‹ Traité des tumeursChapitre 114 sur 140 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

Ma^Qr^ qui lui a été donné par pUiskurâ auteurs modernes. On répète assez volontiers aujourd'hui que cette méthode avait re<;u avant Mayor plusieurs applications particulières, mais que c'est le chirurgten de Lausanne qui, le premier, en a fait une méthode générale.

Or, Il surttrs de jeter un coup d'œil sur le passé pour constater que les deux grands procédés de la ligature eu masse ont été coeuus et appliqués, dans les cas les plus divers, dès les premiers temps de la chirurgiCr

C'est par celte méthode que Celse conseille de traiter les tumeurs bémorrhoïdales. Si ta tumeur est petite et pédicidée {àaiimque ienuem ftab^i)^ il faut étreindre ce pédicule avec un ût de \m» Si la tumeur est plus grosse, et si sa base est plus large, on doit d'abotd la saisir avec uu ou deux crochets, pour la rendre plus saillante; puis on pratique un peu au-dessus de sa base une petite incision dans laquelle on introduit une aiguille par Iransfixion^ eton passe le 01 constricteur par-dessous cette aiguille. î! résulte clairemenl du texte que le but de Tiiicision préalable est de conjurer la douleur que produirait la coostrietion de la membrane légumentaire, et d*mettre Topéré à Tabri de la rétenliau d*urinc (I). Quanta raigulUi' que Ton passe sous la bïise de la tumeur, elle est destinée à empêcher le glissement de la ligature. Elle sert à former un pédicule artificiel (-2),

La ligature en masse est encore un des deux procédés que Crise décrit pour rablation du staphyïôme. On transperce la hase du sta* pbjlôme avec une aiguille enfilée de deu% fils, et on étreiol séparément avec ces deux (ils les deux moitiés de la hnse de la tumeur. Ce procédé esUîelui qui porte aujourd'hui le nom de ligature par trmufixim. Il a pour but de diviser ta hase de la tumeur en deux pédicules qu'on lie successivement (3).

On appliquait également le procédé de la ligature par transfïxion au traitement de Texomphale* Après avoir reconuaandé de réduire complètement Tintestin ou Tépiploon, afin de vider le sac (sinui uwibili'ci}^ Gelse recommande de saisir ce sac avec les doigts, de rattirer en avant, de le lier h sa hase avec un fil de Vw, et il ajoute : « Quelques-uns étranglent la base de la tumeur entre deux petites

(J) Celte remart)ue de Celis tii parfâUctnent §onMe; on «4ii (pje 11 réteoUoii d'urine eài ttéquéuiti A la tuile Uç cérlainei opéra Uont pratkqué«A iur Ta nu s.

(2) Cclae, Dt mcdicind^ Jlk Vif. «p, xti, § Z, édil. Tarjfi. $tri.*.bouri, JMi, tii-8, L Ip p. 4*&. Ce procédé eit dérnt plui amtiktneat dim AéUut iTetroîMiïr IV, ieroi. Il, cap> u, dani Artù mmlkm principef d Henri tCtlifOne. Patié tj^ ià«T, tJi'foL.toL C8S.

U) Ub. \\U cap. u»,§ M, p*d91.

506 LlGAl|Ji« EN MASSE.

réglM qu'ils lient fortement à leurs deux bouts, et qui produiseï^ la mortiQcation; d'autres percent le sac à sa base avec une aiguille enfilée d'un ûl double, pour lier séparément les deux moitiés, comme dans Topéralion du slaphylôme (1). n

Les anciens connaissaient donc parfaitement les deux grands procédés de la ligature en masse, et ils en faisaient de fréquentes applications (i).

Paul d'Égine, écrivain de la décadence, et plagiaire effronté comme on Tétait alors, a écrit, ou plutôt copié sans le comprendre, un certain chapitre de rAnévrysme, qui est resté jusque dans ces derniers temps un de ses principaux titres de gloire; mais, depuis que j*ai publié en français le chapitre xx du XLV* livre d'Oribase, retrouvé en 1831 par M. Maï, dans la bibliothèque du Vatican, il a bien fallu reconnaître que Paul d'Égine n'avait eu d'autre mérite que d'avoir cousu bout à bout un court passage de Galien, et un long passage d'Antyllus, en citant le premier de ces auteurs, et en se substituant audacieusement à la place de Taulre (3). Toutefois il a trouvé le moyen de mutiler et de dénaturer à plusieurs reprises la pensée d'Antyllus; cela lui est arrivé en particulier lorsqu'il a voulu décrire le traitement de Tanévrysme par la ligature en masse.

