KYSTES DENTAIRES
seur de la séreuse, plusieurs petits kystes dont le plus gros ne dépassait pas le volume d'un pois, et qui m'ont paru avoir leur siège dans les follicules clos de M. Gorrisart. Je n'oserai cependant pas l'affirmer.
Il est au contraire parfaitement démontré que la très-grande majorité des kystes des mâchoires, abstraction faite de ceux qui naissent dans le sinus maxillaire, ont leur point de départ dans les follicules dentaires. Nous donnons en note quelques détails sur l'origine et la formation de ces kystes qui ont été décrits sous le nom de kystes alvéolo-dentaires (1). Il n'y a pas de raison pour que le
( 1) Les follicules dentaires, à l'état normal, sont parfaitement dos et le sont dès Tori* gioe. quoi qn'on en ait dit ; mais ils ne renferment pas une cavité véritable. L'intervalle compris entre leur paroi et la surface extérieure du bulbe dentaire est rempli par l'organe de l'émail, siibstaflce organisée, mais très-molle, comme gélatineuse, privée de vaisseaux, susceptible de se ramollir, de se dissocier sous l'influence des causes morbides, et laissant alors dans le follicule une cavité qui ne tarde pas à se transformer en kyste. Les kystes des follicules dentaires sont donc comparables de tous points à ceux qui se développent dans les cavités closes. Les kystes dentaires peuvent avoir pour point de départ, soit les follicules de la première dentition, soit ceux de la seconde, soit enfin les follicules de dents surnuméraires. Leur contenu est ordinairement une sérosité limpide, quelquefois un liquide sanguinolent, quelquefois une substance filante ou même gélatineuse, d'autres fois enfin, mais plus rarement, une matière comme sébacée, qui peut acquérir la consistance du mastic, et qui est constituée principalement par un amas de cellules épitbéliales K Celles-ci proviennent de ia paroi du follicule, dont la surface interne est revêtue, à l'état normal, d'une couche épitbéiiale qui la sépare de l'organe proprement dit do l'émail.
L'accumulation du liquide dans le follicule dentaire produit des conséquences qui varient suivant l'époque où elle survient. Si le kyste se forme pendant la période que J'appelle embryoplastique^ ^ le bulbe, atrophié par la pression du liquide, s'aplatit, s'étale sur la paroi du kyste, avec laquelle il peut môme se confondre entièrement, et, à l'ouverture de la tumeur, on n'y trouve ni dent ni rudiment de dent.
Lorsque le début n'a lieu que pendant la seconde période, ou période odonto* plastique, le bulbe, dont la dentification n'est pas encore commencée, et dont le tissu est mou et dépressible, se laisse encore refouler, aplatir par le liquide du kyste ; il s'étale plus ou moins dans l'épaisseur de la paroi du follicule, et il peut se faire sans doute qu'il finisse par s'atrophier, comme dans le cas précédent; mais il peut arriver aussi que les éléments odontoplastiques qui constituent sa couche corticale conservent la propriété de produire de l'ivoire. Lorsqu'il en est ainsi, aucune dent ne fait saillie dans l'intérieur du kyste, mais on trouve dans l'épaisseur de sa paroi une masse indurée, oasiforme, qui, mise à nu par la dissection, apparaît sous la forme d'une couronne dentaire, plus ou moins rudimentaire, et plus ou moins irré- ^ulière. Ces denu interstitielles, ou plutôt ces rudiments de denu, peuvent acquérir
1 Voy., «B ptrIieaUer, l*obt. de 11. Eug. NéUtoo, dam Bull, de la Soc, OMatomiqut, déctMbce ISSS, f léris, 1. 1, p. 490.
1 U determiDâtion dei dïTertet périodes de révolutioo dss follieo^es deattiret »trà eipoMc pUs loitt dans le ehapitrt des odonl6Bici.
