ÉCRASEMENT LINÉAIRE
Cette méthode précieuse appartient entièrement à M. Chassaignac. Il n'avait été précédé par personne ; il Ta seul cr^ée, vulgarisée et conduite à maturité. Tout ce qu'on a essayé de faire après lui pour modifier sa méthode n a conduit qu'à une détérioration, et non pas à un perfectionnement. Après avoir, pendant plusieurs BSh nées, poursuivi ses expériences sur les animaux (1850), M. Chassiignac fit ses premiers essais sur l'homme (1852). On blâma cette chirurgie excentrique, qui paraissait barbare, et qui devait paraître telle au premier abord. Bientôt pourtant il fallut reconnaître qu'elle ofiraildans certains cas de grands avantages. Peu à peu les chirurgiens s'habituèrent à une idée qui les avait d'abord choqués, et enfin la nouvelle méthode entra définitivement dans la pratique. Alors, M. Maisonneuve chercha à démofttrer que l'écrasement linéaire élait une vieille méthode, et que ce n'était qu'un procédé de la ligature en masse. Pour établir cette démonstration, il fit construire un instrument où il remplaça la chaîne de l'écraseur par une corde métallique continue ; puis il remplaça le nom û'écraseur par celui de constricteur y et enfin le nom d'écrasement /tnf aire par celui de ligature extemporanée. Mais ces divers travestissements n'ont pu réussir à faire qu'il y eût la moindre analogie entre l'écrasement linéaire et la ligature en masse. M. Maisonneuve a montré qu'on pouvait pratiquer l'écrasement linéaire avec un appareil qui ressemble de loin à celui dont Mayor se servait quelquefois lorsqu'il voulait pratiquer la ligature avec des fils métalliques. Il n'a pu le faire qu'en construisant un écrascur très-défectueux, et très-inférieur à celui de M. Chassaignac. Mais quand môme la copie aurait valu le modèle, et quand môme Tun et l'autre ressembleraient réellement aux instruments de Mayor, la nouvelle méthode n'en resterait pas moins essentiellement difi'érenle de l'ancienne. Ce qui constitue une méthode, c'est son mode d'action^ et non les instruments qu'elle emploie, c'est encore son
DIFFÉRENCE DE L ÊCRASlCMEiS T ET DE LA LIGATURE, 527
but, ce sont les résultats quVUe produit sur les tissus quVtfe atleiut,
et sur les parties environnantes. Or, on va voir que, sous tous ces
râpporls, récrasement linéaire diffère essenti<?llement de la ligature.
La ligature a pour but de faire détacher la tumeur par gangrène ;
réerasemenl linéaire a pour but de la détaeber toute vivante, telle
qu'elle tomberait sous le bistouri. La première mélhode divise les
I tissus par une sorte d'ulcération, et, si elle tes coupe aussi en partie,
B c'est à un monsentoù ils ont été rendus friables par rindainmation
H que provoque ta présence du lien ; la seconde les divise, lorsqu'ils sont
■^parfaitement sains, par une action purement traumatique, comme le
^Rferaiit le bistouri. L'une opère la section en plusieurs jours, pendant
^lesquels la tumeur reste en place, l'autre termine la section en une
seule séance, comme cela a lieu dans les opérations sanglantes. Nous
avons dit comment la ligature en masse agit sur les artères; elle les
divise p*ir un mécanisme comparable à celui des ligatures plates
appliquées immédiatement sur les vaisseaux; l'écraiement linéaire
» coupe les artères par un tout autre mécanisme, comparable à celtti de l'arrachement ou de la torsion; les tuniques internes, divisées et écrasées avant que la tunique celluleuse ait cédé, sont refoulées, de bas en haut, dans le canal du vaisseau, qu'elles obstruant de manièrt à empocher l'hémorrbagie lorsque la tunique externe cède à son tour,
