TUMEURS HOMOLOGUES ET OÉTÉROLOGUES
ne s'apprécie qu'au microscope ; sa texture dépend de leur disposition, de leur cUreettofit de leur laxilé, rie leur tassement, et peu presqiie tt)iijours être reconnue à Tceil uu, lï en résulte que deux Ussus composés des mfîmes éléments microscopiques peuvent 6lre Irès^dilTérents par leur texture cl leur aspect. Par exemple^ c'est la même fibi'e élémentaire qui forme le tissu fibieux des ligaments, des tendons, des aponévroses, le tissu conjonctif le plus lâche, le derme de la peau, celui des muqueuses et celui des séreuses. L'identité des éléments n'implique donc paslldentîté des tissus» C'est ainsi que, dans Tindustrie, le môme Ûl sert k composer des trames tout à faildiQerentes. Mais la diversité des éléments entraine nécessairement la diversité des tissus, de telle sorte que, lorsque deux tissus sont entièrement semblables, on peut en conclure que leurs éléments sont identiques.
Cela posé, on n'a pas oublié que les tumeurs kêtéromùrphes sont composées d'éléments sans analogues dans Féconomie ; elles ne peuvent donc ressembler à aucun tissu normal, et, pour exprimer ce fait dVmatomie pathologique, nous dirons que les tumeurs bétéromorphes sont en même temps hétémloguçs.
Les tumeurs homceomorphes, au contraire, sont composées d*éïémenls microscopiques analogues à ceux qui font partie de Torga* rii^me normal Mais il n*en résulte pas que leur tissu soit nécessairement semblable k un tissu normal. Celte similitude n'existe que dans certaine cas, et la tumeur alors est homologue; dans les autres cas, la production accidentelie, quoique homœomorphej est en même temp$hété^ rotogue.
Ainsi : t' toutes les tumeurs hétéroraorphes sont liétérologxîes. Ex. *. les cancers ;
2* Toutes les tumeurs homologues sont homœomorphes. Ex, : le lipùme,
3* Enfin il existe une troistC^me catégorie de tumeurs à la fois bomcBomorphes et bétérologues. Tel est, par exemple, TépilhéliAnje*
On peut donc diviser les productions accidentelles de la maoïère suivante :
1* Tumeurs hétéromorphes*
a* Tumeurs bomœomorphes ! / . , ^
^ ( à, homologues.
Montrons maintenant ta légitimité de cette division en faisant
appel à k fois aux considérations théoriques et à robscnatioa cli
nique,
Les tumeurs hétéromorpbes, formées d'éléments microscopiques que réconomie ne produit pas à Tétat normal, doivent naissance à une perturbation très-grave des phénomènes de la nutrition. Les blaslèmes au sein desquels elles se développent possèdent une tea* dance particulière, bétéroplastique, entièrement différente de celles qui se manifestent dans les blastèmes normaux, et une propriété aussi exclusive, tout à fait indépendante de la nature des tissus de la région affectée, dirige naturellement Tesprit vers Tidée d'une cause générale répandue dans l'ensemble de l'organisme. L'observatioa clinique, parfaitement d'accord avec la donnée théorique, a, en effet, démontré, bien longtemps avant l'intervention du microscope» que les affections cancéreuses et tuberculeuses sont des maladies diathé* siques. On est surtout obligé d'admettre qu'elles sont primitivement générales dans les cas, malheureusement si fréquents, où elles se transmettent par hérédité.
