‹ Traité des tumeursChapitre 20 sur 140 · HISTORIQUE- — ABERNETHY · texte numérisé non relu

HISTORIQUE- — ABERNETHY

U. Le second genre esl celui des tumeurs enki^stéfs^ comprenant e^ loupes stéatûDiâteuses, athérûmateusesou mélicériques, les kystes [lileux, ceux qui sécrètent des cornes, ceux qui renferment un li- [iquldc transparent, et ceux qui renferment des corps bi;mcs et flotmts- Abernethy samt que ces derniers kystes se forment surtout dans les gaines tendineuses. Le troisième genre est celui des iumeurs osseustM^ où Tauteur, comme tous les aoatomo-patholagîstes de son temps, réunit à la fois les productions véritablement osseuses et les dépôts calcaires amorphes auxquels la microscopie moderne refuse la structure propre du tissu osseux. Enfui Abernethy annonce en ter^ minant que certaines tumeurs sont formées d'une substance semblable aux cartilages; tels sont les corps libres qu'on trouve dans les articulations. Revenons maintenant au genre sarcome.

Le mot sarcome est un des plus anciens de la chirurgie» il remonte à l'antiquité grecque; mais il n'a jamais eu de signification précise. Pour les uns, ce mot était synonyme de cancer ou de carcinome ; poux les autres, il désigoait seulement les tumeurs dont la couleur se rapprochait plus ou moins de celle de la chair musculaire, Abernethy rappliqua comme terme générique k toutes les tumeurs ayant une consistance ferme et charnue : fmvmg a firm md (le^hy fteL Celte déûnitîon, comme on voit, laissait beaucoup à désirer sous le rapport de la clarté, et il n'eu pouvait être autrement, puisqu'elle devait s*applîquer à des tumeurs fort disparates*

Il y a huit espèces de sarcomes : 1" le turcôme commun umeulaire; S" le sarcàme adipeux; 3* le sarcome pancréatique ; 4* le iùrcôme ctfstique; 5* le sarcome mammaire; G* le smxôme tuberculeux; T le Bûrcùme pulpeux ou mêduilaire; 8" le mrcôme carcinornaieux. Les descriptions de ces divers sarcomes ne sont ni assez claires ni assez détaillées pour permettre de comprendre toujours la pensée deTauteun 11 est bien certain que la deuxième espèce correspond au lipome, la septième à rencéphaloîde, et la huitième au squirrhe; il est certain aussi que la quatrième espèce comprend les tumeurs formées parle développement d'un grand nombre de petits kystes dans un espace limité. Quant aux quatre autres espèces, elles sont beaucoup plus embarrassantes. On pourrait croire que le sarcome tuberculeux désigne les tumeurs formées par ce qu'on appelle généralement la matière tuberculeuse ; mais, après avoir dit quH a surtout observé ces tuoieujs dans les ganglions lymphatiques du cou, Fauteur ajoute ! ti Cette maladie parait d'une nature très-raaligue* « et il cite comme exemple les lumeurs mulUples de la peau qu1l a trouvées sur le cadavre d'une femme morte de cancer ulcéré de Tutérus. U confond

par conséquent dans une seule espèce les tumeurs tuberculeuses proprement dites et les cancers multiples de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. Le sarcome commun vasculaire est plus obscuj^ encore. Ce sont toutes les tumeurs qui paraissent formées de la partie gélatineuse du sang, rendue plus ou moins vasculaire par le développement de vaisseaux nouveaux dans son intérieur. On ne voit guère ce que vient faire ici la gélatine. C'est Técho de la vieille lymphe gélatineuse des chimiatres cartésiens. Du reste, on en est réduit aux suppositions sur la nature de ce sarcome. Ainsi M. Walsh le fait rentrer dans la catégorie des encéphaloïdes (i), tandis que Samuel Cooper, citant une observation d'éléphantiasis du scrotum, dit que cette tumeur énorme, du poids de quarante-quatre livres et demie, était un sarcome commun vasculaire (S). Quant à moi, il me parait probable qu'Abernethy avait en vue les tumeurs qui donnent de la colle par Tébullition, et je suis disposé à croire que cette espèce douteuse correspond à quelques-unes des variétés de nos fibromes et de nos fibroïdes. Mais toutes les interprétations sont permises. Quant au sarcome pancréatique, dont la structure ressemblerait à celle du pancréas normal, et au sarcome mammaire, dont la structure ressemblerait à celle de la mamelle, ce sont des espèces entièrement énigtoatiques que jusqu'ici personne n'a pu retrouver.

