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TENDANCE PROPRE DES BLASTÈMES

iJ la tient de son organisation^ il ne la doit pas au voisinage de l'os, il la conserve lorsqu'on le sépare de l'os. M, Ollier a délaché des lambeaux de périosle; il les a transplantés au milieu des parties molles, loin du squelette, lantôE sur le mônje animal, tantôt sur un autre animal^ et, dans les cas où la grelTe a réussi, il a vu le blastème sécrété par le périoste s'organiser en tissu osseux, malgré la lui d'analogie de formalion. Rien ne prouve mieux la spécificité des Jblastémes (l).

Je pense donc quil y a autant de blastèmes que de tissus, mais je ne prétends pas pour cela que ces blaslèmes ditTérent enlre eux au-

I lant que les tissus qu'ils doivent produire ou nourrir» La chimie orliqnc nous apprend que des substances isomérîques peuvent * des propriétés très -différentes ; les qualités de la malirre organique ne dépendent pas uniquement de sa composition atomique, et j'admets volontiers que la plupart des blastémes, quoique divers par

i leurs propriétés, peuvent ûtre, quant à leur substance, presque en-

1 tiéremcot semblables enlre eux*

Celte restriction ne m'empêche pas d'accepter la loi d'analogie de formation* Chaqut? blaslèmc possède une tendance particulière à s'organiser d'une certaine façon. Ceïa est \Tai pour les blastémes «mbryonnaires, eomme pour ceux de la nutrition; et cela est \Taî t*ncore pour les blastémcs pathologiques. Mais cette tendani^e inhérenfe k chaeun d'eux n'est pfis la seule cause capable d'influer sur Ja nature des éléments anatomiques qui y prennent naissance. Une large part dliiûuence esl accordée à 1 action de voisinage des tissus au contact desquels le biastènie s'est épanché. C'est-à-dire que !a .malièrç qui s'organise est sollicitée par deux influences essentiellement différentes : Tune, intérieure^ intrinsèque, formant le caractère particulier^ la tendance propre de chaque blasléme; l'aulre, exté-

l^ieurCf extrinsèque, émanée des parties environnantes : c'est la loi

[ d'ùnohgie de formation.

Dans la période initiale des formations embryonnaires la première

^de ces deux influences agit seule sur la substance des blastèmes. fais dès que les premiers tissus sont formés^ la seconde inQuenee

11 J 011 1er, Recherche* expértmeniftteisur iaifrodueUon artificielle deeùtau m&^m Vde (a Iratuphmtaiîon du périoste^ àsm% le Jouninî ih lu Physiuiofjit de Vhomme et \àfi aninifitut, IS&£>, t. It* p. l 4 âû, ICÛ-lSfî et ^68-112» Vojei surtout dîim le iTOtf «léme irlJdc le* eu rieuses eipértences dans lesquelles M. 01 lier a obtenu là formi- WiOD de iraïnâ osseui dans te Uâin cellulaire sou&cutané en dl^per^ant âm\& et! iimi I non le (K^riosle tuiinéme^ Diai« le J^^Â/êr^e Bous-pérlottlque, obtenu en rtcStml ta [faee praf&nde in péiioile.

Tient s'ajouter à la précédente, et la matière nutritive se trouYe dès lors, jusqu'à la fin de la vie, soumise à deux ordres d'influences qui à l'état normal agissent dans le même sens, mais qui, à l'état patb>logique, peuvent se contrarier ou se combattre.

La sécrétion d'un blastème en harmonie avec les tissus au sein desquels il s'épanche est la première condition d'une nutrition régulière; mais celte condition ne suffit pas : il faut encore que la quantité de blastème produite soit en rapport avec la déperdilfam incessante de substance qui précède la réparation nutritive. Si cette quantité est trop faible, il y a atrophie ; si elle est trop considérable, il y a hypertrophie. Je ne parle ici que de l'hypertrophie simple, qui augmente le volume des organes sans en changer la structoftp^ qui augmente le nombre de leurs éléments sans en changer 1a dî»* position et les proportions respectives, sans même en altérer lesfiio» priétés. Il est à peine permis de ranger cette hypertrophie simple au nombre des productions accidentelles. C'est une nutrition exagérée, sans autre modification, et, comme la nutrition régulière, die est due au concours simultané, à l'association des deux agents principaux du travail d'organisation : la tendance propre d'un blastème approprié, et la loi d'analogie de formation.

