DISPOSITIONS LOCALES HÉEÉDIT AIRES
onl été, comme elle et vers le même âge, atteinles de la môme alTeclion. J'ai appris depuis que la tumeur pour laquelle j'ai été consulté en 1854 a continué à faire des progrès, qu'une suppuration abondante et intarissable s'est établie el que la malade, épuisée, a Uni
I par succomber, sans avoir été atteinte d'engorgements ganglionnaires et sans avoir présenté aucun des caractères de la cacbexie cancéreuse.
L^adénôme de la mamelle est un mal local sll en fut jamais; il n^estlié à aucune cause constitutionnelle; il u*cxerce sur l'ensemble de réconomie aucune action spéciale; c'est une lésion de la glande mammaire et rien de plus. L'exemple qui précède prouve cependant, et prouve, je crois, sans réplique, qu'il peut se développer sous l'in* fluence d'une cause héréditaire. Ce fait, au premier abord, paraît singulier; toutefois, j'ai essayé de montrer qu'it est possible de le faire ren(rer dans la nombreuse catégorie des phénomènes d'hérédité dus à la transmission de la constitution anatomique et des tendances pathologiques d'un organe.
Voici mainlenaot un fait plus embarrassant pour la théorie. U se forme quelquefois des fibromes dans le lobule de Toreille, chez les
I individus qui ont les oreilles percées. Ces tumeurs, quoique susceplibles de récidiver, sont inoifensives ; dépendant d'une cause toute mécanique, deUrritation que provoquent la présence et le poids de l'anneau, elles ne constituenl qu'un accident purement local; tout le monde le reconnaît» Ces tumeurs, cependant, peuvent se développer sous une influence héréditaire. J'ai présenté, au mois d'août 1855,
• à la Société de chirurgie (1), un (ibvôrae plus gros qu*un œuf de poule, provenant de Toreille gauche d'une femme de trente-deuxans-
\ Celte tumeur avait déjà deux fois récidivé sur place el venait d'Otre enlevée pour la troisième fuis. Le lobule de l'oreille drofVeéjait le
^iiége d'un autre fibrome gros comme une petile noLx et tout à fait stationnaire. A l'âge de vingt-deux ans, celle femme se fil percer les
rorélles ; quelques jours après, on vil paraître de chaque côté^ autour des boucles, une petite induration; on eût bien fait de supprimer
; aussitôt les boucles^ on n'en fit rien ; ce ne fut qu'au bout de plusieurs mois que ta malade consentit à renoncer à cet ornemenl, digne des
I Sauvages que nous ménrisons. Malgré la suppression des boucles, les Imneurs continuèrenPa s'accroître, et Tune d'elles, comme on Ta
j^déjà vo, nécessita trois opérations. Or, la malaAavait une taule âgée
fde soixante ans et atteinte exactement delà même alTcction, déve-
(I) Buiietin de la Société de ehirurifie, IB&I^ t. V, p. 9î,
158 ËTIOLOOIE DES PRODUCTTIONS AGGIDBIfTBU.ES.
loppée des deux côtés, dans le môme point, par suite de la môina cause, avec cette seule différence que, chez la tante, les fibromes s'élsdent formés seulement à TÂge de trente ans, quoique les oreilles fussent percées depuis l'enfance, tandis que chez la nièce le début des tumeurs avait suivi de près le percement des oreilles, pratiqué dans Tâge adulte. Il existait donc chez ces deux proches parentes une disposition locale et héréditaire qui par elle-môme ne suffisait pas pour donner naissance à des tumeurs, et qui n'attendait pour se manifester que l'intervention d'une cause traumatique.
