HISTORIQUE. — HEY ET WABDROP
vaisseaux artériels se laissent désorganiser, se rompent, et donnent lieu à deshéniorrhagies inlerstitielîes companibles à dts ripoplexies. Le sang exlravasé se creuse, dans la substance nioUe de la tumeur^ des foyers irréguliers, inégaux, multiples; tantôt il s'ycoagulejantôt II y reste h Tétat liquide, et alors, communiquant avec la cavité des artères, il peut imprimera la tumeur des mouvements d'expansion isochrones aux battements du pouls, comme cela a lieu dans les anévn'sraes. Ces tumeurs portent aujourd'hui le nom de cancers kématodes et sont considérées k juste titre comme une variété, une altération du cancer encéphaloïde (t), mais leur structure caverneuse ou spongieuse^ le souffle et les battements qu'elles peuvent présenter, leur donnent parfois quelque ressemblance avec certaines tumeum érecliles, et même avec certaines tumeurs variqueuses ou anévrvsmales.
Celte ressemblance eut le fâcheux résultât d'introduire dans la science une confusion des plus graves* cpii n'est môme pas encore entièrement dissipée. Elle conduisit d*abord les chirurgiens anglais, puis ceux du continent, à créer sous le nom de fungm hœmatodes un groupe factice comprenant à la fois Tencéphaloïde hémalode, qui est la plus terrible de toutes les tumeurs, et les tumeurs purement sanguines qui sont relativement Irès-în offensives.
Les premières obseiTations de Hey sont vralsemblahlemenL antérieures à celles de John Burns, mais elles ne furent publiées que trois ans après. En 1800, dans ses Dmertiftions on hi/lammaiion^ John Durns décrivit, sous le nom de Spongùïd Infîammadoti, une production accidentelle qu'il crut devoir séparer du groupe des cancers, à cause de la différence de la structure extérieure, mais dont la gravité était égale, de son aveu, à celle des tumeurs les plus malignes. Celte affection est évidemment la môme que celle dont liey donna la description, sous le nom hybride de fungus hœmaiùdes dans ses Praciicai Observationê (n Surgêry, qui parurent en 1803. Quoique le Cc/mmiVto de la Société du cancer, dans la seconde édition de son progr:mime, publiée en 1806, eiU rejeté celte distinction, on continua à admettre, avec llcy et L Burns, que le fungm kœtnatod€$ n'éUiit pas un cancer. La monographie, trùs-estimable d'ailleurs, de M. Wardrop {On Fungm Hœmaîodcs^ Edinburgh, 1809), fît définitivement prévaloir cette idée. Jusque-là le mal n était pas grand, puis* qu'on s*élait borné à ériger une variété en espèce; mais le désordre
tl) fnusievrs autre* eipêccade tumeors, teMes que tea fibroide»,lea myéloîdeâ, etc*, peuvent également détenir le siège de ralléraUoB de Uasu qui donne Heu à Yétat
s'accrut bientôt. D'une part, îl fut facile de trouver tous les cas intermédiaires entre le fungus hématodc le plus avancé, et Tencéphaloïde le plus pur. Cela aurait dû conduire à replacer le fungus hématode dans la classe des cancers ; au lieu de cela, on en retira tous les encéphaloïdes, lesquels, hématodes ou non, furent pendant longtemps considérés comme constituant une espèce différente du cancer, et désignés sous la dénomination commune de fungus hœmatodes. D'une autre part, certaines ressemblances extérieures firent ranger dans la même catégorie les tumeurs érectiles, ou télangiectasies qui sont purement vasculaires et qui n'ont aucune analogie avec Tencéphaloïde. Bradley alla plus loin encore : et, dans cette classe des fungus hématodes, aussi envahissante dans la nosologie qu'elle l'est dans l'économie animale, il fit rentrer les kystes sanguins qui se forment sur le trajet des veines rompues ou dilatées, affection déjà décrite depuis longtemps par Else, dans le 3* vol. de Médical Observations and Jnquiries. Bradley avait été élève de Hey à l'infirmerie de Leeds, et on put croire qu'il avait exprimé la pensée de son maître. Ainsi, tandis qu'on séparait l'encéphaloïde du cancer, on le rapprochait de plusieurs maladies avec lesquelles il n'a aucun point de contact. La conséquence de cette confusion fut des plus fâcheuses, car on fut conduit à aggraver singulièrement le pronostic des tumeurs sanguines, et à atténuer, par la môme occasion, celui de l'encéphaloïde. Lorsque Young, en 1815, chercha à prouver que le fungus hématode est un cancer, on lui fit des objections tirées de l'innocuité de certaines tumeurs hématodes que nous appelons aujourd'hui tumeurs érectiles. Lorsque Maunoir, de Genève, en 1820, voulut débrouiller cette question confuse, il se heurta sur un obstacle analogue. Il détacha du groupe des fungus hématodes l'encéphaloïde simple qu'il nomma fungus médullaire; mais il y laissa l'encéphaloïde hématode confondu avec les tumeurs érectiles, et c'est depuis lors que les tumeurs pulsatiles du squelette ont été désignées sous le nom de tumeurs érectiles ou d'anévrysmes des os et traitées comme telles par la ligature de l'artère principale du membre. Par suite de cette erreur déplorable, plus de cent malades peut-être ont subi l'inutile et grave opération de la ligature, qui n'a pas empêché ceux qui ont sun'écu de subir ensuite, et souvent trop tard, l'amputation qu'il eût fallu pratiquer le plus tôt possible. J'en ai vu plusieurs exemples, jusque dans ces dernières années. Voilà comme les égarements de la pratique succèdent à la confusion du langage. Une autre erreur moins fâcheuse parce qu'elle a été moins générale, mais tout aussi curieuse que la précédente, s'introduisit dans la chirurgie par
HISTORIQUE. — ABEnNETHW
lin mécanisme analogue. Travers avait Irailé en 1809 une tumeur fougueuse sangoine de Torbite par la ligature de la carotide, et cetta opération, bientôt répétée par MM. Dalryniphe et Wardrop, avait donné plusieurs succès remarquables. On fut donc conduit à croire que tous les fungus bématodes, y compris les cncépbaloïdes, qui sont les plus graves de tous les cancers, pouvaient guérir par la ligature de rartère au-dessus de la lumeur. A* Coopcr ut Lucas firent dans ce sens des tentatives qui, comme on le prévoit, furent infructueuses^ A, Cooper 'fit connaître ces insuccès en 18i 8, dans son Mémoire sur les Sxostoêes (i). Gela n'em pécha pas Maunoîr, en 1820, dans son Mémotre mr le sarcocèie (â), de préconiser la ligature de Tarière spei'matique comme un moyen propre à procurer la résolution du cancer du testicule, et il y a quelques années k peine^ à rn*Mel'Dieu de Paris, Roux traitait encore le cancer de la langue par la ligature des deux artères linguales.