J'ai dû exposer avec quelques détails la classification d'Abernethy, à cause de son importance historique, et aussi parce que c'est à peu près la seule qui ait pris naissance en Angleterre dans la période qui nous occupe. Quoique imparfaite à beaucoup d'égards, elle a eu du moins l'avantage de graver profondément dans les esprits l'opinion de Hunter sur la multiplicité de nature des tumeurs confondues jusqu'alors sous le nom de cancer. Au lieu d'observer les productions accidentelles avec l'idée préconçue de les ramener à l'unité, les chirurgiens anglais cherchèrent, au contraire, à en établir la diversité. Ce fut ainsi que M. Lawrence en i 808 reconnut la bénignité d'une ftiSèction jusqu'alors confondue avec le cancer, et désignée depuis sous le nom de fungus bénin du testicule. Puis Ev. Home découvrit que le prétendu squirrhe de la prostate est une hypertrophie générale ou partielle de celte glande; et à son tour Astley Cooper retira successivement de la classe des tumeurs malignes les tumeurs cartilagineuses des os et de la mamelle, les tubercules testiculaires qu'il

(1) Article Cancer, in the Cyclopediaof Practical Surgeryy conducted by Costello^ vr>1. 1, p. 593. Lond., 1843, gr. in-8.

(2) Sam. Cooper, Dictionnaire de chirurgie pratique^ trad. franc. Paris, 1826, gr. in-8,t. II, p. 533, art. Tuxeurs.

HISTORtQUE, — LA SOCIÉTÉ ANATOMÏQUE,

dêcrhil sous Je nom de testicule scrofuleux^ le testicule sypMlîlique qui, avant lui, était habituellemeiil traité par la castration, cl l'hypcrlrophie partielle de la mamelle (tumeur mammaire chrmiiquç) qifon avait jusqu'alors confondue avec le squirrhe* Ces utiles découvertes n*avaîent rien de général, puisqu'elles ét<iient relalives h la pathologie spéciale de certains organes; mais c'étaient des matériaux précieux qui devaient rendre de grands services à ceux qui traiteraient plus tard les questions de doctrine.

Ainsi, tandis qu'en France les partisans de Broussais s'elTorçaient de revenir avec une tliéorie nouvelle à Pantique système de Tunité des tumeurs, en Angleterre, au contraire, les successeurs de Hunter poursuivaient un but opposé et s^attachaient à établir des distinctions qui, pour être partielles, n*en étaient pas moins solides. Ce qui manquait à ces derniers, c'étaient des vues d'ensemble ; leuratr lention était presque exclusivement concentrée sur les faits particuliers. Les premiers pécii aient par rexcès inverse et négligeaient les détail*^ pour se livrer h une généralisation prématurée el systématique* La chute graduelle de TédiCce de Broussais permit aux observateurs français de se livrer à des recherches plus utiles. En 1826, M. Cruveilhier fonda à Paris la Société anaiomfque, el dans son discours d'inauguration signala la question des productions accidentelles, comme celle qui devait attirer le plus spécialement l'attention des jeunes gens groupés autour de lui. L'école de Paris, secouant peu k peu le joug de la doctrine physiologique, revenait aux idées et à la classification de LaConec, et la contradiction que nous avons déjà signalée était redevenue plus pressante qiiQ jamais. Corn* ment concilier, eu efTet, Ténormc diirérence qui existe entre le squLrrhc et rencéphaloîde, avec l'identité de la maladie qui produit ces deux lésions? Pour échappera cette contradiction, et i>ourse mettre pbis à leur aise, les chirurgiens se rattacbùrent de nouveau à la vieille hypothèse de la dégénérescence des tnnieursj else replongèrent dans le chaos du dix-huitième siècle. Mais les anatomo-palbologisles ne pcuvaient admettre ces transformations de tissus, el ils s'etforcèrenl d'expliquer autrement Tidentité de nature du sqnirrbe el de l'encéphalûîde. Ce fut ainsi que M. Cruveilhier fut conduit à faire la découverte du suc cancéreux^ la plus importante peut-être qui ait été faite dans Pétude des tumeurs avant la période micro- . graphique.

