‹ Traité des tumeursChapitre 46 sur 140 · SUR L*HÉBÉDITÉ PAR MÉTAMORPHOSE · texte numérisé non relu

SUR L*HÉBÉDITÉ PAR MÉTAMORPHOSE

Uon. Sur dix malades atteints de fracture de la jambe, on en trouvera an moïDS un qui pourra citer un cas de cancer dans sa famille, U en sera de même des malades altetnts d'épLhéliômef parce quil n'y a pas de raison pour que le cancer soit plus rare chez leurs frères, sœurs, parents, aïeux, oncles, tantes et cousins, qult ne Test dans les autres familles.

Maintenant, 11 ne sera pas sans intérêt de jeter un coup d'œii sur le tableau des huit cas de coïncidence rassemblés par M. Raget, et reproduits, diaprés lui, dans plusieurs publications récentes, avec tme complaisance singulière. M, Paget annonce en note {p. 4451) qu'il n'a observé que 116 des 160 malades qui ont fourni ces 8 obsenrations d'hérédité; il y a donc dans le tableau général, qu'il n'a pas publié en détail, 44 cas empruntés à d'autres auteurs. Quels sont ces auteurs? On ne le dit pas< Or, lorsqu'il s*agit d*une question de ce genre» de la comparaison de deux maladies dislinguées depuis trés-peu de temps, et caractérisées par des éléments que révèle le mi» crosrope, le nom de rabservaleur est une garantie qu*on a le droit d'exiger. Mais il y a pluis. M, Paget, dans une autre note {p. 460), avoue implicitement que la plupart des cancers épithéliaux meotionnés dans le texte, n'ont pas été examinés au microscope, qu'Us n'ont été ni décrits, ni étudiés, qu'ils ont été simplement désignés sous le nom de cancer, et qu'il a pris sur lui d'eu faire des cancers épithéiiâux parce qu'ils avaient leur siège à la lôvre. Cet aveu suffit pour ûter toute valeur au tableau et aux conclusions que l'auteur en a tirées, car le cancer véritable, le cancer à uoyaux et à cellules cancéreuses, peut attaquer la lèvre comme tous les autres organes; nous en avons, M. Lebert et moi, vu et publié des exemples, et il a pti s'en présenter plusieurs dans les 160 familles d'individus cancéreux dont parle M. Paget. Je n'en sais rien, maisM« Paget ne le sait pas mieux que mùU

Cette crtliquc m'a paru nécessaire pour réduîreàsa juste valeur un relevé jusqu'ici unique, reproduit et invoqué un grand nombre de fois par ceu:x qui, chen^hanlii fusionner le cancer et répithcliôme en une même maladie, ont été satisfaits de dire que cette affection passait quelqueluis de l'une à l'autre forme, en se transmettant pas voie d'hérédité. Avant de conclure quoi que ce soit, on fera bien, je pense, d'attendre que cette proposition soit établie sur d'autres bases plus solides.

A cela près, je n'ai aucune raison théorique pour nier la possibilité du fait que M. Paget croit avoir démontré* Les pathologistes qui ont étudié à un point de >iie un peu général les phénomènes de Thé-

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redite, savent qa*on hérite tantôt directement d'une maladie déteiw minée, tantôt seulement d'une disposition favorable an développement de certaines affections qui ne sont pas identiques avec l'affeo* tion du père ou de tout autre ascendant, mais qui sont de la même famille pathologique. C'est ce qui a fait dire, en une formule qui n'est pas irréprochable, que /es maladies peuvent 9e transformer mai transmettant par voie d'hérédité. Démontrer une connexion héréditaire entre deux maladies, ce n'est donc pas démontrer ridenlité de ces deux maladies. Ainsi la scrofule et les tubercules sont â souvent réunis dans la môme famille, on voit si souvent, d'une mère parfaitement saine et d'un père simplement scrofuleuz, naître des enfants tuberculeux, ou vice versa, que beaucoup de médecins distingués ont cru à Tidentité de ces deux affections. Il est bien certain pourtant qu'elles sont parfaitement distinctes ; seulement les censés qui prédisposent à l'une, et celles qui prédisposent à l'autre^ ont entre elles quelque chose de commun. C'est de la môme manière que les diverses espèces d'affections cérébrales et de névroses, la folie, l'épilepsie, Tidiotie, la paralysie générale ou partielle, la démence et l'hystérie, la surexcitation nerveuse, la simple excentricité intellectuelle, etc., se succèdent et se combinent par voie d'hérédité. Les descendants des épileptiques n'ont pas seulement la chance d'être épileptiques comme leurs parents; on trouve en outre parmi eux plus de fous, de déments, d'aliénés de toutes sortes, d'idiots, d'hystériques, d'originaux, etc. , que parmi des individus nés dans des familles parfaitement saines. Et ainsi de toutes les affections qui dépendent d'une déviation quelconque du système nerveux central. Je renvoie, pour plus de renseignement, au livre remarquable de M. Moreau (de Tours) (1).