Après avoir copié la description de l'opération de ranévrysme par dilatation, il passe à l'opération de l'anévrysme par ruptiu^, etcopie d'abord très-exactement Antyllus : « U faut, dit-il, passer au-desa sous de l'anévrysme une aiguille munie de deux fils, puis couper (( l'anse avec des ciseaux, et lier ainsi la tumeur avec les deux fils, c d'un côté et de l'autre, conune nous l'avons dit au sujet du stau phylôme. » Puis il ajoute, en changeant cette fois quelques mots: a Si Ton craint que les ûls ne glissent, il faut passer une autre ai- (( guille, mimie également de deux fils, darm le même endroit que h

(1) Lib. VU, cap. XIV. p. 408.

(2) Le procédé décrit par Celse pour ropération de la fistule à Tanus (lit). VU, cap. IV, § 4, p. 375), prouve que les anciens connaissaient très-bien lea divers modei d'action des ligatures. La ligature, dans ce cas, n'était serrée que très-modérémeai, elle divisait les tissus par ulcération, et non par étranglement.

(3) Broca, Traité des anévrysmes. Paris, 1856, in-8, p. 302. — De la china^ dePauld*Égine^ dans Moniteur des A<}/>t7aux, numéros des S et 12 juin 18S6. Tai reproduit de front et en entier, dans c« dernier article, le chap. xx du XLV* livre d*Oribase, tiré du livre 1 de la Chirurgie d'Antyllus, et le chap. xxxvii du llTre VI de Paul d'Égine. A la suite de cette confrontation, J'ai montré que Paul, faute de connaissances chirurgicales, avait compris Antyllus à sa manière, et commis de graves contre-sens en sopprijuant les mots et même les phrases qui n'étaient pas à sa portée.

HISTORIQUE. — ANTYU.CS.

n première, €t, après avoir coupé l'ansê, on lie ainsi la lumeur avec « qtialrc fUs. n Ici, notre pjigiaire a commis une lourde bévue; el $e5adininiteur§ auraient bien dû s'en apercevoir. 11 est clair en effet quo si les deux premiers fils glissciit sans pouvoir élreiudre k base de la lunieur, les deux ftls suivants, placés dans le môme endroit, ^lissçront de la môme manière. Ce passage, tout à fait absurde dans le texte de Paul d'Bginc, est au contraire parfaitement clair dans le texte arifinal d'Antyllus. trSi Ton craint que les tlls ne glissent, dit M ce dernieiv il faut passer une autre aiguille, munie également de ^1 deux fds, dans le môme endroit n ( c*e3t-à-dire à la base de la lufiieiir) tt el croisant ta prentière m X^ couper de même le fll avec Cl des ciseauï, et Tatlacher comme le premier, de sorte que la liif gature soit opérée par quatre ûls. ?> Ainsi, lorsque Tanévrjsme était trop diffus pour se prêter au procédé de la ligature par trans^ tixion simple f AntjUus avait recours k la Irnnsfixion douhU^ qui lui penncttait de diviser la base de la tumeur en quatre pédicules.

Nous n'écrivons pas ici l*histûire des anévrysmes, et nous n'avons pas à chercher si ce procédé, qui nous parait aujourd'hui barbare, n'avait pas sa raison d'être à l'époque où il fut institué- Peu nous importe d'ailleurs quil fiit meilleur ou moins ban que la méthode de l'incision, suivie de la ligature des deux bouts de l'artère. Ce que nous tenons à constater, c*est que le procédé de la ligature par transiixion multiple n'appartient à aucun auteur moderne, qu'il a été décrit avec précision par un chirurgien du troisième siècle, et appliqué par lui avec une hardiesse qui nous fait presque frémir aujourd'hui.

Ce ne fut pas le seul usage que les anciens ûrent de la ligature par transtixian multiple. Au cinquième siècle, époque où Aétius compila SUD grand ouvrage, on liait le stapbyl6me au moyen de deux aiguilles enfllées chacune d'un fil doiible, et placées en croix à la base de la tumeur (1). C^était en petit le procédé d'Antyllus pour le Iraitement des anévrysmes sans sac. Si l'on avait cru devoir compliquer ainsi le procédé primitif décrit par Celse, c'était sans doute parce que la surface lisse du globe de Vm\ laissait trop aisément glisser les fils placés par transfïxion simple. Le procédé opératoire décrit par Paul d'Égine tient le milieu entre les deux précédents. On transperce d'abord de haut en bas, avec une aiguille $ùm fil, la base

(I) Aéllus, lelrib, II, aerm. lu. ca|»* isiv,diin»les Ariù mettiez pnntipet àe Hfnrî EfUenne. PirJi ^?}, 1SC7, in-K coL aià.Daîechamps, qui parait n^avolr paa pâifaltement comprit ce procédé, la reproduit avec une flgurc eipUcatiTC. J. Dalechampir Chirurgie française, Lyoû, 1^9^ tn^S, p« WJ.