Le suc cancéreux est un liquide lactescent, plus ou moins épais, plus ou mfuns opaque, répandu dans la plupart des tumeurs cancéreuses, et des tumeurs cancéreuses seulement. C'est une substance

hétérologue infiltrée dans une trame cellulaire ou fibreuse, et susceptible d'en être extraite par le grattage ou par la pression. « Il ne nous paraît y avoir d'autre diff'érence, dit M. Cruveilhier, entre le squîrrhe ou cancer dur, et Tencéphaloîde ou cancer mou, que dans la quantité du suc lactescent qu'ils contiennent, dans la rapidité avec laquelle il est déposé. » Ce fut au mois de mars 1827 que M. Cruveilhier lut à la Société anatomique le travail d'où nous extrayons cette phrase remarquable. C'était un trait de lumière d'avoir reconnu que la nature des tumeurs dépend, non de leur forme extérieure et de leur structure grossière, mais en quelque sorte de leur composition moléculaire, non de leur tissu^ mais de leurs éléments. Le squirrhe et l'encéphaloïde sont des tissits différents, quoiqu'ils renferment un élément commun, le suc cancéreux, qui établit leur identité nosologique. Cette découverte aurait pu conduire à de grands progrès; mais lorsqu'on voulut aller plus loin, on fut arrêté par deux obstacles qui parurent infranchissables. D'une part, on confondait alors avec l'encéphaloïde certaines tumeurs glandulaires ou fibroplastiques qui ne renferment pas de suc ; d'une autre part, on trouvait dans la mélanose cancéreuse un suc noir, au lieu du suc lactescent du cancer; tandis que le cancer colloïde ou gélatiniforme, récemment découvert par M. Cruveilhier, ne présentait aucun suc véritable. La signification du suc cancéreux ne put donc être exactement comprise. S'il eût été possible alors de pénétrer plus profondément dans la composition de ce suc et d'en étudier la structure microscopique, toutes les hésitations auraient disparu, et la science des tumeurs eût pris certainement un essor rapide. Mais le microscope n'avait pas encore été appliqué attentivement à ce genre d'études, et M. Cruveilhier lui-môme méconnut l'importance de sa propre découverte, qui devait vingt ans plus tard recevoir de si utiles applications.

Toutefois, si l'on était encore loin de la vérité, on était du moins sur sa trace. On possédait, pour distinguer les tumeurs bénignes des tumeurs malignes, un caractère incertain sans doute, et quelquefois môme trompeur, mais ce caractère, à tout prendre, était bien supérieur à ceux qu'on avait tirés jusqu'alors de la forme, de la consistance ou de la couleur des productions accidentelles. Il ne suffisait plus, pourdéterminer le squirrhe, d'écouter si son tissu criai/ sous le scalpel j ni, pour reconnaître l'encéphaloïde, de constater que la tumeur était plus ou moins molle et friable ; il fallait de plus qu'il fût possible d'extraire de leur substance le suc lactescent du cancer. Aussi vit-on dès cette époque la Société anatomique refuser le nom