Les tumeurs homœomorphes peuvent aussi se développer sons l'influence de causes diathésiques, mais la nature de leurs éléments ne fait pas nécessairement naître l'idée d'une diathèse. Ces éléments, étant semblables à ceux qui font partie de l'économie normale, peuvent se former sans que pour cela l'équilibre général de la nutrition soit dérangé, puisque les blastèmes au sein desquels ils prennent naissance sont doués de propriétés plus ou moins semblables à celles des blastèmes de la nutrition régulière. Mais cette ressemblance est rarement poussée jusqu'à l'identité, et ceux qui.ont cru que les blastèmes pathologiques à tendance homœomorphe n'étaient que des blastèmes physiologiques, devenus anormaux seulement par leur siège et par leur quantité, ont commis une grave méprise. Les blastèmes, échappant souvent à Tobservation directe et à l'analyse chimique, ne peuvent être classés et jugés que d'après les résultats de leur organisation. Or, il est assez rare qu'un tissu homœomorphe soit tout à fait semblable au tissu normal correspondant ; le plus souvent, il s'en écarte notablement, et quelquefois il ne lui ressemble pas du tout. Ainsi il y a un certain nombre de tumeurs homœomorphes qui sont homologues ; mais la plupart sont hétérologues, et elles le sont d'autant plus qu'elles sont plus éloignées de ressembler à un tissu normal. Que nous indique maintenant la théorie? Deux choses : d'une part, que plus un tissu homœomorphe est hétérologue , plus le blastème où il est né diffère des blastèmes normaux ; d'une autre part, que plus cette dernière différence est grande, plus le trouble nutritif qui a donné naissance à la sécrétion du blastème pathologique est considérable. En se plaçant au point
de vue purrment anatomique, on peut donc mesurer approximaimmenty d'après un simple exaiiaeu fait à VœW nii, là gravilé de la cause qui a présidé à la formation et au développement d'une tumeur homœomorphe en mesurant la distance qui sépare son tissu du tissu normal correspondant. Je dis, approximativement: parce que cette évaluation n'a rien de rigoureux, les blaslèmes n'étant pas régis seulement par leurs propriétés et obéissant, en outre, à d'autres influences que j'ai déjk fait connaitre* Quoi quil en soit, la théorie nous conduit à penser que les productions homœomorphes homologues, considérées dans leurs rapports avec renserable de Torganisnie^ sont Tindice d'une perturbation moins grave et moins profonde que les productions homœomorphes hétérologues-
Cette donnée est pleinement confirmée par Texamen des faits cliniques. La bénignité babilnelle des tumeurs homologues contraste avec la gravité habituelle des tumeurs hétérologues» Le lipome, formé d'un tissu adipeux qui ne ditfère en rien du tissu adipeux normal, est cité comme le prototype des tumeurs inolTensives. Il peut gêner par sa présence et devenir quelquefois le siège de phénomènes plus graves» mais ces phénomènes sont tout k fait accidentels et ne font point partie de l'évolution de la tumeur. Les hypertrophies simples, les tumeurs osseuses proprement dites, les tumeurs cartilagineuses jawres sont également remarquables par leur innocuité hahitnelle. On sait que le tissu de ces tumeurs est presque toujours parfaitement homologue. Les tumeurs fibreuses sont moins souvent homologues. Quelquefois, sans doute, leur tissu présente un aspect qui rappelle d'une manière frappante celui du tissu fibreux normal, et, quoique la direction et la disposition des fibres ne soient jamais aussi régulières, la ressemblance, cepeudant, est assez évidente pour qiîv chacun puisse» au premier coup d'œil, la constater sans hésitation. Mais quelquefois a usd les libres, moins serrées, moins opaques, disposées sans aucun ordre, inùltrées d'un suc séreux ou gélatiniforme, constituent un tissu dont l'apparence dilTèrc tellement de celui du tissu tihreux normal que l'analogie, réduite seulement aux éléments, ne peut être constatée que par le secours du microscope. Entre ces deux (jpes extrêmes des tumeurs fibreuses, il y a nécessairement beaucoup de nuances intermédiaires. Eh bien, je n'hésite pas à dire que le pronostic des tumeurs fibreuses hétérokigues est plus fùtheux que celui des autres âbrômcs. Si je m'en rapporte à mou expérience et aux observations que j'ai recueillies dans les auteurs, les înaUfinant fiùrous tumoars sont plus souvent hétérologucs qu'homologue^ tandis que le contraire a lieu pour les
i20 CLASSIFICATION DES TUMEURS.
fibromes bénins. Il est bien entendu que cette distinction n'est pa absolue. Je ne la donne que comme un élément dont on doit tenir compte lorsqu'on cherche à établir le pronostic ultérieur après Tablation des fibromes.
