II
Fig. 18.
Coupe verlicale d*ua odoatôme cémentaire intra-coronaire de notaire enpérieure 4'uo cbe«al. (Mutée d'Atfort.)
Ia4«i
354 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
la couronne^ jusqu'à la surface Irituranle, sous la Ibrmc d'une colonne verticale. On peut déjà reconnaître à l'œil nu que cette colonne verticale est constituée par le cément qui remplit Tun de» cornets dentaires.
Cette pièce remarquable, recueillie en 1857 par M. Mégnin, vétérinaire à l'artillerie de la garde impériale, et donnée par lui à M. Bouley sous le titre de Spina ventosa dentaire, a été mentionnée par ce dernier dans l'article Dents du Nouveau Dictionnaire vétérimire (1). Avant de la décrire, M. Bouley consulta MM. Robin et Magitot, qui, d'après quelques préparations microscopiques partielles, arrivèrent à déterminer dans les termes suivants la succession des phénomènes du développement de la lumeur : u 1» Affec- (( tion organique d'une division de la pulpe dentaire, avec byperc( trophie de l'organe; affection indéterminée faute d'examen aoa- « tomo-palhologique ; 2*^ distension de la cavité de la pulpe par u l'organe hypertrophié ; 3^ troubles dans la production de rivoire « qui, au lieu de se former par couches régulières, s'est déposé « sous forme de stalactites tapissées de cément par l'organe pni- (f ducteur de. cette substance, resté sain. »
Ainsi, d'après MM. Robin et Magitot, il s agirait d'un odontôoïc pulpaire, et non d'un odontôme cémentaire. Mais deux objections capitales s'élèvent contre cette interprétation. D'une part, tout ce que l'on connaît sur la physiologie de l'ivoire et du cément, prouve que ces tissus, une fois formés en couche continue, ne sont pas susceptibles de se prêtera la distension ; on ne peut donc admettre que la pulpe ait pu, en s'hypertrophiant, dilater la cavité rigide et inextensible qui l'entourait. D'une autre part, il est impossible que l'organe du cément, resté sain, ait pu déposer du cément dans la cavité de la pulpe, car, s'il y a un cément appelé intérieur par opposition à celui qui forme la couche extérieure de la couronne, ce cément n'est intérieur qu'en apparence ; il pénètre dans une dépression de la couronne, mais cette dépression est séparée de la cavité dentaire, c*est «Vdire de la pulpe, par une épaisse couche d'émail et d'ivoire. Pour résoudre ces difficultés, j'ai demandé à mon ami cl collègue, M. Bouley, l'autorisation de faire pratiquer par M. Bourgogne fils une tranche microscopique comprenant toute la surface de la coupe. Cette permission m'a été libéralement accordée. J'ai pu constater ainsi : i^ que la tumeur intra-coronaire est exclusive-
(I) Bouley et HcyntilySûuveau Dhlionnaii^ pratique de médecine^ dechiiurgie et iThygiène vétifrinaire.*, t. IV, p. C38. Paris, .185S, in -8*».
ODONTOMES CÉMENTAIRES INTR A-CORONAIRES. 355
ment composée de cément; 2» qu'elle se continue sans interruption avec la colonne cémentaire qui remplit Tun des cornets dentaires ; 3' enfin et surtout qu'elle est partout tapissée d'une couche d'émail parfaitement régulière, qui la sépare entièrement de l'ivoire. Par exemple, si Ton étudie au point c la superposition des couches, on y trouve de dehors en dedans : !• le cément extérieur; 2" l'émail extérieur; 3* l'ivoire; 4*» l'émail intérieur; 5« la masse cémentairo qui constitue la tumeur intra-coronaire.
Ainsi, il n'y pas à en douter, cette tumeur cémentaire s'est déve* loppée dans l'extrémité inférieure du prolongement que l'organe du cément envoyait au fond de l'un des cornets dentaires. Ce fait anatomique est parfaitement établi.
Voici donc de quelle manière cette tumeur s'est produite. La partie supérieure de la couronne était déjà formée ; mais les tubes dentaires d'ivoire et d'émail qui descendent sur les prolongements intérieurs de Torgane du cément n'étaient pas complets, et le cornet n'était pas encore refermé (voy . p. 351, fig, 16), lorsque l'un de ces prolongements a été atteint d'hypertrophie. En haut, du côté de la surface triturante, l'organe du cément, entouré d'un étui inextensible, n'a pu prendre aucune expansion; mais à l'extrémité inférieure, où il n'était séparé de la pulpe que par l'organe de l'émail, mince et molle membrane, et par la couche corticale du bulbe, aucun obstacle ne s'est opposé à son développement, et il s'est accru librement en largeur et en hauteur.
Dans le premier sens, il a dilaté toutes les couches extérieures du bulbe, couches qui, étant encore molles et extensibles, se sont prêtées sans difficulté à cette amplialion en conservant leur continuité, leur structure et leurs propriétés odontogéniques. La C(»uronne a donc pu continuer à s'accroître ; elle s'est prolongoe le long de !a couche corticale dilatée et a dû ainsi s'élargir considérablement au niveau de la tumeur, sur les contours de laquelle elle s*est exactemcn t moulée. Cette coque dentaire une fois formée autour d'elle, la tumeur hyperlrophique a cessé de croître en largeur, mais rien ne l'empêchait de se développer encore en hauteur. Elle ne rencontrait, du côté de la base de la dent, aucune résistance sérieuse. La membà-ane de l'émail et la couche corticale du bulbe, qui la séparaient de la pulpe, ne lui opposaient qu'une barrière illusoire; ces deux couches, comprimées entre la tumeur et la pulpe, se sont atrophiées, et ont disparu, de sorte que la cavité du cornet n'a pu sr refermer, et est restée définitivement en communication avec la cavité de la pulpe. C'est alors que la tumeur e:^l devenue le siège
356 PRINCIPALES VARIÉTÉà d'oDONTOMES.
d'une deDtiQcatioa exclusivement cémentaire. Quant à la pulpe, en perdant sa couche corticale, elle avait perdu sa propriété de dentification; elle est donc restée molle; c'est elle, sans doute, qui remplissait l'excavation large et irrégulière qui est creusée dans la base de la dent.
Une semblable disposition rendait impossible rachëvement de la couronne, et à plus forte raison la formation des racines. La dent n'en a pas moins fait son éruption, et on ne s*en étonnera pas si Ton songe que chez le cheval Téruption s'effectue avant le développement des racines. La dent est donc venue prendre sa place ordinaire, et, comme la partie de couronne qui se montrait à l'extérieur était régulièrement formée, l'arcade dentaire paraissait tout à fait normale. Le cheval vécut ainsi jusqu'à l'âge de huit ans. Mais alors survinrent des accidents de jetage, qui furent attribués à la morve. L'animal fut abattu ; et à l'autopsie on trouva que le jetage était dû à la suppuration du sinus maxillaire, dans lequel la base de la tumeur avait fait irruption, après avoir détruit la cloison osseuse qui séparait le sinus de l'alvéole dilaté. J'extrais ces renseignements d'une note que M. Mégnîn a bien voulu me remettre.