508 LIGATURE EN UASSE.

de la tumeur; puis, avec une autre aiguille enfilée, on passe trans- T^rsalement deux ûls, avec lesquels on étreint successivement la moitié supérieure et la moitié inférieure du staphyiôme; ces fils, retenus par Taiguille verticale, ne peuvent pas glisser; la constriction s'opère 9onc exactement à la base de la tumeur. Dès que les nœuds sont solidement serrés, Taiguille auxiliaire devient inutile; on Tenlève, et on applique sur l'œil un pansement au blanc d'œof jusqu'à la chute des ûls et du staphyiôme (1).

Le môme auteur a décrit, dans le chapitre de TEzomphale, one autre application du procédé de la ligature par double transfixioD. Après avoir marqué avec de Tencre un trait circulaire sur les limites de la tumeur ombilicale, on fait coucher le malade, on réduit la hernie, et on pratique sur le trait d*encre une incision superficielle dans laquelle les fils de la ligature doivent être reçus (on n'a pas oublié que cette incision préalable des téguments était recommandée par Gelse, dans le traitement des tumeurs hémorrhoîdales par la ligature). Pour lier la base de la hernie, on la transperce avec deux aiguilles enfilées chacune d'un fil double^ et disposées en croix. Après quoi, on coupe les anses des fils doubles, et on obtient qaatre chefs, avec lesquels on étreint les quatre pédicules artificiels. Je ne puis dire où ce chapitre a été copié; je présume seulement qu'il a été pris, comme celui de l'Anévrysme, dans la Chirurgie d'Anlyllus; mais j'ose affirmer qu'ici encore, Paul n'a été qu'un copiste inintelligent, car il veut que les deux aiguilles portent chacune un fil simpie, ce qui est en contradiction avec le précepte de couper les anses de ces fils. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il ajoute : « Ayant « coupé les anses des fils, nous faisons la constriction avec leurs 0 quatre chefs, comme nous l'avons dit au sujet de l'anévrysme (2). » Or, on a vu qu'au sujet de l'anévrysme, Paul avait conseillé de faire passer les quatre fils par le même trajet; il confondait par conséquent le procédé de la transfixion simple avec celui de la transfixion double; il copiait son chapitre u, sans se souvenir de ce qu'il a^ait copié au chapitre xxxvn, et il renvoyait de l'un à l'autre, sans s'apercevoir qu'altérés tous les deux en passant sous sa plume, ils avaient cessé d'être comparables.

Tels furent les principaux procédés de ligature en masse usités chez les anciens. On voit qu'ils savaient lier les tumeurs non pédiculées aussi bien que les tumeurs pédiculées. Les moyens qu'ils

(1) Paul d'Égine, livre VI, chap. xix, édit. Briau. Paris, 1855. grand in^, p. 139. Daiechamps a figuré ce procédé à la page 86 de sa Chirurgie française, édit. cilce.

(2) Livre VI,chap. Li, p.227.

IIISTORIQL^E. — RENAISSANCE.

t^mployaient pour obtenir un ou plusicars pédicules artificiels éliiient, tantôt 1 Incision circulaire des lé^menls, tanttt imc aiguille au delà de laquelle on nouait le ûl, et qu*on retirait aussitôt, lantôt deux petites règles de bois, placées et serrées de nhinic^re à Mreindre la base de la tumeur, tantôt la transfixion simple, donnant lieux pédicules, tantôt la même transfixionj rendue plus etflcace par le placeœeDt provisoire d'une aiguille auxiliaire^ lantôt enfin la transflxion double « donnant quatre pédicules* Les liena dont ils se servaient étaient ordinairement des fils de lin simples, doubles ou même quintuples (I); quelcpicfois des cordes h bo^au (i) ou des crins de cheval (3). Les moyens qu*ils employaient pour obtenir àenx ou quatre pédicules leur permettaient de n'éliTindre sous rhaque lien qu*unc petite masse de tissus. Ils avaient pu se passer de rinvendon des serre-nœuds; mais ils savaient très-bien qu'on peut obtenir, au moyen de la ligalure, une section graduelle; et c*étail ainsi que depuis les temps hippocratique^ on traitait le plus souveïil la fistule à Tanus. Le lien, introduit dans la fistule, et lié au niveau de l'ouverture anale, n'était que modérément serré le premier jour; puis, comme il se relâchait en didsant les tissus, on le tordait chaque jour, jusqu'à ce que la section fût complète (i). Cette torsion graduelle remplissait la même indicalion que nos serrenœuds.

