INFLUENCE DE LA BÉGIO.N
(Il
osseux. John Hunter a trouvé de ces corps étrangers dans une
pseudarthrose de rinmiérus. — J^en ah'u moî-nn^ine plusieurs dans une bourse muqueuse, anormalement di^vcloppée, qui reposait dlrectemeut sur Je périoste de Hschion (1), L'os éLail du reste sain, ainsi que son périoste, La bourse muqueuse seule étail altérée; elle était le siège d'une inflammatiou chronique et rossitîcation du blastème ne pouvait être attribuée qu'à la proximité de l'os, c'est-à-dire à rinfluence de la région.
C'est à la même influence qu'on doit rapporter le développement assez fréquent, dans les ligaments larges et dans le tissu conjonctif périutérin, de tumeurs tout à fait semblables à celles qui portent !e nom de corps fibreux de Tutérus et qui, malgré cette dénomination, renferment dans leur structure^ outre du tissu fibreux, du tissu musculaire de la vie organique (ftéres-eellules de KoUikei ), Celte ressemblance a fait supposer que les corps fibreux périutérins se formaient primitivement dans Tutérus et s'en échappaient ensuite pour s'égarer dans le tissu cellulaire; il en est quelquefois ainsi, mais j'ai pu ra'assurer plusieurs fois que ces tumeurs s'étaient réellement foi'^ mées sur place; j'en ai vu dont le volume dépassait à peine celui d'uD pois et qui étaient situées dans les ligaments larges, à plusieurs centimètres de l'utérus, et, quoiqu'il fiVt évident qu'elles ne venaient {laa de ce dernier organe, elles reofcrmaient des libres-cellules semblables à celles de rutérus en état de gestation.
L'inJduence de la région se fait sentir aussi sur les productions accidentelles de tissu glandulaire. On trouve souvent, dans l'atmosphère ccllulcuse qui entoure la mamelle, des tumeurs de structure glimdulaire qui sont tout à fait isolées de la glande elle-mCme* Si l'on admettait, avec M. Velpeau, que cet isolement fut primitif, Tinfîuence de la région deviendrait évidente ; mais la chose étant trésconte^table, je prendrai d'autres ejEemples. La peau est souvent le siège d'une variété fie tumeur glandulaire constituée parle développement anormal d*un grand nombre de glandes sébacées ou de glandes sudoriparcs. Je les décrirai plus loin sous le nom iVadé- - nomfi muitiglwfiduiaires. Lorsque ces tumeurs sont limitées à la peau, til est permis de croire qu'elles sont dues à Tampliation des glandes jconualçs; mais lorsqu'elles se propagent aux parties profondes, [lorsqu'on trouve dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans le tissu cellulaire sous-apouévrolique, des cavités glandulaires parfaitement isolées et sans conduits excréteurs, on ne peut méconnaître Texis-
(IJ i:ulh de U Sve. anaf,^ ]g&1, U XXVI, f, 133.
tence d'un travail pathologique qui a créé un grand nombre de petites glandes nouvelles. Je conserve un doigt qui a été amputé par M. Huguier et que j'ai présenté à la Société de chirurgie. Sur cette pièce, des glandes innombrables, analogues aux glandes sudoripare$ et grosses comme des lôtes d'épingle, sont dispersées non-seulement sous la peau, mais encore sous Taponé^TOse et sous le tendon extenseur, et môme en quelques points jusque sous le périoste de la deuxième phalange. Du reste, l'aponévrose et le périoste ne sont nullement détruits; ils sont, au contraire, épaissis et forment des plans résistants qui divisent la tumeur en trois couches, l'une sonscutanée, l'autre sous-aponévrotique, et la troisième sous-périostale. Il n'y a donc aucune continuité entre les glandes superficielles et les glandes profondes; celles-ci, n'ayant pu se former en vertu de la loi d'analogie, doivent certainement leur organisation aux propriétés da blastèmc; et q lelle cause, si ce n'est l'influence de la région, aurait pu faire sécréter ce blaslème à tendance glandulaire dans des tissus qui n'ont avec les glandes aucune analogie de structure (1)?
Les kystes sébacés, si communs dans la région du cuir chevelu, paraissent formés par la dilatation d'une glande sébacée dont le goulot est oblitéré. J'admets, pour ma part, ce mécanisme, qui est facile à démontrer dans quelques cas et qui est probable dans beaucoup d'autres. Mais il y a des cas où la formation d'organes nouveaux est incontestable : c'est lorsque la paroi du kyste donne implantation à plusieurs poils provenant chacun d'un follicule pileux distinct. S'il n'y avait qu'un seul poil, on pourrait croire que c'est celui qui est naturellement associé à la glande dilatée. Mais il y en a quelquefois une dizaine, une vingtaine et môme davantage. Alors, quelle que soit l'origine du kyste lui-môme, il faut de toute nécessité que des follicules pileux se soient formés dans sa paroi. Ces organes de formation nouvelle n'ont aucune continuité avec ceux dont ils imitent la structure, et si le blastème s'est organisé de lui-même en follicules pileux, c'est parce qu'il a été sécrété dans une région très-riche en organes semblables.