Une autre pièce, déposée par M. Bouley dans le musée d'Alforl, sous le n"" 163 B, fournit un exemple de ces odontômes cémentaires que j'ai appelés mixtes, parce qu'ils occupent à la fois l'extérieur el l'intérieur de la couronne. L'organe du cément s'est hypertrophié en entier presque au début de la période de denti fication, à une époque où la couronne n'était encore constituée que par des euspides isolées. Trois de ces cuspides, parfaitement caractérisées par leur structure et par la disposition régulière de l'émail et de l'ivoire» s'aperçoivent sur la surface supérieure de la tumeur. Une coupe verticale a montré que ces trois cuspides se continuent dans l'épaisseur de la tumeur, sous la forme de colonnes longitudinales où la superposition très-régulière de l'émail et de l'ivoire reproduit exactement la constitution des couronnes dentaires. Mais ces trois colonnes sont isolées et perdues au milieu d'une énorme masse de cément qui les enveloppe et les disjoint. En mesurant la dislance qui sépare les trois cuspides, on trouve qu'elle est cinq ou six fois plus considérable que la largeur du cornet dentaire le plus volumineux. C'est la conséquence de l'hypertrophie de la partie de l'organe du cément qui pénétrait dans le cornet. Cet organe, en se tuméfiant, a refoulé excentriquement les cuspides qui étaient déjà formées, mais qui n'étaient pas encore fusionnées. La partie extracoronaire du cément s'est hypertrophiée en môme temps; il en est
ODONTOMES PULPAIRES DIFFUS, 357
résulté après la dentiûcation une masse cémentaire, partout continue avec elle-même, et au milieu de laquelle sont dispersées les trois parties de la couronne disloquée.
Toutes les pièces sur lesquelles repose la description des odontomes coronaires cémentaires ont été recueillies sur le cheval. El réciproquement, tous les odontômes coronaires du cheval qu'il m'a été possible de me procurer sont cémentaires, à l'exception d'un seul. Je reviendrai plus loin sur cette particularité.
B. — Odontômes coronaires puipaires {ou dentinaires).
J'ai déjà dit que ce sont les seuls odontômes coronaires que l'on puisse observer chez l'homme. Chez les herbivores, ils paraissent plus mres que les odontômes coronaires cémentaires ; j'en connais cependant un exemple chez le cheval.
Il y a lieu de distinguer le cas où toute la pulpe participe à l'hypertrophie, de celui où l'affection, plus limitée, n'occupe qu'une portion restreinte de la surrace de cet organe. Dans le premier cas, l'odonlôme est diff'us, dans le second cas, il est partiel ou drconscrit. Nous décrirons successivement ces deux variétés bien distinctes.
V Odontômes pulpaires diffus. — Au moment où cette tumeur débute, la partie supérieure de la pulpe est entourée d'une coque de dentiue émaillée; mais, entre le bord inférieur de cette coque et le col du follicule dentaire, la surface de la pulpe n'est limitée que par sa couche corticale. Celle-ci, molle et extensible, n'oppose aucun obstacle au développement hypertrophique de la substance pulpaire. L'hypertrophie constitue donc d'abord une tumeur molle et vasculaire, dont la base élargie correspond au col du follicule, et dont le sommet est surmonté d'une portion de couronne bien formée, et même tout à fait normale. Le bord inférieur de cette couronne se continue avec la couche corticale k cellules dentinaîres qui entoure la pulpe hypertrophiée. Par conséquent, lorsque la dentiûcation, interrompue par le travail hypertrophique, reprendra sa marche, elle s'eflectuera dans la couche corticale, en constituant une coque de dentine qui fera suite à la couronne, et se prolongera tout autour de la tumeur. Plus tardi, cette coque, en s'épaississant par la juxtaposition de nouvelles couches de dentine à sa face interne, pourra combler peu à peu d'une manière plus ou moins complète la cavité occupée dans l'origine par la pulpe hypertrophiée.
Toutes les éventualités que nous avons indiquées à l'occasion des
358 piuNcirALES variétés d'odontomes.
udontômes odontoplastiques peuvent se présenter ici. L'organe de rémail, comprimé entre la surface de la Vimeur et la paroi, peut être altéré au point de perdre sa propriété odontoplastique, et alors, après la dentiûcation, on ne trouve aucune trace d*émail dans la tumeur. Mais il peut se faire que cet organe persiste en totalité ou en partie, et que des traînées d'émail puissent ensuite se former, soit à la surface de Todontôme, soit dans les replis, plus ou moins profonds et plus ou moins sinueux, de cette surface rendue informe, irrégulière et anfractueuse, par des végétations plus ou moins volumineuses, plus ou moins nombreuses, et plus ou moinscomparablcs à celles qui, dans les odoutômes odontoplastiques, constituent les bulbes secondaires. Ces végétations peuvent d'ailleursfaire complètement défaut, et la surface de Todontôme présente alors des contours presque réguliers. Ces données sufûront pour faire comprendre la description des deux pièces d'odontômes pulpaires diffus qu'il m'a été permis d'examiner.
L'une de ces pièces, dont l'histoire pathologique est malheureusement tout ù fait inconnue, fait partie de la collection de mon vénéré collègue, M. Oudet. C'est une canine dont la couronne, très avancée dans son développement, et recouverte d'une brillante couche d'émail, se continue inférieurement avec une tumeur globuleuse et creuse, constituée par une coque d'ivoire Fig. 10. sans émail. L'épaisseur de cetle coque est
udootôme coronaire d*uDe ea. f^^i inégale; cu Certains points, elle n'est
unie hiimama (pièce de 11. o ^ r *
Oudet). que d'un demi-millimètre, ailleurs^ elle o
"^rrbttX,!'.*""' «" nioinsS millimètres; enfin, elle présenlc, sur une de ses faces, une large solution de continuité qui n'a point été produite par une fracture, et à travers Liquelle la pulpe intérieure s'implantait sur la paroi du folli* cule. On ne peut savoir dans quel état était cette pulpe, ni si la tumeur était encore en voie de dentification; la dentine aurait peutùlve Uni par combler plus ou moins complètement la cavité pulpaire ; peut-être aussi l'état de cet odontôme était-il devenu définitif. Il est clair, en tout cajs, que la couronne n'aurait pu s'achever, et que la formation de la racine était impossible.