Ainsi l'hérédité peut jouer un rôle, môme dans la production des tumeur des plus locales, àe celles qui sont la conséquence d*un accident purement mécanique, et on voit dès lors combien il serait irrationnel de ranger l'hérédité au nombre des caractères propres à une espèce particulière de tumeur. Le phénomène de rhérédité n'est lié essentiellement ni à la nature des productions accidentelles, ni à la nature de leurs causes. Certaines tumeurs ont plus de tendance que d'autres à devenir héréditaires; celles qui dépendent d'une diathèse générale tiennent sous ce rapport le premier rang, mais il faut bien savoir qu'aucune tumeur n'est nécessairement héréditaire, que toutes peuvent le devenir, qu'elles soient locales ou générales, qu'elles soient, comme on dit, bénignes ou malignes. CSeoz qui, dans les discussions modernes sur la distinction des tumeurs, ont invoqué comme un argument le caractère de l'hérédité, ont donc commis une grave erreur. Par exemple, depuis que H. Paget a cité un exemple de chondrôme paraissant héréditaire (4), on a vu quelques personnes soutenir que le chondrôme n'est qu'un cancer cartilagineux. De môme, on s'est basé sur quelques faits, d'ailleurs discutables, pour dire que l'épithéliôme, pouvant se transmettre par hérédité , était un véritable cancer. Je m'étonne que les méi raisonneurs n'aient pas songé,& dire que le tubercule aussi et cancer, car le tubercule est bien certainement la plus hérédi^ de toutes les productions accidentelles.
Lorsqu'on étudie les questions d'hérédité, qu'il s'agisse de* l'hérédité en général ou de celle des tumeurs en particulier, on doitse défendre d'un scepticisme exagéré aussi bien que d'une crédau^ trop grande. Periculum est credere et noncrçdere. Il y a des fiiits qui sont probants par «ux-mômes. Un exemple comme celui de la b-
(1) Paget, Lectures on Tumours, Lond. 1813, in-8, p. 207, Toy. aussi p. 18S. Q s'agit d'un homme qui fut opéré d'un volumineux chondrôme du radins par M. MÉrtineau, et dont le flis eut ensuite un chondrôme de l'os iliaque. Les deux sont déposées dans le musée de Noilolk and Norwick Hospitai.
SUR l'hérédité par métamorphose.
mille Z* prouve rhérédîté du cancer avec nue évidence qu*il serait insensé de nier* De mOme» Texcmplc des trois filles de madame X.,., atteintes comme leur niére d'adi^nômes de la mamelle, constitue une démonslralion parfaitement sufrisunle, car il n'y a certainement pas un milHomème de chance pour que le hasard pur ou si l'on veut la simple coïncidence, fasse développer cette affection sur les trois filles d'une femme qui en a elle-même été atteinte. Mais il ne faut pas, comme le vulgaire ignorant, et comme bien des gens éclairés qui ne savent pas résister aux apparences, admetlre une Influence héréditaire par cela seul qu'une maladie aura atteint deux personnes de la même famille. Toute obsenatiou de ce genre doit fitre soumise h une sorte de calcul de probabilité, dans lequel on Uent compte du degré de fréquence de la maladie en question. Ce calcul ne peul jamais ôlre rigoureux^ dans TéUil actuel de nos connaissances en statistique, parce qu'on ne sait pas quelle est, pour i^ebaque maladie en particulier, la chance moyenne que chaque individu apporta en naissant; mais on sait du moins à peu prés quelles Bont les affections rares et les affections fréquentes* Or, la règle générale est que, plus une maladie est commune, plus il faut de faltg pour prouver qu'elle est héréditaire* Quoique presque toutes les femmes portent des boucles d'oreilles, les fibromes du kibule de Toreille sont si rares que beaucoup de chirurgiens n*en ont jamais vu d'exemple, et deux cas de ce genre observés dans la même famille accusent plus fortement rinfluence héréditaire, que ne le ferait Tobservalion de trente, et mâme de cinquante familles où le cancer, par exemple, aurait sévi deux fois. Je rappelle ces principes pour qu'on ne se laisse pas aller trop aisément à mettre sur le compte de Thérédité des effets de pure coïncidence^ et pour qu'on sache bien quil ne suffît pas d*avoir observé deux tumeurs^ de même espèce sur deux personnes consanguines, pour ôlre autoriséi par cela ieul^ h accuser l'influence héréditaire.