Mais sous l'influence d'un état pathologique, un tissu peut sécrétir un blastème non approprié, c'est-à-dire n'ayant par lui-môme an^ cune disposition à s'organiser en éléments semblables à ceux de ce tissu. Dès lors il n'y a plus parallélisme entre la tendance propre du blastème et la loi d'analogie de formation; une lutte s'établit entre ces deux influences opposées, et, selon que l'une ou l'autre l'emporte, le produit accidentel possède ou ne possède pas la structure du tissu adjacent. Ainsi, par exemple, la lymphe plastique de l'inflammation a naturellement de la tendance à s'organiser en tissu coiyonetif ou en tissu fibreux; c'est ce que prouve l'étude des fausses membranes qui, déposées sur une surface libre, et n'ayant avec les tissus voisins que des rapports peu intimes, échappent à l'action de la loi d'analogie. Le blastème inflammatoire interstitiel déposé au sein des parenchymes possède la même tendance, et, malgré le contact des tissus les plus divers, les produits de l'inflammation chronique des parties molles s'organisent ordinairement en tissu conjonctif ou en tissu fibreux : la tendance propre du blastème l'emporte alors sur la loi d'analogie de formation. Mais lorsque le blastème inflammatoire s'épanche au contact des os, la loi d'analogie triomphe à son tour, et c'est ainsi que les produits de l'ostéite et de la périostite s'organisent presque constamment en tissu osseux. Ce premier

BLASTÊMES TRAUXfATlQUE ET U^FLAMMATOIRE. 93

iemple prouve déjà que tous les tissus ne possèdent pas au même

degré b propriété de s'assimiler les blastèraes; le tissu osseux et le

lissu conjonctif sont sous ce rapport beaucoup plus favorisés que

les autres, qui le sont d'ailleurs inégalement, ainsi que le montre

^l'étude des cicatrices et des régénérations.

H La Ij-raphe plastique des plaies, que je désignerai volontiers sous Hie nom de blaslème tniumatiquc et qui diffère à plusieurs égards du blastème inflammatoire, a, comme ce dernier, de la tendance à sV*rganiser en tissu conjonctif ou fibreux. C'est effectivement ce tissu iftjqui, sous l'une ou l'autre de ses formes, constitue la plupart des Heîcatnces. Mais quelques cîcalrices ont une structure particulière en Brapport avec celle des parties qui sont le siège de la solution de Hconilnuité ou de la perte de substance* Les cicatrices des ulcères intestinaux peuvent se recouvrir de villosités et se creuser de cavités glandulaires; la muqueuse utérine, expulsée à chaque accouchement, se régénère chaque fois avec ses innombrables glandes; Ijdes tubes neneuï se forment quelquefois, mais non toujours, dans ÈS cicatrices des nerfs coupés ou môme excisés dans une certaine détendue; enOn les solutions de continuité des os se réparent au l moyen d'une cicatrice osseuse, et tous ceux qui ont étudié la nécrose Iconnaisscnt les régénérations suiprenantes qui peuvent remplacer enltérement un os détruit* Dans tous ces cas, la loi d'analogie de formation l'emporte sur la tendance à rorganisation fibreuse qui appartient au blastème traumatique; mais cette dernière tendance, |qnoique surmontée, n'en existe pas moins, et elle reprend le dessus j.loutes les fois que, par une cause quelconque, l'action de la loi d'allialogie de formation se trouve entravée. En effet, à Texception de la [régénération de la muqueuse utérine, qui est physiologique et non I accidentelle, toutes les autres régénérations dont je viens de parler I peuvent fkire défaut, et alors la substance réparatrice est simple^ |inent Ôhreuse. Les fractures qui ne se consolident pas se réunissent ipar un cal fibreux ; la cicatrice des nerfs est le plus souvent fibreuse ; lia régénération de la membrane muqueuse intestinale est exception- |lielle; le plus souvent les pertes de substîmce de cette muqueuse Dut comblées, comme celles de la peau, par le tissu ordinaire des Dicatrices. Enfin, certains tissus, comme le tissu musculaire rouge 6t le tissu cartilagineux paraissent ne jamais se régénérer. Leurs ïlaies et leurs pertes de substances sont réparées exclusivement par [du tissu fibreux, chose bien connue pour les muscles, et pour les [cartilages de l'oreille et du nez, et démontrée aujourd'hui pour tous jks cartilages, môme pour les cartilages articulaires. Les pièces que

94 FORHATION DES PRODUCTIONS ACSCIDBNTELLBS.

j'ai présentées à la Société anatomique en mars 1851, • et les ( riebces publiées au mois de septembre suivant par M. Redfem dotté le Alonthly Joitmal d'Edimbourg, ne laissent à cet égard aaemi doute (1).