L'autre pièce, déposée depuis plus de 40 ans dans la galerie d'ànatomie comparée du Muséum d'histoire naturelle, salle 4 du 1" étage, n° 1324, a été mentionnée par Etienne Geoffroy-Saint- Hilaire dans son mémoire déjà cité, et figurée par M. Emmanuel
ODONTOMES PULPÂIRES CIRCONSCRITS. 359
Rousseau dans la phinche 26 de son Anatotnie comparée des systèmes dentaires. Cet odonlôme occupe la 4" molaire supérieure d'un cheval de deux ans. Une portion de couronne, qui avait fait son éruption et avait pris rang sur Tarcade dentaire, a été usée en grande partie parla mastication; sa surface triturante, tout à fait semblable à celle des dents voisines, est supportée par une portion de couronne bien norniale, dont la hauteur, autrefois plus considérable, est ré* duitc maintenant à 4 ou 5 millimètres, et qui se continue avec ime masbc dentaire irrégulière, haute d'au moins 6 centimètres, large de 8 à 9 centimètres. Cette masse est constituée par la réunion de deux globes volumineux et d'une douzaine de grosses végétations, pour la plupart digitiformes, dont plusieurs ont au moins 45 millimètres de large sur 4 à 5 centimètres de long. Une coupe, pratiquée depuis 40 ans par M. Rousseau sur l'un des globes principaux, a divisé en môme temps Tune des grandes végétations digitiformes. Celle-ci n'offre aucune cavité ; mciis une cavité irrégulière, en forme de trèfle, occupe le centre de la masse globuleuse, et communique avec l'extérieur par une ouverture assez étroite. Ilctte cavité renfermait la pulpe non encore denliûée. Ses parois, ^dont l'épaisseur varie de I à 2 centimètres, montrent sur leur coupe des traînées blanches, imitant, suivant l'expression de Geoffroy- Saint-Hilaire, la disposition des roches stratifiées.
Je n'ai pas pu pratiquer de coupes microscopiques sur cette tumeur, mais l'examen i\ l'œil nu suffit parraitement pour reconnaître l'existence de traînées d'émail au milieu d'une masse d'ivoire. Y at-il en outre du cément? C'est ce qui reste douteux pour moi; mais il est bien certain qu'il s'agit d'un odontôme pulpaire h, forme végétante et que le cément, s'il y existe, n'y est qu'accessoire. Ici encore^ la formation des racines a été rendue impossible. .Mais je n'en conclurai pas que tous les odontômes pulpaires doivent nécessairement être privés de racines. Celles-ci pouvant, comme on Ta vu, se former exceptionnellement dans les odontômes odontnplastiques, il est probable que la môme exception peut se présenter aussi dans le cas des odontômes pulpaires diffus.
2" Odontômes pulpaires partiels ou circonscrits. Cette affection a été décrite par M. Salter sous le nom de dents verruqueuses (1), Elle s'observe sur des dents qui , ayant d'ailleurs leur forme
( I ) Janics Saltcr, On Wnrhj Tecth^ dans tes Conirihuliùns to Dental Pathology, dans r,tty*s Hospitai Reports.Z* s., vol. IV, p. 576 (Lond.,1858,ln-8«;.— Le mfmc, On Warhj Trr A, dans Transactions r*f the Puthoi, Society of Lomlon, 1855, p. 173 et pi. IX.
PRINCIPALES VARIÉTÉS D ODONTOMES.
normale, leur collet et leurs racines, sont surmontées, sur une partie assez restreinte de la surface de leur couronne, d*une petite tumeur latérale d'apparence verruqueuse. Cette tumeur est tantôt simple, et formée d'une seule masse, tantôt constituée par la réunion d'un grand nombre de petites végétations semblables à des villosités ou à des papilles dcntifiées. Dans ce dernier cas , chaque papille se compose d'une paroi d'ivoire qui est recouverte d'une couche régulière d'émail , et qui circonscrit une petite cavité centrale en communication avec la cavité de la couronne. On trouve également une cavité, simple ou ramifiée, et communiquant avec celle de la deut, au centre desodontômes co; ronaires partiels dont la surface n'est pas recouverte de végétations, La figure 20, que j'emprunte à M. Salter, donnera une idée de la constilution de ces tumeurs. L'odontome, dans ce cas, parai]»sait appartenir à la racine plus qu'à la couronne, ou du moins s'implanter directement sur le collet; mais, la
Coope d*aoe ineisive atleinle d'odonlôme coronaire
circonscrit. A, Bord de Tincisive. BB, le niveau du
collet. C, la racine, DD, rodoutôme.
fl, rémail de la couronne, le proIonge»nt en couche
trèi-mince àlasuif.cederodouiôœe; 6, l'ivoirede r • r •* .t..
la couronne ; cette substance se coutinue avec COUpe UUe lOlS iaite, OU a VU
rodontftme qu'elle constitue presque entièrement; ^^^ ^^ Cavité intérieure COm-
muniquait avec la cavité de la couronne en un pointe/ situé sensiblement au-dessus du collet.
Salter a parfaitement reconnu (i), que les tumeurs verni-
ec, la cavité de la pulpe ; elle se prolonge dans rintérieur de rudoi>t6me, par un conduit, d, qui s'y ramifie ; e, «, cavités irrégulières creusées dansPépaisseur de Podoulôm^, cummuniquant probsblement avec le conduit (/. et logeant de grands îlots de pulpe nondentifiée.
queuses des dents ont leur origine dans la pulpe dentaire. Il était
(1) Trar.sacf. of the Pathol. Society of Lond'M, vol. VI, p. 176.
ODONTOMES PULPAIRES CIRCONSCRITS. 361
loin, cependant, d'en soupçonner la nature. Suivant lui, elles étaient la conséquence, non d'une maladie amenant la déformation de la palpe, mais d'une malformation primitive de cet organe. « Leur 0 formation, dit-il, ne peut être expliquée qu'en supposant l'exis- « tence d'une pulpe aussi verruqueuse et aussi compliquée que la « dent qui lui a succédé. » Et il ajoute que u cette malformation « doit être considérée comme un vice de première formation, viutiumprimœ format ionis. » Ailleurs, il fait remarquer, à l'appui de sa théorie, que la disposition des dents verruqueuses est normale chez le labyrinlhodon pour les plis villeux latéraux, et chez les galéopithèques pour les papilles verticales (i). Je ne pense pas, pour ma part, qu'un vice de conformation primordiale de la pulpe puisse rendre compte de la constitution de la tumeur ; tout s'explique, au contraire, très-bien par Thypertrophie circonscrite de la pulpe pendant la troisième période du développement de la dent. On remarquera d'ailleurs qu'il y a dans la tumeur dcnlifiée plusieurs lacunes irrégulières, logeant des Ilots de pulpe qui avaient» échappé à la dentiûcation, disposition que nous avons déjà eu Toc* casion de constater sur plusieurs autres odontômes. Pour ces divers motifs, je range les tumeurs décrites par M. Salter au nombre des odontûmes. L'affection, étant limitée à une partie très-restreinte de la surface de la pulpe, n'empêche pas le reste de la couronne, de se développer à peu près régulièrement, et dès lors aucun obstacle ne s'oppose à la formation de la racine. La dent peut donc faire son éruption, et servir à la mastication comme une dent normale.
