‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 82 sur 103 · DES PRINCIPALES VARIÉTÉS D ODONTOMES · texte numérisé non relu

DES PRINCIPALES VARIÉTÉS D ODONTOMES

Dans le paragraphe que j'ai consacré à la classification des odontomes (p. 300), j'ai indiqué sommairement les caractères les plus essentiels de chacune des variétés que j'ai admises. Cela m'a permis de procéder ensuite à une étude générale^ et d'éviter ainsi de continuelles répétitions. Mais le lecteur n'a jusqu'ici qu'une idée très-incomplète des groupes que j'ai établis, et le moment est venu d'en donner une plus ample description.

Je devrais peut-être, vu la nouveauté du sujet, publier en détail les observations sur lesquelles je m'appuie; mais il faudrait, à cause de celte nouveauté même, discuter longuement l'interprétation de chaque fait, et cela m'entraînerait bien au delà des limites que comporte le plan de cet ouvrage. J'aurai donc le regret de ne pouvoir joindre à mes descriptions toutes les pièces justificatives qui seraient nécessaires pour en démontrer l'exactitude. Ceux de mes lecteurs qui désireront un complément de preuves le trouveront dans un Mémoire spécial sur les odontômes, mémoire dont' la rédaction est terminée, et dont la publication suivra de près celle de ce volume.

Je vais maintenant passer en revue les principales variétés d'odontômes en suivant l'ordre indiqué sur le tableau de la page 300.

§ 1. — Odontômes embryoplastiqur s.

Ces tumeurs ont été décrites sous le nom de corps fibreux ou fibfvcelbUaires des mâchoires^ par Dupuytren, qui les a comparées aux corps fibreux de l'utérus. Elles présentent, sous le rapport de leur densité, de leur couleur, de leur vascularité, des variations considérables, mais l'étude microscopique montre qu'en définitive leur tissu est toujours constitué par l'agencement ou par l'évolution des éléments embryoplastiques du bulbe dentaire.

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Les unes, et ce sont en général les plus molles et les plus vasculaires, sont formées principalement, ou même exclusivement de noyaux fibroplastiques, de corps fusiformes et d'une petite quantité de flbres fibroplastiques. D'autres renferment en outre une forte proportion de fibres de tissu conjonctif ou fibreux. D'autres enfin sont entièrement ou presque entièrement fibreuses. Ces dernières sont très-dures, blanchâtres ou grisâtres, et c'est à peine si l'on y aperçoit çà et là quelques vaisseaux très-déliés.

Ces caractères et ces transitions sont précisément ceux que l'on observe dans la série des fibromes et des fibroïdes, et qui seront décrits dans la suite de cet ouvrage. Il importe toutefois de distinguer les odontômes embryoplastiques des autres productions accidentelles fibreuses ou fibroplastiques, attendu qu'ils ne sont pas autogènes. Ils sont de la nature des hypertrophies et non de la nature des pseudoplasmes. Ils ont la même structure élémentaire que les fibromes ou les fibroïdes parce que, à l'époque où ils débutent, les bulbes dentaires possèdent en fait la structure des fibroïdes, et en puissance celle des fibromes ; mais ils sont le résultat d*un troable de nutrition beaucoup moins grave que celui qui fait naître un tissu anormal dans un lieu anormal, et la clinique, s'accordant de tout point avec la physiologie pathologique, nous montre, en effet, qu'ils ne se comportent jamais à la manière des tumeurs plus ou moins entachées de malignité.

Les odontômes embryoplastiques peuvent âtre ramenés à deux sous-variétés principales, que nous désignerons sous les noms d'o* dontômes fibroplastiques et dodontàmes fibreux. Cette division correspond assez bien à celle qu'admettait Dupuytren. Il appelait eorp* fibreux des mâchoires nos odontômes fibreux, et corps fibro-cellukvm des mâchoires nos odontômes fibroplastiques.

II est probable que toutes ces tumeurs, à l'époque de leur début, bont exclusivement fibroplastiques comme le tissu du bulbe luimême. On n'a pas oublié que, dans le développement normal, une partie des éléments du bulbe passent à l'état de tissu conjonctif ou fibreux. Suivant que le travail d'hypergénèse est plus ou moins précoce, plus ou moins actif, et qu'il modifie plus ou moins les propriétés du tissu bulbaire, les éléments fibroplastiques en excès peuvent perdre, conserver ou exagérer leur tendance naturelle à l'évolution fibreuse : ainsi s'expliquent les variations de structure des odontômes embryoplastiques.