Donc, tous les tissus n'exercent pas sur le blastème traumatiqoe ht même mflueace assimilatrice, tous ne possèdent pas au môme degM la propriété exprimée par la loi d'analogie de formation. Cette propriété, trè&-développée dans le tissu osseux, l'est beaucoup moins dans les muscles rouges et dans les cartilages; les cordons nerveux la possèdent à un degré intermédiaire, etc. Ainsi, tandis que, dans les solutions de continuité des os, la lymphe plastique, môme celle qui vient de la moelle (2), s'ossifie presque constamment, sa tendance à l'organisation fibreuse étant surmontée par la loi d'analogie, dans les solutions de continuité des muscles au contraire, la propriété spécifique du blastème l'emporte sur l'influence du milieu. Dans les plaies des nerfs, ces deux tendances opposées sont à peu près égales ; c'est tantôt l'une, tantôt l'autre qui l'emporte, et la cicatrice suivant les cas est exclusivement fibreuse ou mélangée de tubes nerveux. Enfin, la plus parfaite et la plus constante des régénérations est cdle qui répare les plaies du tissu conjonctif et du tissu fibreux, parce qu'alors la tendance propre du blastème et la loi d'analogie de formation agissent dans le môme sens, comme cela a lieu dans la nutrition régulière. A la suite de la ténotomie, malgré un écartement de plusieurs centimètres, il se forme, entre les deux bouts du tendon, une substance fibreuse intermédiaire, tellement semblable à la substance normale, sous le rapport de la structure comme sous le rapport de la forme, qu'il est quelquefois difficile, au bout de quelques années, de retrouver à l'autopsie les traces de l'opération.

Ces exemples nous ont écarté un instant de la question des tumeurs proprement dites, mais ils ne nous en ont pas éloigné. Toutes les productions accidentelles, en effet, sont soumises aux deux influences distinctes que je viens d'indiquer, et pour démontrer la réalité de ces deux ordres d'influence j'ai dû commencer par les faits les plus simples et les plus connus.

(1) Buil. de la Soc, anat., mars et Juin 1851, t XXVI, p. t26 et 182. Voyeiantii les expériences conflrmatives de M. Redfem, publiées dans le numéro de septembre de la même année du Monthly Journal d'Edimbourg, p. 201.

(2) On a prétendu que le bouchon osseux qui remplit le canal médullaire an niveau des fractures ou des moignons d'amputation, était formé aux dépens d'oa blastème émané du périoste. J'ai réfuté celte erreur dans un travail que J'ai la à la Société anatomique le 24 Juin 1869. [Bull, de la Soc. anat.. 2« série, t IV, page US* 159.)

NÉOPLASMES SIMPLES ET PSEUDOPLASMES.

J ai parlé jusqulci des blasLëmes normatix qui fool les frais de la tiulrition^ de raccroisscmenl et de rhypertrophie ; puis, parmi les blaslèmes pathologiques, yen ai étudié deux dont rorigineest parlilement connue^ et dool on connaît tout aussi bien la nature et les propriétés, La lymphe plastique inûanimatoire et la lymphe plastique des plaies sont sécrétées l'une et Tautre sous l'influence d'une

[ cause locale évidente ; leur évolutîoQ, toujours homœomarphe^ est régulière pour que» dans la plupart des cas particuliers, on se la prévoira l'avance; on peut même à volonté provoquer la se* crétion de ces blastèmes et tirer parti de leurs propriétés pour remplir d Importantes indications thérapeutiques. Mais il est d'autres blastèmes pathûlot^iques, naissant sous l'influence de causes locales cm générales beaucoup plus obscures et souvent même tout à fait inconnues. Ce sont ceux qui produisent \€& pseudopia^mes ^ c'est-à-dire les tumeurs proprement dites.

