiieale,
(2) Voir le Mém. d'Aog. Bërard, dans Gautie médicale, 1811, p. 089 et saif.
jusqu'à une profondeur de plus d'un centimètre. Il ne s'agit donc pas d'une destruction, mais d'une transformation du tissu érectile. Cette transformation est duc h l'oblîtératicn des Taisseaux an milieu desquels s'épanchent et s'organisent les produits de l'inflammation. On sait que le tissu ilbreux d'origine inflammatoire possède une grande force de rétraction. Les vaisseaux comprimés, étranglés, par suite de celle rétraction, s'oblitèrent, et la tumeur cesse d'être érectile. Lorsque l'oblitération, au lieu d'être générale, n'est que partielle, ou plutôt, lorsque, au lieu d'efiacer certains vaisseaux dans toute leur étendue, elle se borne à les fermer sur plusieurs points de leur longueur, les petits tronçons vasculaires restés libres entre ces obstructions superposées, constituent autant de cavités closes qui peuvent se dilater ensuite, en donnant lieu à la transformation kystique que nous avons décrite plus haut (voy. p. 200).
L'inflammation des tumeurs érectiles peut se terminer par la gangrène. Un malade de Pellclan avait à la paupière supérieure une tumeur érectile volumineuse, composée de deux parties : l'une diffuse dans l'épaisseur de la paupière, l'autre saillante et pédiculée. Pcllelan, un peu à la légère, appliqua une ligature sur le pédicule, mais ne la serra que médiocrement, de telle sorte que la partie qu'il se proposait d'étrangler, au lieu de se flétrir, se luméGa. Il survint une inflammation très-violente qui gagna le reste de la tumeur et qui se termina par la gangrène (I). Dans ce cas, l'inflammation gangreneuse avait été provoquée par une cause mécanique. Mais elle survint spontanément chez un enfant dont Wardrop a rapporté l'histoire. La tumeur était énorme; au moment delà naissance, elle avait le volume d'une petite orange et couvrait toute la joue. Environ un mois après, elle devint le siège d'une large ulcération et d'une gangrène partielle. Elle était pulsatile et donna lieu à des hémorrhagies abondantes. Wardrop se vit contraint de lier la carotide, et l'enfant succomba le quatorzième jour (2). Le fait le plus remarquable de gangrène spont«inée des tumeurs érectiles est celui que M. Gautier a publié dans son intéressante thèse, et que j'ai déjà rapporté {voy. plus haut, p. 210).
En résumé, l'inflammation des tumeurs érectiles peut se terminer par suppuration et par gangrène, mais le plus souvent elle se termine par résolution^ et elle peut alors ameticr dans le tissu de la
(1) Pclletoh, Clinique chirurgicale, t. tl. p. 70, t*aris, 1810, In-S».
(2) Wardh>p, Sofne Obserb. on one Species of Nœvi Matemi, «Uns Medieo-Cki^ rurgical Transactions^ 1818, vol. IX, p. 306.