Nous avons dit, en parlant des odontômes en général, que ces tumeurs sont enkystées dans un sac fibreux qu'elles remplissent

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entièremenl, et auquel elles n'adhèrent cependant que par une base plus ou moins large. Cette règle souffre ici quelques exceptions. Les odontômes fibreux peuvent à la longue contracter, dans toute leur étendue, des adhérences solides avec là paroi du kyste, et finir même par se fusionner presque entièrement avec elle. Les tumeurs 'qui présentent ce caractère sont en général anciennes et volumineuses, mais sont d'ailleurs tout à fait semblables aux odontdmes nettement enkystés, dont l'origine folliculaire est évidente.

D'un autre côté, les odontômes Qbroplastiques peuvent ne remplir qu'incomplètement le sac fibreux, dont la partie libre de leur surface est alors séparée par une nappe de liquide. C'est tantôt une sérosité limpide ou sanguinolente, tantôt du sang presque pur, tantôt une sorte de mucus filant avec ou sans cristaux de cholesté* rine , tantôt enfln une substance plus épaisse et jaunâtre, renfermant des cellules épithéliales et des matières grasses, et assez analogue à celle qui remplit certains kystes sébacés. Lorsqu'on pratique en pareil cas une incision sur la paroi du kyste, le contenu de la poche s'écoule et on aperçoit alors l'odontôme , constitué par une masse solide, arrondie, à large base, molle et friable, qui se laisse détacher sans difficulté, soit avec la spatule^ soit môme avec les doigts.

Une tumeur n'est pas nécessairement un odonlôme par cela seul qu'elle est fibreuse ou fibroplastique , et qu'elle occupe la région alvéolaire des mâchoires. Les os maxillaires peuvent, comme tous les autres os qui renferment du tissu spongieux, devenir le siège de productions fibreuses ou fibrpplastiques , étrangères aux organes de la dentition. Mais celles-ci différent de nos odontômes par plusieurs caractères. Elles peuvent débuter à tout âge, tandis que les odontômes embryoplastiques ne se forment que chez les jeunes sujets, avant l'époque où le dernier germe dentaire est parvenu à la période de dentification. Elles ne sont pas enkystées, tandis que les odontômes sont entourés d'un sac fibreux. Ce caractère n'est pas absolu , parce que quelques odontômes fibreux finissent, comme on l'a vu plus haut, par se fusionner avec leur enveloppe membraneuse ; mais il reste alors un autre caractère, tiré de la forme et des connexions de la tumeur. L'odontôme, toujours parfaitement circonscrit, n'a que des rapports de contiguïté avec le tissu osseux environnant, qui lui forme comme un second kyste. Le fibrome né dans le tissu spongieux des mâchoires est au contraire eu continuité, dans une partie notable de son étendue, avec la substance de l'os, et le plus souvent

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même des flbres et des lamelles osseuses de formation nouvelle, résultant de Tossification de la tumeur, la relient étroitement avec le tissu osseux adjacent. Les conséquences de cette disposition sont faciles à prévoir. L'odontôme embryoplaslique se laisse énacléer sans peine ; mais Ténucléation complète des flbrômes et des fibroides autogènes des mâchoires est presque toujours impossible, de sorte que ces tumeurs ne peuvent être entièrement enlevées que par une résection.

§ ?• — Odontâmes odontoplastiqaos.

A répoque oh débutent ces tumeurs, les follicules dentaires renferment déjà les tissus spéciaux qui doivent devenir plus tard les agents de la denlification. Ces tissus odontogéniques, en sliypertropbiant ensemble ou isolément, peuvent perdre sans doute leur propriété d'évolution, mais ils peuvent aussi la conserver en tout ou en partie ; de sorte que les odontômes odontoplastiques ont en général une tendance plus ou moins forte à se dentifier.

Chez rhomme, pendant la période odontoplastique, le follicule dentaire ne renferme que deux organes : Torgane de l'émail, el le bulbe, ou organe de l'ivoire. Ce dernier seul est vasculaire, et s'est dans son tissu que débute toujours le travail d'hypertrophie qui engendre les odontômes. Tous les odontômes odontoplastiques de l'homme sont donc des odontômes bulbaires^ quoique l'organe de l'émail puisse , dans certains cas, jouer un rôle important dans révolution de ces tumeurs.