Je rattache à la même variété d'odontômes une tumeur dentaire remarquable dont l'observation a été publiée en 1826 parle dentiste Lemaire. Il s'agit d'une canine supérieure droite dont l'éruption, retardée jusqu'à l'âge de 16 ans, se ût au-dessus du niveau des autres dents. Sur l'un des côtés de la couronne, d'ailleurs bien conformée, existaient trois végétations que Tauteur attribua à la fusion d'autant de germes dentaires surnuméraires, primitivement distincts. Mais jl sufflt de jeter les yeux sur la ligure qui accompagne son observalion pour reconnaître qu'il s'agit d'un odontôme coronaire circonscrit. La tumeur, plus volumineuse que dans le cas de Salter, a troublé la formation de la racine, qui est assez irrégulière, mais qui s'e^t pourtant développée complètement (2).
(1) Gvy's liospitai Beporh, 3»iér., vol. IV, p. 380.
(2) Lemaire. Deux observations fi*anafO¥me pathologique sur tes dents, draw le Uurnal ùe métleaw de Leruui, f. XXXVI, p. JSÎ. — Péri», 1826, in-8«.
362 PaiNCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
§ 4. — OdoDtômes racîiculairos.
Lorsque la couronne est achevée, le bord inférieur de l'ivoire correspond exaclement au col du follicule, qui dépose sur la racine, à mesure qu'elle se forme, une couche régulière de cément.
Les odonlômes nés pendant cette période peuvent donc renfermer à la fois de l'ivoire et du cément; L'un ou Tautre de ces élé* ments peut ôlre prédominant ou môme constituer exclusivement la tumeur. De là deux variétés possibles : les odontômes radicufaires n mentait es, et \csod(mtdmes radiculaires dentinaires.
Quanta l'émail, les conditions qui président à sa formation ont disparu pour toujours. Il ne peut donc pas se produire dans les odontômes radiculaires.
Je ne connais p:is d'exemples d'odontômes radiculaires dentinaires. Cela ne prouve rien contre T'existence de cette variété. Je ferai néanmoins une remarque, c'est que le tissu osseux, dont le cément est composé, se forme aisément et rapidement au milieu des conditions les plus diverses ; tandis que le développement de rivoire, beaucoup plus difûcile, plus lent, et surtout plus spécial, exige le concours d'une rangée de cellules dentinaires, qu'une perturbation relativement légère prive de leur propriété de denti- •fication. Il paraît donc probable que, dans les tumeurs où sont réunies les conditions de la production de l'ivoire et celles de la production du cément, les formations cémentaires auront toutes chances d'être prédominantes. Déjà on a vu que chez le cheval, qui possède un organe spécial du cément, les odontômes coronaires ^o^t habituellement cémentaires. Il y a donc quelque raison de supposer que chez l'homme les odontômes radiculaires doivent affecter de préférence la forme cémentaire.
A l'état normal, le blastème où naît le cément radiculaire, s'organise et s'ohsifie à mesure qu'il se produit, de sorte qu'on ne trouve, entre le col du follicule qui sécrète ce blastème, et la surface radiculaire sur laquelle se dépose le cément, aucune substance concrète, aucun tissu organisé ou en voie d'organisation ; et voilà pourquoi on dit que l'homme n'a pas d'organe du cément. Mais si, par une cause quelconque, la sécrétion du blastème ossiGque est exa- ^'érée^ s'il s'en produit, dans un temps donné, une quantité sapèrieure à celle qui peut, dans le même temps, se fixer et s'ossîQer sur la racine en voie de formation, ce blastème en excès s'accumulera sous forme de tumeur. Un phénomène analogue se produit quelquefois après l'achèvement des racines; mais alors il affecte
ODONTOMES RADICULAIRES. 363
une marche très-lente, la tumeur qui en résulte, et qui est toujours très-petite, fait corps avec la racine qui n'est pas autrement altérée, et dont tous les éléments se retrouvent, parraitement normaux, au-dessous de la formation cémentaire. Celle-ci, étant née graduellement, par dépôts successifs et superposés, affecte une disposition >lratinée comme le cément radiculaire lui-même, et il en résuUe une tumeur qui porte, à bon droit, le nom d*exostose cémentaire. Mais il en est autrement, lorsque la production exagérée du blaslème cémentaire a lieu pendant la formation de la racine. D'une part, elle est beaucoup plus abondante, et, d'une autre part, clic constitue une tumeur qui comprime et déforme la pulpe, de sorte que le développement de la racine se trouve gravement troublé, et que celle-ci est entièrement défigurée et môme dénaturée.
L'existence d'un odontôme radiculaire ne peut évidemment porter aucune atteinte à la constitution de la couronne, qui est déjà l«»rmée. Si la dent a plusieurs racines, il est possible, sans doute, que la tumeur, née sur l'une d'elles, vienne à rencontrer, en s'aciToissant, la base des prolongements pulpaires sur lesquels doivent 2^6 développer les autres racines, et que, dès lors, celles-ci soient plus ou moins déformées. Mais cette conséquence n'est nullement nécessaire, et, sur la seule pièce que j'aie pu étudier, les deux ra« !*ines étrangères à l'odontôme s'étaient développées d'une manière, ^inon tout à fait normale, du moins, presque normale.
Uuoi qu'il en soit, la tumeur, n'occupant que la région des racines/ ne s'oppose pas à l'éruption de la couronne dentaire; elle peut même paraître, à son rang^ sur le bord alvéolaire, après avoir dilaté l'ouverture de l'alvéole, ou plutôt après avoir déterminé l'atrophie et l'absorption de la partie correspondante de l'os maxillaire.
Ou comprendra maintenant, sans difficulté, tous les détails de l'observation suivante.
Un homme de 45 ans (I) vint consulter M. Maisonneuve pour une tumeur gênante et douloureuse qui occupait le côté gauche de la mâchoire intérieure, et faisait principalement saillie dans l'intérieur de la bouche. » A la petite extrémité de l'ovoïde représenté « par la tumeur, se voyait une dent cariée dont la couronne, in- « complètement détruite, était en grande partie masquée par la • proéminence de la gencive que soulevait le produit morbide.
f I II est dit, d;.ns le» BulHUs data Société de chirurgie, l'»sér. t. VI, p. 50, que le Mijpi éiAii vn jeune homme. Mnis M. Forget, à qui M. Mai^OiUieuTe a communiqué i'ubsrrvaiion, dit q*jc le bujet avait 4a aas.
PRINCIPALES VARIÉTÉS D ODONTOMES.