niSTOEïQUE. — M- CBUVEJLHIEn,

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de cancer à un grand nombre de tumeurs qui lui étaient préscnlées comme des sqtiirrhes ou des eneéphaloîdes. Par ejcemplc, dans son Mémoire sur ksarcocèle, publié en 18^8, et renfermant le résumé de dix observations présentées à la Société par diverses personnes, M. Cruveilhier crut pouvoir alUrmer que sur ces dis tumeurs du testicule, trois seulement étaient cancéreuses. La même année, MM* Leuoiret Hip. Royer-CoHard lurent chacun un mémoire sur HncerLilude des caractères ordinairement assigné au cancer par les chirurgiens. Ceux-ci ne voyaient pas sans répugnance leurs opinions infirmées par l'anatomie pathologique, et les distinctions nouvelles qui se produisaient chaque Jour compliquaient singulièrement le diagnostic des productions accidentelles^ si facile autrefois, si difficile désormais. Ainsi naquirent les premiers dissentiments entre les cliniciens elles anatomo-patholùgistes; ce n'était d'abord qu'une méfiance réciproque, mais bientôt ce fut une lutte véritable, qui prit des proportions croissantes, et qui souleva plus tard des orages académiques, / ^tc n r i^p

Seul, de tous les chirurgiens français, M, Velpeau comprît la nécessité dey^débrouiller le chaos des tumeurs, au risque démultiplier les difficultés du diagnostic. Sans repousser aussi catégoriquement que M, Cruveilhier le phénomène de la dégénérescence, il le considérait du moins comme tout à fait exceptionnel, et reconnaissait dès lors la possibilité rie distinguer, dans la pratique, des productions accidentelles difl'érentes par leur nature et par leur évolution. Il appliqua donc sa grande sagacité à ta recherche des caractères cliniques propres à fournir les éléments du diagnostic* Mais il n'aborda pas cette question épineuse dans toute sa généralité; il ne ^'attacha pas à donner une classification complète des tissus de formatioD nouvelle; il concentra toute son attention sur le diagnostic des tumeurs de certaines régions, et s'occupa surtout des tumeurs de la mamelle. Son article Mamelle, écrit en I83S pour le Diction^ naire de médecine en 30 volumes {l, XIX), prouve qu1l avait déjà fait dans cette voie des progrès rapides.

Cet article est loin d'être irréprochable ; on y trouve plusieurs distinctions subtiles que robservation ultérieure n'a pas conûnuèes, en particulier celle des tumeurs butyreuscs, formées, suivant Fauteur, par laccumulation et la concrétion de la partie caséeuse du lait. L'exemple cité par M. Velpeau à l'appui de sa description prouve que ses tumeurs butyreuscs ne sont autre chose qu'une variété d'cticéphaloîde, Muis une distinction plus importante et plus vraie est celle des tumeurs fiàrineusesde /a mameiie. L'auteur décrivit sous ce

microscopiques. La même année, il donna, dans le Répertoire d'ànatomie et de physiologie y de Breschet, son beau mémoire sur le tissu adipeux. C'est là qu'après avoir décrit les cellules adipeuses, expliqué comment de nouvelles cellules se développent dans Tintérieur des anciennes et comment ces cellules donnent naissance au tissu cellulaire et au tissu musculaire, c'est là, dis-je, qu'il s'écrie dans un moment d'enthousiasme : o Enfin, tout tissu, animal ou vé- (( gétal, ne serait qu'une modification de cette structure; les vais- <( seaux se formeraient de la môme manière dans l'un comme dans (i l'autre règne, en sorte qu'il ne mé^aratt pas éloigné le temps « où, sans être taxé d'orgueil et de témérité, l'on pourra porter ce (( défi purement scientifique : Donnez-moi une vésicule dans le sein « de laquelle puissent s'élaborer à mon gré d'autres vésicules ^ et je « vous rendrai le monde organisé (1). »

Jamais la doctrine cellulaire n'a été formulée avec plus de précision et de hardiesse, et ceux qui, dix ans plus tard, prétendirent l'avoir inventée, ne surent pas revêtir leur pensée d'une forme aussi saisissante. Le seul homme qui pourrait à la rigueur disputer la priorité à M. Raspail est Hippolyte Royer-Collard, qui, dès 1826, communiqua à la Société anatomique des idées analogues, consignées dans le compte rendu de cette année par Lenoir. Mais le travail de Royer-Gollard ne fut publié que dans le Bulletin du mois de juin 1828, et d'ailleurs on ne doit pas oublier que le premier mémoire de M. Raspail date de 1825.