Je pourrais citer d'autres exemples; mais ceux qui précèdent suffisent amplement pour démontrer l'influence de la région sur la nature et les propriétés des blastèmes pathologiques homœomorphes. On dirait (je ne donne pas ceci comme une explication, mais seulement comme un moyen de rendre ma pensée plus claire), on dirait
(t) Cette pièce sera Uéciile et figurée dans ia deuxicmc partie de cet ouvrage,
art. POLTADÉMÔSIE.
MULTÏl LICITE DES BLÂSTÈMES, 113
que les productions dissimilaires sont le résultat d'une déviadou des blastème^ nûrmau?ç, lesquels, au Jieu de se rendre vei^ leurs lissus respectifs, s'écartent de leur destination et s'égarent dans les parties emironnanles* Si ITiétérotopie est le résultat de celte erreur de lieu, on conçoit que les tissus accidentels dtssimilaîres, quoique pouvant se produire partout, aient une prédilection marquée pour les régions oii des tissus de même structure existent à l'état normaL Je répète que ceci n*est pas une explication ; ce n*est pas m^me une supposition; ce n'est qu'une image destinée à faire comprendre ce que j'appelle rinfltience de la région. Je n'exagère pas la part de cette inlluetice, mais je crois avoir prouvé qu'elle existe réellement et qu'elle eat h cause de beaucoup de phénomènes qu'on attribue, bien à tort, à la loi d'analogie de formation. Je regrette d'être obligé de restreindre ainsi considérablement les applications de cette loi, si simple et si séduisante, et de compliquer la doctrine des tumeurs en multipliant les faits de rbélérotopie et en faisant intervenir une nouvelle jQJluence dont il mVst impossible d'expliquer iVtion* Maison n'explique pas davantage l'action de la loi d'analogie, et d'une manière générale^ on n'explique aucune des lois de la nature; on les reconnaît à leurs etTets, et lorsque ces effets manquent de constance, on doit en conclure, non que la nature a des caprices, mais que d'autres lois ou d'autres influences ont agi sur la matière.
§ 7> — Remarquer lupplémentaires et conciuiion sur tes blastèmet.
Dans tous les faits d'hétérotopîe que Je viens d'examiner, la loi d'analogie de formation est dominée par la tendance propre du blastéme. Lorsque, au contraire, l'action de celle loi devient prépondérante, le pseudoplasme est similaire, c'est-à*dire qu'il se compose d'éléments anatomiques analogues h ceux du tissu affecté. Toutefois, oialgré celle analogie de strutiure élémentaire, la te:rture des pseudoplasmes similaires peut différer beaucoup de celle de l'organe où ils ont pris naissance et môme de celle de tous les tissus normaux. Les lissus, en effet, ne sont pas caractérisés seulement par la nature de leurs éléments, mais encore par leur arrangement^ par leur disposition relative, et cela est évident surtout pour les tissus compliqués formés par ragenccment régulier de plusieurs ordres d*élémeats anatomiques. Toutes les glandes à conduit excréteur, à rexception du foie qui ne possède pas de strooia cellulcnCbreux, ont la m<*me itructure élémentaire^ et cependant elles différent nolablement entre elles par leur texture. Le lissu de la parotide ne ressemble ni à celui
de la sous-maxillaire ni à celui de la mamelle. Ce sont les mêmes éléments, mais en proportions diverses et diversement disposés. Cet exemple permet de comprendre pourquoi certains pseudoplasmes similaires peuvent n'avoir ni le même aspect ni la même texture que les tissus au sein desquels ils se sont formés; et, d'une manière plus générale, pourquoi des productions accidentelles, quoique compo^ sées d'éléments semblables à certains éléments normaux, peuvent cependant ne ressembler à aucun tissu normal et être, par conséquent, à la fois komœomorphes et hétérologues. J'ai déjà expliqué le sens et la portée de ces deux mots, qui n'impliquent point contradiction puisqu'ils expriment des idées d'ordre différent.