Ce qu'il y a de commun entre les troubles si divers du système nerveux, c'est que les uns et les autres tendent à se montrer de préférence chez les personnes dont l'organisation cérébrale n'est pas, si l'on peut dire ainsi, parfaitement équilibrée. On hérite de cette tendance, qui se manifeste k des degrés divers, et sous des formes diverses, qui souvent môme ne se manifeste qu'après avoir franchi une ou plusieurs générations. Mais l'existence d'une certaine parenté étiologique, d'une certaine prédisposition commune à plusieurs affections de la môme famille pathologique, ne prouve pas que ces affections soient de môme espèce, qu'elles soient des degrés, des variétés, ou, si mieux on l'aime, des formes, d'une môme affec-

(1) J. Moreaa (de T<mn), ia Psychologie morbide, Paris, 18S9, in-S.

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tion, car sans cela il faudrait coûfondre les diverses espèces d'alîénalion menlale avec répilepsie, avec l'idiotie, avec l*hystérie, avec le génie lui-naûme, soit dit sans scandaliser les personnes qui ont lu sans réflexion et sans esprit philosophique le livre de M. Moreau (de Tours).

Cela posé, on oe peut méconnaître que les diverses espèces de tumeurs, quelque différentes qu'elies puissent être d'ailleurs, forment dans la palhologîe une famille natarelle, im groupe caractérisé par une aberration de nutrition qui fait naître cl grandir en certains poinls de réconomie des tissas anormaux, permanents, surajoutés à l'organisme* On conçoit dès lors que certaines espèces de ce groupe pourraient avoir, dans leurs causes prédisposanles, quelque cliose de commun, sans cesser pour cela d'être parraitement distinctes. Si Ton ne consuttait que les analogies et les probabilités théoriques, on serait donc conduit à admettre comme une chose possible, que le fils d'un cancéreux pût, par voie de transformation héréditaire, être disposé à Hr^ atteint de chondrômes, de fibromes, d'épitbéliûmes, etc., et qu'il y fût d'autant plus disposé qu*on considérerait une espèce de tumeur moins éloignée du cancer Mais Tcxisience d'une possibilité ou même d'une probabilité théorique, ne doit pas nous faire accepter sans examen tes faits qui paraissent favorables à cette idée préconçue; nous devons les peser et les critiquer avec la mûme rigueur que s'ils contrariaient nos vues» J'ai déjà montré rinsufûsance des observations d'où M, Paget a cru pouvoir conclure que le cancer, par voie d'hérédité, se transformait quelquefois en épithéliôme, et réciproquement. Le même auteur a cité robservation d'une femme de 45 ans, dont la mère était morte cancéreuse, et qui était depuis huit ans atteinte de deux chondrômes indolents et stationnaires (i); puis Tobservation d'un garçon qui avait un chondrôme de la parotide, et dont la grand 'mère était morte d'un cancer du sein (2). A ces deux faits j*en puis ajouter un troisième; je vois de temps en temps une femme de trente-deux ans atteinte depuis dix ans d'une tumeur probablement ostéo-cartilagineuse de l'extrémité inférieure du radius ; cette tumeur, plus grosse que la plus grosse orange, fait des progrès lents mais continus, elle est sphèrique, extrêmement dure, donne lieu à des douleurs très -vives, et la malade est décidée à se soumettre à Tampulation de Tavant-hras, Plusieurs de mes collègues des hôpitaux ont vu cette tumeur, et tous s'accor-

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dent à déclarer qu'elle n*e8t nullement cancéreuse. Or, le père de la malade est mort il y a quelques semaines à l'hôpital de la C3uh rite, dans le service de M. Velpeau, d'un cancer de la mftchoire inférieure. Voilà donc trois cas où il semble que le cancer se soit traDSmis héréditairement en se transformant en chondrôme. Mais s'agitil d'une hérédité véritable ou d'une simple coïncidence? C'est une question au moins douteuse, et je n'oserais pas la résoudre dans le sens de l'affirmative, quand même on me citerait encore une demidouzaine d'observations semblables; car, s'il faut un grand nombre de faits pour établir l'hérédité d'une affection aussi commune que le cancer, il en faut bien plus encore pour en démontrer la transmission héréditaire par métamorphose.

Je n'ai cru devoir parler dans ce chapitre étiologique que des causes qui se prêtent à des réflexions générales et de celles dont l'étade se rattache aux questions de doctrine. J'ai passé sous silence une foule d'éléments étiologiques tels que l'influence du sexe, de l'âge, du genre de vie, des races et des climats, parce que ces diverses influences varient pour chaque espèce de tumeur, et ne peuvent dès lors trouver place dans les généralités.

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