‹ Traité des tumeurs (volume 2)Chapitre 94 sur 103 · TRA1T£M£NT. — COMPRESSION · texte numérisé non relu

TRA1T£M£NT. — COMPRESSION

nient est de peu de poids, si on le met en balance avec une opération dont les suites peuvent devenir fort graves.

J'ai essayé deux ou trois fois d'éviter à mes malades cette g^ne des premiers jours, en appliquant d'abord sur la glande, au lieu des rondelles d'agaric dont je me sers ordinairement^ une pelote à air en caoutchouc vulcanisé. Mais c'a été en pure perte, et la résolution n'a commencé à s'effectuer que lorsque je me suis servi d'une pelote plus ferme. Les pelotes à air et les bandages peu serrés conviennent au contraire parfaitement pour terminer la cure, lorsque la résolution est déjà avancée. Si Ton devait continuer l'application du bandage serré jusqu'à complète résolution, il faudrait, dans beaucoup de cas, prolonger pendant plusieurs mois ce traitement pénible; or, peu de malades consentiraient à se soumettre aussi longtemps à une constriction aussi forte. D'un autre côté, lorsqu'on supprime tout d'un coup le bandage avant la guérison, il arrive quelquefois que la tumeur s'accroît notablement en peu de 'jours. Il faut donc diminuer graduellement la compression. J'ai l'habitude d'appliquer d'abord, pendant les deux ou trois premiers jours, un bandage médiocrement serré ; puis un second bandage plus serré que je laisse en place pendant une semaine ; quelquefois, j'augmente encore la constriction au bout de ce temps ; mais, dès que la tumeur est réduite environ de moitié, je serre un peu moins les bandes. Quelquefois la résolution est complète au bout de quatre à cinq ^emàines, mais le plus souvent il reste encore un noyau d'induration représentant par exemple le quart du volume primitif de la tumeur. C'est alors que l'emploi de la pelote à air est indiqué. Je me sers pour cela d'une pelote que M. Galante a construite spécialement pour maintenir certaines hernies ombilicales ou abdominales : c'est une plaque métallique circulaire, de 12 centimètres environ de diamètre, qui supporte sur une de ses faces une poche aplatie en caoutchouc vulcanisé. L'une des faces de cette poche est appliquée sur la plaque ; un tube en caoutchouc, qui sort à travers un trou central de la plaque, sert à insuffler la pelote; enfin, une bordure en très-fort coutil, fixée circulairement sur la plaque, permet de fixer celle-ci soit avec des épingles, soit avec des courroies. Lorsque le moment de substituer cette pelote aux rondelles d'agaric me semble venu, je l'insuffle modérément, et je la fixe d'abord sous des tours de bande, puis sous le corset sans baleine dont j'ai parlé ailleurs (I), ou plus simplement, à l'aide de deux cour-

(1) Koy. T. I, p. 433. Go trouftra dant et paiMife (p. 420-422} quelques deuils Mir les procédés de compresiioo.

roies élastiques de la largeur de la main, dont Tune passe obliquement sur répaule du côté opposé, et l'autre transversalement sous la mamelle saine. Ce petit appareil, qui se trouve tout préparé chez M. Galante, est appliqué avec la plus grande facilité par les malades elles-mêmes. Il ne produit aucune gêne. Je m'en suis servi cinq ou six fois depuis trois ans, avec le meilleur succès. J*ai pa ainsi réduire à la grosseur d'un pois plusieurs adénomes que je n'aurais pu ramener à un aussi petit volume à Taide des bandages ordinaires, dont l'application ne pourrait être supportée plus d'un ou deux mois. J'ai même constaté une guérison complète chez une demoiselle anglaise qui, après deux mois de compression, avait encore un noyau d'induration du volume d'un haricut ; comme elle avait dépassé l'âge critique, je lui dis qu'elle pouvait êlre pleinement rassurée, que sa petite tumeur resterait désormais stationnaire, et qu'elle pouvait interrompre le traitement. Mais elle me déclara qu'elle ne serait satisfaite que lorsque tout aurait disparu. En conséquence elle continua à porter l'appareil Galante, qu'elle appliquait tous les matins entre sa robe et sa pèlerine. Elle eut la patience de persévérer ainsi pendant 15 mois, au bout desquels il ne restait plus aucune trace de l'adénome. Un an s'est écoulé depuis lors, et la guérison ne s'est pas démentie.

En suivant les préceptes que je viens d'indiquer, on amènera à la guérison, ou à un état équivalant i la guérison, la plupart des adénomes mammaires de petit ou de moyen volume, sans complica* tion de kystes. Pour ma part il ne m'est arrivé jusqu'ici que deux fois de flnir par opérer des adénomes que j'avais jugés susceptibles de guérir par la compression.

Lorsque la compression a échoué, ou qu'elle n'est pas applicable, ou qu'on la croit inutile, ou que les malades refusent de s'y soumettre, il reste la ressource de l'opération. Celle-ci est en général facile et relativement peu dangereuse, car aucune tumeur ne se laisse aussi aisément énucléer que l'adénome ; mais pourtant, avant de l'entreprendre, on doit se demander si elle est bien néces&ûre. Or, il y a des cas, et ils sont nombreux, où le chirurgien, après avoir nettement établi son diagnostic, est autorisé, non-seulement à ne pas conseiller l'opération, mais encore à en détourner les malades, en leur assurant que leur mal ne dégénérera pas en cancer.

Ces cas, où une sage expectation doit recevoir la préférence, ne se présentent que pour les adénomes du sein; car ceux du voile du palais menacent en s'accroissant de faire périr les malades, et occa* sionnent d'ailleurs, même sous un petit volume j une gêne notable.

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