Knfln l'écraseur linéaire, comparable en cela à t^instrument tranchant, agit sur le cadavre ni plus ni moins que sur le vivant; la ligature, au contraire, ne produit ses effets que sur les lissas doués de vie; cVsl parce qu'ils vivent qu*ellc les coupe. Appliquée sur les tissus d*un cadavre, elle peut broyer quelques parties trés-friabtes, mais les autres résistent à son action* H Nous n'avons pas à décrire ici minutieusement rêcraseur de ^■Ut Chassaignac, qui est entre les mains de tout monde. Il se com- Hpose^ comme on sait, d'une chaîne articulée, dont Ic^ deux exiré- ^ Tiiités sont engagées dans un long et solide étui de métal, et dont la p*iriic moyenne entoure, comme l'anse de la ligature ordinaire, le pédicule de la tumeur* Un mécanisme à dQuUe erémmilère^ placé dans le manche, permet dViltireraïternalivemenl chacune des extrémités de la chaîne, en diminuant chaque fois de deux millimètres la longueur de Tânse. Ces mouvements alternatifs permette at h la chaîne d'exécuter sur le pédicule de la tumeur un petit mouvement de va-et-vient, et de scier les tissus en même temps qu'elle les écra$e. Les nombreuses articulations de la chahie, représentant comme les ^„ dents d'mie scie flexible très-cmoussée, favorîscul cette double
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action. On a fait subir à cet instrument deux espèces de sîbiplifications. M. Gharrière a fixé l'extrémité de la chaîne sur rélm métallique, de sorte que la chaîne ne rentre plus que d'un seul côté ; le mouvement de va-et-vient se trouve supprimé ; Tinstrument ne scie presque plus, il ne fait qu'écraser, et il y a moins de sécurité contre les hémorrhagies. Je me suis servi un jour de cet instrument à l'hôpital de la Charité, pour enlever une tumeur da rectum dont le pédicule, étreint par l'anse métallique avant Taction de l'instrument, n'avait que deux centimètres de diamètre; j'ai procédé très-lentement, puisque j'ai mis cinquante-cinq minutes i faire la section, et cependant j'ai eu une perte de sang assez considérable. La seconde simpliûcatioa est celle qui appartient à M. Maisonneuve ; il a remplacé la chaîne articulée par un gros Gl contina, qui ne rentre que d'un seul côté. Le mouvement de scie est à peu prèsYéduit à zéro. Le fil se casse souvent II s'est cassé deux fois pendant la première moitié d'une amputation de vei^e pratiquée par M. Verneuil, et ce chirurgien a dû terminer l'opération au moyen de récraseur ordinaire. Une hémorrhagie s'est produite inmiédiatement après l'opération, elle était fournie non par une artère importante, mais par une artériole, qu'il a fallu lier, et par les cellules du corps caverneux qu'il a fallu cautériser au fer rouge. Chose remarquable, M. Verneuil reconaut très-nettement que le sang n'était fourni que par la partie de ia verge coupée au moyen du fil ; celle qui avait été coupée par la chaîne ne fournissait pas de sang (1).
M. Maisonneuve n'a pas pour cela renoncé à son idée. Il a obvié k la rupture du fil en prenant des fils plus gros, puis comme ceux-ci, en grossissant, perdaient leur flexibilité, il a pris le parti de réunir plusieurs fils en un faisceau et de les tordre en forme de corde. Cette corde agit mieux qu'un fil lisse ; les rugosités qu'elle présente remplacent en partie les articulations de la chaîne. Mais alors l'instrument n'est plus une simple ligature. De fil en fil, M. Maisonneuve est allé jusqu'à douze, et il a obtenu ainsi un câble assez fort pour couper la cuisse. Cet instrument s'appelle le grand constricteur. Jamais nom ne fut mieux mérité. Je suis heureux de n'avoir pas à me prononcer sur ces amputations, que l'auteur a pratiquées chez l'homme vivant et sur tous les membres. Je ne dois pas oublier qu'il ne s'agit ici que du traitement des tumeurs. C'est pour l'extirpation des tumeurs que la méthode de M. Chassaignaca été créée; l'auteur
(1) Bulleiitis de la Société de chirurgie, t. Vil, p. 249, décembre 18&6.