Mais chez les herbivores pachydermes, outre les deux organes précédents, le follicule dentaire renferme un troisième organe, l'organe du cément, qui est vasculaire comme le bulbe, et qui est susceptible, comme lui, de devenir le siège d'un travail d'bypertro* phie ; il en résulte une variété d'odontômes qui ne s'observe que chez ces animaux et que nous appellerons les odontômes odontoptastiques cémentaires.

Nous aurons donc à étudier successivement deux types d'odontômes odontoplastiques, les bulbaires et les cémentaires. Nous commencerons par ces derniers.

A. — Odontômes odontopiastiquei cémentairts.

Il en existe deux pièces dans le musée de l'École d'AIfort. Une troisième pièce, appartenant à M. Leblanc, s'est malheareusemenl

ODONTOMES ODONTOPLASTIQUES GÉMENTAIRES. 335

égarée , mais les descriptions et les dessins publiés en 1859, par M. Forget, permettent de la rapporter à la variété que nous décrivons ici.

J'ai obtenu Tautorisation de pratiquer une coupe sur Tune des pièces d'AIfort, que j'ai pu ainsi soumettre à l'examen microscopique. Une coupe de la pièce de M. Leblanc a été également étudiée par M. Robin. — C'est avec ces documents, quelque restreints qu'ils soient, que j'essayerai de faire connaître les odontômes odon* plastiques cémentaires.

L'odontôme d'Alfort tient la place de la quatrième molaire de la mâcboire inférieure d'un vieux cheval. Cette tumeur, très-irrégn* Hère dans ses contours, a environ 5 centimètres de diamètre en tous sens (fig. 13). Après avoir dilaté l'alvéole oii elle a pris naissance, elle a fait éruption comme une dent normale, et a pris rang entre la troisième et la cinquième molaire. Solidement flxéedans son alvéole, elle a pu, comme une dent ordinaire, servira la mastication, et sa partie extra-alvéolaire a été profondément usée par les dents correspondantes de la mâchoire supérieure. L'usure est plus profonde sur cette tumeur que sur les dents adjacentes. Gela indique que le tissu de notre odontôme était un peu moins dur que celui d'une dent normale. Si l'on songe, en outre, que Tanimal était vieux, et que l'usure générale des dents est assez avancée, on est. conduit à reconnaître que la tumeur a dû présenter autrefois des dimensions verticales bien supérieures à celles qu'elle présente aujourd'hui.

Cette tumeur remplit entièrement la cavité alvéolaire; pour l'en extraire, il a môme fallu abattre une partie du bord de Talvéole. J'ai constaté alors qu'une cavité irrégulîère, conique, dont l'ouverture, large de près de 2 centimètres, correspond à la face profonde de Todontôme, pénètre dans la masse dentaire jusqu'à une profondeur de plus de 3 centimètres. Cette cavité, maintenant tout à fait vide, a renfermé évidemment dans l'origine une substance molle, plus ou moins analogue à la pulpe dentaire ; mais, la pièce ayant macéré avant d'être desséchée, on ne peut affirmer que la pulpe en question existât encore lorsque le cheval a été sacrifié. Cela est assez probable, toutefois, puisque la tumeur n'a provoqué autour d'elle aucune inflammation, aucun travail éliminatoire. Elle ne s'est pas comportée comme un corps étranger; elle a fonctionné comme une dent normale ; il y a donc lieu de croire que la cavité qu'elle recèle a été remplie, jusqu'au moment de la mort, par une substance molle et vasculaire, jouant le rôle de la pulpe dentaire.

PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.

La coupe, examinée à l'œil nu, présente des marbrures linéaires îrrégulières, sinueuses ; plusieurs marbrures sont à peu près parallèles à la surface correspondante de la tumeur. La plus grande partie de la masse morbide offre une couleur légèrement jaunâtre, sur

laquelle se détachent nettement quelques lignes un peu plus claires, et d'autres lignes d'un blanc d'émail.