Comme la plupart des ressources de la chirurgie antique, la méthode de la ligature en masse fut presque oubliée au moyen âge ; si lei Arabes et les arabistes en parlent quelquefois, c'est pour répéter, en des termes de plus en plus confus, ce qu*en avaient dit les anciens, Il Isiut venir jusqu'à la Renaissance pour irouver enfin une nouvelle application de celte méthode.

Celte innovation est relative au traitement des polypes des fosses nasales par la ligature. Glandorp, et beaucoup d'autres auteurs après lui, en ont fait honneur k Jean de Vigo, mais celui-ci parle de ta ligature des polypes comme on parle d'une chose déjà répandue dans la pratique. L'extirpation se fait, dit41, «t cum ienmutin aut alîf/m imtrumeniQ inttdtfitê^ aut cum iîgatione fit ad tûmum^ndnm radkem ejug (5), D'un autre côté, Gerdy a cru que le traitement des polypes

ri) Pauï d'Êgine, livre VI, chap. uriï, p. 127,

(3) Anlyltni» voy. Je lé\te reproduUJanB mon Irtrité </<* anéttr^tmet, p, Î(M,

(3) Paul d'Ègine* livre Vl^ cbap, tviir, p. î47.

(i) tl»ppocr>t«. De fisHtltt, § 2, édit. Vtn der Uném. Iftpitt, 1757, fn^l«, vol. Il,

{hl Vègo, PratHm in nrfe thirurçicâ^ WK 11, Uicl, m, cb^. iv. Ï jt>tl, l&li, iiH*, gotli, fol- itdï recto* fLâ prt m lèie édition eit de lili,)

510 UGATURE EN MASSE.

du nez par la ligature remontait jusqu'à Guillaume de Salicet, mais

Guillaume n'a parlé que de la méthode de l'arrachement, a Cwra

camis mollis polypi et hemorroydarum nasi sic fit .* primo totum illui

quod cum tenaculis uncinis et picigarulis pofest removeri removeaiur:

et post hoc ponatur tenta involuta in unguento viridi (i). Gerdy a été

induit en erreur par un livre anonyme, publié à Paris en 1505, sous

le titre de La cyrurgie de maistre Guillaume de Salicet. 0 a cru que

cet ouvrage était une traduction. Ce n'est qu'un extrait abrégé,

informe et très-infidèle de l'ouvrage de Guillaume; quelque chose

comme ler> guidons plus ou moins extraits des écrits de Guy de

Chauliac. Au milieu d'une foule de contre-sens risibles, on lit ce qui

suit dans le chapitre intitulé : de polipe au neez et eminence de dtair

superflue : « Oingz le lieu de huille rosal chault pour trois iours

« entiers. Apres lye ledit polypus auecques vng fil et puis trauaille

(( a le prendre auecques tenailles agues et sil ne se peult lier preos le

« a force auecques lesdictes tenailles, et arrache tout selon ta pos-

(( sibilite (S). » L'auteur dudit manuel avait évidemment entendu

parler de la ligature; et il amalgamait à sa manière cette méthode

avec l'arrachement.

Il résulte de ce passage et du texte de Vigo, que vers le commencement du seizième siècle les chirurgiens connaissaient le traitement des polypes par la ligature, et, selon toutes probabilités, cette innovation était encore assez récente (3).

La ligature des polypes du nez fut pratiquée par Léonard Jacchinus, médecin espagnol du seizième siècle. Cet auteur, dans ses commentaires sur Rhazès, dit qu'il a plusieurs fois guéri par la ligature les hémorrhoïdes de l'anus et les polypes du nez. Il parle entre autres d'une jeune fille à qui il fit cette dernière opération. Il ajoute : Deligatura,., excrescentiam omnem abscindis ubi ad radicem deligatur,et sine vulnere, aut profluvii periculo. Fit exsericeo filo maxime^ velex pilis equinœ caudœ, Nam intra septimum vel ad plus decem dies arescit tumor^ et excidit destitutus alimento (4). Cet auteur est, à ma connais-

(1) Guillaume de S.ilicet, Summa conservationis et curationis, Venise, in-f« goth., p. 28 recto, coi. 1, iib. I, cap. lxiv. Sous le nom de picigarula on désignait ta moyen ôge une espèce de pince.

(2) Là Cyrurgie de maistre Guillaume de Salicet, Paris, 1505, in-4» goll!., chap. XX vu; il n'y a pas de pagination.