Il y a une autre circonstance qui donne quelquefois aux pseudoplasmes similaires une apparence dissimilaire. C'est lorsque leors éléments sont au nombre de ceux qui, dans les formations normales, passent par un état transitoire avant d'atteindre leur structure définitive. Tel est l'état cartilagineux par rapport à l'état osseux. Une tumeur cartilagineuse développée sous le périoste ou dans l'épaisseur du tissu spongieux devra être considérée comme similaire, puisque dans les premiers âges de la vie et jusqu'à la fin de la croissance, une partie du squelette reste à l'état cartilagineux ; le blastème de ces chondrômes, au lieu de subir une évolution complète et d'arriver à l'ossification proprement dite, s'arrête au milieu de son développe^ ment et revêt une structure qui diffère notablement, à l'œil nu comme au microscope, de celle du tissu environnant. Les pseudoplasmes fibroplastiques fournissent un autre exemple comparable au précédent. On a déjà vu que les éléments, fibroplastiques sont aux tissus conjonctif et fibreux ce que l'état cartilagineux est à l'état osseux : une forme transitoire précédant l'organisation définitive. Une tumeur fibroplastique qui natt au milieu du tissu conjonctif on du tissu fibreux est donc un pseudoplasme similaire au même titre qu'un cbondrôme développé dans un os ; mais c'est un tissu incomplètement formé et paraissant dissimilaire, quoique pouvant s'être organisé sous l'influence de la loi d'analogie.
L'étude des productions hétéromorphes et celle des productions bomœomorphes dissimilaires nous a montré combien est erronée la doctrine de ceux qui n'admettent qu'un seul blastème pathologique. Pourrons-nous du moins accepter l'unité du blastème pour les pseudoplasmes similaires? Pourrons-nous expliquer leur formation au moyen d'un blastème unique entraîné par la loi d'analogie? Nous sommes encore obligés de répondre que non.
La loi d'analogie, c'est-à-dire la propriété d'assimilation organique*
MULTIPLICITÉ DES BLASTÈMES-
étaDl loujours la m^mc dans Je même tissu, si le blasténie primordial étail le même aiisiif les pseudoplasmes similaires auraïeni tûu« jours dans le même siège une slmclum et une texture identiques. H n*en est rien. On vient de voir que les tumeurs similaires du sqneîetta sonl tantôt osseuses, tantôt cartilagineuses. Cette différence ne peut] tenir qu*à la différence des blaslèmes. Le tissu fibreux accidentel similaire se développe tantôt par Torganisation directe du blaslcme : en fibres, tantôt par Hntermédiaire de l'état fibroptastique, et dans ce dernier cas Tétat fibroplaslique est tantôt transitoire, tantôt | permanent Ces diverses éventualités peuvent s'observer dans des ' pseudoplasmes occupant exactement le même siège; elles sont, par conséquent, iodépcndantes de la loi d'analogie et ne peuvent dépen* dre que de la différence des blastemes. Les adénomes et les autrei i espèces de tumeurs bypertrophiques de la glande mammaire prér] senteat, avec une composition élémentaire constante, les textures les plus variées en rapport avec les proportions relatives du strom^ et dv^ ruis-de-sac glandulaires; leurs formes extrêmes différent] tellement iiar leurs caractères extérieurs, que le microscope seul, en j pénétrant dans leur structure élémentaire, a pu permettre d'établir < entre elles un rapprochement. Si deux tumeurs similaires, dévelop* : péesdans la même partie delà même glande, peuvent revÊlir des formes si dissemblables, à tel point que les unes soient homologues et les autres hélérologues, la cause de ces variations ne peut être cherchée que dans les blaslèmes. Je ne crois pas devoir multiplier davantage les exemples pour prouver que Tunité des blastèmes esl ] entiért?ment chimérique, même dans les cas où l'action prédomi'* nante de la loi d'analogie, en donnant aux pseudoplasmes une orga* msatioii similaire, réduit au minimum rinfluence des propriétés de ' leurs blastèmes. Noua sommL^s doue conduit, après cette longue aoal>^e, à émettre la proposition suivante : Il y a autant de bias* tèmti pathologiques différents çu*il y a d'espèces de productions acci* dent et ki soit hamœomorpheSf soit hétéromorphes .
C'est bien à regret et en quelque sorte malgré moi que je me suis lancé dans des considérations si étendues sur les blastèmes, c'est-àdire sur un sujet qui, dans beaucoup de cas, ne rentre pas directement dans le domaine de l'observation. Mais c^est précisément parce que le blastème échappe souvent à lobservation que les unitaires en ont fait le principal fondi*ment de leur doctrine. J'ai dû les suivre sur ce terrain théorique, procéder comme eux par voie de raisonnement et démontrer qu'il est impossible d'interpréter les raits dans J le sens de leur sv?létncp