« Avant d'attaquer cette tumeur, M. Maisonncuve engagea son maa lade à se faire extraire la dent cariée, pensant ouvrir ainsi une (( voie qui permettrait de mieux explorer et d'aborder plus facile- « ment le produit enkysté. — Cette opération préliminaire, qui fui « pratiquée par M. Devillemur, dentiste, eut un résultat inatteuda (( et définiiif, car la dent, et avec elle la tumeur qui y était annexée, « furent enlevées du même coup, n
M. Maisonneuve présenta la pièce à la Société de chirurgie le 11 juillet 1855, comme un exemple « de véritable exostose de la substance dentaire », et la déposa da«s le musée Dupuytren, sous le n* 384 B. — M. Forget désirant connaître la structure de celle tumeur, pria MM. Robin et Magitot de l'examiner au microscope. Une tranche microscopique pratiquée par ces messieurs, et conservée par M. Magilot, qui a bien voulu me la prêter, montra que la masse morbide étaitpresqueexclusivement composée de cément.M. Forget supposa, d'après cela, qu'il s'agissait d'une tumeur intra-maxiliair^ soudée à une dent molaire voisine, et annonça dans le texte de l'observation que la coupe, pratiquée suivant l'axe de la dent, permettait de constater la ligne d'intersection entre elle et la racine dentaire; mais le dessin ci-contre prouve au contraire que la racine Ikisait partie intégrante de la tumeur. Ce dessin, copié sur une tranche
très-amincie où les tissus dentaires, vus par transparence, se distinguent les uns des autres par des aspects très-caractéristiques, montre que la dent malade est une dent à trois racines; deuxd'entreellesjparfaitement dessinées, sont presque normales, à cela près qu'elles sont trop courtes eu égard au volume de la dent, et trop massives eu égard à leur longueur. La troisième, sur laquelle s'est développé Todontôme, est au contraire trèsdéformée ; elle se prolonge en se recourbant au-dessous de la tumeur, et se termine en rf, où elle se renfle en forme de cor de chasse. Du reste elle offre exactement la structure des deux autres racines, c'est-à-dire qu'elle estconstituéepar une masse d'ivoire tout
FIg. 21.
Oilonlôme radiculaire d'uua molaire huuuineCpièce d« M. MaitonoeuTe) . — a, let restes de la couronne qui est profoudémeot entamée p«r la carie.— %, b, deux raci net, courtes et massiTCt, mail ayant d'ailleurs la ktrueture normale. — cf, la troitiime racine faisant corps avec la tumeur céro«nlaire et fe prolongeant audessous d'elle. — ee, rodool6me cémentaire présentant des csTilés centrales irrégulières.
ODONTOMES COMPOSÉS. 365
à fail normal, revêtue, sur sa face libre ou convexe, d'une mince écorce de cément non moins normal. Par sa face profonde ou concave et par son extrémité, elle adhère d'une manière intime à la production accidentelle, qui est purement cémentaire ; mais le tissu osseux qui constitue cette masse morbide n'afifecte pas la disposition du cément ordinaire. Elle n'est nullement stratifiée ; on y trouve un grand nombre de canalicules osseux à directions trèsirrégulières ;cnfin on aperçoitsur la coupe plusieurs grandes lacunes correspondant à des cavités creusées dans l'épaisseur de la tumeur, et privées de parois propres. Tous ces caractères indiquent qu'il s'agit d'une tumeur primitivement molle et vasculaire, qui, après avoir acquis tout son volume, après avoir déformé et étalé le prolongement de pulpe destiné à fournir l'une des racines de la dent, s'est irrégulièrement et incomplètement transformée en cément, pendant que la pulpe refoulée à sa surface produisait audessous d'elle la masse d'ivoire qui représente la racine proprement dite.
§ 5. — OdoQ tomes composés.
Tous les odontômes peuvent évidemment rentrer dans l'un ou 1 autre des quatre groupes qui précèdent ; tous en effet débutent nécessairement à une certaine époque de l'évolution des follicules dentaires, et doivent, dès lors, trouver leur place dans une division basée sur l'époque de leur début. Mais il y a des cas où la complexité des lésions laisse planer des doutes sur le mode de dévelopliemenl des odontômes. Ces cas sont très-rares, puisque jusqu'ici je n'en connais qu'un seul ; lorsqu'on en aura constaté plusieurs^ il sera possible, selon toute probabilité, de les expliquer les uns par les autres: jusque-là il y aurait peut-être quelque inconvénient à les rapprocher des cas plus simples que nous venons de décrire.
Il serait superflu, sans doute, d'exposer ici dans tous ses détails l'observation de l'odontôme que je crois devoir désigner provisoirement sous le nom d'odontôme composé. Elle a d'ailleurs été publiée par M. Robin et par M. Forget, qui a donné en outre une belle planche oîi sont représentées la pièce et les particularités les plus frappantes de sa structure (1). Voici le résumé de ce fait sin-
(I) Robin, Bulletin de TAcad, impéi\ de médecine^ t XXIV, p. 1205, et Mémoires de la Sjciélé de biologie^ 1863, 3« série, t. IV, p. 21G. — Am. Forgot, Étude histologique d'une tumeur fibreuie non décrite de la mâchoire in/érieute, Paris, 1861, brodiure, in-4» avec une pi. Voy. aussi Bull, delà Soc. de chirurgie^ !'• scrie,t. X, p. GO.
266 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
gulier. Un enfant de 12 ans fut présenté, en 1858, à M. Letcnneur, de Nantes, qui constata l'existence d'une tumeur déjà volumineuse de la moitié droite du maxillaire inférieur, tumeur dont le début avait eu lieu 15 mois auparavant. La dent canine et la première molaire temporaires étaient en place; aucune autre dent n'apparaissait au delà de cette dernière. Le diagnostic ayant paru douteux, M. Letenneur invita les parents à lui ramener l'enfant de temps à autre, mais on ne le lui présenta de nouveau qu'au bout d'un an. La tumeur avait acquis le volume du poing. A ^ partie antérieure, on apercevait la canine et les premières petites molaires permanentes, qui, bien que déviées, perforaient déjà la muqueuse pour faire leur éruption. (La première petite molaire temporaire, dont l'existence avait été constatée l'année précédente, était tombée depuis.) Aucune autre dent ne surmontait la tumeur ; en d*aulres termes, on n'apercevait ni la seconde petite molaire, ni les deux premières grosses molaires, dont l'érnptiou ne s'était pas cffecluée. M. Letenneur diagnostiqua une tumeur fibreuse du maxillaire inférieur, et résolut d'en pratiquer Ténucléation. Il excisa une partie de la coque osseuse, mais la tumeur était si volumineuse, qu'il ne put l'extraire, qu'après l'avoir divisée en trois fragments (I). Du reste, Ténucléation fut parfaite. Deux mois après, l'enfant, déjà guéri, pouvait mâcher ses aliments sans aucune gêne. J'ai écrit à M. Letenneur, pour connaitie la suite de l'observation. Il m'a répondu que son jeune opéré ctnit mort de méningite aiguë, cinq ans après l'opération, sans avoir présenté la moindre apparence de récidive.