(3) Levret, dans son ouvrage sur les polypes, a fait remonter jusqu'à Hippocnte It ligature des polypes du nez; mais il sufût de lire aUentivement les deux arUdes du Traité des maladies, qui sont relatifs à l'opération du polype, pour se convaincre que les chirurgiens grecs n'appliquaient les flls que pour arracher les polypes. (Voy. l'édition Lillré. t. VII, p. 51-53. — Voy. aussi t V, p. 2i5.|

(4) Léon. Jacchinus, Jn uonum Hbnim Rasi9 commentaria, édit. de Donielliniis,

HISTORIQUE. — PABÉ ET GUÎLLEMEAU* 511

sauce» le premier qui ait dit avoir lié lui- même les polypes du nez.

Nous trouvons dans Ambroise Paré deux applications nouvelles de la ligature en masse, 11 s^^îgit d'abord des nsevi couverts de poils. « Celles q\ii sont médiocrement larges et esleuees en tumeur, ajans tt poils comme vue laulpe ou souris ^ seront liées selon leur largeur H el grosseur, passant une aiguille au trauers de leur racine en trois or ou quatre endroits, plus ou moins, qui est le moyen de les faire (t tomber n'ayant plus de nourrissement et vie (i). i^ C*esL le procédé de Celse pour les hémorrhoïdes, seulement, les tumeurs dont parle Ambroise Paré étaut |jIus diffuses que les tnmeurs hémorrhoïdales, on moltiplie les aiguilles pour que le pédicule artificiel puisse comprendre toute la base du nsevus.

I/a litre opération décrite par Paré est celle qui se pratique sur la luette. Il a fait figurer un porle-ligature spécial imaginé à cet effet par « M. Gaslellan, bomme tres-docte, médecin ordinaire du roy. w C'est, je pense. Je plus ancien des porte-Iigature. Paré ajoute que le même instrument pourrait servir à lier e les polypes et verrues du col de la matrice S)* n

Guillemeau a figuré (3) et probablement inventé un autre instrument nommé vinculum ganjareonis (ou coustricleur de la luette). Ce porte-ligature fort ingénieux el fort commode servait k lier non-seu* lementla luette, maïs encore les amygéuiet (4). Le même Guillemeau a décrit deux procédés de ligature pour les condylômes de la matrice, savoir : la ligature circulaire pour les tumeurs pédiculées, et la ligature par transfixion pour celles dont la base est plus large (5).

Les polypes de Tarri ère-gorge eurent bientôt leur tour. Pierre de la Forest (Forestus) publia Tobservalion d*une femme chez laquelle une de ces tumeurs produisit de graves accidents de suffocation. Les chirurgiens réunis eu consultation n'osèrent pas pratiquer rescision, qui leur faisait craindre une hémorrbagîe mortelle; ils résolurent donc d'un commun accord, communi concîlWi de recourir à la ligature. Cette opération eut un succès qui parut tenir du miracle

Bâie, nm, in-t», eip. xwii, p* IdL Tenir Men comprendre le leiie ûe rauteur» Il faut wvûlr que Rhazès déiignait îes p^Iypr^s du liei sous le noiii à'hémorrhmdtx.

\\] Us cFutres d'Ambrohe Paré, livre XXIV, rJjnp. vfu. Lyon, l«Jl K în f^ p. 035.

f!} h\ U\jt \\\\, th. vu, éd. filer, p. î03-2!ïl,

\%) Lff (fjiî'ïfr dt thirupgie de Jacques Ctmîhm^au. Ruuen^ IG4&, II) f", p* Wty m% et p> tiSL La première édU»«n du trmUé de^ opirùHom est de lÂSK,

(4) ÉdH. cilé«, p CBIt,

(5) /***/., p, as3.

{miraculi imtar) (1). Il y eut récidive, il est vrai, mais cela ne saurait surprendre ceux qui connaissaient la marche des polypes nasopbaryngiens.

Fabrice de Hilden imagina trois instraments pour porter les ligatures sur les pédicules des tumeurs profondes. Il ne décrivît pas celui qu'il fit construire pour lier avec succès un polype des fosses nasales (2), mais il figura et expliqua amplement les deux autres. Le premier de ces porte-ligature, destiné à placei; un fil autour de la luette, ne différait pas beaucoup de celui de Castellan (3) ; le second, plus ingénieux et plus compliqué, lui servit à'étreîndre dans le fond do conduit auditif le pédicule d*uh volumineux polype de Toreille (4).

Je me borne à mentionner l'opération de ligature pratiquée avec succès par Glandorp, chez une dame atteinte de polype du nez (5). Cette observation n'ajoutait rien à ce qui était déjà connu dans la science, mais elle faisait partie d'une monographie inaportante qui devint bientôt célèbre, et elle contribua beaucoup à répandre la ligature des polypes.

