CHAPITRE Xm
GALVANOGADSTIE.
Cette mélJiode est toute moderne, et due en grande partie awx beaux travaux de M, Middeldorpr, de Breslau* Mais il est juste de dire qu'avant lui on avajl déjà plusieurs fois em^tloyé dans Lachirurgie des cautères chauffés par les coumnls électriques,
M* Becquerel annonça en I83G, dans son JVaiVe de i' électricité (I), que le docteur Fabré-Palaprat avait trouvé le moyen d'appliquer instantanément des moxas à l'aide de rélectricîtét en introduisant dans tes lisâus une aiguille de platine qui communiquait avec Fun des pôles de la pile, et en faisan L communiquer l'autre p61e avec une plaque métallique mise en contact avec la peau d*une régiqj^ voisine; « à Tinstant même, ajoutait Tauteur, l'aiguille s'échauffe ■ jusqu'à rincandescence et brûle les chairs conliguCs, » r Si celte assertion était exacte» Fabré-Palaprat devrait être consi* déré comme Tinventeur de la galvanocaustie. Mais il e^t tout simplement impossible, dans de pareilles conditions, que l'aiguille introdutte dans les tissus s'échauffe à un degré apprécial>le* Il est môme permis de s*élonner que M. Becquerel n'ait pas élé frappé de cette impossibilité. Les aiguilles métalliques ne s'échauETcnt qu'à la condition dVMre traversées par une quantité d*éleclricité inlinimenl supérieure à celle qui peut s'écouler à travers les tissus qui ferment le circuit. D'ailleurs la chaleur électrique ne se développe que là où le courant surmonte un obstacle* Or, lorsqu'un tissu est interposé entre les deux rhéophores, ce o*cst pas dans les conducteurs métalliques, c'est dans le tissu interméditire que le courant rencontre la résistance : Taiguille par cooséqueui ne peut pas s'échauffer.
Sachant par une expérience thérapeutique faite #«r lui-même t\MQ ^ la gaivanopuncturc peut produire ûù% eschares, et sachant que la <
U) B«HiimU T)miiédttéimHtiU, L 1% p.3ll«. Fkrlt, ISSfi, in I.
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passage des courants peut chauffera blauc et même fondre un fil de platine, Fabré-Palaprat avait été conduit à supposer que le moxa électrique était un effet de Tincandescence de l'aiguille ; et il n'avait pu être détrompé par l'observation parce qu'il s'était appliqué luiméroe son moxa sur la nuque, en un point qu'il ne pouvait voir (4). Ce fut ainsi que, de très-bonnç foi, il émit l'assertion erronée que M. Becquerel, sans y regarder d'assez près, reproduisit dans son ouvrage. Mais une fausse interprétation, doublée d'un contre-sens de physique, ne saurait constituer des titres à la priorité d'une invention. Laissons donc de côté l'illusion de Fabré-Palaprat, et parlons des véritables inventeurs de la galvanocaustie.
L'idée d'utiliser en chirurgie la chaleur dégagée dans les fils que traversent les courants électriques, était venue en 1843 au professeur Steinheil, de Munich, qui en avait fait part à M. Heider, de Vienne. Il ne s'agissait dans leur pensée que de la cautérisation des dents. M. Heider mit le premier celle idée à exécution (1844). En 1847, Crusell, de Saint-Pétersbourg, fit une application toute différente de la cautérisation galvanique. Il passa une anse de fil à la base d'une grosse tumeur sanguine du front, rendit cette anse incandescente au moyen d'un courant électrique, et, par une traction parallèle à la base de la tumeur, il détacha celle-ci dans une grande partie de son étendue. M. Pirogofi'assisUiit à celte opération. En 1850 M. John Marshall cautérisa une fistule salivaire dans tout son trajet, au moyen d'un fil de platine chauffé de la môme manière. Deux ans plus tard, en 185S!, M. Hilton, de Guy's Hospital, passa par transfixion un fil de platine à la base d'un naevus de l'oreille, et détacha successivement, avec ce fil rendu incandescent, les deux moitiés de la tumeur. La même année M. Nélaton, avec le concours de M. Regnauld, qui était alors pharmacien en chef de l'hôpital des Cliniques, opéra avec succès plusieurs tumeurs érectiles par la cautérisation galvanique. Enfin, à la fin de cette même année 4852, M. Middeldorpf communiqua à la Société stlésienne de culture nationale son travail sur la c<mtérisation galvanique, travail qui fut suivi de plusieurs mémoires partiels, puis de son Traité de galvanocaustique, publié en 1854, à Breslau (:2).
M. Middeldorpf a rendu pleine justice aux travaux de ses devanciers, et c'est de son ouvrage que nous avons extrait ces documents historiques. Pour lui rendre justice à notre tour, nous dirons qu'il a
(1) Fabré-Palaprat, Introduction à 1 ouvrage de La Beaume, Du galvanisme appliqué à fa médecine, |>arl8. 1828, in-8. p. 112.
(2) Die'Galvanocauttik, cin Beitrag iur operaiiven Medicin. Breslau, 1SS4, ln-8.