La tumeur envoyée à M. Forget a été présentée à la Société de chirurgie, et étudiée au microscope par M. Ilobin. Elle était surmontée de bosselures volumineuses que séparaient des sillons pn»fonds. Elle était constituée, dans la plus grande partie de sa masse, par un tissu d'apparence fibreuse ou fibroïde, où Ton trouvait, au milieu d'une trame abondante de tissu fibreux, un grand nombre de noyaux libroplasliques ovoïdes, tout à fait pareils à ceux de la pulpe dentaire. M. Robin n'hésita donc pas à considérer la tuuuMir comme la conséquence d'une hypertrophie de celle pulpe.
Près de la base de la tumeur, et occupant une situation superticiclle,exislaientbonnombredepetites masses plusoumoinsconique^. plus longues que larges, principalement fibreuses, mais présentant des points de consistance osseuse, et offrant toute Tapparence df
(1) M. Forgi'fc a rapproche ces trois fragmcuts pour faire dcssiiuT la tumeur a>m :-e une seule pièce.
ODONTOMES COMPOSÉS. 367
dents avortées. M. Forgct en a indiqué quatre dans l'explication de sa planche, et on en aperçoit au moins cinq ou six sur la figure. Jusqu'ici la description ne diffère pas de celle des odontômes odontoplastiques en voie de dentification; mais en disséquant la tumeur on y trouve trois dents molaires enkystées dans autant de cavités distinctes. L'une d'elles était parfaitement formée et complètement développée, et pouvait passer pour normale quoique son volume fût peut-être un peu exagéré. La seconde, située en avant, était une bicuspide complètement formée. La troisième, située audessous de la seconde, était encore une bicuspide; sa couronne était assez bien formée, mais elle n'avait pas de racine, et sa cavité s'ouvrait largement à l'extérieur. Enfin, des incisions plus profondes mirent à découvert deux tumeurs singulières, d'apparence osseuse, plus grosses que le bout du doigt,et enkystées dans deux cavités distinctes. La première présentait à sa base une masse dure et même compacte, constituée par du tissu osseux véritable ; l'exilémité opposée supportait plusieurs touffes de tissu fibreux qui pénétraient profondément dans la masse osseuse. La seconde tumeur présentait également à sa base une masse de tissu osseux, mais de Tautre extrémité émergeait une couronne dentaire parfaitement dessinée, et une coupe montra que cette dent était-pourvue d'une racine unique, complète, bien formée, et longue de plu3 d'unoontimètre, qui s'implantait dans la masse osseuse comme une dent s'implante dans son alvéole. Cette dent est désignée dans le texte de M. Forget, p. 13, sous le nom d'incisive, et sous le nom de petite molaire dans l'explication de la planche, p. 24. Cette légère contradiction laisse voir qu'elle ne présentait pas une forme très-caractéristique. Il y a enfin une particularité que M. Forget n a pas signalée, mais qui est parfailement évidente sur la figure : c'ci^t Texistence de deux cavités très-circonscrites quoique peu régulières, au milieu de la masse osseuse, en dehors de la racine de la dent; elles renfermaient du tissu fibreux; ce n'étaient peut être que des follicules dentaires éloulfés dans leur développement.
Ces deux tumeurs à base osiseusc étaient évidemment de môme nature. La seconde supportait une dent, et provenait par conséquent d'un follicule dentaire; la première, quoique dépourvue de dent, avait certainement la môme origine. En y ajoutant les trois dents précédemment décrites, cela faisait déjà cinq follicules dentaires englobés dans la tumeur principale. Celle-ci provenait d'un sixième follicule; enfin la première petite molaire temporaire, dont réniption avait été normale, avait été remplacée avant l'opéritiou
368 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
par la première petite molaire permanente, qui était indépendante de la tumeur. Cela porte à huit le nombre des follicules dentaires développés dans la région molaire, où les deux dentitions réunies ne fournissent normalement que sept follicules. 11 y avait donc au moins un follicule surnuméraire. Voilà un premier point tout à fait insolite. Nous avons parlé jusqu'ici des bulbes surnuméraires des odontômes, mais nous n'avons pas encore signalé la formation de follicules surnuméraires. Nous venons de démontrer qu'il y en avait au moins un; mais tout permet de croire qu'en réalité il y en avait au moins deux, représentés par les deux masses osléo-dcntairesou ostéo-flbreuses précédemment décrites.
Or, ces deux follicules surnuméraires n'avaient pas produit seulement les tissus fibreux ou dentaires qui se développent pendant l'évolution des bulbes. Une masse osseuse, compacte, dont l'étude microscopique n'a malheureusement pas été faite, mais qui me parait pouvoir être considérée comme une formation cémentaire,s*était développée au fond de chacun de ces follicules. J'ai lieu de croire que ce cément avait été produit par la base des follicules qui est, comme on sait, chez l'homme, l'agent exclusif de la formation du cément.
Je suis donc disposé à interpréter ce fait de la manière suivante : V Vn odontôme odontoplastique, avec formation de bulbes secondaires multiples, a pris naissance dans le follicule de l'une des dénis molaires, probablement de la seconde molaire permanente. Plusieurs des bulbes secondaires de cet odontôme étaient en voie de dentiûcation, lorsque l'opération a été pratiquée.
2** La tumeur, en s'accroissant, a détruit les cloisons alvéolaires qui la séparaient des follicules voisins, et a englobé ces follicules; de là les trois dents molaires qui étaient enkystées vers la partie antérieure de la tumeur, et qui représentent la seconde bicuspide temporaire, la seconde bicuspide permanente incomplètement développée, et la première grosse molaire.
d"" Enfin deux follicules dentaires surnuméraires se sont déve* loppés dans l'épaisseur de la tumeur, etontproduil chacun un bulbe dentaire entouré d'une masse de cément. Il en est résulté deux petites tumeurs qui étaient isolées au milieu de la tumeur principale, et que je considère comme constituant une variété toute spéciale, et jusqu'ici sans analogue^ d'odontfrmes cémcntaires.
M. Forgct a interprété tout autrement ces deux tumeurs isolées; il les a considérées comme provenant de deux alvéoles normaux, d'abord hypcrostosés, puis séquestrés, et devenus libres au sein
ODONTOMES HÉTÉftOtOPIQUES. 369
delà tumeur principale (1); mais d'une part, la paroi osseuse des alvéoles ne constitue pas un organe séparable ; et d'une autre part, il suffit de compter, comme ncus l'avons fait, les dents qui se sont plus ou moins régulièrement formées dans la région molaire, pour reconnaître qu'il s'e&t développé au moins un et probablement deux follicules surnuméraires : on va voir en outre que les follieules surnuméraires sont exposés bien plus encore que les follicules normaux, à devenir le siège du travail d'bypergénèse qui produit les odontômes.
§ 6. — Odontômes bétérotopiques.