On vient de voir que la méthode de la ligature en masse avait reçu de nombreuses applications soit dans l'antiquité, soit depuis la Renaissance; on s'en était servi pour faire tomber les tumeurs les plus diverses par leur siège aussi bien que parleur nature ; toutefois, pe^ sonne encore n'avait entrepris de détruire par ce moyen des tumeurs d'un grand volume, lorsque, en 4665, Roonhuysen, d'Amsterdam, osa traiter par la ligature une énorme tumeur de la région parotidienne. La masse morbide, d'un volume à peu près égal à celui delà tête du sujet, remontait jusqu'au-dessus de l'oreille, descendait jusque sur la poitrine, et s'étendait en avant jusqu'au voisinage du menton; mais elle était rétrécie à sa base, qui avait cependant encore deux fois la largeur de la main. Les grosses artères qu'on sentait battre dans toute l'étendue de la tumeur firent reculer devant l'extirpation sanglante. Roonhuysen se décida donc à tenter la ligature à l'aide d'une aiguille enfilée d'un double cordon; il divisa par transfîxion la

(1) Pelrus Forestus, Ohservationum et curât ionwn medicinalium libri XXVIII. Francfort, 1602, in-fo, t. t. pare ii, p. 89-90, llb. XUI. Obi. VII. l'i

(2) Fabrice de Hilden, Epistolnrum centuria^ epist. lxi (1C19), dans ses Opéra omnia. Francfort, 16i6, in-f», p. 1005, col. 2.

(3) Jbid.<t Obset^vationum chirurgicarum centuria 11, Obscrv. XXI (ICII). Édit. citée, p. 90-98.

(4) /6if/., Observ. chirurg, cent. III (1614). Observ. I, édit. citée, p. 183-187.

(5) Hatth. Glandorp, Traciatus de poiyf»o narium, affecta grovtssimo (1628), dans ses Opéra omnia, Londres, 1729, in-4o, Obs. Il, p. 37.

HISTOaiQUE. VEimmN, RUYSCn.

Dt3

l)ased€ la lunieur €ii deux pédicules qu'il lia séparénienl. Cinq ou six semaine* après, le malade était parfaitement guéri (1).

Vingt-qualre ans plus lard, un autre chirurgien d'Amsterdam, Pierre Verdiiin, traila à son tourpar la ligature une très-grosse tumeur de la région paroUdienne* Cette tumeur, d*uue dureté cartilagineuse^ était ulcérée; elle cou\railloutelaJoueettoatle cou, s'étendait de roreille à la bouche, de la nuque à lu trachée-artère. Lii largeur du pédicule n'est pâs indiquée, mais une planche annexée au texte montre qu'elle était considérable* Pour couper cet énormepédicule, Verdutn n'eut pas recours, comme Hoonhuysen, au procédé de la transfîxion. Il imagina une méthode mixte oîi se trouvaient combinées la ligature en masse et la cautérisation linéaire. Le premier Jour, il étreignit vigoureusement avec un cordon la base de la tumeur, hv lendemain, il enleva la ligature qui avait déjà produit dans les tissus un sitton circulaire assez profond* Un caustique composé de chaux vive et de potasse fut appliqué dans la partie supérieure de ce sillon, puis la ligature fut aussitôt remise en place. Le troisième jour, on enleva encore la ligature; le caustique avait produit une eschare qui fu! incisée avec la lancette. Une nouvelle traînée de caustique fut déposée dans une atïtre partie du sillon circulaire, après quoi le cordon constricteur tût serré de nouveau. Cette manœuvre fut recommencée les jours suivants, jusqu^à ce que la tumeur fût presque entièrement séparée î alors, ne craignant plusPhémorrhagie. le chirurgien se décida à couper avec le bistouri le reste du pédicule* Les slypliqucs ordinaires suffirent pour arrêter le sang, et le malade guérit parfaitement. La tumeur était cartilagineuse et pesait trois livres médicinales (2).

Vers la môme époque^ on commença à se servir de la ligature pour extirper la matrice renversée et précipitée hors de la vulve; je n*ai pu découvrir l'auteur de cette nouvelle application de la ligature en masse. On sait que des contestations se sont élevées sur la nnture des tumeurs d*nsi extirpées; la plupart de ces prétendues matrices n'éUiient autres que des corps fibreux; mais il est bien certain que dans quelques cas ce fut la matrice elle-même qui fut liée, liuysch a

(1) Heinrichi von Rooniiuyicn»/ft^ffînW*e*' Um'UKurtn Anmerkungcn. Nurcnt*erp. 16T4, ln-12. Anm, 1, 8, I-ïo. — ta plint'he atinenée au Icxte donne ufie Hée de rénorme volume de ta tumeur, te frontUplee do volume montre le malade entre (et matn» det ctilmrgiena.