La doctrine de Royer-GolIard est plus complète que celle de son émule, puisqu'elle embrasse à la fois les tissus normaux et les tissus pathologiques. Avant d'arriver à leur période d'état, les tissus traversent des périodes transitoires, et depuis l'état vital le plus simple jusqu'à l'état de tissu définitif, il y a trois degrés successifs d'organisation : 1° Vétat organique amorphe^ qui, dans les productions normales, porte le nom de succus formait vus ^ et dans les productions morbides le nom de lymphe plastique; c'est ce que les Allemands appellent aujourd'hui le blastcme; 2** Vétat globuleux succède au précédent; il est permanent chez les animaux inférieurs; il n'est que transitoire dans l'embryon des êtres dont l'organisation est plus éle-

(!) Raspail, Recheixhes physiologiques sur les graisses et le tissu adipeux dans Répertoire d'anatomie et de physiologie de Breschet, t. in,p. 174. Paris, l827,ln-4o. Les publications antérieures de Raspail, relatives surtout aux cellules végétales, se trouvent dans les Annales des sciences naturelles^ octobre et novembre i82S, dans le Bulletin des sciences naturelles et de géologie^ février 1S27, n. 176, t X, p. 251, et dans le 3« vol. des Mémoires de la Société d'histoire naturelle, l«r cahier.

HISTORIQUE. — BOYER-COLLAnD.

yée; mais il se retrouve encore dans quelques tissus adultes et dans cerlaînes productions pathologiques ; 3* Véiat fibreux tt laminairey enfin, est l'élat délînilif des tissus compliqués. « Les deux formes Il fîisreuse et laoïinairet quî, par le fait, n'en font qu'une, résultent J « de la combinaison et des modiûcatiûns de k lymphe plastique et a des giobulcs (1), « Ces lois sont applicables aux productions pathologiques, telles que le pus et le tubercule. Royer-Gollard» dans ce premier travail, ne parle pas du cancerj mais, dans son Mémoire eut iei caractères du cancer, publié deux mois plus lard dans le Bulletin d'août 18îâ, il compare le développement des tumeurs cancéreuses à celui deTembryon, et explique les dilTérences de leur structure exléricure parle degré d*organisation plus ou moins avancée de leurs éléments, ft La forme vésiculaire est une des formes organiques primitives par lesquelles passe la production cancéreuse. La diversité des formes dépend de la diversité des époques auxquelles on étudie la maladie. Toutes les parties d'une masse cancéreuse ne se développant point en môme temps, il arrive souvent que Ton rencontre en un seul cancer plusieurs degrés de la maladie (p* 192). n

Toute la doctrine deTécole allemande ticluelle se trouve donc formulée, depuis plus de trente ans, dans les travaux de M, Raspail et d'Hippolyle ftoyer-Collard, Ces deux savants, toutefois, n'avaient que des principes généraux* Ils avaient indiqué Tongine des as, mais ils ne les avaient pas décrits; ils avaient cvééVhîstogétèse et négligé Vàigiologie* M. Raspail, it est vrai, publia plusieurs mémoires spéciaux sur diverses productions végétales cl sur les tissus adipeux des animaux; mais il n'eut pas le temps de compléter son ceuvre et d*étendre ses recherches à tous les tissus. La révolution rie 1830 entraîna et égara cet esprit ardent dans le tourbillon de la politique» pendant que Royer-Coîîard, enlevé à la science par le même événement, usait sa belle intelligence dans les fonctions admimstratives.