Les fibroîdes ou tumeurs fibroplastiques nous fournissent un exemple plus caractérisé. Ces tumeurs sont toujours bétérologues. Les éléments fibroplastiques sont homœomorphes, mais, quoiqu*onen trouve dans beaucoup d'organes chez Tadulte, ils n'y forment point de tissu particulier, et on peut dire qu'après la naissance il n'y a plus de tissu fibroplastique normal. Il y a, il est vrai, un tissu fibroplastique embryonnaire ; mais c'est une forme passagère, une phase d'évolution qui ne peut se manifester chez l'adulte sans une grave perversion des fonctions nutritives. J'ai vu plusieurs fibroîdes dont l'apparence rappelait tout à fait celle de ce tissu fibroplastique embryonnaire, et on pouvait dire, en interverlissant le temps, qu'elles étaient jusqu'à un certain point homologues (voyez page 55, fig. 4). N'ayant pas pu suivre les malades d'où provenaient ces tumeurs, je ne puis dire si la marche ultérieure de la maladie a été bénigne ou maligne. Mais ces cas sont exceptionnels. La plupart des fibroîdes, examinés à l'œil nu, ne ressemblent à aucun tissu normal, définitif ou transitoire, et on peut sans hésiter ranger ces tumeurs dans la catégorie des homœomorphes bétérologues. Or, c'est une chose aujourd'hui bien connue que les tumeurs fibroplastiques pures ont ime haute gravité. Beaucoup, sans doute, guérissent par TopératioD, mais un plus grand nombre encore se comportent avec une malignité locale ou générale désespérante.
Citons encore quelques exemples pour confirmer notre opinion sur la signification de l'hétérologie. Les culs-de-sac glandulaires sont, comme on sait, les éléments anatomiqucs des glandes ; ce sont, il est vrai, des éléments complexes, puisqu'ils se composent d'une membrane d'enveloppe et d'un contenu épilhélial ; mais, quoique réductibles en éléments plus simples, ils jouent, par rapport au tissu de la glande, le rôle que jouent les éléments simples par rapport aux tissus moins compliqués. La production accidentelle des culs-desac ou éléments glandulaires s'observe dans des conditions trèsdifférentes. Elle est la compagne inévitable de Vhypertrophie simple des glandes ; en outre, dans la plupart des adénomes^ le nombre de ces culs-de-sac est considérablement augmenté. Mais, de plus, on trouve quelquefois jusque dans des régions qui ne renferment normalement aucun organe glandulaire, des productions accidentelles constituées par des culs-de-sac comparables à ceux des glandes. Je
TUMEURS HOMOLOOUES ET RÉTÉROWGUES,
Tcrai plus loin connaître ceslumeiirs dont la découverte est peu ancienne» et je tes décrirai sous te nom det u meurs psevdogiandulaireêi ou pêtitdadéntqfte^ pourpartcr plus correctement. Or, \c& hijperiroA phiei gfandulairti sont tout à fait semblables au tissu normal de la.J glande malade; elles sont parfaitement homologues. Les adénémesA susceptibles de subir avec le temps des ebangements de structurai qui en roodifienl beaucoup l'aspect, possèdent néanmoins, soit peu* j dant toute leur évolution, soit dans leur première période, l 'apparence du tissu glandulaire ; on n'avait pas attendu le mîcnjscope] pour soupçonner cette analogie, qui n'avait pas écb:ippé à A. Cooper, J Les tumeun pseudadeniques^ an contraire, ne ressemblent à aucua] Ussu normal, cl il a fallu le secours du micmscopo pour en découvrir la nature glandulaire* En un mot, elles sonthétérologues, tandis] que les tumeurs adéniques sont homologues, et Tobservation clînîqueJ montre enlre ces deux ordres de tumeurs une diflérence de gravité bien remarquable. Les tumeurs glandulaires jouissent d'une bénignité telle qu*on peut les considérer comme eonslituant un accident purement local; mais les psetidadénômes se comportent tout autrement; ils s'accroissent, s'ulcèrent et récidivent presque autant que les cancers avec lesquels on les a confondus jusqu'à ces dernières j années.