Au microscope, on trouve que ces lignes blanches sont constituées les unes par de l'ivoire, les autres par de l'émail. L'émail est un peu plus abondant que l'ivoire; ces deux tissus, distribués sans aucun ordre, sont rarement en contact l'un avec l'autre ; ils sont en quelque sorte noyés dans une masse de tissu cémentaire qui forme,' je le répète, la plus grande partie de la tumeur.

Il serait superflu de prouver qu'il s'agit d'un odontôme. Mais il faut chercher à quelle époque du développement des dents cette tumeur a dilaté. La période embryoplastique était déjà dépassée : la formation -des trois tissus définitifs des dents prouve effectivement que les trois organes générateurs du cément, de l'ivoire et de Témaii, étaient déjà développés.

La période de la formation de la couronne n'était pas encore atteinte, puisque nulle part on ne trouve les tissus dentaires disposés régulièrement comme ils le sont, soit sur une couronne complète, soit sur une simple cuspide.

La tumeur est donc un odontôme de la seconde période, c'està-dire un odontôme odontoplastique.

Quel est maintenant, des trois organes qui existaient dans le follicule dentaire à cette époque, celui qui a été le point de départ de l'odontôme? Il me paraît certain que c'est l'organe du cément. L'hypertrophie de cet organe a eu pour conséquence de gêner le développement des deux autres, probablement même de les faire

Fig. 13.

Odont6me odontoplasiique cémeniaire de la 4* molaire inférieure d'un cbefal.

Coupe verticale antéro-p^stérienre de rodont6me. aoy Teotrée de la cavité de TodontAme. — 6, autre ouTertarr, faisant communiquer avec Textérieur la cavité de TodontÀme. — ce, le fond de celte cavité.

ODONTOMES ODONTOPLASTIQUliS CÉMENTAIRES. 537

atrophier en partie. Il en est résulté, d'une part, que la production ultérieure du cément a été exagérée, d'une autre part, que celle des deux autres tissus a été rendue très-imparfaite et très-irrégulière. L'organe du cément hypertrophié a pour ainsi dire dissocié les deux organes voisins, les a pénétrés par places, s'est interposé entre eux, s'est prolongé même jusqu'au-dessous de la rargéc des cellules dentinaires, et, de la sorte, l'ivoire et l'émail n'ont pu se développer que sous la forme de lignes minces, onduleuses et discontinues, dans les points où les éléments générateurs de ces tissus n'avaient pas encore été détruits.

La tumeur mérite donc d'être appelée un odontôme odontoplastique cémentaire.

Dans ce cas, l'hypertrophie de l'organe du cément n'a fait que (^éner et perturber l'évolution du bulbe proprement dit. Mais on conçoit très-bien que cette hypertrophie puisse aller plus loin encore^ et déterminer l'atrophie complète de l'organe de l'émail et de la couche corticale du bulbe, de manière à rendre tout à fait Impossible la production de l'émail et celle de l'ivoire et à constituer fînalement une tumeur exclusivement cémentaire. Cette variété existe probablement; mais je n*en connais pas encore d'exemple.

On conçoit encore que l'organe du cément puisse se développer ^ous forme de tumeur sans se mettre en communication avec les deux autres organes odonlogènes; et que ceux-ci, simplement refoulés vers le fond du follicule, puissent, quoique gênés dans leur évolution, donner naissance à une dentification plus ou moins régulière. En effet, l'organe du cément reçoit directement ses vaisseaux de la paroi folliculaire et n'affecte que des rapports de contiguïté avec 1 organe de l'émail, qui le sépare de l'organe de l'ivoire; il semble donc possible qu'en s'hypertrophiant, il s'isole de plus en plus des deux autres organes, et que, la dentification une fois terminée, on trouve, dans la môme cavité, dans le même kyste, d'une |)art, une masse cémentaire provenant de l'organe du cément, d une autre part, une dent figurée plus ou moins rudimentaire, provenant à la fois de l'organe de l'émail et de l'organe du cément. Ainsi s'explique, sans doute, la disposition qui existait sur la pièce de M. Leblanc.

11 s'agissait d'un kyste osseux volumineux situé au niveau de

l'une des canines de la mâchoire supérieure d'un cheval. Un abcès

se forma à l'intérieur du kyste, s'ouvrit spontanément dans la

houche, et resta flstuleux. En ouvrant la tumeur après la mort de

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