PRODUCTIÔPÎ DE LA CHALEDR ÉLECTRIQUE, 533
eu le mente d'ériger en méthode générale une pr^ilique employée jusqu'alors sans aucune suile, de la régulariser, de la perfection uer, et d*en démontrer les nvaniages. Pour arriver à ces résuflals, il fallait un homme qui fût à la fois chirurgien et électricien; M. Middcldorpf a été cet homme. 11 a en outre inventé un grand nombre d*instrumenîs pour remplir les diverses indications opéraltiires ; parmi ces inslrumpnls nous citerons Vtmse coupante, qui dilTère entitiremenl du fi] simple usité avant lui, et le ^aivanocauière qui se manie comme un bistouri.
Avant de parler dcîf opérations galvanocauslîques, je dois exposer les prifl! tpes généraux sur lesquels repose îa méthode et décrire les appareils à Taide desquels on peut manier avec précision le calorique dégagé par les courants galvaniques.
Ces apparais se composent 1* d'une pile, i* de deux condupteurs métalliques, gros, longs et flexibles, adaptés respeclivemenl par Tune de leurs extrémités aux deux pôles de la pile, et libres par Tautre extrémité; 3* d'un conducteur métallique intermédiaire qui doit seul être échautîé par le couranL
Pour éviter toute confusion de langage, nous désignerons exclusivement sous le nom de rhéopkaru les deux conducteurs adaptés aux pôles, et nous réserverons le nom de conducteur h la pièce mé» tallique intermédiaire.
Dés que les deux rhéophores sont appliqués sur le conducteur, le circuit est fermé, les deux électricités contraires b^ précipUenl l'ime vers Tau Ire sous forme de courant continu, et, si les conditions de dégagement et de transmission du fluide électrique sont convenables, le conducteur s'échauQ'e sans que la température des rhéophores s'élève d'une manière notable. En quelques instants te conducteur atteint un certain degré de chaleur, l^ui per&iste ensuite sans changement pendant toute la durée du couxanl, pourvu que celui-ci soit constant.
La quantité de calorique dégagée est extrêmement variable sui- \^nt les conditions où Ton se place. Quelquefois Félévation de tetnpérature est tout à fait inappréciable ; d'autres fois elle peut aller jusqu'à fondre le platine, ce qui suppose une chaleur supérieure à celle des hauts fourneaux* Tout dépend de la nature de la pile, de celle des rhéophores et da celle du conducteur. Ceci nous conduit à étudier les circonstances à la faveur desquelles la chaleur galvanique se manifeste.
Toutes choses égales d^ailleurs, le dégagement de calorique, en un point quelconque du circuit, est proportionnel à la quantité d'c-
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lectricité qui dans un temps donné passe par ce point. H est donc d'autant pJus considérable que la source de l'éiectricifé est plus abondante, c'est-à-dire qu'il s'accroît avec Vtntensité de la pile. Or, l'intensité de la pile est en rapport avec l'étendue en surface des élé* ments de chaque couple. li faut donc prendre des piles à grandes surfaces pour pratiquer La cautérisation galvanique. C'est pour eela que M. Middeidorpf a donné la préférence à la pile de Grore, pile à deux liquides dont les éléments sont disposés comme dans les cioQpies de Bunsen, avec cette différence toutefois que le cylindre de charbon est remplacé par plusieurs minces lames de platine, entrecroisées en étoile, de manière à fournir une grande surface dans on espace assez restreint.
Ceci dit de la pile, occupons-nous des parties qui ccnstitoentie circuit Si les deux rhéophores et le conducteur formaient un ensemble homogène, le calorique se produirait uniformément dans toute leur étendue, et ne pourrait être utilisé dans les opérati(H» chirurgicales. 11 s'agit autant que possible de chauffer le conducteur sans chauffer les rhéophores, et pour remplir eettè îndicatioa il est nécessaire de déterminer la cause du dégagement de la chafeur électrique.
Celle-ci, avons-nous dit, est proportionnelle en chaque pôiilt^dQ circuit à la quantité d'électricité qui passe parce point. Mais ce nVst là qu'un des éléments de la question. Tons les points du circuit donnent passage, dans le même temps^ à la même quantité d'électricité, et cependant louis ne si'échauifent xnis au même degréj à mens que le circuit ne soit homogène.
Pour que la chaleur électrique se manifeste, il faut que le éèiirant rencontre tm obstacle et qu'il le surmonte. L'électricité qui sr*écoule librement ne dégage presque pas de chaleur. L'élévation de température est l'expression, en chaque point, de la réeistmiee vaincue.
Les obstacles qui entravent le passage de l'électricité peuvent dépendre de trois conditions bien différentes, savoir : la nature des parties qui forment le circuit, leur volume et leur longueur.
I* Parlons d'abord de leur nature. Tous les métaux ne conduisent pas également l'électricité. Le fer, le enivre, la conduisent trèsbien, l'or et le platine résistent beaucoup plus. Supposons que le conducteur et les deux rhéophores soient exactement pareils par leur forme et par leur volume, mais que les deux rhéophores soient en cuivre, et que le conducteur soit en platine. Dans de pareilles conditions, l'électricité trouvera plus de résistance dans le condue^