Je désigne sous ce nom les odonlômes développés dans des follicules dentaires surnuméraires. Ceux-ci occupent tantôt la région maxillaire, et tantôt une région plus ou moins éloignée des mâchoires. Dans l'un et l'autre cas, ils sont dus à un travail hétérotopique ; car ce qui constitue l'hétérotopie, ce n'est pas la distance plus ou moins grande qui sépare le tissu ou l'organe nouveau des parties semblables qui rentrent dans le plan normal de l'économie : c'est l'absence de continuité entre la production accidentelle et les parties normales dont elle reproduit la structure (2). Une dent surnuméraire qui se développe dans les mâchoires à quelques millimètres des autres dents, est hétérotopique au même titre que celle qui nait sur l'os temporal, à cela près que l'écart de formation est plus considérable dans le second cas que dans le premier.
Chez l'homme, les dents surnuméraires (qu'on ne doit pas confondre avec les kystes dentaires, dits fœtaux) ne se développent guère que dans les mâchoires ; je dirais môme qu'elles ne se développent jamais ailleurs, si je m'en rapportais aux faits qui me sont connus. Mais, chez les animaux herbivores, il n'est pas extrêmement rare de les rencontrer dans d'autres parties de la tête ; elles affectent d'ailleurs, ordinairement, des relations assez étroites avec le squelette, dans lequel elles sont quelquefois très-solidement implantées. Leur siège presque constant est la région de l'os temporal et les parties adjacentes du parié tal,de l'occipital et du sphénoïde. On en a vu, toutefois, qui adhéraient non au squelette, mais au cartilage scutiformc, qui fait partie de la base de la copque de l'oreille. Elles sont en général uniques, cependant il en existait deux, par- Ci) Forget, Étwie histologiquê d'une tumeur fibreuie^ etc. Paris, 1804, iiH*, p. 16, {i) Voy. plus haut, t. I, p. 101 et patsim diins le mdme cliapitre.
JI. ti
370 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDOMTOMES.
failement symétriques, chez le cheval dont MM. Robin et Georges Félizet ont publié Tobservation. Il y avait, dans ce cas, une autre circonstance remarquable et insolite : c'est que la production osseuse dans laquelle s'implantait la dent surnuméraire droite, renfermait dans son épaisseur deux autres petites masses dentaires, entièrement incluses dans le tissu osseux et sans communication avec l'alvéole de la grosse dent. Il y avait donc en réalité, de ce c6télà, trois follicules dentaires surnuméraires, dans une masse osseuse qui représentait comme une petite mâchoire (i).
Les dents surnuméraires de l'homme, par cela même qu'elles occupent la région de la mâchoire, ten dent en général à faireleur éruption, et la font quelquefois sans aucun accident. Mais les dents temporales ou péri-temporales des herbivores ne peuvent se comporter de la même manière ; en soulevant le*s parties mdlles, elles forment une tumeur plus ou moins volumineuse, qu'accroît encore l'induration inflammatoire des tissus adjacents. Plus elles grandissent, plus la tension et l'inflammation augmentent ; enfin il se forme un abcès et il reste une fistule .
Ces dents surnuméraires des herbivores peuvent avoir une cobformation presque normale. Dans le cas de MM. Robin et Félizet, la dent principale du côté droit avait l'apparence d'une molaire, mais la structure d'une incisive. On y trouvait une racine qui était encore en voie d'accroissement, et une couronne poun^ue d'un cornet dentaire plein de cément, avec un émail central et un émail d'encadrement. L'animal était un cheval de 18 mois. Dans le cas de Mage-Grouillé, un abcès s'étant formé, chez une poulichede trois ans et demi, entre l'oreille gauche et la salière, on pratiqua une incision qui mita nu une dent molaire solidement implantée dans l'os. Cette dent fut arrachée ; elle avait 6 centimètres de long, et 9 de circonférence ; (( on y distinguait parfaitement l'émail, la couronne et les cannelures (2). » Dans un cas cité par Berger-Perrière, il survint, chez un agneau, un abcès qui s'ouvrit dans l'oreille droite, et resta ûstuleux. A travers cette ouverture, on fit l'extraction d'une dent incisive caduque parfaitement conformée (3).
On voit que les dents surnuméraires peuvent se développer d'une manière à peu près régulière, et représenter assez exactement la
(1) Robin et Georges, Comptes rendus de ia Soc dehiolog., 1863. p. 167 (sér.lll,t. V).
(2) Fromage de Feagré, Correspotulance sur les animaux domestiques, 1811, t. IV, p. 267, citévpar Goul»uz dans Recueil de médecine vétérinaire, t. XXXI, p. 73. Paris, I8S4, in-8«.
(3) Berger-Pierrère, AecMiV de méd, vétérinaire, 1835, t. XII, p. 586.
ODONTOMBS HÉTÉROTOPIQUES. 371
stmctare et la forme de telle ou telle dent normale. Mais leurs follicules ont une tendance marquée à subir un développement hypertrophique, et à produire, au lieu de dents bien conformées, de véritables odontdmes, que je décrirai sous le nom d'odont6mes hétérotopiques. J'ai lieu de croire que chez Tbomme cette évoluiion est très-exceptionnelle, car je n'en connais qu'un seul exemple, quoique les sur-dents ne soient pas extrêmement rares; mais les ' follicules dentaires extra-maxillaires des berbivores, si je puis m'en rapporter aux observations publiées, produisent bien plus souvent des odontômes que des dents figurées.
Le fait observé chez l'homme a été publié par M. James Salter, dans un travail que j'ai déjà cité (i). Chez un gentleman de 35 ans, qui éprouvait une très-vi,ve douleur à l'angle de la mâchoire droite, M. Salter trouva, derrière la dent de sagesse^ une petite masse irrégulière, d'apparence osseuse, qui perçait la gencive. II l'enleva aisément, croyant extraire un séquestre; mais c'était une petite masse dentaire à peu près ronde, où l'on ne distinguait ni racine ni couronne, et dont la face superficielle était hérissée d'un très-grand nombre de petites végétations, trte-irrégulières et très-inégales en volume, sortes de papilles plus ou moins digitiformes, parfaitement blanches et couvertes d'émail. M. Salter considéra cette pièce comme une dent verruqueuse^ sans la distinguer de celles que j'ai décrites sous le nom d' odontômes coronaires partieb. Mais l'absence de toute couronne ou partie de couronne prouve qu'il s'agissait, en réalité, d'unodontôme odontoplastique dentifié, développé dans un fournie surnuméraire. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que, quelque temps après, une seconde masse dentaire, exactement pareille à la précédente, se fit jour à travers la gencive, et prit la place de la première : c'était un second follicule surnuméraire développé en odontôme odontoplastique comme le premier. Ces deux tumeurs, la seconde certainement, et probablement aussi la première, se sont développées longtemps après l'éruption de la dent de sagesse, c'est-à-dire longtemps après la limite que nous avons assignée au début le plus tardif des odontômes. Mais cette limite n'est évidemment applicable qu'aux odontômes des follicules normaux, puisque les follicules surnuméraires peuvent se former jusque dans l'âge adulte. Maintenant, il n'est pas étonnant que les germes dentaires qui naissent ainsi après la fin de la croissance,
(1)J. Salter, Coji/rt^tt^îofi (o Dental PathoioçyàêMGuy's Boipital RÊporU^ lér. lU, TOt IV, 1868, p. 379, et pi. I, flg. 3 et 4.