Mais combien faudrait -il ^ire plus réservé encore, avant d'attribuer à rbérédité la production de lumeurs d'espèce différente l H me semble que M* Paget s est écarté de cette réserve lorsqu'il a admis que le cancer se transmettait héréditairement sous forme d'épithéUdme, et réciproquement, et lorsque! en a conclu que Tépithélième n*élait qu'une variété dtCtuScer. Yoici comment cet auteur a raisonné : Sur 77 mataj^es atteints'iraffections qui a*étaicnt ni épithé- H liâtes, ni eancéreus^-^l n'en a trouvé que 4 qui eussent dans leur ^^ famille des antécédents de cancert tandis que sur ^gO cas de can- ^ ccr, il en a trouvé 8 où il y avait eu, à la fois, dans la même famille,
un cas d'épithéliôme et un ou plusieurs cas de cancer non épithilial (1). Remarquons que 8 cas sur 160 donnent une proportion d'an Tingtième; il annonce que ce chiffre, exprimant la connexion hMdi^ taire du cancer et de répithéliômc, contraste avec le chiffre de 4 cas sur 77, qui exprime la coïncidence non héréditaire du cancer avec les tumeurs non cancéreuses. Je ne saisis pas trop la signiûcation de ce contraste. La première condition exigée dans une comparaison de ce genre est de mettre en parallèle des rapports de môme nature. Puisque l'auteur prenait pour terme de comparaison le degré de fréquence du cancer dans les familles des individus atteints de tumeurs non cancéreuses, il aurait dû comparer à ce relevé un relevé semblable indiquant le degré de fréquence du cancer dans les familles des individus atteints d'épithéliôme, et s'il eût trouvé dans ce dernier cas une proportion notablement supérieure à celle de 4 sor 77, il eût été autorisé à mettre le surplus à la charge de l'hérédité. Oh aurait toujours eu le droit de soumettre ses observations à Pana- ;.• lyse et à la critique, mais du moins son argumentation aurait été rigoureuse. Au lieu de cela il prend 160 malades atteints les uns de cancer proprement dit, les autres d'épithéliôme; il les confond tous en une même série, il ne nous dit pas combien il y a^'ait dans ce nombre total de malades à épithéliôme, ni combien de ceux-là ont raconté qu'ils avaient eu des parents cancéreux. Il nous dit seulement combien de fois les deux affections ont coexisté dans la même famille. Cet élément d'appréciation diffère entièrement de l'autre. Il n'y a là matière ni à comparaison, ni à contraste.
Mais, en laissant de côté ce raisonnement par contraste, le relevé des 160 cas d'épithéliôme ou de cancer a par lui-même une valeur qu'il s'agit d'examiner. Sur 160 familles où sévissaient ces deux af- ^ fections, il y en a eu 8 où elles ont epïncidé; ce qui re\îent à dire, en réduisant le rapport à des termes plus simples, que sur 20 in» dividus atteints de l'une de ces deux maladies, il y en a un qui compte dans sa famille un exemple de Tâutrejnaladie. Cette proportion, dit M. Paget, est « trop forte pour ôtreattribuée au hasard. » Pour ma part quand je songe à la grande fréquence des deux affections, je trouve ^pie le chiffre de la coïncidence est vraiment trèspetit, qu'il est plus petit qu'on ne pourrait l'attendre des'^robabilités ordinaires, et j'ai lieu de croire qiië si tous les malades de M. Paget avaient été bien interrogés, ce n'est pas une fois sur vingt, mais une fois sur dix peut-être qu'on aurait dû trouver [a coïncidedCe en ques-
(I) Paget, Ucturea on Tumôurs, Londoo, 1853, In-S, p. 400-463. <