Telles furent les conséquences nombreuses de la première méprise commise par John Burns et par Hey sur le fungus hémaiode. Ce qui n'était d'abord qu'une erreur partielle, arriva peu à peu â produire une confusion plus générale, et embrouilla pendant longtemps toute la question des tumeurs. C'est celle cause, j*en suis convaincu, qui paralysa les efforts de Tanatomie pathologique dans la Grande-Bretagne, et qui empêcha les chirurgiens anglais de mellre k profit, de corriger et de complélcr les recherches d'Abernethy*
John Abernethy a le mérite incontestable d'avoir pw^W la première classification analomique des lumcurs. Il a même précédé Latnnec, puisque celui-ci ne communiqua son travail à la Société de la Faculté de médecine qu*à la fin de décembre 1804, et que celui irAbernethy avait paru à Londres daus le courant de la même année. Il m'a semblé juste louleruis d'accorder la priorilé à Laêmiec parce que la polémique qull eut à soutenir contre Dupuylren démontra que depuis deux ans déjà il avait formulé sa doctrine dans es cours. Au surplus cette qiiestion de priorité n'a aucune imporlance, car il est bien certain que LaStîncc et Abernethy, vivant dans deux ijays qui ne se parlaient alors qu'à coups de canon, travaillèrent isolément, à Tinsu l'uu de l'autre* Là différence radicale qui existe enlre leur classification le prouve suffisamment. Laënnec avait eu Bichât pour guide, et avait appliqué à Tétude des tumeurs les prin-
fIJ A. Cooper, Sur^icai Bisays. Lond,, ISiS, ln-8, part, I, p, IM et tq. (îj Oi-Tl3, Mauûoir, NmtfciU Méthode dt truiier U êurcocék mm ^tirpef li iestieule. Genève, I8Î0, in-8.
cipes de Tanatomie générale. Mais cette science n'avait pas encore franchi les frontières de la France, et Abernethy s'engagea sans Ûl dans un labyrinthe où il se perdit plus d'une fois. Loin de lui en faire un reproche, nous devons au contraire le louer de sa hardiesse. La critique moderne n'a pas été équitable envers cet éminent chirurgien; on Ta accusé de légèreté parce qu'on a reconnu que ses descriptions manquaient de précision, et que ses divisions manquaient d'exactitude. Mais pour apprécier sainement les travaux d'un homme, il faut se transporter à l'époque où il écrivait, pt dans le milieu où il vivait. Abernethy abordait la question la plus obscure et la plus embrouillée de la science, une question devant laquelle Hunter lui-môme avait reculé, et qui avait paru trop forte pour une seule tête puisqu'une société spéciale s'était formée pour la résoudre. Seul, il osa répondre à l'appel de cette société, et ii le fit avec une modestie et une réserve bien rares chez les classifîcateurs.
Son travail était intitulé : Essai de classification des tumeurs diaprés leur ^structure anatomique, « En m'engageant dans cette entreprise nouvelle,» dit-il dans son introduction, «je vais probablement montrer l'insuffisance de mes lumières, et en adoptant un classement nouveau, mais peut-être « unjudicious, » en employant des termes nouveaux, mais peut-être impropres, je puis prêter le flanc à la critique et à la censure... mais j'espère qu'en éveillant l'attention et en provoquantles recherches d'un grand nombre de personnes, cette classification pourra à la longue se perfectionner de plus en plus, résultat qui ne pourrait jamais être atteint par les efforts d'un petit nombre d'individus (i). » Si VEssai d'Abernethy ne fut pas plus heureux, s'il n'eut pas l'utilité qu'il était permis d'en attendre, la faute en est à ceux qui n'entendirent pas cet appel.
Pour mieux circonscrire son sujet, Abernethy donna au mot tumeur une acception limitée ; « Je restreindrai, dit-il, la signification chirurgicale de ce mot aux gonflements dus à quelque production nouvelle qui ne faisait pas partie de la composition primitive du corps (2). » Les hypertrophies simples {mère enlargements of natural parts) se trouvent par conséquent exclues de cette définition.
L'ordre des tumeurs ainsi compris peut se diviser en plusieurs genres dont le premier est celui des sarcomes. C'est le seul qu'Abernethy ait méthodiquement coordonné et subdivisé. Il s'est pour ainsi dire borné à indiquer les autres, qui n'avaient pas pour lui le même
(I) Abernethy, An Attempt io form a Ciassification of Tumours. London, 1804, iii-8, ëdit. de 18*22, p. 4.
{2)Loc. cit ,p. 5.