372 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
aient uiie évolation moins active que les autres, et que les odon* tomes dont ils deviennent le siège puissent se restreindre à un très-petit volume. C'est pour cela, stftis doute, que les deux odontômes du sujet observé par M. Salter, étaient moins gros que la plus petite dent molaire, tandis que les odontômes odontoplastiques des follicules normaux sont toujours bien plus volumineux ' que les dents dont ils tiennent la place.
Les odontômes des follicules surnuméraires de la région temporale des herbivores peuvent au contraire acquérir un volume considérable. Leur évolution et leurs caractères anatomiques ne diSferent pas essentiellement de ceux des odontômes maxillaires. Tantôt ils débutent pendant la période coronaire, et alors ils revêtent plus ou moins, dans une partie variable de leur étendue, la forme d'une dent figurée ; tantôt ils naissent avant la formation de la couronne, pendant la période odontoplastique, et alors ils constituent, après dentification, des masses informes, oti l'émail, le cément et Tivoîre sont départis de la façon la plus irrégulière, comme cela a lieu dans les odontômes odontoplàstiques des mômes animaux.
Comme exemple d*odontôme coronaire hétérotopique, je citerai un cas de M. Martin. Ce vétérinaire constata sur une pouliche l'existence d'une tumeur du volume d'un œuf de diude, qui occupait la région temporale gauche, à égale distance de l'œil et de l'oreille, et dont le début remontait à 45 mois. Une fistule qui aboutissait à l'oreille fut incisée, et H. Martin mit à découvert une masse ossiforme qui adhérait fortement au pariétal, et qu'il arracha avec des Irichoises. Cette tumeur singulière, qui offrait quelque ressemblance avec une molaire, présentait à sa surface des trous qui renfermaient, au moment de l'opération, une matière gélatineuse. M. Martin diagnostiqua une tumeur produite par l'ossification du cartilage scutiforme de Toreille. M. Reynal, analysant l'observation, contesta ce diagnostic, et pensa, avec raison, qu'il s'agissail d'une dent molaire développée dans l'épaisseur du pariétal. Hais il est clair que cette dent devait être singulièrement monstrueuse, puis* que l'auteur de l'observation l'avait prise pour une production osseuse. Du rapprochement des deux diagnostics, il résulte pour moi que la tumeur, dont le volume excédait d'ailleurs de beaucoup celui de la plus grosse des molaires, était un odontôme coronaire développé dans un follicule surnuméraire (i).
(1} Voy. robserYatlon analjrsée par Bf. Rcynal, dans Rçcueii de médeemt vét/nnatre, mai 1853, p. 360»
0D0NTOM£S HÉTÉROTOPIQUES. 373
M. Goubaux cite sommairement un fait analogue observé par H. Gurit, de Berlin (i).
L'adhérence de Todontôme avec le pariétal était considérable dans le cas de M. Mavtin; elle Tétait bien plus encore dans un cas observé en 1848 par M. Goubaux, et publié par lui, en 18S4, dans son important mémcfire sur les Aberrations dentaires des animaux domestiques (2); En ouvrant le crâne d'un cheval, M. Goubaux trouva du côté gauche, dans Tèpaisseur de la partie postérieure du sphénoïde, et an niveau de la suture ocoîpito-temporale, deux tumeurs étranges qui sont déposées aujourd'hui dans le musée d'Alfort. La première, irrégulièrement cylindrique, épaisse de 36 milli* mètres, longue de 51, faisait une forte saillie dans l'intérieur du crâne. La seconde, sphéroïdale, de 45 millimètres de diamètre, faisait au contraire saillie en dehors, en soulevant une mince lame osseuse papyracée qui la séparait du péricrâne. Une coupe prati* quée à grand'peine sur ceUe dernière tumeur montra qu'elle se composait d'une masse d'ivoire, au milieu de laquelle se dessinaient des rubans d'émail. Une tranche détachée pour l'étude microscopique, et étudiée par M. Goubaux, avec le concours de MM. Mandl et Oudet, permit de constater d'une manière irrécusable l'existence de l'ivoire et celle de l'émail. Cela nous suffirait déjà pour affirmer qu'il s'agit d'un odontôme; mais M. Goubaux n'ayant pratiqué qu'une coupe partielle, et n'ayant pu étudier ainsi qu'un segment détaché de la tumeur la plus extérieure, la description de la lésion restait incomplète; et je ne saurais trop remercier M. Nicolet, conservateur du musée d'Alfort, qui a bien voulu, avec l'assentiment de MM. les professeurs Goubaux et Bouley, m'autoriser à compléter l'étude de cet odontôme, et à pratiquer une coupe d'ensemble qui a divisé à la fois les deux tumeurs principales. J'ai reconnu ainsi qu'il existe dans la région comprise entre le sphénoïde et l'occipital, non pas deux, mais quatre tumeurs distinctes, contiguès les unes aux autres en certains points, et séparées en d'autres points par des lamelles osseuses papyracées, qui émanent des os du crâne, et qui forment autour d'elles des kystes osseux incomplets. Deux d'entre elles présentent une légère mobilité. Trois d'entre elles se composent à la fois d'émail, d'ivoire et de cément, dont j'ai cons* taté l'existence sur des tranches microscopiques, et qui d'ailleurs se reconnaissent à Tœil nu sur la surface des coupes. La quatrième
(l)Gttrlt, t6itf., 18S4,p. 76.
(?) Goubavx, Becueil de médecine vétérinaire^ ISSI^t. XXXI, p. 71.
374 PRINCIPALES VARIÉTÉS d'oDONTOMES.
est exclusivement cémentaire an niveau de la coupe, mais il est probable que dans d'autres points elle renfermeaussi les deux autres tissus dentaires. Quoi qu'il en soit, il me parait certain que cette lésion compliquée est constituée par la réunion de quatre odontomes développés dans quatre follicules dentaires surnuméraires. Ces odontômes hétérotopiques renferment leS trois tissus dentaires^ mais ne présentent nulle part la forme de couronnes figurées, et doivent être par conséquent rangés au nombre des odontômes odontoplastiques. Quant à la multiplicité des follicules surnuméraire» qui ont été simultanément le siège du travail d'hypergénèse dentaire, elle n'a rien qui doive nous surprendre, puisque nous avons vu, dans l'observation de MM. Robin et Félizet, trois de ces follicules très-rapprochés les uns des autres et rendus incontestables par les trois dents figurées qu'ils avaient produites.