(2) P. llnJ- Verduln, De in^mfi H imitera h dexlnr mtixiUœ tunt^ttt u^ophià' ioi&f €Xsfii'f>ûttone iuttlatù. Dans \ts obserruUona de Verduin pubtiéei à a lulle rl« l'édition hollandaltf de VArîmimentartum chirurtfitum d« Sciiltet* Amalerdatn, 174 K In-S. Apptndix ii,OtM. XYII, p. 08O,

514 LIGAIURE EN MASSE.

publié une observalion qui ne laisse à cet égard aucun doute. L'opération avait été faite par un chirurgien maladroit qui s'était servi do procédé de la transGxion, et qui avait lié l'urètbre en même temps que la tumeur. La malade mourut, et Ruysch, ayant obtenu l'autorisation de faire l'autopsie, constata que l'utérus tout entier était compris dans la ligature (1).

Le même Ruysch fit à son tour une application plus heureuse deli ligature en masse, chez un homme atteint de cancer de la vei^e. U tumeur était aussi grosse que le poing. Un cathéter fut d'abord introduit dans l'urèthre, pour assurer l'écoulement des urines. Puis It verge fut étreinte à sa racine par un cordon fin et solide. Le lendemain, une seconde ligature plus fo^'tement serrée encore fut appliquée au môme niveau. Au bout de six jours, on excisa la verge en avant de la ligature, qui tomba spontanément deux jours plus tard. Le malade guérit sans avoir perdu une goutte de sang (2).

L'amputation Ve la verge par la méthode de la ligature en masse fut adoptée par Heister (3), et, au dire de Sabatier, par Courcelles. Sabatier ajoute qu'un de ses élèves avait vu pratiquer celte opération avec succès (4).

On a vu que Guillemeau se servait de son vinculum gargaremû pour lier les amygdales, mais ce moyen n'était applicable que dans les cas où la tumeur était au moins un peu rétrécie à sa base. Che* selden, qui avait d'abord inventé un porte-nœud plus simple, sinon plus commode que celui de Guillemeau, imagina ensuite un procédé d'une application plus générale, ce fut celui de la ligature par transfixion, pratiquée à l'aide d'une aiguille spéciale qui traversait l'amygdale à sa base. Sharp, qui a décrit et figuré le procédé de Cheseldeo, dit s'en être ser\'i avec un succès constant (5). Il ajoute qu'il a plusieurs fois lié et guéri par le môme procédé de transfixion de grosses tumeurs hémorrhoïdales réputées incurables (6).

Les belles recherches et les ingénieuses inventions de Levret contribuèrent beaucoup à vulgariser le traitement des«polypes par la ligature. L'instrument bien connu qu'il désignait sous le nom de

(1) Fred. Raysch, Observai ionum anatomico-chirurgicarum centuna. Amsterdam» 1091, in<4o, Observ. Vil, p. 13, et Qg. 8.

(2) Loc. cit,, Obsery. XXX, p. 38.

(3) Heister, Instituliones chirurgicœ, Amsterdam, t739, in-4o, t. FI, p. 8G6, cap. cxxsii.

i4) Sabatier, Médecine opératoire, 2« éd. Paris, 1810, in-S». I. II, p. 30S. (0) Sbarp. Traité des opérations de chirurgie, traduit de l'aoglaU par Jaolt. Paris. I741,in-12, p. 34G.

(G) Jj)c. cit., p. 317.

HISTORIQUE. LKimrr, DESAULT.

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porle-^nse ou de âerre-nœud lui permit de Uer les polypes olériiis jusqu'au col de l'ulérus» cl d 'al teindre ineaie Je pédicule des polypes naso-pharynglens {!). Foreslus avail déjà lié avec succès un poljpe de rai-rière-garge, mais personne avant Levret n'avait fait remonter la ligature jusque sur le col de l'utérus. Si Ton a pu lui conlesler celle innovation, c^'est parce que jusqu'à la fln du dix-septième siècle la plupart des auteurs, et Mauriceau lui-raéme, donnaient le nom de col de la matrice à rexlrémilé inférieure du vagin. Levrela eu en outre le mérite de généraliser le Iraîlement des tumeurs profondes par la ligature en masse. Ainsi, il ne doutait pas qu on ne put, avec sesînstrumeols, lier les fongus de la vessie après J 'opération de la taille, et môme les tumeurs pédiculées enliéœmeat cachées dans le rectum (2).