LùfsquVjn compare ces pieudoplasmes ^ aux simples néopiasmen d origine Iraumatîque ou inflammatoire, on Irouve entre eux, dés le

I premier coup d'œil, une différence considérable. Geui-ci, sauf des cas tout k fait exceplionnels, n*ûnt aucune tendance à s^accroître; loin

[delà, car les néoplasmes d'origine intlammatoîresont plutôt dispo^

f ses àsi* laisser résorber; beaucoup diminuent de volume, beaucoup

1 môme disparaissent à la longue plus ou moins complètement. Quant

!au.\ tissus cicatriciels» ils sont permanents; mais la plupart d'entre euXt avaut d arriver à Télat stationnaire, subissent ud atTaiss^^meut ou une rétraction plus ou moins prononcée, après quoi» définitivement

I associés k rorganisme, ils vivent à la manière des tissus uoruiaus et »e nourrissent au moyen de blastèmes qui n*ont plus rien de paiho-

[logique. Les pseudoplasmes, au contraire, tendent presque toujours à s'accroître, au moins pendant les premiers temps, et beaucoup d'entre eui s'aecroissent d*unc manière continue et indéfinie. Cette tendance ne peut s'expliquer que par la nature spéciale de leurs blastèmes. Elle ne dépend ni de la structure anatomîque de la pro-

|durlion accidentelle, ni de celle des parties environnantes, puisque le même tissu pathologique, le tissu fibreux par exemple, développé

I dans le même organe, se comporte tout autrement lorsqu'il est dû à une caubc simplement traumatique ou inflammatoire. C'est ainsi qu'une tumeur iîbreuse développée dansmi muscle peut prendre un accmiâsement sans limites, tandis que le tissu fibreux des cicatrices îjtusculaires s'airaîssej se rétracte et reste ensuite stationnaire. La cause de cette difl'érence ne résidant ni dans le tissu nouveau, ni

' dans le milieu où il se développe, doit être cherchée plus haut» c'est-

à-dire dans le blastème, dont la composition ou plntôt les propriétét varient suivant les conditions morbides, locales ou générales , qui déterminent la formation des diverses productions accidentelles.

Les blastômes patholc^ques des pseudoplasmes possèdent cha» cun une tendance propre à s'organiser d'une certaine manière; mais cette tendance n'est pas toujours également prononcée. Lorsqu'elle est à son maximum, elle l'emporte sur toute autre influence et le blastème échappe en tout ou en partie à la loi d'analogie de for* mation.

M. Vogel a reconnu lui-môme qu'il en est ainsi dans le dévelc^ pement des pseudoplasmet kétéramorphes. Quel que soit le tissa où ils se développent, les éléments globulaires du cancer, noyaux ou cellules, conservent leur identité et leur caractère hétéromorphe. Lorsque les propriétés spécifiques du blastème cancéreux sont trèsprononcées, la production accidentelle se compose presque exclus!* vcment d'éléments globulaires hétéromorphes. Les faibles traînées du tissu conjonctif qu'on y rencontre peuvent même souvent être considérées comme appartenant à l'organe envahi par le cancer. La tumeur a peu de consistance; elle revêt la forme encéphalolde, qui nous montre le cancer à l'état de pureté. Lorsque le blastème can* céreux possède des propriétés moins énergiques, il obéit en partie à la loi d'analogie de formation; la tumeur se compose alors d'un mélange d'éléments homœomorphes et d'éléments hétéromorphes, et ceux-ci sont analogues à ceux des tissus voisins. Ce phénomène se produit surtout lorsque le blastème cancéreux s'épanche au contact du tissu conjonctif (ou fibreux) et du tissu osseux, parce que ces deux tissus sont ceux qui possèdent la plus grande puissance assimilatrice; c'est ainsi qu'on trouve fréquemment, dans le cancer des os et du périoste, des productions osseuses très-abondantes, disposées en forme d'aiguilles ou de madrépores, et plongées au sein de la substance cancéreuse proprement dite. Le cancer des organes riches en tissu conjonctif (ou fibreux) comme la mamelle, renferme souvent un squelette fibreux plus ou moins dense; c'est ce qui constitue la forme squirrheuse, moins pure et ordinairement moins grave que la forme encéphaloïdc. Ces exemples prouvent que le blastème peut être en partie et même en grande partie détourné de sa destination hétéromorphe par l'influence de la loi d'analogie* Peut-il en être détourné en totalité ? Y a-t-il des tumeurs d'origine cancéreuse, sans élément cancéreux proprement dit? Il a été un temps où j'aurais répondu résolument à cette question par la négative. Aujourd'hui je serai plus réservé, car j'ai vu plusieurs fois des

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