36 DES KYSTES PROGËNES.
tissu spongieux des mâchoires soit à l'abri du développement des kystes osseux proprement dits, qui sont néogènes, comme on le
«ne longueur supérieare à leur largeur, et se terminer même en une extrémité conique et allongée qui simule une racine; mais ce n'est qu'une apparence, et les conditions aoatomiques qui caractérisent les racines dentaires ne s'y rencontrent pas; la partie la plus yolnmineuse ne présente môme paa la structure d'une yéritable couronne; elle n'est pas recouverte d'émail; elle n'est pas creusée d'une cavité remplie de pulpe; elle consiste purement et simplement en un amas d'ivoire. L'absence de l'émail ne saurait nous surprendre^ puisque le kyste a pris naissance avant l'époque où l'émail se développe, et que la cause de sa formation a été précisément la dissolution et la destruction de l'organe de l'émail. Je possède une pièce qui ne rentre pas dans la description précédente, quoiqu'elle soit certainement relative à un kyste dentaire développé pendant la période odontoplastiqne. Elle provient d'une dame qui était atteinte d'un kyste du follicule de l'une des incisives latérales inférieures, et qui fut opérée en ma présence par M. Nélaton. Après avoir excisé la paroi antérieure de la coque osseuse du maxillaire, M^ Nélaton enleva avec une rugine la partie postérieure de la paroi membraneuse du kyste* La surface interne de cette membraneétait lisse ; mais en un point où la paroi était notablement épaissie, nous reconnûmes au palper la présence d*une masse interstitielle, de consistance minérale. C'était le rudiment très-déformé de Tincisive. Ayant mis à nu par la dissection cette masse osaiforme, Je reconnus qu'elle avait une consistance bien inférieure à celle de l'ivoire, et même à celle du tissu osseux. Je pus ainsi aisément pratiquer plusieurs préparations microscopiques, et, à ma grande surprise. Je n'y trouvai aucune trace d'ivoire. Cette production dentaire était constituée exclusivement par l'accumulation d'un très-grand nombre de ces petits corps globuleux très-réfringents, que l'on aperçoit çà et U dans l'épaisseur de la pulpe dentaire, à partir du début de la dentiflcation, et qui seront décrits, dans le chapitre des odontômes, sous le nom de grains dentmaires. Dans ce cas, la présence du kyste avait amené l'atrophie de la couche corticale du bulbe, et empêché par là la formation de rivoire ; mais la pulpe avait conservé sa structure à un degré suflSsant pour devenir le siège de la formation des grains dontinaires. Ceux-ci, en s*accumulant, avaient constitué une masse dure qui simulait une couronne dentaire.
Le début des kystes dentaires peut avoir lieu à une époque plus avancée, lorsque le bulbe est d^à en voie de dentiBcation, ou même lorsque la couronne est déjà complète. U y a alors une dent bien formée, qui fait saillie dans la cavité du kyste et qui s'implante sur sa paroi. Cette dent peut avoir une racine presque achevée, mais d'autres fois elle se réduit à une couronne à large base. Une couche d'émail« plus ou moins épaisse, mais bien régulière, tapisse la couronne en totalité ou en partie, et prouve que l'organe de l'émail avait déjà pris part au travail de dentification lorsqu'il s'est ramolli, dissocié, et qu'il a ainsi produit la carité où s'est développé le kyste. Ce uavail de ramollissement et de dissolution de l'organe de l'émail est un phénomène normal; il s'elfectue consununent quelque temps avant l'éruptioa de la dent; c'est toujours ainsi que disparaissent, après l'achèvement de la couronne, les restes de cet organe transitoire, et il su£Stque cela ait lieu un peu plus tôt pour que le follicule dentaire puisse se transformer en kyste.
U est clair, d'après ce qui précède, que les dents rudimentaires des kystes nés avant le début de la dentillcation du bulbe, pe peuvent, en aucun cas, faire leur éruption. Lw dents plus complètes des kystes plus tardife ne peuvent pas non plua prendre rang sur l'arcade dentaire, car la présence do kyste les re.'oule vers le fond