1 Les dangers bien connus de l*exlirpation des goitres par Tinstrument Iranchant décidèrent Moreau, chirurgien de rHôtel-Dieu de Paris, à tenter Tablation de ces tumeurs par la ligature en masse. Cette opération» au dire de Valentin, fut faite en 1779, par le procédé de la transQxion. Le malade succomba, mais un second malade, opéré de la même manière, guérit heureusemenl (3),

Il restait désormais peu de chose à faire pour compléter la méthode de la ligature en masse. On avait lié des tumeurs de toute nature, de toute forme, de toutes dimensions et de tout siège* Mais, frappés des tnconvéments des ligatures qui embrassent une grande quantilé de peau, les chirurgiens se décidaient difflcilement à traîler par cette méthode les lumeurs externes d'un grand volume. Desaull, quî avait simplifié et perfectionné les instruments de Levret pour U ligature des polypes (4), et qui avait même réussi h lier avec succès un polype du rectum, implanté à seize centimètres au-dessus de Tauus (5), adopta le procédé suivant pour rexlirpatîon des tumeurs de la parotide : on incise d'abord circulai renient la peau à la base de la tumeur* puis on traverse cette base avec une aiguille enfilée d*un fil double, de manière k obtenir deux pédicules qu'on lie isolément (G).

f l) Lef rat, Okfervùtîonâ wttr la cut^ rmihuiÉ de ithtneurx polifpeâ de ia madice, (fi /agor^ ttdu nez, f*4ris, 17 lu, in^S. — Vaj% «urloul p, au et p. 233.

iâ) Lùc. ctX,p, 184-1^5.

(3J VftJfinliii, DisMtrL mMictj^hirurgmi de iffitruà^ browkocêU didé^ tf de himeroioptâ- Nancy, 17B7, în-l*.

(4) Chûpirt cl DciîiuU, Tante dts m'^todtc^ çhirur^icaleM^ Vum, «a JV, Ïn-È, t. 1, p. 189. — nichai* Œiivrev chirurgicales de Demuit. !*irLs isai, lo-S, L ÏU p. 4S$.

(«} Cbuptrtet DesAult, Tmité du mmadm dtù-urgiealUfUl, p. Î08,

Cette combinaison de la méthode sanglante et de la méthode de la ligature n'était pas nouvelle : on a vu que du temps de Celse on liait ainsi les hémorrhoïdes, et que du temps de Paul d'Égine, on appliquait ce procédé au traitement de Texomphale; le caustique introdui ipar Verduin dans le sillon de la ligature avait également pour but de soustraire les opérés à la douleur produite par la ligature de la peau ; mais l'autorité de Desault remit en vigueur cette pratique depuis longtemps abandonnée. Sabatier y eut recours pour extirper une volumineuse tumeur de la région parotTdienne. Ayant fait sur lai téguments une incision cruciale, il disséqua les lambeaux jusqu'à la base de la tumeur, qu'il étrangla au moyen de deux ligatures, suivant le procédé de la transflxion. Le malade guérit (I). Weinhold, dans un cas analogue, appliqua un procédé un peu différent Sans recourir à la transûxion, il plaça sa ligature dans une incision circulaire des téguments. Les jours suivants on resserra la ligature de plus en plus; mais la masse des tissus embrassés par le Uen était trop considérable; la section s'opérait trop lentement, et, pour venir en aide à la ligature, le chirurgien, à l'exemple de Verduin, appliqua des caustiques dans le sillon produit par le cordon constricteur (2). Nous pouvons rapprocher de ces deux observations celle de Brunninghausen qui, ayant mis à nu par une incision longitudinale une tumeur de la région carotidienne, et craignant que la dissection de la face profonde de cette tumeur ne donnât lieu à une grave hémorrhagie, termina son opération en produisant avec les doigts un pédicule artificiel qu'il étreignit dans une ligature circulaire. Une partie de la tumeur fut alors excisée sans hémorrhagie ; mais le reste ne se détacha que lentement. Il fallut au bout de deux jours augmenter la cons'.riclion, ce qui fut fait à l'aide d'un serre-nœud improvisé; le vingt et unième jour la section du pédicule fut achevée, mais la plaie mil encore près de deux mois à se cicatriser (3). Mayor, qui a argumenté sans pitié cette observation, a prétendu que Brunninghausen aurait pu fiiire beaucoup mieux; comme ce chirurgien élait, à sa connaissance, le seul qui pût lui disputer l'invention de la ligature en masse, il a cherché h prouver que l'opérateur était maladroit, que le moyen de constriction qu'il avait choisi était mauvais, que le pédicule, une fois fortement serré n'avait que douze millimètres de diamètre, et que, finalement, il n'y avait pas de rapport « entre

(1) noyer, Maladies chirurgicales, l. VI, p. 256. Paris, 1818, ln-8».

(2) Rual'â Magazin fur die yesammte Hcilkunde^ t. XIX, p. 313. Berlin, 18ÎS, io-S».

(3) Brunninghausen, Ueber die Exstirpation der Balggeschwùliste am Haise, etc Wûrtzburg, 1805, in-8.

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