Cette double défection arrêta subitement Tessor de l'hislogéoése, Un n'abandonna pas pour cela complètement les études microscopiques* On vit paraître, de temps en temps, quelques mémoires isoliés sur plusieurs tissus normaux el même sur un petit nombre de ! productions accidentelles. En 1836, M. Gluge, pendant son séjour à I Paris, entreprit Télude des tumeurs eneépbaloïdes; il communiqua [ses recherches à rAcadémie dm sciences le â janvier 1837, et s'il

(J) BuiUHn de (a Soc. anatomitjuêf année 1828, 2« édit., p. J4I et p, î^2, Voti luHî te compte reodu de Lenotr ûaûh h même HecueHj aimée JS26, 2« edit*, p. 210,

n'a pas découvert les cellules cancéreuses, déjà indiquées parRoyer- Collard, c'est lui du moins qui les a décrites pour la première fois (I). Mais ces travaux partiels manquaient d'ordre et d'ensemble ; les découvertes se succédaient avec lenteur et les descriptions n'avaient rien de précis, parce que la langue micrographique n'était pas encore formée. Pour activer ces difficiles recherches, il fallait les coordonner, les systématiser et les diriger vers un but commun. Ce fut l'œuvre de Schleidcn, de Schwann et de MuUer qui, reprenant et développant les idées de Raspail et de Royer-CoUard, complétèrent et promulguèrent la théorie cellulaire. Schleiden, au commencement de 1838, décrivit l'origine, le développement et les transformations des cellules végétales et en fit le point de départ de la formation de tous les tissus végétaux (2). Schwann, quelques semaines après, soumit

(1) Glogp, Becherches microscopiques sur le fluide contenu dans les cancers encéphalcides, dans Comptes rendus de l'Académie des sciences^ 1837, p. 20 (séance da 2 janvier).

(2) On lit partout que le premier travail de Schleiden sur les cellules végétales parut en 1837 ; mais j'ai lieu d'en douter, car^ d'une part, dans son mémoire intitulé : Beitrage zur Phytogenesis^ qui parut au plus t6t en février 1838 dans les Archives de Muller, p. 137, l'auteur ne fait aucune allusion à cette prétendue publication de l'année précédente, et il s'exprime comme s'il exposait ses idées pour la première fois; d'une autre part, ceux qui ont indiqué la source du mémoire de 1837, lequel serait intitulé : Ueber die Bildung der Pflanzenzelle, ont prétendu qu'il a\ait paru dans les Archives de Muller, ce qui est tout à fait inexact. D'ailleurs, Muller, qui connaissait bien son journal, n'a parlé dans sa Physiologie que d'un seul travail de Schleiden, publié en 1838; c'est celui qui est cité plus haut, et qui est seul mentionné dans les ouvrages spéciaux de bibliographie. L'erreur vient probablement de ce que le troisième n» de janvier 1838 des Neue Notizeti de Froriep, débute par un mémoire de Schwann, où il est quesUon des recherches déjà publiées de Schleiden. Mais, en y regardant de plus près, on voit que l'auteur renvoie au mémoire publié dans le deuxième cahier des Archives de Muller pour 1838, et U en résulte que par une de ces irrégularités qui ne sont pas rares dans certaines publications périodiques, les numéros de janvier 1838 des Froriep's Notizen ne parurent qu'un ou deux mois plus tard. Ces explications ne sont pas sans uUlité, parce que le rôle du noyau dans le développement des cellules avait été décrit par Yalentin, pour les cellules pigmentaires, en 1830, et que la priorité de cette découverte parait devoir lui être attribuée. Henle n'hésite pas à la lui accorder {Anatomie générale^ trad. franc. Paris, 1843, t. I, p. 129). Schleiden, en sa qualité de botaniste, n'était pas tenu de connaître le travail de Yalentin, mais 11 ne pouvait pas ignorer les recherches de Raspail, relatives, en partie, à la structure des végétaux, et il est vraiment curieux de voir par quel procédé Ingénieux et sommaire, il s'est débarrassé de l'incontestable priorité de ce savant. « Je puis me passer, dit-il {Mûller^s Archiv^ 1838, p. 138), d'une introduction historique, car^ à ma connaissance ,*on n'a fait jusqu'ici aucune observation directe sur le développement des cellules des pUntes. On sait depuis longtemps que les prétendues cellules primitives de Sprengcl sont des grains solides d'amidon, et m'occuper du travail de Haspail ne me semble

HISTORICITE. MtILLEB.

pmême étude et à la même généralisation les cellules et les tissus des animaux (1). Enfin, MuUer» la m(îme année, dans son ouvrage sur la structure intime des lumeurs, fit rentrer les tissus pathologiques dans le cadre tracé par ses deux prédécesseurs (^2). En moins d'une année, la théorie cellulaire avait atteint Tapogée de sa gloire ; elle régnail sans partage, comme Tavait prédit Baspail, sur tout le monde oi^anisé.