L'importance de la texture homologue ou hétérologue deTÎent claire surtout dans les productions accidentelles d^épilbélium. Les , eellulcs épitbéliales anormales constituent trois sortes de tumeurs i' Les lumem*s épidermîgves prùpremmt dites possèdent à la fois la structure élémentaire, la texture et Taspect de Tépiderme normal. , Ce sont les cors, les durillons, les callosités, les couches épidermîques imbriquées qui forment la plus grande partie de la tumeur de l'oignon, etc* Toutes ces productions sont à la fois homœomorphes et bomologues, et elles sont tellement bénignes que les hommes de l'art daignent rarement s'en occuper, 2' Les ^pithéliùme$ de la peau ou des muqueuses sont, comme les tumeurs précédentes, constitués par la production anormale d'éléments épithéliaux; mais Jiur tissu est complètement hétèrologue et leur gravité est assez §mTïA% pour que beaucoup d'auteurs, malgré les renseignementi . fournis par le microscope, continuent à les ranger encore parmi les 1 cancers, S"* Entre ces deux catégories extrêmes, nous trouvons les ' productions cornées ou corne& accidentel les ^ exclusivement composées d'épitbéltum, comme les cors et les durillons ; le tissu de ces tumeurs n'est cerlainemt^nt pas homologue, mais on ne peut pas dire qu'il soit toûl à fait bétérologuc; il l'est incomparablement moins que
celui des épithéliômes, et ce qui le prouve, c'est ^e beaucoup d'auteurs, avant le microscope, avaient placé ces cornes au nombre des excroissances épidermiques. Les cornes constituent donCt sous le point de vue qui nous occupe, un groupe intermédiaire entre les épithéliômes hétérologues et les productions épidermiques homoH logues. La clinique confirme pleinement cette donnée. Les cornes sont en général inolTensives et ne constituent alors qu'un accidenl entièrement local; mais elles affectent quelquefois une marche assez inquiétante pour que les anciens les aient* rangées parmi les tumeurs qui peuvent dégénérer en cancer. Ainsi, voici trois catégories de productions accidentelles épithéliales, semblables par leurs éléments quoique fort dissemblables par leur tissu. Les unes, parfaitement homologues, sont parfaitement inoffensives ; les autres, tout à fait hétérologues, ont la plus haute gravité ; les autres, enfin, situées sur la limite de Thomologie et de Thétérologie, forment comme le trait d'union entre les deux autres groupes sous le rapport de la structure et du pronostic. Aucun exemple ne fait mieux ressortir la signification de la structure homologue et de la structure hétérologue des tumeurs homœomorphes.
Je ne veux point dire par là qu'il y ait un rapport constant et absolu entre la structure des tumeurs et leur gravité. L'étude des cas particuliers donnerait de nombreux démentis à cette assertion imprudente. U est bien entendu que beaucoup de tumeurs ordinairement inoffensives peuvent, par exception, affecter une marche aussi maligne que celle des cancers. Mais en pathologie, surtout dans les questions de pronostic, il faut considérer plutôt les groupes que les individualités. Il y a plusieurs exemples de tumeurs cartilagineuses parfaitement homologues, ayant cependant récidivé après l'ablation la plus complète et s'étant même généralisées. dans l'organisme. Cela n'empêche pas de dire que le chondrôme est une des tumeurs les plus innocentes, parce qu'effectivement il ne constitue qu'un accident local dans l'immense majorité des cas. A côté des exigences de la science, il faut tenir compte dé celles de la pratique, et il faut que nos classifications, sous peine d'être un simple jeu de curiosité, puissent être de quelque utilité pour les cliniciens. Or, le chirurgien qui, au mépris de l'anatomie pathologique, ferait du chondrôme un cancer se tromperait peut-être dix-neuf fois sur vingt; celui qui, d'après la structure à la fois homœomorphe et homologue du chondrôme, déclarerait que cette tumeur est absolument inoffensive, serait beaucoup plus près de la vérité, mais il se tromperait encore de temps en temps. S'il fallait choisir entre ces deux situations, celle-