La théorie cellulaire provoqua des recherches nombreuses et utiles, mais son influence sur la doctrine des tumeurs fut des plus fâcheuses. Tous tes tissus accidentels se Irourant ramenés à la môme origine que les tissus normaux, c'est-à-dire à une origine unique, il n'était plus possible de les diviser en tissus homologues et tissus hétérologue^. a Sous le point de vue des éléments microscopiques et de la formation (^e/ie5is), ditMullerdansla partie générale de son ouvrage, la structure des tumeurs de bonne nature ne diffère pas du tout de celle du cancer, » D'après cela, l'anatomie pathologique devait être impuissante à classer les tumeurs, et c'est ce que t*auteur dit expressément à la puge suivante. Il fallait bien les classer, cependant, el Mul- 1er, désespérant d'y arriver par Tétude anatomique, se retourna vers la chimie* Jî fit bouillir des tumeurs, les traita par les réactifs; les unes donnaient de la graisse (lipomes, kystes renfermant de la matière grasse); les autres donuaient de la gelée (enehondrômes, tumeurs ostéoides, tumeurs formées de tissu cellulaire ou de tissu fibreux); toutes les autres, depuis les tumeurs scrofuîcuses jusquîm cancer, donnaient de l'albumine, et il suffit de Jeter un coup d'œil sur cette division pour reconnaître qu*elle est entièrement artificielle, entièrement contraire à Tanatomie et à la pathologie, Mulîer fut donc obligé de reléguer au second plan sa classification chimique el de s'adresser à un troisième ordre de caractères, tirés de ce qu*il appelait la nature physiologique des tumeurs, c'est-à-dire de leur marche clinique. Mais, de son propre aveu (p. 27), il n'était nullement clini-

|«<itTipailt>L« avec ladi^lté de h aciencâ. (Aaf BaspaH's Arbell cnlch einiulasief], ûut mir mit der Wûrde der Wlàsenschaft uovertrilglidL) * Vinlà une dignité utlleinent comprise; maULe geai de la fdbt« au tnmri^ n'in sut tait pa^ te paon.

(I) Th.-Sv Schwann (de Berlin), Ueber die AnnhgU in der SfmcUir rmd dem Wat^httufm der Thi^f und P/tanstn^ ftaiiâ Frorîep's N^-ue Nothen aus dem GehiHe <fer Saiur'und Heitkandf ; troiA noiea publiée* dans les numêfoa !îl. 103 et U3 (JinYiér à avril 1138), t V, p. Zd et 22h, et t, VI » p. n. — Mikroskopifche Vnter^ suciiungea ûùer die Vebereimtimmimg in dtr Strudur def Ifticre und F flan zen t fierlio, iR^gj toL i»-b.

Cî) J, Huiler, Ueher dm fèineren Bau tmd die Formm dtfr kr^nkhafttn Gêsçhwùhfs. B*riin, iB3S. in-folio, i« parUe (ïa 2» parU« n*a i>!i8 paru}.

cien, et les opinions qu'il avait pu se faire en compulsant les auteurs ne ravalent conduit qu'à la vieille distinction des tumeurs bénignes et des tumeurs malignes, avec l'idée complémentaire de la dégénérescence (p. 29, prop. vm). Ce fut ainsi que, se basant tantôt sur la clinique, tantôt sur l'anatomie pathologique, tantôt sur la chimie, Muller finit par enf8nfte^uoe classification hybride, qui ^ eu trop de célébrité pour qu'on puisse se dispenser de la reproduire.- Je place entre parenthèses la synonymie, pour les espèces qu'il m'a été possible de reconnaître.

/ Cârcinoma simplex {squirrhe).

. l Garcinoma reUealare (?}.

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